Passer au playerPasser au contenu principal
  • il y a 5 semaines
Retrouvez les émissions en intégralité sur https://www.france.tv/france-2/telematin/toutes-les-videos/
Télématin reçoit Tatiana Giraud, directrice de recherche au CNRS et membre de l'Académie des sciences.

Catégorie

📺
TV
Transcription
00:00Vous le savez, la France subit le dérèglement climatique de plein fouet cet été.
00:03La canicule, la sécheresse, les incendies, tout ça nous impacte, nous, humains, évidemment.
00:08Mais on n'est pas les seuls à en souffrir.
00:09Bonjour, Tatiana Giraud.
00:10Bonjour.
00:11Merci d'être avec nous.
00:12Vous êtes directrice de recherche au CNRS, membre de l'Académie des sciences,
00:15et l'autrice de ce livre, La biodiversité en infographie.
00:20Alors, on n'est qu'au mois de juillet, on le rappelle.
00:22Mais est-ce que vous diriez que cet été 2026 est particulièrement dévastateur pour la biodiversité ?
00:27Oui, c'est ça. Et le printemps aussi, ce qui était catastrophique cette année,
00:31c'est qu'il y a eu trois canicules qui se sont enchaînées.
00:34Et dès le printemps, qui est la période où beaucoup d'espèces se reproduisent.
00:38Et donc, ça fauche presque toute une génération au moment où elle est la plus fragile.
00:43La production de graines, la production des petits oiseaux,
00:45la production des larves dans les mars qui s'assèchent.
00:48Donc, c'est ce qui l'a fait très, très chaud et très, très tôt.
00:52Alors, il y a notamment les incendies qui sont d'ailleurs une des conséquences de tout ça.
00:56On parle d'environ 40 000 hectares qui sont partis en fumée en France en 2026.
01:01C'est énorme. On pense notamment à la forêt de Fontainebleau.
01:04Dans ce genre de cas, expliquez-nous, est-ce qu'il y a du vivant qui peut survivre ?
01:09À l'endroit où ça a brûlé, très peu.
01:12Donc, ça dépend quelle a été l'intensité des feux.
01:15Il peut rester du vivant dans le sol.
01:17Par exemple, ce qu'on appelle des banques de graines du sol
01:19qui vont regermer après s'il n'a pas fait trop chaud.
01:23Donc, des choses qui sont enfouies, on peut dire ça comme ça.
01:26Par contre, en surface, évidemment, quand ça a brûlé, il ne reste plus rien.
01:29Par exemple, en Australie, dans les feux énormes de 2019-2020,
01:34on avait estimé qu'il y avait 3 milliards de vertébrés
01:37qui avaient été affectés, déplacés, brûlés ou blessés.
01:41Là, on n'a peut-être pas encore les chiffres, le bilan chiffré,
01:44notamment pour ce qui s'est passé dans la forêt de Fontainebleau.
01:47Mais puisqu'on a des retours d'expérience, malheureusement,
01:49vous parliez de l'Australie.
01:50Est-ce qu'on arrive à savoir combien de temps il faut pour retrouver un semblant de normalité ?
01:55Une forêt, pour qu'elle redevienne une vieille forêt riche en biodiversité,
01:59avec tous les champignons, tous les insectes associés,
02:02il faut au moins 20 à 50 ans.
02:04D'accord, donc énormément de temps.
02:06Oui, une question, Laurie ?
02:07Oui, je me demandais, on replante, j'imagine, quand il y a eu des feux, ça suffit ?
02:12Alors, soit on laisse justement germer les banques de graines du sol,
02:16les graines qui dispersent, soit on aide un peu,
02:19on peut replanter aussi dans certains cas, ça aide un petit peu, ça accélère un peu.
02:25Mais il faut quand même le temps que les arbres poussent,
02:28que tous les micro-organismes, on ne va pas remettre des micro-organismes,
02:31remettre des insectes, des bactéries, etc.
02:33Donc, pour que l'écosystème redevienne aussi riche, il faut quand même des dizaines d'années.
02:38Et la question de Laurie, qui est un peu la même,
02:40est-ce que l'humain, dans tout ça, doit agir ?
02:42Doit faire des choses ?
02:44Alors, parfois, c'est bien, ça peut aider,
02:48mais ce que vraiment peut faire l'humain, en fait, c'est d'arrêter d'émettre du CO2.
02:53Quand même, pour éviter que ça empire, que ça devienne de plus en plus régulier,
02:57et vraiment que ça va empirer, parce que toute molécule de CO2 qu'on émet
03:00va contribuer à que ça continue à se réchauffer.
03:02Si on arrête maintenant d'émettre du CO2, ça ne va pas refroidir,
03:05mais ça va au moins arrêter qu'on soit à plus 4 degrés, ce qui sera invivable.
03:10Donc là, ça veut dire qu'on est parti pour que chaque été,
03:13on parlait même du printemps tout à l'heure, on se retrouve dans ces schémas-là ?
03:17En tout cas, que ce soit, oui, de plus en plus fort et de plus en plus régulier.
03:20Alors là, on parle des incendies.
03:21Il y a aussi, on le disait tout à l'heure,
03:22et puis Pauline nous en parle ici dans Télématin,
03:26il y a la canicule, la sécheresse.
03:27Tout ça aussi, on l'imagine, ça a des conséquences sur le vivant.
03:30On pense notamment à la température des océans, la température de la mer.
03:34Oui, donc il y a la température qui devient à un moment insupportable pour des organismes.
03:38Par exemple, dans l'océan, plus l'océan est chaud, moins il retient l'oxygène.
03:41Parce que les molécules s'échauvent, elles s'agitent et laissent s'échapper l'oxygène.
03:46Et donc, c'est aussi ça qui va tuer en masse des poissons, par exemple, quand il fait trop chaud.
03:50Et le problème qu'on a, c'est qu'on a l'impression un petit peu de repousser le problème.
03:56J'allais dire, on vit ça chaque été et on se demande, qu'est-ce qui est fait ?
03:59Que font nos femmes, nos hommes politiques ? Est-ce que là, ils sont au rendez-vous ?
04:02Exactement. Ça fait des années que les scientifiques, des dizaines d'années que les scientifiques alertent
04:06que les sécheresses vont s'accélérer, qu'il va faire trop chaud.
04:10Et évidemment, la clim ne va pas suffire.
04:12On ne peut pas climatiser la forêt, on ne peut pas climatiser la nature.
04:15Et on dépend absolument des forêts pour stocker justement notre CO2.
04:19On dépend des micro-organismes du sol pour la fertilité des sols, des pollinisateurs.
04:24Donc, on n'a pas le choix. Si on veut garder notre planète habitable,
04:27il faut arrêter de détruire les habitats naturels, les zones humides et arrêter d'émettre du CO2.
04:33Il y a de l'espoir, rassurez-moi.
04:34Oui, donc la nature est très résiliente.
04:37On voit quand on arrête de détruire des habitats, qu'on arrête de polluer par des pesticides,
04:42qu'on arrête d'intervenir.
04:45La nature revient très vite.
04:46Mais il faut vraiment, urgemment, arrêter de dérégler le climat
04:51et de détruire les habitats naturels.
04:53Pour terminer, un mot, Tatiana Giraud, sur la loi d'urgence agricole
04:57qui a été adoptée hier par l'Assemblée nationale.
04:59Ça va être a priori le cas aujourd'hui pour le Sénat.
05:04Ça fait beaucoup débat à gauche.
05:06Les écologistes s'en vont debout. Vous en pensez quoi, vous ?
05:08Les scientifiques sont absolument contraints.
05:11L'effet toxique sur la biodiversité, sur les insectes, sur les abeilles de ces néonicotinoïdes
05:17qui sont réintroduits, c'est catastrophique, c'est montré scientifiquement
05:20et c'est délétère sur la santé humaine.
05:24Et ce n'est pas utile pour l'agriculture.
05:26L'agriculture, elle a besoin d'un climat stable, de pollinisateurs et de sols fertiles.
05:30C'est exactement le contraire de ce qu'il faut faire pour l'agriculture
05:33et c'est la science qui le dit.
05:35Merci beaucoup, Tatiana Giraud, d'avoir été notre invitée,
05:38directrice de recherche au CNRS, membre de l'Académie des sciences.
05:41Et on rappelle ce livre qui est très ludique, très bien fait,
05:44La biodiversité en infographie.
05:46Voilà pour tout comprendre.
05:47Merci d'avoir été avec nous ce matin.
Commentaires

Recommandations