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  • il y a 16 heures

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00:00:11Sous-titrage FR ?
00:00:43Il a dit qu'il devait être là pour deux heures.
00:00:56Je regrette beaucoup, monsieur, mais l'étude est fermée le dimanche.
00:00:59Qu'est-ce que vous y faites, alors ?
00:01:00Je finissais un travail urgent, monsieur, mais...
00:01:02Vous allez avoir la bonté d'en commencer un bien plus urgent.
00:01:06Oh, je ne crois pas, monsieur.
00:01:07Je suis sœur Samuel Darlington.
00:01:09Je suis très honoré, monsieur, mais l'étude...
00:01:11Je vais voir le notaire. Êtes-vous le notaire ?
00:01:13Non, monsieur. Maître Renaudot est absent. Je suis son neveu et son premier clair pour vous servir, monsieur.
00:01:17C'est cela. Servez-moi. Merci. Allez chercher le notaire.
00:01:19Je viens de vous dire qu'il n'était pas à l'étude laquelle est fermée le dimanche, monsieur.
00:01:26Je suis anglais et je respecte le jour du Seigneur, même en France.
00:01:31Mais je suis très pressé. Je suis à son jusqu'à demain soir.
00:01:34Vous reviendrez demain matin, monsieur.
00:01:36Mais demain matin, je serai mort.
00:01:37Oh ?
00:01:37Peut-être.
00:01:38Et pourquoi cela ?
00:01:39Nous sommes tous mortels.
00:01:40Sans doute, monsieur, cela ne signifie pas...
00:01:42Je serai peut-être mort dans une heure.
00:01:44Vous êtes très malade, monsieur.
00:01:45Mais je m'en porte à merveille. Mais devant l'idée de la mort, qui m'a saisi tout d
00:01:50'un coup pour la première fois, je ne saurais me fier aux apparences.
00:01:54Vous êtes neurasthénique, monsieur.
00:01:56Non.
00:01:57Alors vous serez aussi solide demain matin que vous l'êtes ce soir et vous verrez mon oncle demain matin.
00:02:01Monsieur, j'ai décidé que je ferai mon testament sur l'heure et je n'en démolverai pas.
00:02:06Vous pouvez très bien rédiger un testament chez vous et mourir tout de suite après si cela vous convient.
00:02:10C'est ce que nous appelons le testament holographe.
00:02:12Il suffit que vous le rédigiez tout entier, que vous le datiez et que vous le signez de votre propre
00:02:16main.
00:02:16Je ne veux pas de l'holognafe.
00:02:19Et pourquoi ?
00:02:20Parce que si je ne meurs pas, on peut me le voler ou le lire sans que je m'en
00:02:24aperçoive. Je peux aussi le perdre.
00:02:26Dans ce cas, vous avez le testament par acte public, monsieur. Il est reçu par deux notaires.
00:02:30Je ne veux pas de l'acte public.
00:02:32Pourquoi ?
00:02:32Parce que si nous n'avons pas un notaire, comment voulez-vous que nous en trouvions deux ?
00:02:36Vous êtes aussi autorisé par la loi à le dicter à un seul notaire, mais en présence de quatre témoins.
00:02:40Je ne veux pas, je ne veux pas dicter devant quatre témoins. Cela fait huit oreilles et 86 000 langues.
00:02:48Dans ce cas, il ne vous reste que le testament mystique, monsieur.
00:02:50Il suffit que vous le rédigiez chez vous et vous l'apportez clos et scellé à un notaire qui dresse
00:02:55un acte et le fait signer par six témoins.
00:02:57Six mois de plan ? Pourquoi pas toute la ville de Sceaux ?
00:02:59Qu'est-ce que cela peut bien vous faire puisque personne sauf vous ne sait ce que contient votre enveloppe
00:03:03?
00:03:04Oui.
00:03:06Voilà, monsieur.
00:03:07Bon, ben, dans ce cas, alors je vais écrire cela ce soir et je la porterai demain matin.
00:03:13Voilà.
00:03:14Vous aurez les témoins ?
00:03:15Les clercs de l'étude des voisins y suffiront, monsieur.
00:03:18Oui, vous êtes le neveu du notaire ?
00:03:21Oui, monsieur.
00:03:22Et l'héritier de l'étude ?
00:03:24Je crois en effet que l'intention de mon oncle, lorsqu'il aura envie ou besoin de se retirer et
00:03:28de me mettre à sa place, monsieur.
00:03:29Donc, si je ne meurs pas cette nuit...
00:03:31Vous avez de la suite dans les idées.
00:03:33Si je meurs comme mon père à 80 ans, c'est-à-dire dans une trentaine d'années, c'est
00:03:38probablement vous qui ouvrirez mon testament et qui le liriez à mes légataires.
00:03:43Sans doute, monsieur.
00:03:46Pourquoi en avez-vous ?
00:03:47Je pense à votre tête et surtout à la tête qu'il feront.
00:03:51Qui, monsieur ?
00:03:52Mes légataires.
00:03:55Est-ce que vous êtes capable de garder un secret ?
00:03:58Je ne fais que cela toute la journée, monsieur.
00:04:05Et on vous en confie donc beaucoup ?
00:04:09On nous les confie tous, monsieur.
00:04:11C'est le côté divin de notre profession.
00:04:13Les secrets se réfugissent ensemble, s'accumulent entre ces quatre murs et au creux de notre mémoire.
00:04:18Ils enrichissent et la multiplient.
00:04:20Oh, vous exagérez.
00:04:21Pas du tout, monsieur.
00:04:22Pas du tout.
00:04:23Un notaire de petite ville et surtout de petite ville si proche de Paris doit non seulement savoir la loi,
00:04:28l'appliquer, mais aussi la tourner, comprendre les événements et se les rappeler, comprendre les hommes, accoucher leur esprit, agir
00:04:35et se taire, écouter et parler.
00:04:36Et bref, glisser au travers des projets, des résolutions et des faits comme un danseur au milieu des figures d
00:04:42'un quadrille.
00:04:42C'est cela, monsieur, être un notaire, c'est être un danseur.
00:04:45Que dit-je un danseur ? Un chorégraphe.
00:04:47Pour moi, ma situation est plus simple.
00:04:50Je suis riche et cocu.
00:04:52Oh, monsieur.
00:04:54Je suis même très riche et très...
00:04:57Et très...
00:04:57Ah, oh, vous vous méprotez, monsieur.
00:04:59Moi, jeune garçon, je vous dis que je suis un cocu.
00:05:02Je ne souffrirai là-dessus aucun des ventes.
00:05:04Bien, bien, monsieur.
00:05:05Ne vous fâchez pas.
00:05:06D'ailleurs, je suis un esprit scientifique.
00:05:09Et en toutes les raisons du monde, pour supposer que j'étais un cocu, j'ai voulu vérifier.
00:05:14J'ai donc parcouru l'Europe.
00:05:16L'Europe, monsieur.
00:05:17Ma femme voyage beaucoup.
00:05:19Elle a comme amante trois amis à moi, dont l'un habite de Vienne, l'autre Saint-Pétersbourg, et le
00:05:25troisième, Naples.
00:05:26Ils sont beaucoup plus jeunes que moi.
00:05:28Ils sont même beaucoup plus jeunes qu'elle.
00:05:30Il y a toutes les raisons pour qu'ils meurent après moi.
00:05:34Moi, je vais donc les coucher sur mon testament.
00:05:37Non.
00:05:38Oui, ils seront obligés de venir ici pour la lecture du testament, n'est-ce pas ?
00:05:43Sans doute, monsieur.
00:05:44Eh bien, vous le leur lirez.
00:05:45Vous leur lirez que je leur lègue à chacun la somme de 1 franc 25.
00:05:50C'est une blague, monsieur.
00:05:51Non, c'est de l'humour, monsieur.
00:05:53Ils viendront respectivement de Naples, de Vienne et de Saint-Pétersbourg pour héritier de 1 franc 25.
00:06:01N'est-ce pas que c'est génial ?
00:06:03Mon Dieu, monsieur.
00:06:03C'est génial.
00:06:05Non, ne me dites pas que ce n'est pas génial.
00:06:07Cela me donnerait une extraordinaire déception.
00:06:10C'est génial, monsieur.
00:06:11Merci.
00:06:13Au revoir, mon jeune garçon.
00:06:17Oh, pardon, Valentin.
00:06:18Je croyais que tu étais seule.
00:06:20Monsieur est un nouveau client de l'étude, ma tante.
00:06:23Excusez-moi, monsieur.
00:06:24Sœur Samuel Darlington pour vous servir, madame la notaire ici.
00:06:29C'est moi qui vous demande pardon pour avoir troublé votre ravissant jeune notaire de neveu un dimanche.
00:06:36Oh, votre fille vous ressemble, madame la notaire ici.
00:06:41C'est dire qu'elle est charmante.
00:06:44J'aime beaucoup la France.
00:06:46Je vous présente mes respects.
00:06:48À demain matin, mon petit collégaire.
00:06:53J'adore les Anglais.
00:06:54Pas moi.
00:06:54C'est toi dont tu n'y comprends rien.
00:06:56Quel chic, quel style.
00:06:57Et d'ailleurs, il t'a trouvé charmante.
00:06:59Moi aussi, il m'a trouvé charmante.
00:07:00Il me l'a dit.
00:07:01L'a-t-il dit ou ne l'a-t-il pas dit ?
00:07:03Bon, alors, j'adore les Anglais.
00:07:06En tout cas, ils sont d'un sans gêne.
00:07:07Mais c'est ce qui leur donne ce piquant naturel, façon de grand seigneur.
00:07:10Et avec ça, entreprenant, mon cher.
00:07:12Lorsque j'étais fiancée, enfin, non, avant de connaître Renaudon.
00:07:15Finure-toi.
00:07:17Lucie, j'ai oublié mon livre de messe, va me le chercher.
00:07:19Il est sous ton bras.
00:07:21Eh bien, va me le chercher tout de même.
00:07:22Tu n'oublies pas que nous sommes en retard.
00:07:24Va-t-il m'obéir quand je t'ordonne quelque chose ?
00:07:32Qu'est-ce que je te disais ?
00:07:33Vous me parliez des Anglais, ma tante.
00:07:34Oh oui, je voulais te raconter une histoire grivoise, mais je ne me la rappelle plus.
00:07:37C'est pour ça que j'ai renvoyé Lucie, que c'est difficile d'élever une fille.
00:07:41Enfin, celle-là est un ange.
00:07:43Ma propos, il y a une chose qui me turlupine depuis quelque temps.
00:07:47Pour un nouveau fiancé, je trouve que tu n'es pas très amoureux de Lucie, toi.
00:07:51Mais que lui vous cherchez là ? J'aime beaucoup ma cousine, ma tante.
00:07:53Tu l'aimes beaucoup, tu l'aimes beaucoup. J'espère bien que tu l'aimes beaucoup.
00:07:56Une fille gravissante.
00:07:57Gravissante. Seulement, Lucie et moi, nous nous connaissons depuis l'enfance, n'est-ce pas ?
00:08:01Vous vous connaissez ?
00:08:02Vous ne vous connaissez pas du tout.
00:08:03Sais-tu seulement comment elle est faite ?
00:08:05Si tu la voyais comme moi tous les soirs dans son lit, c'est tout bonnement affriolant.
00:08:08Je vous en prie, ma tante.
00:08:09Ah, tu ne m'as pas l'air très portée sur la chose de l'amour, toi.
00:08:14Vous êtes de fichus hommes dans votre génération.
00:08:16Des cocodesses, des grands galets.
00:08:19Parle-moi de Renaudot.
00:08:20Mon cher, un jour il m'a dit, si vos parents me refusent votre main, je vous enlève.
00:08:27Il y a 25 ans que j'ai entendu ces mots-là, moi.
00:08:30Ah, mais tu n'as jamais dit ça à Lucie, toi.
00:08:32Et pourquoi faire, puisque c'est vous-même qui nous avez fiancés ?
00:08:35C'est juste.
00:08:36Et d'ailleurs, si tu n'avais...
00:08:37Enfin, je veux dire que si tu tenais de parer le propos à ta cousine,
00:08:40je te mettrais immédiatement à la porte.
00:08:43De même que je ne vous vois pas tous les deux en train de vous embrasser dans les coins, n
00:08:48'est-ce pas ?
00:08:48Ah, mais je n'en ai jamais essayé, ma tante.
00:08:49Cette idée.
00:08:50On n'essaie pas d'embrasser une femme.
00:08:52On l'embrasse ou on n'embrasse pas.
00:08:55Pauvre petite.
00:08:56Vous faites quand vous marie-t-on ?
00:08:57Dès que j'aurai terminé mon doctorat, si ça vous convient.
00:09:00Et quand l'auras-tu terminé, ce doctorat ?
00:09:03Dans un an, ma tante.
00:09:04Il y a deux ans que tu prépares.
00:09:06Je n'ai déjà pressé.
00:09:07Oh mon Dieu, il y a du lapin à dîner ce soir.
00:09:10Attends, une minute, une nouvelle recette.
00:09:14Lucie, Lucie, attends.
00:09:16Merci.
00:09:17D'accord.
00:09:17Lucie, dis à Thérèse, ne pas faire de civets surtout,
00:09:21parce que le sang tue trop longtemps et ça ne sent plus rien du tout.
00:09:24Dis-lui qu'elle fasse revenir la viande avec des tomates, avec des oignons,
00:09:27et qu'elle mette le sang juste avant de servir.
00:09:31Tu m'as compris ?
00:09:31Oui, maman.
00:09:33Le sang frais a un goût merveilleux.
00:09:39Pardon, ma tante.
00:09:40Voyons, qu'est-ce que je te disais ?
00:09:42Ah oui, pauvre petite, quand je vais donner, je pense que je vais donner cette fleur à un jardinier pareille.
00:09:48J'en prendrai soin, ma tante.
00:09:50Ils vous disent tous la même chose avant, naturellement, mais dès la première nuit de noces, déchaîner.
00:09:58Tiens, Renaudot.
00:10:00Renaudot, tu sais comme je l'adore.
00:10:02Je lui passe tout.
00:10:03Au fait, comment se fait-il qu'il ne soit pas encore arrivé ?
00:10:06Je n'en sais rien, ma tante.
00:10:07Il m'avait prié d'être là à deux heures pour un travail urgent.
00:10:09Il en est cinq, il attend encore.
00:10:11C'est insensé.
00:10:13Ton oncle n'a jamais eu la notion de l'heure.
00:10:16Voyons, au fait, qu'est-ce que je te disais ?
00:10:18Ah oui, Renaudot, mon cher Renaudot.
00:10:21C'est pourtant un délicat, un raffiné.
00:10:23Eh bien, la première nuit de notre mariage, mon cher, il était tellement passionné qu'il m'a fait peur.
00:10:29Vous me gênez, ma tante.
00:10:30Ne fais pas le sœur.
00:10:32Quand je l'ai senti se glisser tout contre moi, j'ai eu tellement peur que j'ai crié «
00:10:36Ah, ça, ça, ça, ça ! »
00:10:37Non, évidemment, ça s'est arrangé.
00:10:43Après, tu ris, mais tu es un sans-cœur.
00:10:46Je suis sûre que tu agiras de même avec Lucie.
00:10:48Mais non, ma tante, mais non.
00:10:50Je vous le promets.
00:10:52Enfin...
00:10:52Je vous le promets, ma tante.
00:10:54Nous n'en sommes pas encore là.
00:10:55Non.
00:10:56Heureusement, heureusement pour elle.
00:10:57Mais c'est très agréable d'être vierge.
00:10:59Je ne parle pas pour moi, je trouvais ça insupportable.
00:11:01Au fait, et Lucie, qu'est-ce qu'elle fait ?
00:11:03Elle va nous mettre en retard, comme toujours.
00:11:07Lucie ! Lucie !
00:11:09Oui, ma maman.
00:11:10Lucie, ma femme.
00:11:10Mais tu te manques du monde, ma parole.
00:11:12Pourquoi, maman ?
00:11:13Mais où étais-tu ?
00:11:14Mais tu ne te rends compte de rien, c'est fantastique, tu es bien la fille de ton père.
00:11:18Je pensais que tu voulais raconter à Valentin une histoire que je ne devais pas entendre et j'ai attendu
00:11:21que tu me rappelles.
00:11:21Mais écoutez-moi, c'est effronté.
00:11:23Pour qui ferais-tu passer ta mère s'ils n'ont t'en croyé ?
00:11:25Tais-toi.
00:11:26Heureusement que tu vas te marier bientôt.
00:11:27Bientôt, comme ça ?
00:11:28Enfin, je veux dire bientôt, dans un an.
00:11:31Dans un an ?
00:11:31Ben oui, grand Valentin aura fait son droit.
00:11:34Est-ce que tu te rends compte que nous sommes toujours en retard à cause de toi ?
00:11:38Toujours en retard à cause de toi.
00:11:42Oh mon Dieu, qu'est-ce qu'il y a ?
00:11:44Oh mon Dieu !
00:11:45Qu'avez-vous ?
00:11:46Oh mon Dieu, là, là, là, Renaudot.
00:11:49Renaudot, il va se tuer.
00:11:50Jules, Jules, Jules, Jules, arrête-toi pour l'amour du ciel, Jules.
00:11:54Je vous dis qu'il va se tuer.
00:11:57Oh, un notaire sur un vélocipède.
00:12:00Personne n'a jamais vu ça depuis la création du monde.
00:12:02Mais ne soyez pas inquiète, voyons.
00:12:03Mon oncle me semble très à son es là-dessus.
00:12:05Il a l'air d'un clown, mon Dieu, que vous échepez.
00:12:07J'ai épousé un acrobate, le dis-je, un acrobate amistrieur, un baladin, un montreur d'ours.
00:12:12Et ce costume, un costume jaune et vert avec des culantes gouttes.
00:12:18Ah non, je ne veux plus là.
00:12:19C'est vraiment pas convenable pour un officier ministériel de se donner ainsi inspecteur.
00:12:23Mais ce que tu dis ?
00:12:24Je dis que c'est...
00:12:25Tais-toi !
00:12:25Que te défendre que j'ai ton père.
00:12:27Mais n'exagérons rien, voyons.
00:12:29Le vélocipède est très à la mode depuis six mois.
00:12:31Le prince de Saxe-Cobourg pédale chaque matin dans le parc de Compiègne.
00:12:34Le prince de Saxe-Cobourg pédale.
00:12:36Mais oui !
00:12:37Eh bien, Lucie, tu vois que tu es une sotte enfroînée, ton ma fille.
00:12:41Mais pourquoi, Renan ?
00:12:42Tais-toi !
00:12:44Ce roulodot est extraordinaire.
00:12:46Toujours au courant, les choses, les mesures.
00:12:52Je vais ouvrir la porte.
00:12:57Vos frères et Vachem, ont pris la parole.
00:12:59Voulez-vous bien ne pas dire cela ? Ils sont délicieux, vos parents.
00:13:02Bon, vous, vous êtes toujours de leur avis, alors.
00:13:07Non, non, non !
00:13:08Allez, allez !
00:13:10Je vais m'en rembourser, tu vas te chier.
00:13:11M'en rembourser, voyons.
00:13:14Ça, c'est une arrime triomphale.
00:13:16Mes enfants, j'en reviens le 5 août.
00:13:18J'ai appris à monter là-dessus en deux heures.
00:13:21Le chef de piste a dit que j'étais un homme extraordinaire.
00:13:24Généralement, on met huit jours.
00:13:25C'est pas magnifique ?
00:13:29Maman, le salut sera fini, tu sais.
00:13:31Oh, mais quand, vous me laissez un tout en paix avec le salut ?
00:13:34Nous irons chez le pâtissier, voilà tout.
00:13:36Il y a autant de monde qu'à l'église.
00:13:38Et c'est plus amusant que la mère a raison,
00:13:39tu es assez souvent comme ça à l'église.
00:13:41Jules.
00:13:42Quoi ?
00:13:42As-tu fini de pervertir cet enfant ?
00:13:44Et tu viens, maman ?
00:13:45Mais oui, en route.
00:13:48Tu sais que Valentin t'attend depuis deux heures et demie ?
00:13:51Il est six heures moins vingt.
00:13:54Six heures moins vingt ?
00:13:55Oh, comme le temps passe vite.
00:13:56Ah non, maman !
00:13:57Oui, mais oui !
00:13:58Oh, mais si je ne peux plus dire trois mots à ton père, maintenant !
00:14:01Mais l'avis n'est plus possible.
00:14:05A tout de suite.
00:14:06Je vous rapporterai les choux à la crème.
00:14:12Il vous aime bien, ma tante.
00:14:13Ah, c'est pour ce qu'il y a de mémé.
00:14:15Elle-même.
00:14:16Moi, je la trouve très gentille, ma tante.
00:14:18Très gentille.
00:14:19Vous n'avez pas l'air convaincue ?
00:14:21Oui, si, elle est gentille.
00:14:22Bien sûr, elle est gentille.
00:14:24Que veux-tu que j'y fasse ?
00:14:25Elle est gentille.
00:14:26A l'impossible, nul n'est tenu.
00:14:28Elle est gentille.
00:14:30Seulement, je vais te faire une confidence.
00:14:31Il y a vingt-cinq ans,
00:14:32j'ai l'impression d'avoir épousé un tremblement de tête.
00:14:35Non !
00:14:35Je suis le mari d'une force de la nature.
00:14:38C'est épuisant.
00:14:39Vous m'amusez, mon oncle.
00:14:40Et remarque bien qu'elle arrive à ce résultat
00:14:42sans aucune espèce d'effort,
00:14:43sans la moindre défaillance.
00:14:45C'est le vélocipède qui vous rend si sévère ?
00:14:47Ajoute à cela qu'elle n'hésite pas
00:14:49à lâcher le mot de grand-ronne
00:14:50dans les grandes occasions.
00:14:51Non !
00:14:52Tu ne l'as jamais entendu ?
00:14:53Depuis le jour où elle a appris par hasard
00:14:55qu'une très grande dame du 18e
00:14:57avait un vocabulaire de corps de garde,
00:14:59elle trouve ça du dernier galon.
00:15:01Bon, mon oncle, tout ça n'est pas très grave.
00:15:03Vous vous en faites bien d'autres, hein ?
00:15:05C'est-ce que tu as, tu n'as pas l'air content ?
00:15:07Si, si.
00:15:08Tu m'en veux de t'avoir fait attendre ?
00:15:10Bien peu de ça, oui.
00:15:11Bon, il ne laisse pendant rien arriver de sensationnel
00:15:14cet après-midi, je suppose.
00:15:15Rien de sensationnel, si vous voulez...
00:15:18Qu'est-ce qu'il voulait ?
00:15:19Faire son testament.
00:15:20Oh là là, moi, à ta place.
00:15:21Vous auriez fait exactement comme moi, mon oncle.
00:15:23Un vieil anglais qui est presque en très fort.
00:15:25Et d'ailleurs, il reviendra demain.
00:15:27Bon, j'espère en tout cas que tu t'es servi
00:15:29de la nouvelle méthode Hollendorf
00:15:31pour les langues vivantes.
00:15:33C'est inutile, il parle des français.
00:15:34Oh, c'est pratiquement diable pour les conversations courantes.
00:15:37Écoute, votre beau-frère
00:15:39insomme-t-il trois vaches grasses avec plaisir ?
00:15:42Non, mais il a retrouvé la brosse à don de votre soeur.
00:15:45Je vous dis qu'il parle des français, mon oncle.
00:15:47Le talon de votre escarpin
00:15:48a-t-il été nettoyé par l'office naturel de l'archevêque ?
00:15:50Oui, et la maison du pédicure chinois
00:15:53a des fenêtres jaunes.
00:15:54Mon oncle, vous n'êtes pas sérieux.
00:15:56Je suis bien content de te l'entendre dire.
00:15:57Et pourquoi ?
00:15:58Parce que c'est exactement mon opinion.
00:16:00Mais écoutez, mon oncle,
00:16:01vous avez maintenant 55 ans, hein ?
00:16:0353 ?
00:16:0353 !
00:16:0555, c'est vous-même qui me l'avez dit l'autre jour.
00:16:07Ah, ben tu vois, je suis encore tout jeune.
00:16:10Ne croyez-vous pas qu'il serait temps
00:16:11de vous ranger un peu,
00:16:12de ne plus courir l'après-tentaine
00:16:13et de vous occuper enfin de votre étude ?
00:16:16Oh, ouf.
00:16:17Je croyais que tu allais me parler du salut de mon âme.
00:16:19Non, vous êtes riche, je le veux bien,
00:16:22mais enfin,
00:16:22voici cinq ans que je travaille chez vous
00:16:24et sans reproche, hein,
00:16:25si je n'étais pas là.
00:16:26Ah, ne parlons pas de malheur, monsieur.
00:16:28Mais enfin, mon oncle,
00:16:29c'est par amour de vous que je vous parle ainsi de...
00:16:3153 ans que je suis orphelin, c'est vous-même
00:16:33qui avez pris entièrement soin de moi.
00:16:35Je suis chez vous comme je suis chez moi.
00:16:36Non, tais-toi, embrasse-moi
00:16:37et parlons d'autre chose.
00:16:38Je vous embrasserai tant que vous voulez,
00:16:40mais vous m'écouterez encore.
00:16:41Oh, pitié de moi, fou.
00:16:42Croyez-vous que cela soit raisonnable
00:16:44de vous absenter tout un dimanche
00:16:46alors que nous avions à préparer ensemble
00:16:48pour demain le contrat de mademoiselle de Louvienne ?
00:16:50Mais tu fais le métier mieux que moi.
00:16:52Tu adores ça.
00:16:53Ne croyez-vous ?
00:16:54Bah, ça se voit, tu le fais si bien.
00:16:57Moi, j'ai toute confiance en toi.
00:16:58C'est commode.
00:16:59Et croyez-vous enfin que cela soit décent
00:17:01pour notaire de votre âge
00:17:02de troquer la redingote
00:17:04contre un habit à carreau jaune ?
00:17:06Oh, il est si joli, écoute.
00:17:08De courir les routes,
00:17:10percher sur le haut d'un bicyclo
00:17:11au risque de provoquer un scandale
00:17:13dans la ville même
00:17:14où vous exercez votre ministère.
00:17:15Tu as terminé ?
00:17:16Oui.
00:17:17Tu parles bien.
00:17:18Vous ne vous en tirez pas avec de l'ironie.
00:17:20Moi ?
00:17:21Oh, mais je t'admire, mon garçon.
00:17:23Je t'admire et je t'envie.
00:17:26Tu as 27 ans et tu es son désir.
00:17:29Tu es presque notaire et tu n'as pas de regrets.
00:17:31Pourquoi me dites-vous cela ?
00:17:32Tu n'as rien à regretter
00:17:33puisque tu ne désires rien d'autre
00:17:34que ce que tu possèdes.
00:17:36Non, mais pense un peu à ton inquiétude,
00:17:37à ton équilibre
00:17:38si tout en restant mon premier clerc,
00:17:40tu désirais aussi être un valeur de sabre
00:17:43ou encore capitaine Auleroncourt.
00:17:45Et qui vous dit, mon oncle,
00:17:46que je n'ai pas aussi d'autres aspirations ?
00:17:48Qui vous dit que je n'ai pas envie,
00:17:49moi aussi, de parfois tout planter là
00:17:51et de m'en aller ailleurs,
00:17:53échequer les aventures ?
00:17:54Non, mais tu plaisantes,
00:17:54tu ne me feras pas ça.
00:17:55Rassurez-vous, je suis bien trop heureux ainsi.
00:17:57Et puis je suis raisonnable, moi.
00:17:59Je suis très raisonnable.
00:18:00Et puis vous, vous n'êtes point.
00:18:01Oh, Valentin, tu vas, tu vas.
00:18:04Tu parles avec l'intransigeance
00:18:06de tes 27 ans dont tu as plein la bouche,
00:18:07mon cher petit.
00:18:08Tu me dis que tu n'es pas si satisfait
00:18:10que tu en as l'air.
00:18:10Mais enfin, quoi, dans le fond,
00:18:12tu aimes ton métier.
00:18:13C'est bien parce que je l'ai senti
00:18:15que je t'y ai poussé.
00:18:16Sinon, moi, je t'aurais aidé
00:18:17à être n'importe quoi d'autre
00:18:19si tu l'avais voulu.
00:18:20N'importe quoi ?
00:18:21Ben, n'importe quoi de bien séant.
00:18:23Pas un chanteur de beuglant
00:18:24ni un danseur de corps, bien sûr.
00:18:26Bien sûr.
00:18:28J'ai donc la satisfaction de me dire
00:18:30qu'au fond, je t'aide à réaliser ici
00:18:32le maximum de bonheur possible.
00:18:34C'est vrai.
00:18:35Que je t'épargne autant qu'il se peut
00:18:37de te tromper sur toi-même.
00:18:40Tandis que moi, mon pauvre petit...
00:18:41Tu veux, mon homme ?
00:18:42Moi, j'ai raté mon existence,
00:18:45tout simplement.
00:18:46On m'a marié à peu près
00:18:47pour courir les filles.
00:18:49Je suis resté toute ma vie à Somme.
00:18:51J'aurais voulu découvrir l'Amérique,
00:18:53explorer les sources du Nil.
00:18:54Mon père m'a mis dans la basoche.
00:18:56Je me fous de la jurisprudence.
00:18:58À mon âge, j'ai revenu des hasards lointains.
00:19:00J'aurais aimé me consacrer
00:19:01dans le silence et la sérénité.
00:19:03Et sans épouse,
00:19:05pas trop bruyante.
00:19:06J'aurais aimé me consacrer
00:19:07à des études désintéressées,
00:19:09être un vieil érudit indulgent.
00:19:11Tiens, toute ma vie,
00:19:13j'ai désiré être assez compétent
00:19:14à la matière
00:19:15pour savoir distinguer par leur nom
00:19:16les fleurs, les arbres et les chiens.
00:19:18Bon, c'est de grosses matières fusées.
00:19:19Je prends toutes les fleurs
00:19:21pour des géraniums,
00:19:21tous les arbres pour des tilleuls
00:19:22et tous les chiens pour des caniches.
00:19:23C'est désespérant.
00:19:25Alors, que veux-tu que je fasse ?
00:19:27Je trompe ma femme
00:19:28qui n'en sait rien,
00:19:29je m'occupe le moins possible
00:19:30de mon étude
00:19:31et je fais du vélo-cypède.
00:19:33Oui, mais enfin ça...
00:19:34Bon, je te coivisse très largement.
00:19:36Tu es mon neveu.
00:19:36Presque mon fils,
00:19:37c'est une chance pour nous deux.
00:19:38Je te laisse ma charge
00:19:39et tu épouses ma fille.
00:19:41Tout était mal qui finit bien.
00:19:42Je te souhaite d'être très heureux.
00:19:44Ainsi soit-il
00:19:45et remercions le ciel.
00:19:47Mon oncle,
00:19:48je vous demande pardon.
00:19:49C'est moi qui voudrais
00:19:50vous embrasser maintenant.
00:19:51Ah, ne te prie pas de ça, mon petit.
00:19:54Tu dînes avec nous ?
00:19:55Ah non, mon oncle, je regrette.
00:19:56Qu'est-ce que tu fais ?
00:19:57Je travaille, comme tous les soirs.
00:19:59À quoi ?
00:19:59Mon doctorat.
00:20:01Comment est-elle, ton doctorat ?
00:20:02Je vous assure.
00:20:04Oh, mais tu es belle,
00:20:05c'est de ton âge.
00:20:06Et du mien aussi, d'ailleurs.
00:20:07Elle est blonde.
00:20:08Mais puisque je vous dis...
00:20:09Bon, bon, bon, bon.
00:20:10Profites-en pendant que tu es garçon,
00:20:11car après...
00:20:12Car après, tu feras comme moi,
00:20:14tu continueras.
00:20:15Mais ça ne fait rien,
00:20:16profites-en quand même.
00:20:18Et sort les gâteaux
00:20:19et mets-les sur un plat.
00:20:20Dis à Thérèse de te donner
00:20:22le vin d'Espagne.
00:20:23Je prends les verres
00:20:24en cristal du service.
00:20:26Et c'est dimanche.
00:20:27Et le talpote à Rome.
00:20:29Tu sais, les papas
00:20:30sont pleins de Rome.
00:20:30Tu m'as compris ?
00:20:31Oui, maman.
00:20:34Une salle de bain.
00:20:35Je me demande un peu.
00:20:36Pourquoi faire une salle de bain ?
00:20:38Mais qu'est-ce qui t'arrive ?
00:20:39Oh, je suis outrée.
00:20:40Que dis-je outrée ?
00:20:41Bouleversée, retournée.
00:20:43Enfin, c'est fantastique.
00:20:44Figurez-vous que Mme Pinson...
00:20:46La jolie rousse ?
00:20:47Ah, elle est fraîche, la jolie rousse.
00:20:49Tu vas voir ce qu'elles se permettent,
00:20:50les jolies rousse.
00:20:50D'ailleurs, elle s'éteint.
00:20:51Tout le monde le sait.
00:20:52Et voilà ce qui plaît aux hommes.
00:20:53Pauvres imbéciles.
00:20:55Qu'est-ce que je vous disais ?
00:20:56Ah oui, oui.
00:20:57Mme Pinson.
00:21:00La jolie Mme Pinson.
00:21:03Se fait installer.
00:21:07Dans son appartement, tu m'entends ?
00:21:09Et pour elle, toute seule,
00:21:10je vous le donne en mille.
00:21:12Eh bien, dis-le.
00:21:13Une salle de bain, mon cher.
00:21:15Ben, c'est son droit, cette femme.
00:21:17Les demeures actuelles sont écorantes.
00:21:18Où allons-nous sous les bourgeoises ?
00:21:20Sommette à faire les Américaines.
00:21:21Nous sommes bien plus riches que ta Mme Pinson, j'imagine.
00:21:24Et nous allons à l'établissement.
00:21:26Quand par a ça, nous avons besoin d'un bain.
00:21:28Je crois que vous exagérez le fait, ma tante.
00:21:30Une femme qui a des coussins usés
00:21:31et des abats jouent déchirés dans son salon.
00:21:34Je n'invente rien.
00:21:35Je l'ai vue de mes yeux.
00:21:37Je l'ai dit tout haut.
00:21:38Tant pis si on lui répète.
00:21:40Tu connais, elle m'offre en parler, Valentin.
00:21:41J'ai dit de deux choses vues.
00:21:43Ou cette femme est une vicieuse,
00:21:46ou c'est une salle et elle sent mauvais.
00:21:48Il n'y a pas à sortir de là.
00:21:49Naturellement, vous ne serez pas de mon avis.
00:21:50Vous êtes des hommes et vous n'aimez que les cocottes.
00:21:52Mais que vas-tu chercher là ?
00:21:54N'insiste pas !
00:21:55Vous êtes arrivée à temps pour le salut ?
00:21:57Moi, mieux pour la sortie, c'est le principal.
00:22:01Lucie ?
00:22:02Fousse ça là, mon petit.
00:22:04Tu vas rester en écossais ?
00:22:05Mais non, mais...
00:22:09Lucie ?
00:22:09Tiens, compagnie, Valentin.
00:22:11Vous devez avoir envie d'être ensemble les deux tourtereaux.
00:22:14Sont-ils mignons ?
00:22:15Ça me rappelle des choses.
00:22:18C'est frissonnant.
00:22:19Mais surtout, soyez sages.
00:22:20Je vous surveille de loin.
00:22:22Et j'arrive sans crier garde.
00:22:24Jules !
00:22:25Jules !
00:22:25Où es-tu ?
00:22:26Mais Jules !
00:22:27Je vais fermer les volets, il fait très connu.
00:22:30Voulez-vous que je le fasse ?
00:22:30Oui, non, allumez-moi les doigts.
00:22:38Il fait très doux.
00:22:39Je laisse ces litres ouverts ?
00:22:40Mais bien sûr.
00:22:55Le printemps est vraiment en avance cette année.
00:22:58C'est agréable.
00:22:59Si l'on veut.
00:23:01On ne sait pas exactement s'il faut se couvrir ou non.
00:23:04S'il va faire froid, s'il va faire chaud, non.
00:23:07Moi, je trouve ça plutôt désagréable.
00:23:08En tout cas, le muguet ne sera pas en retard.
00:23:11Oui.
00:23:20À propos de muguet, savez-vous ce que j'ai acheté ?
00:23:23Non.
00:23:24Le langage des fleurs.
00:23:25Qu'est-ce que c'est que ça ?
00:23:26C'est un livre.
00:23:27Ah oui ?
00:23:28Je l'apprends par cœur.
00:23:29Comment, Lucie, vous aimez les fleurs ?
00:23:31Je croyais que...
00:23:32Je n'aime pas les fleurs, c'est de l'argent qui se fane.
00:23:34Et quand c'est fané, ça sent mauvais, les pétales tombent.
00:23:37Une maison n'est jamais propre.
00:23:38Vous ne trouvez pas que cela égale une maison ?
00:23:40Une maison n'a pas besoin d'être gai.
00:23:43Elle a besoin d'être bien tenue.
00:23:44Il suffit pour cela de surveiller les domestiques et au besoin de mettre la main à la passe.
00:23:48Alors, pourquoi ce livre ?
00:23:50Pour vous le prêter et pour comprendre le langage des bouquets que vous allez m'envoyer.
00:23:54Je vous demande pardon ?
00:23:56Oui.
00:23:57Maintenant que nous sommes fiancés officiellement, il faut que vous m'envoyez des bouquets le dimanche.
00:24:03C'est la coutume, voyons, à quoi songez-vous ?
00:24:05Mais puisque vous n'aimez pas les fleurs...
00:24:07Il ne s'agit pas de moi.
00:24:09Pensez à mes amis de pension, à nos voisines, à toutes nos relations.
00:24:13On s'étonnerait.
00:24:15Je n'aime pas les fleurs, c'est entendu, mais...
00:24:17Pour le moment, respectons les convenances.
00:24:20Ah, parfaitement, oui.
00:24:21Je vous donnerai donc ce livre des dommages, mais presque fini.
00:24:24Je vous en remercie.
00:24:25Vous verrez, ce sont de véritables lettres que l'on s'adresse ainsi.
00:24:28Vous ne préférez pas les lettres ?
00:24:29Oh mon Dieu, non.
00:24:31Si vous m'écriviez, il faudrait que je vous réponde et je déteste écrire.
00:24:35Et puis ce serait ridicule, nous nous voyons tous les jours.
00:24:39Vous avez raison.
00:24:41Et puis, avec les fleurs, on n'a pas besoin d'aller chercher midi à 14h.
00:24:46Ce sont des formules toutes faites.
00:24:47C'est bien plus commode.
00:24:49Bien plus commode.
00:24:51À mesure que nous approcherons de notre mariage, vous varierez les formules.
00:24:56Au début, par exemple, des acacias, des amarantes.
00:25:02C'est ravissant, les amarantes.
00:25:04On les appelle aussi des passe-velours.
00:25:06Ah oui ? Je n'en sais rien.
00:25:08Ce qui importe, c'est qu'elles signifient...
00:25:10Mon affection est pure.
00:25:12Mon cœur platonique.
00:25:15Croyez en ma fidélité.
00:25:16C'est dommage.
00:25:17Qu'est-ce qui est dommage ?
00:25:18Qu'on impose à des fleurs un langage pareil.
00:25:21Ce qui serait merveilleux, ce serait de...
00:25:23De se laisser aller à imaginer n'importe quoi, selon la couleur du temps, l'humeur de votre esprit, le
00:25:30parfum du bouquet.
00:25:31Je n'ai pas d'imagination.
00:25:33Mon livre est bien plus simple que tout cela.
00:25:34On sait à quoi s'en tenir.
00:25:36Vous m'apportez des fleurs d'ananas.
00:25:38Je comprends que cela veut dire, vous êtes la perfection même.
00:25:42Des fleurs d'ananas.
00:25:43Vous ne seriez pas plutôt tenté de rêver au pays d'où elles viennent ?
00:25:46Je n'aime pas les voyages.
00:25:49Vous m'enverrez des éclatines, des fleurs de mirabelle.
00:25:55Cela veut dire flamme d'amour.
00:25:58Flamme d'amour ?
00:26:01Oh, comme c'est juste.
00:26:02Qu'est-ce que vous avez ?
00:26:03Non, non, non, rien.
00:26:06Vous n'avez jamais imaginé qu'il pût exister des fleurs de mirabelle ?
00:26:11Mirabelle, c'est un prénom aussi.
00:26:12Je ne crois pas.
00:26:13J'en suis sûre.
00:26:14C'est un prénom magnifique pour une très jolie femme.
00:26:16Je le trouve grotesque.
00:26:18D'ailleurs, il n'est pas dans le calendrier.
00:26:21Mais vous ne m'écoutez pas.
00:26:23Je vous demande pardon, allez-y.
00:26:26Réjouissez-vous donc, mon ami, je vous permets les fleurs.
00:26:28C'est cela, j'aurai les fleurs.
00:26:30Vous vous en contenterez.
00:26:31Je m'en contenterai très bien.
00:26:33Je suis très heureuse de vous voir dans ces dispositions.
00:26:35Ce sont les vôtres, ma cousine.
00:26:36Nous sommes d'accord.
00:26:39Nous sommes d'accord.
00:26:41On ne se marie pas pour se dire tous les jours des mots d'amour qui ne signifient rien.
00:26:45On s'aime, c'est entendu une fois pour toutes.
00:26:47Oui, bien sûr.
00:26:48Une bonne épouse n'est pas une créature.
00:26:51Elle doit avoir le sentiment de sa dignité si elle veut que son mari la respecte.
00:26:56Rien ne me choque davantage que ces gens qui donnent en spectacle leur intimité ou qui la laissent deviner trop
00:27:01aisément.
00:27:02Oui.
00:27:03Cela lève le cœur.
00:27:05Ne soyez pas trop prude, ma cousine.
00:27:07Ce n'est pas pruderie, mais pudeur élémentaire.
00:27:09Bon, bon, bon, je ne discute pas, Lucie.
00:27:12Et d'ailleurs, si vous le désirez, nous pouvons très bien prévoir que nous aurons deux chambres.
00:27:16À quoi pensez-vous ?
00:27:18Vous ne voulez pas que nous passions pour un mauvais ménage ?
00:27:22Je ne dis pas que personnellement, je ne trouverai pas cela plus convenable à tous les points de vue.
00:27:26Mais ce n'est pas l'usage.
00:27:29Faisons-nous donc à cette idée, tant pis.
00:27:32Nous coucherons ensemble.
00:27:34Voilà tout.
00:27:35Voilà.
00:27:37Je suis très contente d'avoir pu bavarder un moment avec vous et d'avoir pu vous ouvrir mon cœur.
00:27:42Je vous permets de m'embrasser, Valentin.
00:27:46Ça y est, ça y est.
00:27:48En cinq minutes, je passe d'un extrême à l'autre, rien ne me sera épargné.
00:27:52D'un côté, c'est deux nigaudots qui s'embrassent sur le front.
00:27:54Je vous demande un peu, des fiancées de six mois, sur le front.
00:27:56Mais ça ne serait pas ridicule que ce serait révoltant.
00:27:59Ah, ma pauvre Lucie, tu vas avoir un fichu mari.
00:28:01Mais aussi, pourquoi te maries-tu ?
00:28:03Je te l'ai toujours dit.
00:28:04Et l'autre là-bas, qui est quatre fois enceinte en quatre ans.
00:28:08Car, Thérésiane me l'avouait, le lapin éboulé, que dis-je brûlé, calciné, réduit en cendres.
00:28:12Et tout ça parce qu'Alfred lui fait un enfant, chaque fois que, bien heureux encore,
00:28:17si ce n'est pas comme l'année dernière, où elle a accouché dans la bergère de mon salon de
00:28:21deux jumeaux,
00:28:22le soir où nous avions le maire à dîner.
00:28:24Mais, oh mon Dieu, que je suis emmerdée, Jules, que je suis emmerdée.
00:28:27Alors, surveille ton langage, veux-tu ?
00:28:29Oh, Lucie, donne-moi un peu de vin d'Espagne.
00:28:32L'enfant de Thérèse me reste sur l'estomac.
00:28:35Je suis à bout de force.
00:28:36Écoute, ma bonne, remets-toi.
00:28:38Tiens, chante-nous quelque chose.
00:28:41Ah non, non, non, ça, c'est pas possible, je suis encore...
00:28:43Mais si c'est une excellente idée, faites-nous un peu de musique, ma tante.
00:28:46Ah non, non, non, je vous assure.
00:28:47Ah, l'on ne te fait pas prier.
00:28:50Que voulez-vous que je vous chante ? Les émotions me tuent.
00:28:53L'adieu à la vie de le gouver.
00:28:54Oh, c'est ça, l'adieu à la vie de le gouver.
00:28:56Allons, soyez gentilles.
00:28:58C'est bien pour vous faire plaisir.
00:28:59Peux-tu que je t'accompagne, maman ?
00:29:02Mais donne-moi la partition parce que je ne suis pas très sûre des paroles.
00:29:06Ah, je suis certaine que je ne vais pas pouvoir sortir une autre.
00:29:10Allons, allons, allons, allons, allons.
00:29:14J'ai mon sang pour la faim, brûlant.
00:29:22Ah, mon cœur barattant, plus lent.
00:29:28Le fer qui s'enfonce en mes flancs, il me déchire.
00:29:39Oh, Dieu, j'expire.
00:29:47Mais vous que j'ai tant adoré, vous de mon culte objet sacré.
00:30:01Oh, liberté chérie, oh, mon amante, oh, ma patrie.
00:30:20Bravo, bravo, bravo, bravo, bravo, bravo, bravo, ma tante, vous chantez à ravir, bravo.
00:30:24Chaque fois que je dis ce poème, j'ai les larmes aussi.
00:30:27Mais ben, tiens, bois un peu, ça te remettra.
00:30:30Oh, quel accent, quelle poésie, quelle musique.
00:30:34Ça me fait tout rouler dans les entrailles.
00:30:37Oh, Jules, embrasse-moi.
00:30:41Excusez-moi, je vais vous demander la permission de me retirer.
00:30:44Comment tu ne dînes pas avec nous ?
00:30:45Oh, pardonnez-moi, ma tante, j'ai beaucoup travaillé toute la journée.
00:30:48J'ai besoin de prendre un peu l'air avant de me remettre à mes bouquins.
00:30:50Mais quand nous ficheras-tu la paix avec tes bouquins ?
00:30:53Non, ben, laisse-le, garçon.
00:30:54On ne prépare pas un doctorat en jouant au Bézigue.
00:30:57Qu'est-ce que tu veux dire avec ton Bézigue ?
00:30:58Je n'ai jamais rien compris aux cartes.
00:30:59On ne peut jamais avoir Valentin un seul soir.
00:31:02Je sais bien que mon lapin est à mangeable, mais ce n'est pas ma faute.
00:31:05C'est un domestique, mais un entant, chaque fois qu'elle respire, un peu plus fort que d'habitude.
00:31:09Lucie va être désespérée, n'est-ce pas, mon chéri ?
00:31:12Naturellement, je regrette que Valentin ne puisse pas rester avec nous.
00:31:15Il faut bien qu'il pense à ses examens.
00:31:17Et puis, quand nous serons mariés, nous serons tous les soirs ensemble.
00:31:20Ces enfants sont érognes.
00:31:22Je suis le premier navré, ma tante.
00:31:23Allons-y.
00:31:24Au revoir, Lucie, et pardonnez-moi.
00:31:27Bonsoir, ma tante.
00:31:28C'est le même matin, mon cher petit.
00:31:30Je vous remets de chambre.
00:31:32Bonsoir.
00:31:35Alors, qu'est-ce qu'il y a, Thérèse ?
00:31:36Qu'est-ce qu'il y a ?
00:31:39Qu'est-ce que vous avez ?
00:31:41Qu'est-ce que c'est ?
00:31:42Je vous prie, madame.
00:31:42Eh bien, donnez-le à monsieur.
00:31:44Et puis, bougez-vous.
00:31:45Si vous continuez à pleurer dans votre diner, nous n'avons plus maintenant qu'à aller au restaurant.
00:31:49Et que voulez-vous que je vous dise, ma fille ?
00:31:51Vous essayerez de n'en faire qu'un cette fois-ci.
00:31:53Voilà tout.
00:31:54Allez.
00:31:58Thérèse.
00:32:02Tiens.
00:32:04Quoi ?
00:32:05Il n'y a qu'une lettre et elle est pour Lucie.
00:32:07Au moins ?
00:32:08Oui.
00:32:08Tu nous caches quelque chose, Lucie ?
00:32:09Qu'est-ce que tu nous caches ?
00:32:12Mais rien, absolument rien.
00:32:15Mais enfin, c'est insensé.
00:32:16Voilà les jeunes filles qui se mettent à recevoir des lettres d'inconnus maintenant.
00:32:19Heureusement que Valentin est parti.
00:32:21Il aurait le droit de trouver ça curieux.
00:32:22Que dis-je curieux exorbitant, anormal ?
00:32:24Enfin, voyons, tu oublies que tu es fiancée.
00:32:25Mais enfin, maman, qu'allez-vous chercher ? La personne ne m'écrit jamais. J'ignore d'où me vient
00:32:29cette lettre.
00:32:30Bon, ne vous disputez pas. Le plus simple serait peut-être de regarder des cachettes-là.
00:32:38Quelle horreur ! Quelqu'un est mort ?
00:32:40Qu'est-ce qu'il y a ?
00:32:40Une lettre anonyme.
00:32:42C'est pas...
00:32:43Oh, mon Dieu !
00:32:44Ma fille s'évanouie.
00:32:46Vive vite un peu d'eau sur les tempes.
00:32:48Lucie, Lucie, ma chérie.
00:32:49On envoie des lettres anonymes à ma fille les jours où mes bonnes accouches.
00:32:53C'est trop pour une seule journée.
00:32:55Oh, ça alors ?
00:32:57Oh, ça alors ?
00:32:58Oh, ça par exemple.
00:33:00Mais le soir, naturellement.
00:33:01Oh, le misérable.
00:33:02Oh, tiens, juste, ce qui nous arrive est affreux.
00:33:05Lucie, mon amour, reviens à toi.
00:33:07Lucie, ma chérie.
00:33:08Mais voyons, c'est absurde.
00:33:09C'est absolument impossible.
00:33:11Il n'y a pas de fumée sans feu, mais je te jure sur la tête de mon père que
00:33:13ça ne se passera pas comme ça.
00:33:15Lucie, Lucie, ma chérie, reviens à toi.
00:33:17Cette enfant est insensée chaque fois qu'elle s'évanouie.
00:33:18Il y en a pour deux heures.
00:33:19Allons, Lucie, mon amour, mon chéri.
00:33:21Nous avons nourri un serpent dans notre sein.
00:33:24Mais je te dis que c'est une calomnie, ça.
00:33:26On ne soupçonne pas la femme de César.
00:33:28Je n'ai jamais compris ce que voulait dire cette phrase, mais je la crois de circonstance.
00:33:31Lucie, mon chéri, reviens à toi.
00:33:33Va, va.
00:33:33Allez, va, va chercher des médecins.
00:33:35Mais que dis-je, des médecins, des magistrats, des juges, car c'est un misérable.
00:33:39Et nous sommes déshonorés.
00:33:42Lucie, ma chérie, mon petit Lucie.
00:33:46Oh, mon chéri.
00:34:01Lucie, ma chérie, mon chéri.
00:34:36Bonsoir, Fleur.
00:34:36Je m'appelle Maurice, madame Bé.
00:34:37Ah oui, mais moi, je préfère t'appeler Fleur.
00:34:39Donne-moi un boc, il n'y a pas de bébine.
00:34:41Vous n'allez pas dans la salle ?
00:34:42Si, tout à l'heure, je prends un peu l'air.
00:34:44Il y a du peuple ?
00:34:45Oui, c'est presque plein.
00:34:46Tant mieux, je suis règle comme un commissaire.
00:34:48J'ai besoin de faire un Michel, donc il faut mieux.
00:34:49Bonsoir, Fleur.
00:34:52Bonsoir, Fleur.
00:34:53Bonsoir.
00:34:54Bonsoir.
00:34:55Mirabel n'est pas arrivée ?
00:34:56Pas bien encore.
00:34:59Soi, patron.
00:35:01Je ne suis pas très content des deux nouvelles, hein.
00:35:03T'as raison, mon garçon, il lève la patte comme un chien de l'épice.
00:35:06Le quadrille n'a pas très bien marché.
00:35:08Hier soir, cela manquait de flammes.
00:35:11Certaines et des gants.
00:35:12L'instinct et le goût de la danse ne suffisent pas pour créer une bonne danseuse.
00:35:15Pour tout dire, le talent n'est plus rien du tout s'il n'est pas aidé par le métier.
00:35:19Ce qui m'épate toujours, c'est que tu sois danseur avec l'instruction que tu as.
00:35:23Mais rebouge-moi d'instructions, un peu de jugeote et de l'amour de la chose.
00:35:26Ne te défends pas d'être éduqué, mon garçon.
00:35:28Non.
00:35:29Je ne sais rien de toi et je ne veux rien savoir.
00:35:32Tu danses comme Bridie lui-même et tu m'attires le peu plus l'eau.
00:35:34Le reste ne me regarde pas.
00:35:36Mais il ne faut pas être bien malin pour voir que tu es un fils de famille.
00:35:38Alors bah donc, parlons d'autre chose, voulez-vous.
00:35:41Vois-tu fiston, t'es distingué et t'es pas fier.
00:35:44C'est bon ça.
00:35:46Moi je me suis fait moi-même.
00:35:47Je suis le fils de mes œuvres.
00:35:49A 14 ans, j'ai appris à lire et à écrire.
00:35:52Et je ne me mets pas à l'orthographe.
00:35:53Mais j'avais la vocation du plaisir.
00:35:56Du plaisir pour les autres.
00:35:58J'ai fondé la boule noire, le château rouge.
00:36:01Où Frisette, Brédidi, Rigolette et Chicard se donnaient rendez-vous.
00:36:04J'ai tout vendu et j'ai repris la reine blanche.
00:36:08Où le beau monde commence à répliquer.
00:36:10Ah, noir, rouge, blanc, voilà mes couleurs.
00:36:13Non, ça j'ai le flair pour faire rigoler le monde.
00:36:16Et c'est pas pour des prunes que je m'appelle rigoler.
00:36:19Oh, oh, oh, oh, oh.
00:36:20Hé, bon bah ce qui me plaît chez toi, c'est que tu aimes ce que tu fais.
00:36:25Bon, il faut que je vois les petites.
00:36:26Je voudrais leur donner quelques conseils.
00:36:31Je vous laisse travailler.
00:36:33Oui, c'est ça.
00:36:34Hélène, Raymond, je n'ai besoin que de vous deux.
00:36:37Bonsoir, monsieur Valentin.
00:36:38Bonsoir, bonsoir.
00:36:39Bonsoir, monsieur Valentin.
00:36:40Bonsoir.
00:36:41Mesdemoiselles, je vous ai bien regardé hier soir quand nous dansions ensemble pour la première fois de quadrille.
00:36:45Vous êtes un peu jeune.
00:36:45Vous n'avez peut-être pas assez travaillé.
00:36:47Oh, si, monsieur Valentin.
00:36:49Mais qu'est-ce que vous font ?
00:36:49On a passé six mois à l'école de vos pompons.
00:36:52Écoutez-moi, écoutez-moi, je vous en prie, nous n'avons pas de temps à perdre.
00:36:56Il vous manque encore ce je ne sais quoi qui assure la grâce du maintien.
00:37:00Votre jupon.
00:37:04N'oubliez pas que le jupon est votre véritable instrument de travail.
00:37:07C'est le jupon qui donne naissance aux impressions les plus profondes du public.
00:37:11Il harmonise les contours.
00:37:12Mais vous devez aussi vous souvenir que sa mobilité n'est point fait pour valer vos membres, Raymond.
00:37:17Il faut les plus faire en vos dettes.
00:37:19Ne les cacher que pour mieux inspirer le désir de les voir.
00:37:22C'est un esprit malin qui se déguise en nuages.
00:37:24A vous, Hélène ?
00:37:25Ça.
00:37:26Le jupon aussi, oui ?
00:37:28Ah non, vous n'y êtes pas.
00:37:29Non, non, non.
00:37:30Du charme dans le geste, je vous en prie.
00:37:32Le premier geste est très, très important.
00:37:34Il doit être mutin, léger et spirituel.
00:37:36Songez qu'il en trouve le charme secret.
00:37:38Ne riez pas, mesdemoiselles.
00:37:41Recommencez.
00:37:41Hélène, vous y êtes prêts ?
00:37:42Ah non, pas d'impudeur.
00:37:44Surtout, non, non, non.
00:37:45De la grâce.
00:37:46De la grâce.
00:37:46Et toujours de la grâce.
00:37:48Voilà.
00:37:48C'est ça, vous avez compris.
00:37:50Passons à la série.
00:37:52Vous n'aviez ni l'une ni l'autre hier soir.
00:37:54L'entrain et l'assurance qu'il fallait.
00:37:56C'est l'audace des jambes.
00:37:57S'arrondir, Raymond, c'est ça.
00:37:59Sans que la moindre contraction décelle jamais de l'effort, même dans le tour de force.
00:38:02Allez-y.
00:38:03Levez la jambe, c'est ça.
00:38:04Recommencez plus haut, plus vite, plus canon.
00:38:06Le pied s'arrête à hauteur du visage.
00:38:08Là.
00:38:09Comme si quelque chose d'invisible le capurait soudainement.
00:38:12Ça, suivez-moi bien, Hélène.
00:38:14Immobile le pied.
00:38:16Immobile, Raymond.
00:38:16Mais le voici qui s'agit de contorsions étranges, au bout de sa jambe, rédit comme s'il tentait de
00:38:21s'échapper.
00:38:22Mais oui, Raymond, c'est difficile.
00:38:24Enfin délivré, Raymond s'avance.
00:38:26Retout sur le sol, on dirait qu'il reprend des forces et qu'on conquiert sa liberté.
00:38:29La rage de l'orchestre annonce la fin du quadrille.
00:38:31Alors, la main dans la main de son cavalier ferme, égal et sûr.
00:38:35La danse commence une marche émouvante et folle.
00:38:38A chaque fois, son pied bondit vers le plafond.
00:38:39C'est ça.
00:38:40Tandis que la tête est restée en arrière.
00:38:42Voilà, Raymond.
00:38:43Plus loin encore, pas en haut, bout du torse, renversé en une profonde retraite du corps.
00:38:46De l'assurance, Hélène.
00:38:48Attention, mesdemoiselles, la courbe se précipite.
00:38:50Les bras sillonnent l'air.
00:38:52Ne perdez pas votre anure et votre verbe conquérante.
00:38:54Un battement final plus ferme et plus prononcé que les précédents.
00:38:57Le salon du pied qui vaut-il jume une dernière fois en l'air retombe sur le sol.
00:39:01Il s'allonge, glisse ses fils au loin et c'est le grand écart.
00:39:04Bravo, mesdemoiselles.
00:39:07Merci de vous, à l'enfer.
00:39:08C'est un plaisir de danser avec vous.
00:39:11C'est terminé, patron.
00:39:12Alors, en route pour l'enfer, on va rester là.
00:39:14On y va.
00:39:15On y va.
00:39:16Mirabel.
00:39:17Je ne sais pas, elle est en retard.
00:39:19Je commence à être inquiet, oui.
00:39:20Mais ne t'inquiète pas, voyons, elle aura trouvé quelque chose à faire au dernier moment.
00:39:24Oh, c'est amoureux.
00:39:50Maurice, dans un moment, si tu n'as rien à faire, tu iras dans la salle donner un coup de
00:39:53main à Gustave.
00:39:53Viens, M. Régoire.
00:39:54T'as compris?
00:39:54Oui, oui, M. Régoire.
00:39:56T'es en marie.
00:39:57Oh, c'est un pas trop.
00:39:58Ma fille, il y a de l'enfer.
00:40:00Valentin est en pied.
00:40:01Non, c'est vrai.
00:40:02Où est-il?
00:40:02Ben, tiens, regarde, ils donnent.
00:40:07Comme ils donnent bien, mon chéri.
00:40:20Ah, c'est de là, c'est de l'amour, c'est de l'extrême.
00:40:22Valentin m'a fait ce que je suis, en plus du bonheur, je lui dois tout.
00:40:25Mais, mais, mais, mais...
00:40:26Oh, on est fureux quand on est ensemble.
00:40:28Mais, vous trouvez encore des trucs à vous raconter, vous deux?
00:40:31Non, quand on s'aime, on a des inventions.
00:40:34Ah oui?
00:40:34On se dit des choses charmantes, nouvelles, imprévues.
00:40:37Par exemple?
00:40:38Je ne sais pas, moi.
00:40:40Des choses comme je t'aime.
00:40:41Mais je te fais marcher.
00:40:43Tu as bien choisi.
00:40:45Valentin, je le dis toujours, Valentin, c'est un monsieur.
00:40:48Oui, vous avez raison.
00:40:50C'est un monsieur.
00:40:52Je venais d'où je viens.
00:40:53Ah, ben, ça, je l'ignore, mais ce que je n'ignore pas, c'est que tu es en retard.
00:40:56Et que si tu n'étais pas ma vedette, je te collerais une amante.
00:40:58Oh, vous ne faites pas de méchants.
00:41:02La reçue à la gauche, il n'est pas de biblique.
00:41:03Comment va-tu, Bertin?
00:41:04Bonsoir, Fleur, ça ne va pas.
00:41:05Je suis furieux, ça ne m'a pas du tout.
00:41:08Mais qu'est-ce qui t'arrive, ma grosse petite?
00:41:09Il arrive que tu devrais bien vider d'ici pour ce petit pédéral.
00:41:12Il n'y a plus moyen de travailler tranquille.
00:41:13Mais tu t'en fais, les petits mignons.
00:41:14Viens, tu vois celui-là, à droite, là, appuyé contre la colonne.
00:41:18Tu dis en toi que j'avise un grand, gros, vieux, bien propre.
00:41:20Je m'assois à côté de lui.
00:41:21Il m'offre un boc, on commence à causer.
00:41:23Quand tout à tout, il y a ce petit salopard qui s'avance,
00:41:25qui me regarde vraiment les oeils,
00:41:26et qui sait à dire en me désignant du doigt
00:41:28quand je pense que c'est ça qui nous prend tous nos hommes.
00:41:31Oh, Fleur est juclé.
00:41:32Ma pauvre, oh.
00:41:33Et le Muget, qu'est-ce qu'il a dit?
00:41:34Oh, ben, il est devenu rouge, congestionné.
00:41:36Il a bafié, il a dit.
00:41:38Ce garçon-là est une garce.
00:41:39Il m'a fait des choses prendables.
00:41:41Moi, tu ne fais pas ça et tout.
00:41:42Je les mets comme un fils.
00:41:44Alors que ton france, ça m'a dégoûté.
00:41:46Je me suis levé, je pars.
00:41:47Oh, tu as des dédicatesses.
00:41:48Alors, tu trouves ça bien?
00:41:49Tu vas les laisser faire.
00:41:50Ah non, pas du tout.
00:41:51Non, mais je vais lui le causer au petit, là.
00:41:54D'autant que j'ai illustré, pommadé, verné,
00:41:57en long et en large,
00:41:58métec et compagnie,
00:41:59déjà que je n'aime pas beaucoup les étrangers.
00:42:01Oh, mais vous êtes français, patron et cocardier.
00:42:03Oui, je suis français.
00:42:04Je suis même quelque chose de plus rare.
00:42:06Je suis france.
00:42:07Oh, non.
00:42:08Ah, il va entendre ces quatre vérités.
00:42:10L'oiseau mouche.
00:42:11Bravo, patron.
00:42:13Merci, fleur.
00:42:13À tout à l'heure, mesdames.
00:42:14Sous-titrage MFP.
00:42:44...
00:43:15...
00:43:44...
00:43:47...
00:43:48...
00:43:50...
00:43:51...
00:43:52...
00:43:52...
00:43:54...
00:43:55...
00:43:56...
00:43:58...
00:43:59...
00:44:00...
00:44:00...
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