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00:01:11La peste soit de l'endormie.
00:01:17Hé ! Hé ! Ma femme, éveillez-vous !
00:01:20Oh là ! Oh là ! Levez-vous Jacqueline !
00:01:23Chut ! Comme elle dort !
00:01:25Oh là ! Oh là ! Oh là !
00:01:30Hé ! Hé ! Hé !
00:01:33Ma femme, ma femme, ma femme, c'est voir André, votre mari, qui est à vous parler de choses sérieuses
00:01:39!
00:01:40Hé ! Hé !
00:01:50Jacqueline, êtes-vous morte ? Si vous ne vous éveillez tout à l'heure, je vous coiffe du pot à
00:01:54l'eau !
00:01:57Oh !
00:02:00Qu'est-ce que c'est, mon bon ami ?
00:02:03La vertu de ma vie, ce n'est pas malheureux ! Finirez-vous de vous tirer les bras ?
00:02:06Ha ! C'est affaire à vous de dormir !
00:02:08Écoutez-moi, j'ai à vous parler !
00:02:10Hier au soir, Landry, mon clair...
00:02:14Hé ! Bon Dieu, il ne fait pas jour !
00:02:16Mais devenez-vous fou, maître André, de m'éveiller ainsi sans raison de grâce !
00:02:20Allez-vous recoucher !
00:02:22Parce que vous êtes malade !
00:02:23Je ne suis ni fou ni malade et vous éveillez à bon escient !
00:02:25J'ai à vous parler maintenant !
00:02:27Songez d'abord à m'écouter et ensuite à me répondre !
00:02:29Voilà ce qui est arrivé à Landry, mon clair !
00:02:31Vous le connaissez bien !
00:02:32Quelle heure est-il donc, s'il vous plaît ?
00:02:33Il est 6 heures du matin ! Faites attention à ce que je vous dis !
00:02:35Il ne s'agit de rien de plaisant et je n'ai pas sujet de rire !
00:02:38Mon honneur, madame !
00:02:39Le vôtre et notre vie, peut-être à tous deux, dépendent de l'explication que je vais avoir avec vous
00:02:43!
00:02:44Landry, mon clair, a vu cette nuit...
00:02:46Maître André, si vous êtes malade, il fallait m'avertir tantôt !
00:02:49N'est-ce pas à moi, mon cher cœur, de vous soigner ?
00:02:52Je me porte bien, vous dis ! J'ai de vous d'humeur à m'écouter !
00:02:54Oh mon Dieu, vous me faites peur ! Est-ce qu'on nous aurait volé ?
00:02:56Non, on ne nous a pas volé ! Mettez-vous là sur votre océan et écoutez de vos deux oreilles
00:03:00!
00:03:01Landry, mon clair, vient de m'éveiller pour me remettre au certain travail qu'il s'était chargé de finir
00:03:05cette nuit !
00:03:05Comme il était dans mon étude...
00:03:07Madame Vierge, j'en étais sûre !
00:03:08Vous aurez eu quelques querelles à ce qu'a fait vous allez !
00:03:10Non, non, je n'ai pas eu de querelles !
00:03:12Il ne m'est rien arrivé, ne voulez-vous pas m'écouter ?
00:03:14Je vous dis que Landry, mon clair, a vu un homme cette nuit se glisser par votre fenêtre !
00:03:19Je vois votre visage que vous avez perdu en jeu !
00:03:22Ah, ça, ma femme est-vous sourde ?
00:03:24Vous avez un amant, madame, cela est-il clair ? Vous me trompez !
00:03:28Un homme cette nuit a escaladé nos murailles !
00:03:30Qu'est-ce que cela signifie ?
00:03:33Faites-moi le plaisir d'ouvrir les rideaux !
00:03:42Et voilà ouvert !
00:03:43Ah, vous baillerez après dîner, Dieu merci, vous ne manquez guère !
00:03:46Prenez garde à vous, Jacqueline !
00:03:48Je suis un homme d'humeur paisible qui a pris grand soin de vous !
00:03:51J'étais l'ami de votre père et vous êtes ma fille presque autant que ma femme !
00:03:55J'ai résolu en menant ici de vous traiter avec douceur !
00:03:57Et vous voyez que je le fais puisqu'avant de vous condamner, je veux m'en rapporter à vous et
00:04:01vous donner sujet de vous défendre et de vous expliquer catégoriquement !
00:04:05Si vous refusez, prenez garde !
00:04:07Il y a gardison dans ma vie !
00:04:08Si vous voyez, Dieu me pardonne bonne quantité de hussards, votre silence peut confirmer des doutes que je nourris depuis
00:04:15longtemps !
00:04:16Non, maître André, vous ne m'aimez plus !
00:04:18Mais c'est vainement que vous dissimulez par des paroles bienveillantes la mortelle froideur qui a remplacé tant d'amour
00:04:23!
00:04:23Il n'en eut pas été ainsi jadis, vous ne parliez pas de ce ton !
00:04:26Ce n'est pas alors sur un mot que vous m'eussiez condamné sans m'entendre !
00:04:30Deux ans de paix, d'amour et de bonheur ne seraient pas sur un mot, évanouis comme des ombres !
00:04:36Mais quoi la jalousie vous pousse ?
00:04:38Depuis longtemps, la froide indifférence lui a ouvert la porte de votre cœur !
00:04:42De quoi servirait l'évidence ? L'innocence même aurait tort à vos yeux !
00:04:45Vous ne m'aimez plus puisque vous m'accusez !
00:04:47Voilà qui est bon Jacqueline, il ne s'agit pas de cela !
00:04:50Landry Montclair a vu un homme...
00:04:52Bien entendu, me prenez-vous pour une brute !
00:04:54De me rebattre ainsi la tête, c'est une fatigue qui n'est pas supportable !
00:04:57A quoi tient-il que vous ne répondiez ?
00:04:59Mon Seigneur, mon Dieu, que je suis malheureuse, qu'est-ce que je vais devenir ?
00:05:03Auprès de moi ce qui vous plaira, vous êtes homme, je suis femme, la force est de votre côté !
00:05:07Je sens bien que vous avez résolu ma mort !
00:05:09Non, non, mais je n'ai plus qu'à partir d'ici, je m'en irai dans un couvent, dans
00:05:11un désert, s'il est possible !
00:05:13J'y emporterai avec moi, j'y ensevelirai dans mon cœur, le souvenir du temps qui n'est plus !
00:05:18Ma femme, ma femme, pour l'amour de Dieu et des saints, est-ce que vous vous moquez de moi
00:05:22?
00:05:23Ben ça tout bon, maître André, sérieux ce que vous dites !
00:05:25Si ce que je dis est sérieux, jour de Dieu, la patience m'échappe et je ne sais à quoi
00:05:29il tient, que je ne vous mets en justice !
00:05:31Vous en justice ?
00:05:32Moi en justice ! Il y a de quoi faire donner à un homme d'avoir affaire à une telle
00:05:35mule, je n'avais jamais ouï dire qu'on pût être aussi entêté !
00:05:38Vous avez vu un homme entrer par la flèche ?
00:05:40Ben...
00:05:40L'avez-vous vu, monsieur, oui ou non ?
00:05:42Oh, je ne l'ai pas vu de mes yeux !
00:05:46Vous ne l'avez pas vu de vos yeux ! Et vous voulez me mener en justice ?
00:05:49Oui, par le ciel ! Si vous ne répondez...
00:05:52Avez-vous une chose, maître André, que ma grand-mère a apprise de la sienne ?
00:05:55Quand un mari se fie à sa femme, il garde pour lui les mauvais propos !
00:05:59Et quand il est sûr de son fait, il n'a que faire de la consulter !
00:06:02Quand on a des doutes, on les lève !
00:06:03Quand on manque de preuves, on se tait !
00:06:05Et quand on ne peut pas démontrer qu'on a raison, on a tort !
00:06:08Allons, venez, sortons d'ici !
00:06:10C'est donc ainsi que vous le prenez ?
00:06:13Oui, c'est ainsi, marchez, marchez, je vous suis !
00:06:15Et où veux-tu que j'aille à cette heure ?
00:06:17En justice !
00:06:18Mais, Jacqueline...
00:06:18Ah non, non, non, non !
00:06:19Quand on me nasse, il ne faut pas me nascer en vain !
00:06:21Allons, voyons, calme-toi un peu !
00:06:22Non, vous voulez me mener en justice, j'y veux y aller de ce pas !
00:06:26Que diras-tu pour ta défense ? Dis-le-moi aussi bien maintenant !
00:06:28Non, je ne veux rien dire ici !
00:06:29Pourquoi ?
00:06:30Parce que je veux aller en justice !
00:06:32Vous êtes capable de ne me rendre fou !
00:06:35Et il me semble que je rêve !
00:06:37Éternel Dieu !
00:06:39Créateur du monde !
00:06:40Non, je m'en vais faire une maladie !
00:06:42Comment ?
00:06:42Quoi ?
00:06:43Cela est possible !
00:06:46J'étais dans mon lit, je dormais, je prends les murs à témoin que c'était de toute mon âme
00:06:49!
00:06:50Landry, mon clerc qui de sa vie n'a aidé de personne, le plus candide garçon du monde,
00:06:54qui venait de passer la nuit à copier un inventaire, voit entrer un homme par la fenêtre !
00:06:59Il me le dit !
00:07:00Je prends ma robe de chambre, je viens vous trouver en ami, je vous demande pour toute grâce de m
00:07:06'expliquer ce que cela signifie et vous me dites des injures !
00:07:10Vous me traitez de furieux jusqu'à vous élancer du lit et à me saisir à la gorge !
00:07:15Non, non, cela passe toute idée !
00:07:17Je serai hors d'état pour huit jours de faire une addition qui est le sang commun !
00:07:21Jacqueline, ma petite femme, c'est vous qui me traitez ainsi ?
00:07:27Allez, allez, vous êtes un pauvre homme !
00:07:29Mais enfin ma chère petite, qu'est-ce que cela te fait de me répondre ?
00:07:32Crois-tu que je puisse penser que tu me trompes réellement ?
00:07:35Hélas mon Dieu, un mot te suffit, pourquoi ne veux-tu pas le dire ?
00:07:39C'était peut-être quelques voleurs qui se glissaient par notre fenêtre !
00:07:43Ce quartier-ci n'est pas des plus sûrs et nous ferions bien d'en changer !
00:07:47Tous ces soldats me déplaisent fort, ma toute belle, mon bijou chéri !
00:07:52Quand nous allons à la promenade, au spectacle, au bal et jusque chez nous, ces gens-là ne nous quittent
00:07:56pas !
00:07:57Je ne saurais te dire un mot de près sans me heurter à leurs épaulettes et sans qu'un grand
00:08:00sacre-crochu ne s'embarrasse dans mes jambes !
00:08:03Qui sait si leur impertinence pourrait aller jusqu'à escalader nos fenêtres !
00:08:07Ah, tu n'en sais rien, je le vois bien, oui !
00:08:09Ce n'est pas toi qui les encourage !
00:08:11Ah, ces vilaines gens sont capables de tout !
00:08:14Allons, voyons !
00:08:16Donne la main !
00:08:18Est-ce que tu m'en veux, Jacqueline ?
00:08:19Assurément, je vous en veux !
00:08:21Me menacer d'aller en justice, lorsque ma mère le saura, elle vous fera mon bisou !
00:08:24Hé, mon enfant, ne le lui dis pas !
00:08:26À quoi bon faire part aux autres de nos petites brouilleries ?
00:08:29Ce sont quelques légers nuages qui passent un instant dans le ciel pour le laisser plus tranquille et plus pur
00:08:35!
00:08:36À la bonne heure, touchez-la !
00:08:38Est-ce que je ne sais pas que tu m'aimes ?
00:08:40Est-ce que je n'ai pas en toi la plus aveugle confiance ?
00:08:45Cette fenêtre dont parle Landry ne donne pas tout à fait dans ta chambre !
00:08:49En traversant le péristyle, on va par là au potager !
00:08:51Je ne serai pas étonné que notre voisin maître Pierre ne vint braconner dans mes espaliers !
00:08:57Va va !
00:08:58Je ferai mettre notre jardinier ce soir en sentinelle, et le piège à loup dans l'allée nous rirons demain
00:09:03tous les deux !
00:09:04Tant de fatigue, vous m'avez éveillé bien mal à propos !
00:09:07Ne recouche-toi, ma chère petite !
00:09:12Je m'en vais !
00:09:15Je te laisse ici !
00:09:18Allons adieu !
00:09:19N'y pensons plus !
00:09:25Tu le vois mon enfant ?
00:09:26Je ne fais pas la moindre recherche dans ton appartement, je n'ai pas ouvert une armoire !
00:09:32Je t'en crois sur parole !
00:09:34Bon, il me semble que je t'en aime cent fois plus de t'avoir soupçonné à tort et de
00:09:39te savoir innocent !
00:09:45Tantôt, je réparerai tout cela !
00:09:47Nous irons à la campagne, et je te ferai un cadeau !
00:09:51Adieu !
00:09:52Adieu !
00:09:53Je te reverrai !
00:10:36Vite, sortez !
00:10:39Mon mari est jaloux ! On vous a vu mais non reconnu ! Vous ne pouvez plus revenir ici !
00:10:44Comment étiez-vous là-dedans ?
00:10:46A merveille !
00:10:47Nous n'avons pas de temps à perdre, qu'allons-nous faire ?
00:10:50Il faut nous voir et j'ai les yeux, quelle partie prendre !
00:10:52Le jardinier sera ce soir, je ne suis pas sûre de ma femme de chambre !
00:10:55D'aller ailleurs, impossible ici !
00:10:57Tout est un jour dans une petite ville !
00:10:59Mais vous êtes couvert de poussière, il me semble que vous boitez !
00:11:03Non mais j'ai le genou et la tête brisées, moi !
00:11:06Ou la poignée de mon sable en m'étant entrée dans les côtes !
00:11:09Oh point ! C'est incroyable que je sors d'un moulin !
00:11:11Vous voulez mal être en rentrant chez vous ? Si on les trouvait, je serais perdu !
00:11:13L'André, un clair vous avez passé, il me le paiera !
00:11:16Que faire ? Quel moyen ?
00:11:18Mais répondez, vous êtes pâle comme la mort !
00:11:21J'avais une position fausse lorsque vous avez poussé le bâton !
00:11:25De sorte que je me suis trouvé une heure durant comme une curiosité d'histoire naturelle dans un bocal d
00:11:30'esprit de vin !
00:11:30Eh bien voyons, que ferons-nous ?
00:11:32Bon ! Il n'y a rien de si facile !
00:11:34Mais encore !
00:11:34Ça je n'en sais rien !
00:11:36Mais rien n'est plus aisé !
00:11:38M'en croyez-vous à ma première affaire !
00:11:42Je crois que le meilleur parti serait de nous voir à la ferme !
00:11:48Que ces maris, quand ils s'éveillent, sont d'incommodes animaux !
00:11:52Voilà un uniforme, un joli état et je serais beau à la parade !
00:11:58Merci !
00:12:04Le diable m'emporte !
00:12:05Avec cette poussière, il m'a fallu un courage d'enfer pour m'empêcher d'éternuer !
00:12:12Avez-vous une brosse ici ?
00:12:13Et voilà ma toilette, prenez ce qu'ils vous font !
00:12:18Ouais !
00:12:19Non mais à quoi bon aller à la ferme ?
00:12:21Votre mari est à tout prendre dans ses douces compositions !
00:12:27Dites-moi, est-ce une habitude que ces apparitions nocturnes...
00:12:29Mon Dieu merci, j'en suis encore tremblante !
00:12:32Mais songez donc avec les idées qu'il a maintenant dans la tête !
00:12:34Tous les soupçons vont tomber sur vous !
00:12:36Pourquoi sur moi ?
00:12:37Pourquoi ? Mais je ne sais, il me semble que ça doit être !
00:12:40La vérité est une chose étrange, elle a quelque chose des spectres !
00:12:43On l'a pressant sans la toucher !
00:12:45Patience ! Nous arrangerons cela !
00:12:48Mais comment parler, voilà le jour !
00:12:50Eh bon Dieu ! Quelle tête folle !
00:12:54Vous êtes jolie comme un ange, avec vos grands airs effarés !
00:12:59Voyons un peu !
00:13:01Remettez-vous là !
00:13:06Et raisonnons de nos affaires !
00:13:08Me voilà presque présentable et le désordre réparé !
00:13:13La cruelle armoire que vous avez là !
00:13:15Vous ne riez donc pas, vous me faites frémir !
00:13:17Eh bien ma chère, écoutez-moi !
00:13:20Je vais vous dire mes principes !
00:13:22Quand on rencontre sur sa route l'espèce de bête malfaisante qu'on appelle un mari jaloux !
00:13:27Oh ! Clavaroche par égard pour moi !
00:13:29Oh, je vous ai choqué !
00:13:31Au moins parlez plus bas !
00:13:33Eh bien ma chère, il y a trois moyens d'éviter tout inconvénient !
00:13:37Le premier, c'est de se quitter !
00:13:39Non mais celui-là, nous n'en voulons guère !
00:13:42Vous me ferez mourir de peur !
00:13:43Le second, le meilleur incontestablement, c'est de n'y pas prendre garde et au besoin...
00:13:50Eh bien !
00:13:52Celui-là ne vaut rien non plus !
00:13:53Vous avez un mari de plumes, il vaut mieux garder l'épée au four !
00:13:57Reste donc le troisième !
00:13:59C'est de trouver un chandelier !
00:14:01Un chandelier ?
00:14:02Qu'est-ce que vous voulez dire ?
00:14:04Nous appelions ainsi au régiment un grand garçon de bonne mine qui est chargé de porter un châle ou un
00:14:10parapluie au besoin...
00:14:11Qui, lorsqu'une dame se lève pour danser, va gravement s'asseoir sur sa chaise et la suit dans les
00:14:17yeux d'un... d'un oeil mélancolique, là, en jouant avec son éventail...
00:14:21Qui lui donne la main pour sortir de sa loge et pose avec fierté sur la console voisine le verre
00:14:25où elle vient de boire...
00:14:27Admire-t-on la dame ? Il se rengorge !
00:14:28Et si on l'insulte, il se bat !
00:14:31Y a-t-il fait quelque part où la belle ait envie d'aller ? Il s'est rasé au
00:14:34poids du jour, il est depuis midi sur la fontaine ou sur la chaussée et il a marqué des chaises
00:14:38avec des gants...
00:14:39Demandez-lui pourquoi il s'est fait tomber, il n'en sait rien, il n'est pas rien à dire...
00:14:43Ce n'est pas que parfois la dame ne l'encourage d'un sourire et ne lui donne le bout
00:14:48de ses doigts qu'il sert avec amour...
00:14:51Il est comme ces grands seigneurs qui ont une charge en horaire et leurs entrées les jours de gala...
00:14:56Mais le cabinet leur est clos...
00:14:58Ce ne sont point là leurs affaires...
00:14:59En amour, sa faveur expire là où commencent les véritables...
00:15:03Il a tout ce qu'on voit des femmes et rien de ce qu'on en désire...
00:15:07Derrière ce mannequin incommode se cache le mystère heureux...
00:15:10Il sert de paravent à tout ce qui se passe sous le manteau de la cheminée...
00:15:14Si le mari est jaloux, c'est de lui...
00:15:16Tiens-t-on les propos, c'est sur son compte...
00:15:19Il va, il vient...
00:15:22Il s'inquiète, on le laisse remuer, c'est son oeuvre...
00:15:26Moyennant quoi, l'amant discret et la très innocente amie couvert d'un voile impénétrable se rit de lui et
00:15:33des curieux...
00:15:35Je ne peux m'empêcher de rire malgré le pedambique j'en ai...
00:15:38Mais pourquoi ce personnage, ce nom baroque de chandelier ?
00:15:41Eh bien, mais c'est lui qui tient la...
00:15:43Oh, c'est bon...
00:15:44C'est bon, je vous comprends...
00:15:47Voyez, ma chère...
00:15:48Parmi vos amis, n'auriez-vous point quelque bonne âme capable de remplir ce rôle qui, de bonne foi, n
00:15:55'est pas sans douceur ?
00:15:57Réfléchissez...
00:15:58Voyez...
00:15:59Brossez à cela...
00:16:03Euh...
00:16:03C'est heure, il faut que je vous quitte...
00:16:06Je suis de semaine d'aujourd'hui...
00:16:10Claverroche, en vérité, je ne connais personne ici...
00:16:14Et puis c'est une tromperie...
00:16:15Dont je ne me sens pas capable...
00:16:18Quoi, encourager un jeune homme ?
00:16:19L'attirer à soi, le laisser espérer...
00:16:23Le rendre peut-être amoureux tout bon et se jouer de ce qu'il peut souffrir...
00:16:26C'est une rouerie que vous me proposez...
00:16:29Aimez-vous mieux me perdre ?
00:16:31Et dans l'embarras où nous sommes, ne voyez-vous pas qu'à tout prix, il faut détourner les soupçons
00:16:34?
00:16:35Pourquoi les faire tomber sur un autre ?
00:16:36Et pour qu'ils tombent !
00:16:38Les soupçons, ma chère...
00:16:40Les soupçons d'un mari jaloux ne seraient planés dans l'espace...
00:16:43Ce ne sont pas des hirondelles, il faut qu'ils se posent tout ou tard...
00:16:46Et le plus sûr est de leur faire un nid...
00:16:47Non, décidément, je ne puis...
00:16:49Ne faudrait-il pas pour ça me compromettre très réellement ?
00:16:52Non, mais plaisantez-vous !
00:16:53Est-ce que le jour d'épreuve, vous n'êtes pas à même de démontrer votre innocence ?
00:16:57Un amoureux n'est pas un amant...
00:16:59Sans doute, mais...
00:17:01Tenez, voilà dans votre cours...
00:17:03Trois jeunes gens assis au pied d'un arbre...
00:17:05Ce sont les clercs de votre mari...
00:17:07Je vous laisse le choix entre eux...
00:17:10Quand je reviendrai qu'il y en ait un amoureux fou de vous...
00:17:13Mais comment ça serait-il possible, je n'aurais jamais dit un mot !
00:17:16Non, mais est-ce que tu n'es pas fille d'Ève ?
00:17:18Allons, Jacqueline, consentez !
00:17:22N'y comptez pas, je n'en ferai rien !
00:17:24Touchez-la...
00:17:26Je vous remercie...
00:17:28Adieu, la très craintive blonde...
00:17:31Vous êtes fine, jeune et jolie...
00:17:35Amoureuse...
00:17:36Un peu, n'est-il pas vrai, madame ?
00:17:38À l'ouvrage !
00:17:39Un coup de filet !
00:17:43Vous êtes hardi, Clavaroche !
00:17:45Fier et hardi !
00:17:47Fier de vous plaire !
00:17:49Et hardi pour vous conserver !
00:18:02Vraiment, cela est singulier, cette aventure est étrange !
00:18:05N'allez pas en jaser au moins, vous me feriez mettre dehors !
00:18:07Bien étrange et bien admirable !
00:18:09Oui, quel qu'il soit, c'est un homme heureux !
00:18:11Promettez-moi de n'en rien dire, Maître André me l'a fait jurer !
00:18:13De son prochain, du roi et des femmes, il n'en faut pas souffler le monde !
00:18:16Que de pareilles choses existent, cela me fait bondir le cœur !
00:18:19Vraiment, Landry, tu as vu cela ?
00:18:20C'est bon qu'il n'en soit plus question !
00:18:21Tu as entendu marcher doucement !
00:18:23À pas de loup derrière le mur !
00:18:25Craquer doucement la fenêtre !
00:18:26Comme un grain de sable sous le pied !
00:18:28Puis sur le mur, l'ombre d'un homme quand il a franchi la poterne !
00:18:31Comme un spectre dans son manteau !
00:18:33Et une main derrière le volet !
00:18:34Tremblante comme la feuille !
00:18:35Une lueur dans la galerie, puis un baiser, puis quelques pas lointains !
00:18:38Puis le silence !
00:18:40Les rideaux qui se tirent, et la lueur qui disparaît !
00:18:43Si j'avais été à ta place, je serais resté jusqu'au jour !
00:18:46Est-ce que tu es amoureux de Jacqueline ?
00:18:48Tu aurais fait là un joli métier !
00:18:50Je jure devant Dieu, Guillaume, qu'en présence de Jacqueline, je n'ai jamais levé les yeux !
00:18:54Pas mes mensonges, je n'oserais l'aimer !
00:18:57Je l'ai rencontré au bal une fois !
00:18:59Ma main n'a pas touché la sienne !
00:19:01Ses lèvres ne m'ont jamais parlé !
00:19:03De ce qu'elle fait ou de ce qu'elle pense, je n'en ai de ma vie rien su
00:19:05!
00:19:06Sinon qu'elle se promène ici l'après-midi,
00:19:08et que j'ai soufflé sur nos vitres pour la voir marcher dans la lèche !
00:19:11Si tu n'es pas amoureux d'elle, pourquoi dis-tu que tu serais resté ?
00:19:14Il n'y avait rien de mieux à faire que ce qu'a fait justement Landry !
00:19:17Aller compter nettement la chose à Maître André, notre patron !
00:19:19Landry a fait comme il lui a plu !
00:19:21Que Roméo passait de Juliette !
00:19:23Je voudrais être l'oiseau matinal qui les avertit du danger !
00:19:25On te voilà bien avec tes fredaines !
00:19:27Quel bien cela peut-il te faire que Jacqueline est un amant ?
00:19:29C'est quelque officier de la garnison !
00:19:30J'aurais voulu être dans l'étude !
00:19:32J'aurais voulu voir tout cela !
00:19:33Dieu soit béni !
00:19:34C'est notre libraire qui t'empoisonne avec ses romans !
00:19:38Que te revient-il de ce compte ?
00:19:39D'être gros-jean comme devant !
00:19:41N'espères-tu pas par hasard que tu pourras avoir ton tour ?
00:19:46Et oui, sans doute, monsieur se figure qu'on pensera quelques jours à lui !
00:19:51Pauvre garçon !
00:19:52Tu ne connais guère nos belles dames de province !
00:19:55Nous autres, avec nos habits noirs, nous ne sommes que du frottin !
00:19:58Bon tout au plus pour les couturières !
00:20:00Elles ne tâtent que du pantalon rouge !
00:20:03Et une fois qu'elles y ont mordu, qu'importe que la garnison change !
00:20:07Tous les militaires se ressemblent !
00:20:08Qui en aime un, en aime sans !
00:20:10Il n'y a que le revers de l'habit qui change et qui, de jaune, devient verrou blanc !
00:20:13Du reste, ne retrouvent-elles pas la moustache retroussée de même ?
00:20:17La même allure de corps de garde ?
00:20:18Le même langage et le même plaisir ?
00:20:20Ils sont tous faits sur un modèle !
00:20:23A la rigueur, elles peuvent s'y tromper !
00:20:26Il n'y a pas à causer avec toi !
00:20:28Tu passes tes fêtes et dimanche à regarder des joueurs de boules !
00:20:30Et toi ? Tout seul à ta fenêtre ?
00:20:32Le nez fourré dans tes chiroflés ?
00:20:33Voyez la belle différence ?
00:20:35Avec tes idées romanesques, tu deviendras fou allié !
00:20:39Allons !
00:20:40Rentrons !
00:20:50A quoi penses-tu ? Il est l'heure de travailler !
00:21:00Je voudrais bien avoir été avec Landry cette nuit dans l'étude !
00:21:16Nos prunes seront belles cette année !
00:21:19Et nous espalions bonne mine !
00:21:21Viens-nous un peu par ici !
00:21:23C'est donc que madame ne craint pas l'air car il ne fait pas chaud ce matin !
00:21:28En vérité, depuis deux ans que j'habite cette maison,
00:21:31je ne crois pas être venue deux fois dans cette partie du jardin !
00:21:35Regarde donc ce pied de chèvre-feuille !
00:21:37Ouh ! Ouh !
00:21:38Voilà, elle est rayée bien plantée pour faire monter les clématis !
00:21:42Avec ça que madame n'est pas couverte, elle a voulu descendre en cheveux !
00:21:45Dis-moi un peu, puisque te voilà !
00:21:48Qu'est-ce que c'est donc ces jeunes gens qui sont là dans la salle-bâche ?
00:21:52Est-ce que je me trompe ? Je crois qu'ils nous regardent !
00:21:54Ils étaient tout à l'heure ici !
00:21:56Madame ne les connaît donc pas ? Ce sont les clercs de maître André !
00:21:59Ah !
00:22:01Est-ce que tu les connais, toi, Madeleine ?
00:22:03Tu as l'air de rougir en disant cela !
00:22:05Mais madame, pourquoi donc faire ?
00:22:06Je les connais de les voir tous les jours !
00:22:08Et encore, je dis tous les jours, je n'en sais rien si je les connais !
00:22:11Malon, avoue que tu as rougi !
00:22:13Et au fait, pourquoi t'en défendre ?
00:22:15Autant que je puis en giger d'ici, ces garçons ne sont pas si mal !
00:22:20Voyons, lequel préfères-tu ? Fais-moi un peu tes confidences !
00:22:23Que belle fille, Madeleine !
00:22:24Que ces jeunes gens te fassent la cour, qui a-t-il de mal à ça ?
00:22:26Je ne dis pas qu'il y ait du mal !
00:22:28Ces jeunes gens sont une bonne famille et ils ne manquent pas de bien !
00:22:31Il y a là un petit brin !
00:22:34Les grisettes de la grande rue ne font pas fi de son coup de chapeau !
00:22:37Ah !
00:22:39Laquelle ?
00:22:40Celui-là, avec sa moustache ?
00:22:42Oh !
00:22:42Que non !
00:22:43C'est M. Landry, un grand Flandrin qui ne sait que dire !
00:22:48C'est donc cet autre qui écrit !
00:22:50Néni ! Oh ! Néni !
00:22:51C'est M. Guillaume, un honnête garçon bien rangé !
00:22:55Mais ses cheveux ne frisguèrent !
00:22:56Et ça fait pitié le dimanche quand il veut se mettre à danser !
00:22:59De qui veux-tu non parler ? Je n'en vois pas d'autre que cela dans l'étude !
00:23:02Vous ne voyez pas à la fenêtre ?
00:23:03Ce jeune homme propre et bien peigné, tenez, voilà qui se penche !
00:23:06Ah !
00:23:07C'est le petit Fortignot !
00:23:08Ah oui, je le vois maintenant !
00:23:10Il est pas mal tourné, ma foi !
00:23:12Avec ses cheveux sur l'oreille, son petit air innocent !
00:23:16Prenez garde à vous, Madeleine !
00:23:18Ces anges-là font déchoir les filles !
00:23:21Et il fait la cour aux grisettes, ce monsieur-là, avec ses yeux bleus !
00:23:25Eh bien, Madeleine !
00:23:27Il ne faut pas pour cela baisser les bouts d'un air si rancher !
00:23:30Vraiment, on peut moins bien choisir !
00:23:33Il sait donc que dire, celui-là !
00:23:36Et il a un maître à danser !
00:23:38Révérence parler, madame !
00:23:39Si je le croyais amoureux ici, ce ne serait pas de si peu de choses !
00:23:42Si vous aviez tourné la tête quand vous passiez dans le jardin, vous l'auriez vu plus d'une fois,
00:23:46les bras croisés, la plume à l'oreille, vous regardez tant qu'il pouvait !
00:23:49Plaisantez-vous, mademoiselle !
00:23:51Et pensez-vous à qui vous parlez ?
00:23:53Un chien regarde bien un évêque !
00:23:55Hé hé ! Il y en a qui disent que l'évêque n'est pas fâché d'être regardé du
00:23:58chien !
00:23:59Il n'est pas si saut, garçon !
00:24:02Et son père est un riche hors fèvres !
00:24:04Alors, je ne crois pas qu'il y ait d'un jour à regarder passer les gens !
00:24:06Tu vous as dit que c'est moi qui le regarde ?
00:24:08Il ne vous a pas, j'imagine, fait de confidences là-dessus ?
00:24:10Quand un garçon tourne la tête, allez, madame !
00:24:13Il ne faut guère être femme pour ne pas deviner où les yeux s'en vont !
00:24:17Je n'ai que faire de ces confidences !
00:24:18Et on ne m'en apprendra que ce que j'en sais !
00:24:20J'ai trop envie de me chercher un châle !
00:24:22Faites-moi grâce au bon ventre !
00:24:28Pierre !
00:24:31Écoutez !
00:24:33Vous m'avez appelé, madame ?
00:24:34Oui, entrez-là ! Demandez à un clerc qui s'appelle Fortunio !
00:24:37Qu'il vienne ici, j'ai à lui parler !
00:24:45...
00:25:07Madame, on se trompe ? Sans doute, on vient de me dire que vous me demandez...
00:25:11Asseyez-vous, on ne se trompe pas !
00:25:16Vous me voyez, monsieur Fortunio, fort embarrassé !
00:25:20Fort en peine !
00:25:22Je ne sais trop comment vous dire ce que j'ai à vous demander, ni pourquoi je m'adresse à
00:25:25vous !
00:25:26Je ne suis que troisième clerc !
00:25:27S'il s'agit d'une affaire d'importance, Guillaume, notre premier clerc est là !
00:25:31Souhaitez-vous que je l'appelle ?
00:25:32Non ! Si c'est une affaire, est-ce que je n'ai pas mon mari ?
00:25:34Puis-je être bon à quelque chose ?
00:25:36Veuillez parler avec confiance !
00:25:38Quoique bien jeune, je mourrai de bon cœur pour vous rendre service !
00:25:42C'est galamment et vaillamment parlé !
00:25:44Et pourtant, si je ne me trompe, je ne suis pas connue de vous !
00:25:48L'étoile qui brille à l'horizon ne connaît pas les yeux qui la regardent...
00:25:52Mais elle est connue du moindre patre qui chemine sur le coteau !
00:25:57C'est un secret que j'ai à vous dire et j'hésite par deux motifs !
00:26:00D'abord, vous pouvez me trahir !
00:26:02Et en second lieu même, en me servant,
00:26:05prendre de moi...
00:26:07...mauvaise opinion !
00:26:08Puis-je me soumettre à quelques preuves !
00:26:10Je vous supplie de croire en moi !
00:26:12Mais comme vous dites, vous êtes bien jeune !
00:26:14Vous-même, vous pouvez croire en vous !
00:26:16Et ne pas toujours en répondre !
00:26:18Vous êtes plus belle que je ne suis jeune !
00:26:20Et ce que mon cœur sent, j'en réponds !
00:26:23La nécessité est impridente, voyez, si personne n'écoute !
00:26:39Personne !
00:26:40Ce jardin est désert et j'ai fermé la porte de l'étude !
00:26:43Non, décidément, je ne fuis !
00:26:47Pardonnez-moi cette démarche inutile et qu'il n'en soit jamais question !
00:26:50Hélas, madame, je suis bien malheureux !
00:26:53Il en sera comme il vous plaira !
00:26:54C'est que la position où je suis n'a vraiment pas le sens commun !
00:26:58J'aurais besoin, vous l'avouerez, je n'en ai pas tout à fait d'un ami,
00:27:00et cependant, d'une action d'ami, je ne sais à quoi me résoudre !
00:27:04Je me promenais dans ce jardin en regardant ces espaliers,
00:27:06je vous dis, je ne sais pourquoi, je vous ai vu à cette fenêtre,
00:27:09et j'ai eu l'idée de vous faire appeler !
00:27:10Quel que soit le caprice du hasard à qui je dois cette faveur,
00:27:13permettez-moi d'en profiter !
00:27:15Je ne piquerai péter mes paroles !
00:27:16Je mourrai de bon cœur pour vous !
00:27:18Ne me le répétez pas trop !
00:27:20C'est le moyen de me faire taire !
00:27:21Et pourquoi ? C'est le fond de mon cœur !
00:27:23Pourquoi ? Pourquoi ? Vous n'en savez rien !
00:27:25Et je n'y veux seulement pas penser !
00:27:29Prenez donc ce siège, mettez-vous là !
00:27:31Je le ferai pour vous obéir !
00:27:34Pardonnez-moi une question qui pourra vous sembler étrange !
00:27:37Madeleine, ma femme de chambre, m'a dit que votre père était joaillier !
00:27:40Il doit se trouver en rapport avec les marchands de la ville !
00:27:42Oui madame, je peux dire qu'il en est guère d'un peu considérable qui ne connaissent notre maison !
00:27:46Par conséquent, vous avez l'occasion d'aller et de venir dans le quartier marchand,
00:27:50et on connaît votre visage dans les boutiques de la grand rue !
00:27:52Oui madame, pour vous servir !
00:27:56Une femme de mes amis a un mari avare et jaloux !
00:27:59Elle ne manque pas de fortune, mais elle ne peut en disposer !
00:28:02Ses plaisirs, ses goûts, sa parure, ses caprices, si vous voulez !
00:28:05Quelle femme vit sans caprices !
00:28:07Tout est réglé et contrôlé !
00:28:08Ce n'est pas qu'au bout de l'année, elle se trouve en position de faire face à de
00:28:12grosses dépenses,
00:28:12mais chaque mois, presque chaque semaine, il lui faut compter, disputer et calculer tout ce qu'elle achète !
00:28:18Enfin, avec beaucoup d'aisance, elle mène la vie la plus gênée,
00:28:21elle est plus pauvre que son tiroir et son argent ne lui sert de rien !
00:28:25Qui dit toilette en parlant des femmes dit un bien grand mot, vous le savez !
00:28:28Il a donc fallu à tout prix user de quelques stratagèmes !
00:28:32Les mémoires des fournisseurs ne portent que ces dépenses banales, que le mari appelle de première nécessité !
00:28:39Ces choses-là se paient au grand jour, mais à certaines époques convenues,
00:28:43certains autres mémoires secrets font mention de quelques bagatelles
00:28:47que la femme appelle à son tour de seconde nécessité qui est la vraie !
00:28:50Et que les esprits mal faits pourraient nommer du superflu !
00:28:53Moyennant quoi, tout s'arrange à merveille !
00:28:55Chacun y peut trouver son compte !
00:28:56Et le mari, sûr de ses quittances, ne se connaît pas assez en chiffon pour deviner qu'il n'a
00:29:01pas payé tout ce qu'il voit sur l'épaule de sa femme !
00:29:03Je ne vois pas grand mal à cela !
00:29:04Et maintenant donc, voilà ce qui arrive !
00:29:07Le mari, un peu soupçonneux, a fini par s'apercevoir non du chiffon de trop, mais de l'argent des
00:29:13moins !
00:29:15Il a menacé ses domestiques, frappé sur sa cassette et grondé ses marchands !
00:29:18La pauvre femme abandonnée n'y a pas perdu un louis, mais elle se trouve comme un nouveau tantal dévoré
00:29:25du matin au soir de la soif des chiffons !
00:29:28Cette soif la tourmente !
00:29:30A tout hasard, elle cherche à l'apaiser !
00:29:34Il faudrait qu'un jeune homme, à droit, discret surtout, et d'assez haut rang dans la ville pour n
00:29:42'éveiller aucun soupçon,
00:29:44voulut aller visiter les boutiques et y acheter, comme pour lui-même, ce dont elle peut et veut avoir besoin
00:29:48!
00:29:50Il faudrait qu'il eût tout d'abord facile accès dans la maison, qu'il pût entrer et sortir avec
00:29:55assurance,
00:29:56qu'il eût bon goût, cela est clair, et qu'il sut choisir à propos !
00:30:00Peut-être serait-ce un heureux hasard, s'il se trouvait par là, dans la ville,
00:30:05quelques jolies et coquettes filles à qui l'on sut qu'il fit sa cour !
00:30:08N'êtes-vous pas dans ce cas, je suppose ?
00:30:10Ce hasard-là justifierait tout !
00:30:12Ce serait alors pour la belle que les emplettes seraient censées se faire !
00:30:16Voilà ce qu'il faudrait trouver !
00:30:19Dites à votre amie que je m'offre à elle, je la servirai de mon mieux !
00:30:23Mais si cela était !
00:30:25Vous comprenez-t-il pas vrai que pour avoir dans la maison le libre accès dont je vous parle,
00:30:29le confident devrait s'y montrer autre part qu'à la salle basse ?
00:30:33Vous comprenez qu'il faudrait que sa place fût à la table et au salon !
00:30:37Vous comprenez que la discrétion est une vertu trop difficile pour qu'on lui manque de reconnaissance !
00:30:42Mais qu'en outre du bon vouloir, le savoir-faire n'égaterait rien !
00:30:46Il faudrait, je suppose, qu'un soir comme ce soir, s'il faisait beau,
00:30:51il sut trouver la porte entre-ouverte et apporter un bijou furtif comme ardi contrebandier !
00:30:59Il faudrait qu'un air de mystère ne trahit jamais son adresse !
00:31:02Qu'il fût prudent, leste et avisé !
00:31:06Qu'il se souvienne un proverbe espagnol qui mène loin à ceux qui le suivent !
00:31:11Aux audacieux de Dieu prêtent la main !
00:31:13Je vous en supplie, servez-vous de moi !
00:31:17Toutes ces conditions remplies pour peu qu'on fût sûr de son silence,
00:31:20on pourrait dire au confident le nom de sa nouvelle amie !
00:31:24Il recevrait alors sans scrupule,
00:31:27adroitement, comme une jeune soubrette,
00:31:29une bourse dont il serait l'emploi !
00:31:31Je perçois Madeleine qui vient m'apporter mon manteau discrétion et prudence !
00:31:36L'ami, c'est moi !
00:31:37Le confident, c'est vous !
00:31:39La bourse est là, au pied de la chaise !
00:31:53Ola, Fortunio, maître André est là, qui t'appelle ?
00:31:55Il y a de l'ouvrage sur ton bureau, que fais-tu là, hors de l'étude ?
00:31:58Plaît-il ?
00:31:59Comme voulez-vous ?
00:32:01Nous te disons que le patron te demande !
00:32:02Arrive ici, on a besoin de toi !
00:32:05À quoi sens-je dans ce rêveur ?
00:32:10En vérité, cela est singulier !
00:32:12Et cette aventure est étrange !
00:32:38En conscience, ces belles dames, si on les aimait toutes bon, ce serait une pauvre affaire !
00:32:43Et le métier des bonnes fortunes est à tout prendre un ruineux travail !
00:32:49Mais tantôt, c'est au plus bel endroit qu'un valet qui gratte à la porte vous oblige à vous
00:32:53esquiver !
00:32:54Mais la femme qui se perd pour vous ne se livre qu'une oreille !
00:32:58Et au milieu du plus doux transport, on vous pousse dans un placard !
00:33:04Tantôt, c'est lorsqu'on est chez soi, étendu sur un canapé, fatigué de la manœuvre, qu'un messager envoyé
00:33:10à la hale vient vous faire ressouvenir qu'on vous adore à un lieu d'ici !
00:33:14Vite un barbier, le valet de chambre, on court, on vole !
00:33:18Il est plus tôt !
00:33:19Le mari est rentré !
00:33:21La pluie tombe, il faut faire le pied de grue une heure durant !
00:33:27Mais avisez-vous d'être malade ou seulement de mauvaise humeur !
00:33:30Quoi ?
00:33:31Le soleil, le froid, la tempête, l'incertitude, le danger !
00:33:37Voilà qui est fait pour rendre Gaillard !
00:33:40En vérité, on représente l'amour avec un carquois et des ailes !
00:33:44On ferait mieux de nous le peindre, comme un chasseur de canards sauvages avec une veste imperméable et une perruque
00:33:49de laine frisée pour vous garantir l'oxyput !
00:33:51Non mais quelle seule bête que les hommes de se refuser leurs franches lippées pour courir après quoi de grâce
00:33:57?
00:33:57Après l'ombre de leur orgueil !
00:34:02Mais la garnison dure six mois, on ne peut pas toujours aller au café !
00:34:08Les comédiens de province ennuisent !
00:34:12On se sent dans un miroir, et on ne veut pas être beau pour rien !
00:34:20J'acclina la taille fine !
00:34:22C'est ainsi qu'on prend patience et qu'on s'accommode de tout, sans trop faire le difficile !
00:34:31Eh bien ma chère !
00:34:34Qu'avez-vous fait ? Avez-vous suivi mes conseils ? Et sommes-nous hors de danger ?
00:34:39Oui !
00:34:40Comment vous faites cela ? Est-ce un éclair de M. André qui s'est chargé de notre salut ?
00:34:46Oui !
00:34:47Vous êtes une femme incomparable ! Et on n'a pas plus d'esprit que vous !
00:34:52Mais vous avez fait venir, n'est-ce pas, le bon jeune homme à votre boudoir !
00:34:56Je le vois d'ici, les mains jointes et tournant son chapeau dans ses doigts !
00:35:02Mais quel conte lui avez-vous fait pour réussir en si peu de temps ?
00:35:05Le premier venu, je ne sais !
00:35:07Voyez un peu ce que c'est que de nous, et quel pauvre diable nous sommes quand il vous plaît
00:35:11de nous endiabler !
00:35:14Et votre mari, comment voit-il la chose ?
00:35:17La foudre qui nous menaçait sans-t-elle l'aiguille aimantée commence-t-elle à se détourner ?
00:35:22Oui !
00:35:22Parbleu !
00:35:25Nous nous divertirons !
00:35:26Et je me fais une vraie fête d'examiner cette comédie,
00:35:29d'observer les ressorts et les gestes, et d'y jouer moi-même mon rôle !
00:35:33Et l'humble esclave, je vous prie, depuis que je vous ai quitté, est-il déjà amoureux de vous ?
00:35:38Je parierais que je l'ai rencontré, comme je montais !
00:35:41Un visage afféré et une encolure à cela !
00:35:44Est-il déjà installé dans sa charge ?
00:35:46S'acquitte-t-il des soins indispensables avec quelques facilités ?
00:35:50Mets-t-il l'écran devant le feu ?
00:35:52A-t-il déjà hasardé quelques mots d'amour craintif et de respectueuse tendresse ?
00:35:57Ben, êtes-vous contente de lui ?
00:35:59Oui !
00:36:01Et, comme à compte sur ses futurs services, ses beaux yeux pleins d'une flamme noire,
00:36:05lui ont-ils laissé deviner qu'il est permis de soupirer pour eux ?
00:36:09A-t-il déjà obtenu quelques grâces ?
00:36:11Voyons franchement, où en êtes-vous ?
00:36:13Avez-vous croisé le regard ? Avez-vous engagé le fer ?
00:36:16C'est bien le moins qu'on l'encourage pour le service qu'il nous rend !
00:36:20Oui !
00:36:21Qu'avez-vous donc ?
00:36:23Vous êtes rêveuse et répond les ennemis !
00:36:25J'ai fait ce que vous m'avez dit !
00:36:27En avez-vous quelques regrets ?
00:36:30Non !
00:36:31Vous avez l'air soucieux, quelque chose vous inquiète !
00:36:35Non !
00:36:35Verriez-vous quelque sérieux dans une pareille plaisanterie ?
00:36:38Laissez, de cela n'est rien !
00:36:39Mais si l'on savait ce qui s'est passé !
00:36:40Pourquoi le monde me donnerait-il tort et à vous peut-être raison ?
00:36:43Bon, cela est un jeu, une misère !
00:36:46Ne m'aimez-vous pas Jacqueline !
00:36:49Oui !
00:36:49Eh bien, qui peut vous gêner ?
00:36:52Vous connaissez pas pour sauver notre amour que vous avez fait tout cela ?
00:36:57Oui !
00:36:58Je vous assure que cela m'amuse et que je n'y regarde pas si près !
00:37:01L'heure du dîner approche et voilà Maître André qui vient !
00:37:07Est-ce notre homme qui est avec lui ?
00:37:10Non ! Je ne veux pas d'aujourd'hui entendre parler d'une affaire !
00:37:14Je veux qu'on s'évertue à danser et qu'il ne soit question que de rire !
00:37:18Je suis ravi, je nage dans la joie et je n'entends qu'à bien dîner !
00:37:21La peste vous voilà en belle humeur Maître André à ce que je vois !
00:37:25Il faut que je vous dise à sous ce qui m'est arrivé hier !
00:37:28J'ai soupçonné injustement ma femme !
00:37:31J'ai fait mettre le piège à loup devant la porte de mon jardin !
00:37:34J'y ai trouvé mon chat ce matin ! C'est bien fait ! Je l'ai mérité !
00:37:37Mais je veux rendre justice à Jacqueline et que vous appreniez de moi que notre paix est faite et qu
00:37:43'elle m'a pardonné !
00:37:44C'est bon, je n'ai pas de rancune, obligez-moi non plus parler !
00:37:47Non, je veux que tout le monde le sache ! Je l'ai dit partout dans la ville et j
00:37:51'ai rapporté dans ma poche un petit amour en sucre !
00:37:54Je veux le mettre sur ma cheminée en signe de réconciliation et toutes les fois que je le regarderai, j
00:38:00'en aimerai cent fois plus ma femme !
00:38:02Ce sera pour me garantir de toute défiance à l'avenir !
00:38:05C'est agir en digne Marie, je reconnais-la Maître André !
00:38:08Capitaine, je vous salue ! Voulez-vous dîner avec nous ? Nous avons aujourd'hui au logis une façon de
00:38:13petite fête et vous êtes le bienvenu !
00:38:16C'est trop d'honneur que vous me faites !
00:38:18Je vous présente un nouvel hôte ! C'est un de mes clairs, capitaine ! Et... c'est dans Tarmatogué
00:38:25! Ce n'est pas pour vous faire azur !
00:38:26Le petit drôlat de l'esprit, il vient faire la cour à ma femme !
00:38:31Monsieur, puis-je vous demander votre nom ? Je suis ravi de faire votre connaissance !
00:38:35Fortuño ! C'est un nom heureux !
00:38:37À vous dire vrai, voilà tantôt un an qu'il travaillait à mon étude et je ne m'étais pas
00:38:41aperçu de tout le mérite qu'il a !
00:38:42Je crois même que sans Jacqueline, je n'y aurais jamais songé !
00:38:46Son écriture n'est pas très nette ! Il me fait des accolades qui ne sont pas exemptes de reproches
00:38:51!
00:38:51Mais ma femme a besoin de lui pour quelques petites affaires et elle se loue fort de son zèle !
00:38:56C'est leur secret ! Nous autres maris ne mettons point le délat !
00:39:00Un hôte aimable dans une petite ville n'est pas une chose de peu de prix aussi ! Dieu veuille
00:39:05qu'il s'y plaise, nous le recevrons de notre mieux !
00:39:07Je ferai tout pour me rendre ligne !
00:39:09Mon travail, comme vous le savez, me retient chez moi la semaine !
00:39:11Je ne suis pas fâché que Jacqueline s'amuse sans moi comme elle l'entend !
00:39:15Il lui fallait parfois un bras pour se promener dans la ville !
00:39:20Oui, le médecin veut qu'elle marche !
00:39:22Et le grand air lui fait du bien !
00:39:24Ce garçon-là, c'est les nouvelles, il dit fort bien la bonne voix !
00:39:28Et... il est de bonne famille et ses parents l'ont bien élevé !
00:39:31C'est un cavalier !
00:39:33Pour ma famille, je vous demande votre amitié pour lui !
00:39:36Mon amitié digne Maître André est tout entière à son service !
00:39:39C'est une chose qui vous est acquise et dont vous pouvez disposer !
00:39:42Monsieur le capitaine est bien honnête et je ne sais comment le remercier !
00:39:46Touchez-la !
00:39:47L'honneur est pour moi s'il veut me compter pour un ami !
00:39:50Voilà qui va à merveille ! Vive la joie ! La nappe nous attend !
00:39:54Donnez la main à Jacqueline et venez goûter de mon vin !
00:39:57Maître André ne me paraît pas prendre tout à fait les choses comme je m'y attendais !
00:40:00Sa confiance et sa jalousie dépendent d'un mot !
00:40:03Et du vent qui souffle !
00:40:04Mais ce n'est pas cela qu'il nous faut !
00:40:06Si cela prend cette tournure, nous n'avons que faire de votre clair !
00:40:10J'ai fait ce que vous m'avez dit !
00:40:12C'est quoi ?
00:40:16C'est quoi ?
00:40:18C'est quoi ?
00:40:19C'est quoi ?
00:40:20Pas de couple ?
00:40:24Neu !
00:40:25Inc'est pas...
00:40:26C'est quoi ?
00:40:29C'est quoi ?
00:40:32C'est quoi ?
00:40:46Il me semble que Fortunio n'est pas resté longtemps à l'étude.
00:40:50Il y a Gala ce soir à la maison et Maître André l'a invité.
00:40:52Oui, de façon que l'ouvrage nous reste.
00:40:56J'ai la main droite paralysée.
00:40:59Il n'est pourtant que troisième scène, il aurait pu nous inviter aussi.
00:41:03Oh, après tout, c'est un bon garçon. Il n'y a pas grand mal à cela.
00:41:06Non, il n'y en aurait pas non plus si on nous eut mis de l'annonce.
00:41:12Quelle odeur de cuisine.
00:41:15On fait un bruit là-bas, c'est à ne pas s'entendre.
00:41:18Je crois qu'on danse.
00:41:21Oh, diable et paparasse, je n'en ferai pas davantage aujourd'hui.
00:41:24C'est une chose, j'ai quelques idées qu'il se passe du mystère ici.
00:41:28Bon, comment cela ?
00:41:30Oui, oui, tout n'est pas clair et si je voulais un peu jaser...
00:41:33On n'est pas peur, je n'en dirai rien.
00:41:35Tu te souviens que j'ai vu l'autre jour un homme escalader la fenêtre, qui s'était non a
00:41:39rien su.
00:41:39Mais aujourd'hui, pas plus tard que ce soir, j'ai vu quelque chose, moi, qui te parle.
00:41:43Est-ce que c'était, je le sais bien.
00:41:45Et qu'est-ce que c'était, compte-moi cela.
00:41:46J'ai vu Jacqueline, entre chien et loup, ouvrir la porte du jardin.
00:41:50Un homme était derrière elle qui s'est lissé contre le mur et qui lui a baisé la main.
00:41:54Après quoi, il a pris large.
00:41:55Et j'ai entendu qu'il disait, ne craignez rien, je reviendrai tantôt.
00:41:59Vraiment ?
00:42:00Cela n'est pas possible.
00:42:01Je l'ai vu comme je te vois.
00:42:03Ma foi, s'il en était ainsi, je sais bien ce que je ferais à ta place.
00:42:06J'en avertirais Maître André comme l'autre fois, ni plus ni moins.
00:42:09Oh, cela demande réflexion.
00:42:12Ce n'est pas énorme à se donner la comédie, Maître André.
00:42:14Oh, oh, oh, oh, oh, oh, entend-tu le carillon qui fond ?
00:42:19Chut !
00:42:21Il me semble que j'entends chanter.
00:42:23Oui ?
00:42:24C'est la voix de Maître André lui-même.
00:42:26Pauvre bonhomme en se rie bien de lui.
00:42:28Viens donc un peu sur la promenade, nous chaserons tout à notre aise.
00:42:31Ma foi, quand le patron s'amuse, c'est bien de moins que l'éclair se repose.
00:42:38Il a la vise comme ça !
00:42:41C'est parti de la bataille !
00:42:49Alors, M. Fortuigny, nous servez donc à boire, madame !
00:42:53C'est sous mon cœur, M. le capitaine !
00:42:59Et je bois à votre santé !
00:43:01Faites donc !
00:43:02A la santé de votre voisine, vous n'êtes pas galant !
00:43:04Eh oui, à la santé de ma femme !
00:43:11Je suis enchanté, capitaine, que vous trouviez ce vin de votre goût !
00:43:18Amis, buvons !
00:43:20Buvons sans cesse !
00:43:23Cette chanson-là est trop vieille ! Chantez donc, M. Fortuigny.
00:43:28Si madame veut l'ordonner.
00:43:29Hum, hum ! Le garçon, c'est son monde !
00:43:34Chantez, je vous en prie !
00:43:36Un instant !
00:43:37Avant de chanter, mangez un peu de ce biscuit !
00:43:40Cela vous ouvrira la voix et vous donnera du montant !
00:43:44Ah, le capitaine a le mot pour rire !
00:43:46Je vous remercie, cela m'étouffre.
00:43:48Bon, bon !
00:43:50Demandez à madame de vous en donner un morceau.
00:43:54Je suis sûr que de sa blanche main, cela vous paraîtra léger.
00:43:59Oh, ciel ! Que vois-je vos pieds sur le carreau, madame ? Souffrez qu'on apporte un coussin !
00:44:04Oh, voilà un sous cette fête !
00:44:05Ah, la bonne, M. Fortuigny, je pensais que vous m'eussiez laissé faire !
00:44:09Un jeune homme qui fait sa cour ne doit pas permettre qu'on le prévienne !
00:44:13Oh, le garçon ira loin ! Il n'y a qu'à lui dire un mot !
00:44:16Chantez donc, M. Fortuigny, nous vous écoutons de toutes nos oreilles !
00:44:21Je n'ose devant les connaisseurs, je ne sais pas de chanson de double !
00:44:24Puisque madame vous l'a ordonnée, vous ne pouvez vous en dispenser !
00:44:28Je ferai donc comme je pourrai !
00:44:31N'avez-vous pas encore, M. Fortuigny, adressé de vert à madame ?
00:44:36Voyez, l'occasion s'en présente !
00:44:38Silence ! Silence ! Laissez-le chanter !
00:44:41Une chanson d'amour, surtout, n'est-il pas vrai, M. Fortuigny.
00:44:43Pas autre chose, je vous en prie.
00:44:46Madame, s'il vous plaît, priez-le qu'il nous chante une chanson d'amour !
00:44:50On ne saurait vivre sans cela !
00:44:54Je vous en prie, Fortuigny.
00:45:02Si vous croyez que je vais dire
00:45:09Qui j'ose aimer
00:45:12Je ne saurais pour un empire
00:45:18Vous la nommer
00:45:23Nous allons chanter à la ronde
00:45:28Si vous voulez
00:45:32Que je l'adore et qu'elle est blonde
00:45:36Comme les blés
00:45:41Je fais ce que sa fantaisie
00:45:48Veut m'en donner
00:45:51Et je puis, s'il lui faut ma vie
00:45:57La lui donner
00:46:01Du mal qu'une amour ignorée
00:46:08Nous fait souffrir
00:46:12J'emporte l'âme déchirée
00:46:18Jusqu'à mourir
00:46:22Mais j'aime trop pour que je dise
00:46:29Qui j'ose aimer
00:46:33Et je veux mourir pour ma vie
00:46:40On l'a nommée
00:46:46On l'a nommée
00:47:08Vaut mieux qu'une grisette
00:47:10Qu'en pense madame
00:47:11Et quel est son âge ?
00:47:12Très bien
00:47:13Donnez-moi le bras
00:47:14Et allons prendre le café
00:47:16Allons vite, M. Fortuigny
00:47:17Offrez votre bras à madame
00:47:23Avez-vous fait ma commission ?
00:47:25Oui madame, tout est dans l'étude
00:47:26Allez ma tante dans ma chambre
00:47:27Je vais vous y rejoindre dans un instant
00:47:59Est-il un homme plus heureux que moi ?
00:48:02J'en suis certain Jacqueline même
00:48:05Et à tous les signes qu'elle m'en donne
00:48:06Il n'y a pas à s'y tromper
00:48:09Déjà me voilà bien reçue
00:48:10Fêtée, choyée dans la maison
00:48:12Elle m'a fait mettre à table à côté d'elle
00:48:14Si elle sort, je l'accompagnerai
00:48:17Quelle douceur
00:48:18Quelle voix, quel sourire
00:48:20Quand son regard se fixe sur moi
00:48:21Je ne sais ce qui me passe par le corps
00:48:23J'ai une joie qui me prend à la gorge
00:48:24Je lui sentrais au cou si je ne m'en retenais
00:48:27Oh non !
00:48:29Plus j'y pense, plus je réfléchis
00:48:31Les moindres signes, les plus légères faveurs
00:48:34Tout est certain
00:48:35Elle m'aime, elle m'aime
00:48:38Et je serais un son fiéfé si je feignais de ne pas le voir
00:48:42Lorsque j'ai chanté tout à l'heure
00:48:45Comme j'ai vu briller ses yeux
00:48:48Êtes-vous là à Fortuignyot ?
00:48:50Oui
00:48:51Voilà votre écran madame et ce que vous avez demandé
00:48:54Vous êtes homme de parole
00:48:56Et je suis contente de vous
00:48:57Comment vous dire ce que j'éprouve
00:48:59Un regard de vos yeux a changé mon sort et je ne vite pour vous servir
00:49:02Vous nous avez chanté à table une bien jolie chanson tout à l'heure
00:49:06Pour qui est-ce donc qu'elle est faite ?
00:49:08Me la voulez-vous donner par écrit ?
00:49:10Elle est faite pour vous madame
00:49:12Je meurs d'amour et ma vie est à vous
00:49:16Vraiment ?
00:49:17Je croyais que votre refrain défendait de dire qui on aime
00:49:20Oh Jacqueline, ayez pitié de moi
00:49:23Ce n'est pas d'hier que je souffre
00:49:25Depuis deux ans à travers ces charmis je suis la trace de vos pas
00:49:28Depuis deux ans sans que jamais peut-être vous ayez su mon existence
00:49:31Vous n'êtes pas sorti ou rentré
00:49:33Votre ombre tremblante et légère n'a pas paru derrière vos rideaux
00:49:36Vous n'avez pas ouvert votre fenêtre
00:49:38Vous n'avez pas remué dans l'air
00:49:39Que je ne fût cela, que je ne vous ai vu
00:49:41Je ne pouvais approcher de vous
00:49:43Mais votre bonté grâce à Dieu m'appartenait comme le soleil à tous
00:49:47Je la cherchais, je la respirais, je vivais de l'ombre de votre vie
00:49:51Vous passiez le matin sur le seuil de la porte
00:49:53La nuit j'y revenais pleurer
00:49:55Quelques mots tombés de vos lèvres avaient pu venir jusqu'à moi
00:49:57Je les répétais tout un jour
00:49:58Vous cultiviez des fleurs, ma chambre en était pleine
00:50:01Vous chantiez le soir au piano, je savais par coeur vos romances
00:50:05Tout ce que vous aimiez je l'aimais
00:50:07Je m'enlivrais de ce qui avait passé sur votre bouche et dans votre coeur
00:50:15Hélas, je vois que vous souriez
00:50:18Dieu sait que ma douleur est vraie et que je vous aime à en mourir
00:50:21Mais je ne souris pas de vous entendre dire qu'il y a deux ans que vous m'aimez
00:50:25Je souris de ce que je pense, qu'il y aura deux jours demain
00:50:29Que je vous perde si la vérité ne m'est aussi chère que mon amour
00:50:32Que je vous perde s'il n'y a deux ans que je n'existe que pour vous
00:50:35Levez-vous si on venait, qu'est-ce qu'on penserait de moi ?
00:50:37Non, je ne me lèverai pas, je ne quitterai pas cette place
00:50:39Ne va-t-il pas rester une heure, ce méchant enfant obstiné ?
00:50:43Allons, levez-vous, je le veux
00:50:45Vous croyez donc à mon amour ?
00:50:47Non, je n'y crois pas
00:50:48Cela m'arrange de ne pas y croire
00:50:50C'est impossible, vous n'en pouvez douter
00:50:52Vous faites la cour aux grisettes, je le fais, comme si je l'avais vu
00:50:55Mais vous vous moquez, qui a pu vous le dire ?
00:50:56Oui, oui, vous allez à la danse et au dîner sur le gazon
00:50:59Et avec mes amis le dimanche, quel mal y a-t-il à cela ?
00:51:02Je vous l'ai déjà dit hier, vous êtes jeune
00:51:05Et à l'âge où le cœur est riche, on n'a pas les lèbres à voir
00:51:09Et que faut-il faire pour vous convaincre ?
00:51:11Je vous en prie, dites-le moi
00:51:12Vous demandez un joli conseil ?
00:51:16Eh bien, il faudrait le prouver
00:51:21Seigneur mon Dieu, je n'ai que des larmes
00:51:27Les larmes prouvent-elles qu'on aime ?
00:51:29Et quoi ?
00:51:30Me voilà à genoux devant vous
00:51:32Mon cœur à chaque battement voudrait s'élancer sur vos lèvres
00:51:35Ce qui m'a jeté à vos pieds, c'est une douleur qui m'écrase
00:51:38Que je combats depuis deux ans, que je ne peux plus contenir
00:51:41Et vous restez froide et incrédule ?
00:51:43Je ne puis faire passer en vous une étincelle du feu qui me dévore ?
00:51:46Vous n'yez même ce que je souffre quand je suis prêt à mourir devant vous ?
00:51:51C'est plus cruel qu'un fût
00:51:54C'est plus affreux que le mépris
00:51:57L'indifférence elle-même peut croire
00:51:59Et je n'ai pas mérité cela
00:52:00Debout on vient, je vous crois, je vous aime
00:52:04Sortez par le petit escalier
00:52:07Revenez en bas
00:52:09J'y serai
00:52:18Elle m'aime
00:52:21Jacqueline m'aime
00:52:23Elle s'éloigne, elle me quitte ainsi
00:52:27Oh non
00:52:29Non, je ne puis descendre encore
00:52:31On approche
00:52:33Quelqu'un l'a arrêté
00:52:35Vite, sortons !
00:52:37La porte est fermée du dehors, je ne peux pas sortir
00:52:40Mais comment faire ?
00:52:44Mais si je sors par là, je vais rencontrer ceux qui viennent
00:52:46Venez donc, venez dans le café
00:52:48Mais c'est le capitaine qui monte avec elle
00:52:50Cachons-nous vite et attendons
00:52:51Il ne faut pas qu'on me voit ici
00:52:58Parbleu, madame, je vous cherchais partout
00:52:59Que faisiez-vous donc toute seule ?
00:53:02Mon dieu, sortez, la porte est une nouvelle partie
00:53:04Mais vous me laissiez dans un tête-à-tête qui n'est vraiment pas supportable
00:53:08Qu'ai-je à faire avec maître André, je vous prie ?
00:53:11Et justement, vous nous laissiez ensemble
00:53:12Quand le vin joyeux de l'époux doit me rendre plus précieux
00:53:15L'aimable entretien de la femme
00:53:18C'est incroyable
00:53:20Que veut dire ceci ?
00:53:22Voyons un peu
00:53:25Les sons des anneaux
00:53:27Et qu'en voulez-vous faire, est-ce que vous faites un cadeau ?
00:53:29Vous savez bien que c'est notre fable
00:53:32Mais en conscience, c'est de l'or
00:53:35Mais si vous comptez tous les matins user du même stratagème
00:53:37Notre jeu finira bientôt par ne plus valoir
00:53:42A propos, que ce dîné m'a amusé
00:53:45Quelle curieuse figure faisait notre jeune initié
00:53:49Initié ?
00:53:50A quel mystère ?
00:53:53Est-ce de moi qu'il veut parler ?
00:53:55C'est un bijou de poids
00:53:57Vous avez eu là une curieuse idée
00:53:59Il paraît qu'il est aussi dans la confidence de Jacqueline
00:54:03Comme il tremblait le pauvre garçon quand il a soulevé son verre
00:54:06Il m'a amusé avec ses coussins, il faisait plaisir à voir
00:54:11Assurément, c'est de moi qu'il parle
00:54:13Vous allez rendre cela, je suppose, au bijoutier qu'il a fourni
00:54:16Entre la chaîne et pourquoi donc ?
00:54:18Sa chanson surtout, ma ravi
00:54:20Et maître André l'a bien remarqué
00:54:22Il en avait, Dieu me pardonne, la larme à l'oeil, pour tout bon
00:54:28Je n'ose croire ni comprendre encore
00:54:30Est-ce un rêve, suis-je éveillé ?
00:54:33Et qu'est-ce donc que ce clavaroche ?
00:54:35D'ailleurs, il devient inutile de pousser les choses plus loin
00:54:37À quoi bon un tiers incommode, si les soupçons ne reviennent plus ?
00:54:43Et ses maris ne manquent jamais d'adorer les amoureux de leur femme
00:54:45Voyez ce qui est arrivé
00:54:47Du moment qu'on se fie à vous, il faut souffler sur le chandelier
00:54:50Mais qui sait ce qui arrivera ?
00:54:52Avec ce caractère-là, il n'y a jamais rien de sûr
00:54:54Il faut garder sous la main de quoi se tirer d'embarras
00:54:57Fasse de moi leur jouer, ça ne peut être sans motif
00:55:00Toutes ces paroles sont des énigmes
00:55:03Je suis d'avis de le congédier
00:55:05Comme vous voudrez, dans tout ça, ce n'est pas moi que je consulte
00:55:07Quand le mal serait nécessaire, croyez-vous qu'il serait de mon choix
00:55:10Mais qui sait si ce soir, demain, dans une heure, ne viendra pas une bourrasque ?
00:55:14Il ne faut pas compter sur le calme avec trop de sécurité
00:55:16Tu crois ?
00:55:17Juste ciel
00:55:20J'ai cru entendre un soupir
00:55:22Capitaine !
00:55:24Alors, c'est votre mari qui vient
00:55:28Capitaine !
00:55:29Eh bien, vous me laissez prendre mon café tout seul
00:55:33Et une autre fine partie de piquet
00:55:36C'est amusant
00:55:38Hier, il m'a fait capot
00:55:40Vous voulez jouer maintenant ?
00:55:42Marvanche !
00:55:44Venez donc, Maitre André
00:55:46Oui, c'est ça !
00:55:47Ah, oui, j'ai marvanche !
00:55:48Ah, oui, j'ai marvanche !
00:55:50Ah, oui, j'ai marvanche !
00:56:16Vous voulez jouer, j'ai marvanche !
00:56:18Un très bon temps !
00:56:21Mais, j'ai marvanché !
00:56:26Une charde !
00:56:34J'ai marvanche !
00:56:35...
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01:08:32Il s'est mis dans la tête que madame recevait quelqu'un en secret.
01:08:36Vous n'en direz rien, n'est-ce pas ?
01:08:38Il veut se cacher cette nuit dans l'étude.
01:08:39Et pourquoi se cacher dans l'étude ?
01:08:41Pour tout surprendre et faire son procès.
01:08:43En vérité ?
01:08:44Oui.
01:08:45Est-ce possible ?
01:08:46Il y a qui réponse, monsieur ?
01:08:47J'y vais moi-même.
01:08:48Allons, partons.
01:08:55On ne se frappe pas.
01:08:58Qui sait ce qu'un homme, comme maître André,
01:09:00une fois poussé à la violence, peut inventer pour se venger.
01:09:04Je n'enverrai pas ce jeune homme à un péril aussi affreux.
01:09:08Ce clavaroche est sans pitié.
01:09:10Tout est pour lui champ de bataille.
01:09:12Il n'a d'entraide pour rien.
01:09:15C'est à quoi bon exposer Fortunio ?
01:09:17Lorsqu'il n'y a rien de si simple que n'exposer ni soin ni personne.
01:09:22Je veux croire que tout soupçon s'évanouirait par ce moyen.
01:09:27Mais le moyen lui-même est un mal et je ne veux pas l'employer.
01:09:33Non.
01:09:35Ça me coûte et me déplaît.
01:09:39Je ne veux pas que ce jeune homme soit maltraité.
01:09:43Puisqu'il dit qu'il m'aime et bien soit.
01:09:47Je ne rends pas le mal pour le bien.
01:09:54Vous m'avez fait demander, madame.
01:09:56On a dû vous remettre un billet de ma part. L'avez-vous lu ?
01:09:59On me l'a remis et je l'ai lu.
01:10:01Vous pouvez disposer de moi.
01:10:02C'est inutile, j'ai changé d'habit.
01:10:04Déchirez-le.
01:10:05Et qu'il n'en soit jamais question.
01:10:08Puis-je vous servir en quelque autre chose ?
01:10:11Ce singulier n'assiste pas.
01:10:13Mais non, je ne vais pas vos enlouvrir.
01:10:16Ah, je vous avais demandé votre chanson.
01:10:27La voilà.
01:10:30Sont-ce tous vos ordres ?
01:10:31Oui.
01:10:32Je crois que oui.
01:10:34Mais qu'avez-vous donc ?
01:10:36Vous êtes pâle, ça me semble.
01:10:38Si ma présence vous est inutile, permettez-moi de me retirer.
01:10:41Je l'aime beaucoup, cette chanson.
01:10:43Elle a un petit air naïf qui va avec votre coiffure.
01:10:47Elle est bien faite par vous.
01:10:48Vous avez beaucoup d'indulgence.
01:10:51Oui, voyez-vous, j'avais eu d'abord l'idée de vous faire venir,
01:10:53mais j'ai réfléchi, c'était une folie.
01:10:56Je vous ai trop vite écouté.
01:10:59Mettez-vous là et chantez-moi votre chanson.
01:11:01Non, excusez-moi, je ne saurais maintenant.
01:11:03Et pourquoi donc ?
01:11:04Êtes-vous souffrant si c'est un méchant café ?
01:11:07J'ai presque envie de vouloir que vous chantiez.
01:11:11Bon gré, mal gré.
01:11:13N'ai-je pas quelques droits de seigneur sur cette feuille de papier-là ?
01:11:16Ce n'est pas mauvaise volonté, je ne peux rester plus longtemps
01:11:18et maître André a besoin de moi.
01:11:19Il me plaît assez que vous soyez grondé.
01:11:23Asseyez-vous là et chantez.
01:11:27Si vous l'exigez,
01:11:30j'obéis.
01:11:37À quoi songez-vous donc ?
01:11:39Est-ce que vous attendez qu'on vienne ?
01:11:43Je souffre, ne me retenez pas.
01:11:44Chantez d'abord.
01:11:46Nous verrons ensuite si vous souffrez.
01:11:49Et si je vous retiens.
01:11:52Chantez, vous dis, je le veux.
01:11:56Vous ne chantez pas.
01:11:58Eh bien, que fait-il donc ?
01:12:01Allons, voyons.
01:12:02Si vous chantez, je vous donnerai le bout de ma mitaine.
01:12:04Oh, tenez, Jacqueline, écoutez-moi.
01:12:06Vous auriez mieux fait de me le dire et j'aurais consenti à tout.
01:12:09Qu'est-ce que vous dites ? De quoi parlez-vous ?
01:12:10Oui, vous auriez mieux fait de me le dire.
01:12:12Oui, devant Dieu, j'aurais tout fait pour vous.
01:12:14Tout fait pour moi, mais...
01:12:15Que voulez-vous dire ?
01:12:16Oh, Jacqueline.
01:12:18Jacqueline, il faut que vous l'aimiez beaucoup.
01:12:20Il doit vous en coûter de mentir et de railler ainsi sans pitié.
01:12:24Moi, je vous raille ? Qui vous l'a dit ?
01:12:25Je vous en supplie, ne mentez pas davantage.
01:12:27Envoie-la assez, je sais tout.
01:12:29Mais enfin, qu'est-ce que vous savez ?
01:12:31J'étais hier dans votre chambre lorsque Clavaroche était là.
01:12:36Est-ce possible ?
01:12:40Vous étiez là.
01:12:41Oui, j'y étais.
01:12:42Au nom du ciel, ne dites pas un mot, là-dessus.
01:12:47Puisque vous savez tout, monsieur.
01:12:50Il ne me reste qu'à vous prier de garder le silence.
01:12:53Je sens assez mes torts envers vous pour ne pas même vouloir tenter de les affaiblir à vos yeux.
01:12:58Ce que la nécessité commande et ce à quoi elle peut entraîner, un autre que vous le comprendrez peut-être.
01:13:05Je pourrais sinon pardonner, du moins excuser ma conduite, mais...
01:13:09Vous êtes malheureusement une partie trop intéressée pour en juger avec indulgence.
01:13:14Je suis résignée, j'attends.
01:13:17N'ayez aucune espèce de crainte.
01:13:19Si je ne fais rien qui puisse vous nuire, je me coupe la main.
01:13:21Il me suffit de votre parole et je n'ai pas le droit d'en douter.
01:13:26Souvenir de quelques plaisanteries m'oblige à une explication.
01:13:30Ne pouvant tout justifier, je préfère me taire, surtout.
01:13:35Laissez-moi croire que seul votre orgueil est offensé.
01:13:38Si cela est que ces deux jours s'oublient.
01:13:41Plus tard, nous en reparlerons.
01:13:43Jamais, c'est le souhait de mon cœur.
01:13:46Comme vous voudrez, je dois obéir.
01:13:48Si cependant je ne dois plus vous voir, j'aurai un mot à ajouter.
01:13:51De vous à moi, je suis sans crainte puisque vous me promettez le silence, mais il existe une autre personne.
01:13:56Dont la présence dans cette maison peut avoir des suites fâcheuses.
01:13:59Je n'ai rien à dire à ce sujet.
01:14:00Je vous demande de m'écouter.
01:14:03Un éclat entre vous et lui, vous le sentez, fait pour me perdre, donc je ferai tout pour le prévenir.
01:14:07Quoi que vous puissiez exiger, je m'y soumettrai sans murmure.
01:14:10Ne me quittez pas sans y réfléchir, dictez vous-même les conditions.
01:14:14Faut-il que la personne dont je parle s'éloigne d'ici pendant quelque temps ?
01:14:18Faut-il qu'elle s'excuse près de vous ?
01:14:21Tout ce que vous jugerez convenable sera reçu par moi comme une graphe.
01:14:27Et par elle, comme un devoir.
01:14:29Me souvenir de quelques plaisanteries m'oblige à vous interroger sur ce point.
01:14:35Que décidez-vous ?
01:14:38Répondez.
01:14:39Je n'exige rien.
01:14:41Vous l'aimez ?
01:14:43Soyez en paix tant qu'il vous aimera.
01:14:46Je vous remercie pour ces deux promesses.
01:14:50Que puis-je faire encore ? Je suis à vos ordres.
01:14:52Rien.
01:14:53Adieu, madame.
01:14:54Soyez sans crainte, vous n'aurez jamais à vous plaindre de moi.
01:14:56Je vous continue, laissez-moi cela.
01:14:58Et qu'en ferez-vous, cruelle que vous êtes ?
01:15:00Vous me parlez depuis un quart d'heure et rien du cœur ne vous sort des lèvres.
01:15:03Il s'agit bien de vos excuses, de sacrifices et de réparations.
01:15:07Il s'agit bien de votre clavaroche et de sa saut de vanité.
01:15:09Il s'agit bien de mon orgueil.
01:15:12Vous croyez donc l'avoir blessé ?
01:15:13Vous croyez donc que ce qui m'afflige est d'avoir été pris pour dupe et plaisanté à ce dîner
01:15:16?
01:15:17Je ne m'en souviens seulement pas.
01:15:20Et quand je vous dis que je vous aime, vous croyez donc que je n'en sens rien ?
01:15:23Quand je vous parle de deux ans de souffrance, vous croyez donc que je fais comme vous ?
01:15:28C'est quoi ?
01:15:29Vous me brisez le cœur.
01:15:30Vous prétendez vous en repentir et c'est ainsi que vous me quittez.
01:15:33La nécessité, dites-vous, vous a fait commettre une faute.
01:15:35Et vous en avez du regret.
01:15:37Vous rougissez, vous détournez la tête.
01:15:39Ce que je souffre vous fait pitié.
01:15:40Vous me voyez, vous comprenez votre œuvre ?
01:15:42Et la blessure que vous m'avez faite, voilà comme vous la guérissez ?
01:15:47Elle est au cœur, Jacqueline.
01:15:50Et vous n'aviez qu'à tendre la main.
01:15:53Je vous le jure.
01:15:55Si vous l'aviez voulu,
01:15:57quel compte-eux qu'il soit de le dire,
01:16:00quand vous en soureriez vous-même,
01:16:03j'étais capable de consentir à tout.
01:16:06Oh Dieu !
01:16:08Oh la force m'abandonne.
01:16:11Je ne peux pas sortir d'ici.
01:16:12Pauvre enfant, je suis bien coupable.
01:16:14Tenez, respirez ce flacon.
01:16:15Non, gardez-les.
01:16:17Gardez-les pour lui, ces soins dont je ne suis pas digne.
01:16:20Ce n'est pas pour moi qu'ils sont faits.
01:16:23Je n'ai pas l'esprit inventif.
01:16:25Je ne suis ni heureux ni habile.
01:16:27Je ne sors à l'occasion pour j'ai un profond stratagème.
01:16:31Insensé.
01:16:32J'ai cru être aimé.
01:16:33Oui.
01:16:35Parce que vous m'aviez souri.
01:16:36Parce que votre main tremblait dans la mienne.
01:16:38Parce que vos yeux semblaient chercher mes yeux.
01:16:40Parce que vos lèvres s'étaient ouvertes et qu'un vin son en était sorti.
01:16:43Oui, je l'avoue, j'avais fait un rêve.
01:16:45J'avais cru qu'on aimait ainsi.
01:16:48Quelle misère.
01:16:50Est-ce à une parade que votre sourire m'avait félicité de la beauté de mon choix ?
01:16:54Est-ce le soleil d'herbant sur mon casque qui vous avait ébloui les yeux ?
01:16:59Je sortais d'une salle obscure dont je suivais depuis deux ans vos promenades dans une allée.
01:17:03J'étais un pauvre dernier clair qui s'ingérait de pleurer en silence.
01:17:08C'est bien là ce qu'on pouvait aimer.
01:17:11Pauvre enfant.
01:17:14Ah oui, pauvre enfant.
01:17:17Dites-le encore.
01:17:20Car je ne sais si je rêve ou si je veille.
01:17:23Et malgré tout, si vous ne m'aimez pas.
01:17:26Et que vous avez chevet, Jacqueline ?
01:17:29Comment se peut-il que sans aucun motif,
01:17:31sans avoir pour moi ni amour, ni haine,
01:17:33sans me connaître, sans m'avoir jamais vu,
01:17:36comment se peut-il que vous, que tout le monde aime,
01:17:38que j'ai vu faire la charité et arroser les fleurs,
01:17:39qui êtes bonnes, qui croyez en Dieu, à qui jamais...
01:17:45Je vous accuse.
01:17:47Vous que je n'aime plus que ma vie.
01:17:50Si elle vous achevait un reproche,
01:17:52Jacqueline, pardonnez-moi.
01:17:53Calmez-vous.
01:17:55Et à quoi suis-je bon, grand Dieu ?
01:17:57Sinon à vous donner ma vie.
01:17:59Sinon plus cet effusage que vous voudrez faire de moi.
01:18:01Sinon à vous suivre, à vous préserver,
01:18:03à écarter de vos pieds une épine.
01:18:06J'ose me plaindre et vous m'aviez choisi.
01:18:08Ma place était à votre table.
01:18:10J'allais compter dans votre existence.
01:18:12Vous alliez dire à la nature entière,
01:18:13à ces jardins, à ces prairies,
01:18:14de me sourire, comme vous.
01:18:16Votre belle et radieuse image commençait à marcher devant moi.
01:18:18Et je la suivais.
01:18:19J'allais vivre.
01:18:20Est-ce que je vous perds, Jacqueline ?
01:18:22Est-ce que j'ai fait quelque chose pour que vous me chassiez ?
01:18:25Mais pourquoi non, ne voulez-vous pas faire encore semblant de m'aimer ?
01:18:30Seigneur, mon Dieu, qu'est-ce que j'ai fait ?
01:18:34Fortunio, revenez à vous.
01:18:45Qui êtes-vous ?
01:18:48Laissez-moi partir.
01:18:49Appuyez-vous, venez à la fenêtre.
01:18:51Je vous en prie, Fortunio.
01:18:52Je me sens mieux, je vous remercie.
01:18:56Où suis-je donc tellement odieuse que vous me repoussiez ainsi ?
01:19:00Ce n'est rien.
01:19:01Me voilà remis.
01:19:04Bon, je vous ai fait bien du mal.
01:19:07On me demandait quand je suis montée.
01:19:10Adieu, madame.
01:19:12Comptez sur moi.
01:19:13Vous reverrai-je.
01:19:14Si vous voulez.
01:19:16Montrez-vous ce soir au salon.
01:19:17Si cela vous plaît.
01:19:19Vous partez donc encore un instant.
01:19:20Adieu, adieu, je ne puis rester.
01:19:22Fortunio, écoutez-moi.
01:19:23Mais que me voulez-vous, Jacqueline ?
01:19:24Non, il faut que je vous parle.
01:19:26Je ne veux pas vous demander pardon.
01:19:27Je ne veux revenir sur rien.
01:19:28Je ne veux pas me justifier.
01:19:29Vous êtes bon, brave et sincère.
01:19:30J'ai été fausse et déloyale.
01:19:32Mais je ne veux pas vous quitter ainsi.
01:19:33Et je vous pardonne de tout mon cœur.
01:19:35Non, vous souffrez, le mal est fait.
01:19:37Où allez-vous ?
01:19:38Que voulez-vous faire ?
01:19:41Comment se peut-il, sachant tout, que vous soyez revenu ici ?
01:19:47Vous m'aviez fait demander ?
01:19:50Et vous veniez pour me dire que je vous verrais à rendez-vous.
01:19:54Est-ce que vous y seriez venu ?
01:19:56Oui.
01:19:58Si c'était pour vous rendre service, je vous avoue que je le croyais.
01:20:01Pourquoi pour me rendre service ?
01:20:05Madeleine m'a dit quelques mots.
01:20:08Vous le saviez, malheureux.
01:20:12Et vous veniez à ce jardin.
01:20:15Le premier mot que je vous ai dit de ma vie, c'est que je mourrais de bon cœur pour
01:20:19vous.
01:20:21Et le second, c'est que je ne mentais jamais.
01:20:23Vous le saviez, vous veniez.
01:20:27Mais songez-vous à ce que vous dites.
01:20:30Il s'agissait d'un guet-apant.
01:20:32Je le savais.
01:20:33Il s'agissait d'être surpris, d'être tué peut-être.
01:20:37Que sais-je, c'est horrible à dire.
01:20:38Je savais tout.
01:20:40Vous saviez tout.
01:20:43Vous saviez tout.
01:20:44Vous écoutiez hier, n'est-il pas vrai ?
01:20:47Vous saviez encore tout, n'est-ce pas ?
01:20:51Vous saviez que je mors, que je trompe, que je vous raille et que je vous tue.
01:20:56Vous saviez que j'aime Clavaroche et qu'il me veut faire tout ce qu'il veut.
01:21:00Que je joue une comédie.
01:21:02Que là, hier, je vous ai pris pour dupe.
01:21:04Que je suis lâche et méprisable.
01:21:07Que je vous expose à la mort par plaisir.
01:21:10Vous saviez tout.
01:21:13Vous en étiez sûr.
01:21:15Eh bien, eh bien, qu'est-ce que vous savez maintenant ?
01:21:20Jacqueline, je crois, je sais que...
01:21:26Mais sais-tu bien que je t'aime, enfant que tu es ?
01:21:30Qu'il faut que tu me pardonnes ou que je meurs et que je te le demande à genoux.
01:21:57Grâce au ciel, nous voilà tous joyeux, tous réunis et tous amis.
01:22:03Si je doute jamais de ma femme, puis ce bon vin m'empoisonner.
01:22:08Je vous répète que votre clerc m'ennuie, faites-moi la grâce de le renvoyer.
01:22:11Je fais ce que vous m'avez dit.
01:22:12Quand je pense qu'hier, j'ai passé la nuit dans l'étude à me morfondre sur un maudit soupçon,
01:22:17je ne sais lequel nom m'appeler.
01:22:20Croyez-vous un autre, maître André ?
01:22:23Si votre clerc le sort de la maison, j'en sortirai tantôt moi-même.
01:22:26Je fais ce que vous m'avez dit.
01:22:26Mais je l'ai conté à tout le monde, il faut que justice se fasse ici-bas.
01:22:31Toute la ville saura qui je suis.
01:22:33Et désormais, pour pénitence, je ne douterai de quoi que ce soit.
01:22:39Monsieur Fortignot, je bois vos amis.
01:22:42Voilà, c'est j'ai fait.
01:22:44Je comprends ce que cela signifie et ce n'est pas là ce que je vous ai dit.
01:22:46Oui, aux amours de Fortignot.
01:22:52Amis, buvons, buvons sans ses fesses.
01:22:58Cette chanson-là est bien vieille.
01:23:02Chantez donc, monsieur Clavarot.
01:23:04La chanson-là est bien vieille.
01:24:01Sous-titrage MFP.
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