00:009h, Europe 1 Matin.
00:02L'édito politique, tous les jours à 8h moins 10 sur Europe 1 avec le Figaro.
00:05Bonjour, Karl Meus.
00:06Bonjour Alexandre, bonjour à tous.
00:08Vous revenez ce matin, Karl, sur l'annonce de la candidature de Marine Le Pen,
00:11bien sûr, à l'élection présidentielle, ça s'est passé hier soir sur TF1,
00:15et malgré sa condamnation en appel,
00:18pour vous, Karl, Marine Le Pen fait un triple pari risqué.
00:22Oui, Alexandre, en décidant d'être candidate à l'élection présidentielle hier soir sur TF1,
00:26elle a fait un triple pari, judiciaire, électoral et politique.
00:30Le premier judiciaire est sans doute le plus risqué.
00:32Marine Le Pen ne se satisfait pas de l'arrêt de la Cour d'appel de Paris.
00:35Sa peine a été réduite, elle lui permet de se présenter à l'élection présidentielle.
00:39Les juges ont finalement tenu compte, comme leur avait demandé l'avocat de Marine Le Pen,
00:43Rodolphe Bosslu, du calendrier politique national.
00:46Ils justifient leur décision en expliquant qu'il faut tenir compte de la liberté des candidatures
00:51et du libre choix des électeurs, condition de l'expression démocratique.
00:55Ces mots sont fondamentaux, car ils signifient que les juges ont entendu les critiques
00:58sur leur façon de s'immiscer dans la vie politique,
01:01en privant certains élus de la possibilité de se présenter au suffrage des Français.
01:05En ce sens, ils ont rendu une décision politique et contraint Marine Le Pen à faire un choix.
01:09Ce qu'elle a fait hier, en annonçant sa candidature,
01:12et en renvoyant la balle dans le camp de la justice,
01:14en se pourvoyant en cassation.
01:16On va laisser le soin aux juristes d'expliquer ce qui pourrait se passer,
01:19si la cour de cassation annule ou non l'arrêt de la cour d'appel,
01:22notamment sur l'inéligibilité et le bracelet électronique.
01:25Mais, en la saisissant, elle remet la pression sur cette justice,
01:28qui, à quelques mois du premier tour du scrutin,
01:31pourrait empêcher une candidate, a priori favorite, de mener campagne.
01:34Alors, voici le second, le deuxième pari.
01:37Il est électoral.
01:38En quoi est-il risqué pour Marine Le Pen ?
01:40Il est risqué parce que rien ne dit que les électeurs
01:42prendront son parti contre celui des juges.
01:45Certes, la justice n'a pas bonne presse
01:47et les derniers événements n'ont pas aidé à redorer son blason.
01:50Mais, souvenez-vous, au lendemain du procès en première instance,
01:52quand les dirigeants du RN ont voulu mobiliser leur troupe Place Vauban
01:55pour protester contre sa condamnation,
01:58ce n'était pas la foule des grands jours.
02:00Alors, certes, Donald Trump a montré qu'on pouvait être condamné et élu,
02:04mais les électeurs français ne sont pas les électeurs américains.
02:07Bien sûr, son électorat fait bloc autour d'elle,
02:09mais son problème pour 2027 n'est pas d'avoir les électeurs fidèles depuis des années.
02:13Son enjeu est d'élargir son socle en vue du second tour.
02:16Le risque pour elle est de se retrouver première au premier tour,
02:20mais seconde au second tour.
02:21Elle doit donc séduire et convaincre un électorat
02:23qui n'a pas voté jusqu'ici pour le RN ni pour elle.
02:26Son pari est de jouer, comme souvent dans ce parti,
02:29les Français contre les juges,
02:30d'espérer qu'en janvier 2027,
02:32les préoccupations des électeurs seront prioritairement
02:34le pouvoir d'achat et la sécurité,
02:36deux de ses thèmes favoris,
02:38plutôt que la justice.
02:39Et enfin, que son adversaire préféré,
02:41Jean-Luc Mélenchon,
02:42se qualifie pour le second tour face à elle.
02:44C'est son préféré parce que c'est celui
02:46qu'elle peut battre le plus facilement
02:47pour accéder à l'Elysée.
02:49Elle ne peut donc pas se permettre de rater ce pari,
02:51sinon elle serait affaiblie politiquement.
02:52Mais pourquoi dites-vous qu'elle pourrait être affaiblie politiquement ?
02:56Parce qu'il y avait une autre solution.
02:57Vous savez, le plan B.
02:59B comme Bardella.
03:00Celui qu'elle a mis sur orbite présidentielle
03:02et qui commençait à plaire aux Français.
03:04Dans un récent sondage IFOP pour le Figaro,
03:06il faisait mieux qu'elle au premier tour.
03:08Il était crédité de 35 à 37% des voix
03:11quand elle était à 32.
03:12Un écart significatif qui montre
03:14qu'il parlait à davantage d'électeurs qu'elle.
03:16Alors, on le sait,
03:17les sondages de juillet ne sont pas ceux de janvier
03:19et encore moins les bulletins de vote d'avril.
03:23Jordan Bardella a des fragilités,
03:25il n'a jamais fait campagne,
03:26contrairement à elle.
03:27Campagne présidentielle, bien sûr.
03:29En revenant au plan initial,
03:30Marine Le Pen a une sorte d'obligation de résultat
03:32vis-à-vis de ses électeurs
03:33et des militants qui rêvent de victoire présidentielle.
03:35La moindre faiblesse dans la campagne
03:37pourrait faire monter la petite musique
03:39des regrets d'une autre candidature.
03:41Or, en 2017 comme en 2022,
03:43parti haut dans les sondages,
03:45les intentions de vote de Marine Le Pen
03:46ont baissé pendant sa campagne.
03:49Mais hier, l'important pour Marine Le Pen
03:51était de montrer qu'elle ne fuyait pas
03:52le combat électoral
03:54puisque les juges lui en offraient la possibilité.
03:56Comme à chaque présidentielle depuis 1988,
03:59il y aura bien le nom Le Pen
04:01sur les bulletins de vote.
04:03Quand sa décision de monter au front
04:05contre toute attente
04:06et dans l'adversité
04:07rappelle ce qu'Edmond Rostand
04:09fait dire à Cyrano de Bergerac
04:10lors du siège d'Arras,
04:12on n'abdique pas l'honneur d'être une cible.
04:14Merci, Carméus.
04:15La une du Figaro ce matin,
04:17Marine Le Pen repart donc
04:18à l'assaut de l'Elysée
04:20et se pourvoie en cassation.
04:22Vous êtes sur Europe 1.
04:23Merci.
04:23Merci.
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