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Écrivaine et promotrice culturelle, Delphine Krizoua revient sur son engagement pour la valorisation de l'ablacon, cette étoffe traditionnelle africaine servant de cache-sexe, véritable symbole de patrimoine et d'identité culturelle.

Entre transmission des traditions, préservation de l'héritage africain et regard porté sur la place de cette pièce vestimentaire dans la société moderne, elle défend avec passion un pan méconnu de la culture ivoirienne.

#Linfodrome

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Transcription
00:00Une chose qu'on a envie, c'est d'être protégé.
00:02Avec la Blacon, on peut les laver, on peut les conserver,
00:06on sait ce qu'on met, on sait ce qu'on enlève.
00:09Bonjour et bienvenue dans l'invité de la rédaction.
00:12Aujourd'hui, nous recevons une femme engagée
00:14dans la valorisation du patrimoine culturel ivoirien à travers la Blacon,
00:19cette étoffe ancestrale qu'elle fait rayonner bien au-delà de nos frontières.
00:25Écrivaine, promotrice culturelle et présidente de la Blacon Tour,
00:29Madame Delphine Crisoua est notre invitée.
00:31Bonjour Madame.
00:32Bonjour.
00:33Vous allez bien ?
00:33Ça va et vous ?
00:38J'ai tout de suite envie de vous demander c'est quoi la Blacon ?
00:41La Blacon, c'est cette vieille étoffe qu'on a appelée « cache sex ».
00:45C'est l'ancêtre du slip, du string, tout ce que vous voulez.
00:48D'accord.
00:49Mais avec un rabattement devant, qui sert de protection pour les femmes,
00:53qui est aussi mixte parce que les hommes la portent en cérémonie traditionnelle.
00:58Elle est dans notre culture depuis des siècles et des siècles.
01:01Donc la Blacon, c'est vraiment mondial, mais bon, moi j'ai peut-être vu la petite lueur,
01:06la richesse qu'il y a derrière et j'ai décidé de l'exploiter.
01:09D'accord.
01:10Et comment est née cette passion pour la Blacon ?
01:13Et pourquoi est-ce que vous avez décidé d'en faire votre combat ?
01:16Disons que c'est un concours de circonstances.
01:18À tout malheur, on peut retirer quelque chose de positif.
01:22Je suis chef d'entreprise et je dis ça.
01:24Il y a des gens qui sont nés pour diriger,
01:25il y a des gens qui sont nés pour entreprendre.
01:27Exactement.
01:28Et moi, en fait, quand je rencontre un problème,
01:30je me dis que ce problème-là, si je l'ai,
01:32il y a peut-être 10 000 femmes qui l'ont aussi à travers le monde.
01:34Il y a une possibilité d'apporter une solution pour 10 000 personnes
01:37qui pourrait être une solution salvatrice.
01:40Je suis à la limite de l'endométriose,
01:43donc avec des saignements abondants, avec des fibromes, des myomes.
01:46Alors j'ai décidé de transformer cette souffrance-là en quelque chose de bénéfique.
01:50C'est-à-dire qu'à chaque fois que je souffre, je dis à mon mari,
01:53je pense que là, j'aurai besoin de ça, il doit manquer ça aux femmes
01:57et on va ajouter ça au package à Blacon.
01:59Et à chaque fois, la liste a grandi.
02:01Vous avez entamé une tournée internationale,
02:04vous êtes allée au Ghana, au Nigeria et bientôt au Rwanda.
02:07Pourquoi c'est important pour vous d'exporter la Blacon au-delà de nos frontières ?
02:11La Blacon, ça, c'est l'appellation ivoirienne.
02:13Ivoirienne.
02:14Mais dans d'autres pays, il y a une autre appellation.
02:16Au Ghana, par exemple.
02:17Au Nigeria, il y a une autre appellation.
02:21Les Béninois, ils ont leur appellation.
02:23Mais on va dire que comme c'est une Ivoirienne qui a pris ce bout de tissu
02:27et qui a essayé de l'exporter,
02:28ça va peut-être porter le nom à Blacon à l'international.
02:31Mais surtout, il est beaucoup utilisé aussi en Afrique du Sud, par exemple.
02:37Je ne l'ai même pas internationalisé, il l'était déjà.
02:40Moi, j'ai juste pris le truc et je leur ai dit,
02:42ce que vous utilisez en secret là, en fait,
02:44on peut le grandir comme ça à la face du monde et en faire un trésor culturel.
02:49Et est-ce que vous avez un message à lancer aux autorités ivoiriennes ?
02:51C'est de pouvoir travailler en partenariat avec l'État
02:54pour qu'une partie de tout ce qu'on va mettre sur pied
02:58soit reversée à la recherche contre l'endométrieuse,
03:02une partie soit reversée à la culture,
03:05parce que tout ça, c'est culturel aussi.
03:07Il faut qu'on éduque les femmes à revenir aux fondamentaux de nos grands-mères.
03:13En parlant d'Ablacon, est-ce que vous ne pensez pas
03:17qu'il y a aussi des risques hygiéniques en l'utilisant ?
03:20Non, il n'y a pas de risque.
03:22C'est la serviette hygiénique qui a le moins de risques.
03:24D'accord.
03:25Et je pense qu'aussi dans votre programme,
03:27vous avez prévu de faire des séances de formation.
03:30Si elles ne sont pas bien entretenues,
03:32il peut y avoir des infections.
03:33mais il y a une chose qui est sûre,
03:35c'est qu'elles sont moins dangereuses que les serviettes hygiéniques.
03:37D'accord.
03:37Après une première édition réussie à Abidjan en 2025,
03:40quel est le bilan que vous pouvez faire de cette expérience ?
03:44Le bilan, il était positif,
03:46parce qu'aujourd'hui, quand on dit Ablacon en Côte d'Ivoire,
03:49il y a une référence.
03:50Les pays qu'on a traversés,
03:52il y a des gens qui nous connaissaient déjà
03:53en tant que promoteurs de Ablacon là-bas.
03:57Donc, elle était porteuse.
03:58Et il faut dire aussi que, comme je disais tout à l'heure,
04:00les choses avancent en bon sens,
04:02parce que là, c'est des innovations qui arrivent,
04:05qui vont faire le bonheur des femmes.
04:07J'ai mis en place, parce que quand je dis 11,
04:09j'ai créé, j'ai réveillé mon mari à 4h du matin quand même,
04:12pour créer un système de protection adapté
04:16à la gêne que ressent les femmes quand elles sont trempées.
04:20Par surprise, ça arrive à tout le monde.
04:22On a une grosse émotion et puis paf, j'ai mes règles.
04:25C'est clair.
04:25Et là, ça ne sera plus la prochaine fois que vous avez peur d'avoir un flux.
04:31Voilà.
04:31Il faudra venir chez Ablacon.
04:33Je suis en train de traiter avec une industrie cosmétique au Maroc
04:36pour faire un gel intime douche au Djeka.
04:39Wow.
04:40Ce qui n'avait pas encore été fait en Côte d'Ivoire.
04:42En tout cas, vous avez de très bonnes propositions.
04:45On vous encourage.
04:46Merci.
04:46Ici, nous sommes confrontés au coût très élevé de certains produits locaux.
04:51Qu'est-ce que vous nous proposez ?
04:52Franchement, mes produits, j'ai fait tellement d'années de recherche
04:56que c'est vrai que je ne peux pas les brader.
04:58D'accord.
04:58Je pense qu'aujourd'hui, une femme gagnerait, par exemple,
05:01à venir acheter un pantalon à blacon,
05:04un jean à blacon qui est rembourré,
05:06justement pour qu'elle puisse être à l'aise.
05:08Si elle a des fuites, elle est protégée.
05:10En fait, c'est la qualité avec, en même temps, l'innovation.
05:15Et l'innovation coûte cher parce que c'est de la recherche.
05:17D'accord.
05:17Quel est votre rêve pour le à blacon, fashion day ?
05:21On va dire dans cinq ans.
05:22Comment est-ce que vous voyez ce...
05:24Franchement, pour le mouvement, parce que je suis contente faire un mouvement.
05:26D'accord.
05:26Le mouvement à blacon, pour moi, c'est que je vois des jeunes filles
05:31parler de la blacon comme quelque chose de naturel
05:34et dire à des filles, par exemple, qui viennent d'Occident,
05:37en bas. Chez nous, ici, on ne met pas des serviettes, on met des ablacons.
05:40D'accord.
05:41De coloniser vraiment même les Occidentales à l'ablacon.
05:44Et de pouvoir mettre dans chaque école des stocks d'ablacons.
05:48Les filles pourront se servir en cas de besoin.
05:50L'habitude de voir ici dans les établissements,
05:53les stocks de serviettes hygiéniques.
05:54Et là, on change carrément.
05:57On part pour des stocks d'ablacons.
05:59Ça fait quand même original.
06:01Et je pense que c'est pour aider tout le monde aussi.
06:04Oui, parce que vous savez, chaque culture,
06:07nos mamans carburaient à la blacon et ça marchait bien.
06:10Tout ça, et je fais appel aux autorités pour qu'ils m'aident
06:12à institutionnaliser ce truc, parce que ce qui arrive, c'est lourd.
06:17Et je ne compte pas lâcher l'État ou quoi,
06:19parce qu'ils vont m'aider et puis après, ils vont dire,
06:20non, moi, je suis millionnaire.
06:22Je ne fais pas ça pour être millionnaire,
06:23je fais ça parce que je pense qu'on a tous des ambitions.
06:27Et depuis petite, j'ai toujours rêvé d'impacter.
06:30Je ne rêvais pas d'être riche, je voulais impacter.
06:32Je voulais être une personne dont on se souvient.
06:34Et j'espère qu'un jour, même si je ne suis plus là,
06:37on se souviendra d'une dame qui s'est battue
06:39pour l'intimité des femmes,
06:41pour le confort des femmes et des jeunes filles.
06:43Et qu'à Blacon, quand on verra Blacon,
06:45on dira, elle était têtue, mais elle a réussi.
06:47Est-ce que vous pouvez nous faire un bilan de votre fondation ?
06:51Le bilan est positif.
06:52D'accord.
06:52Il y a sept maillots de bain en cours.
06:54Il y a des slips avec un cerf.
06:57Il y a des kits qui arrivent pour la protection
06:59de l'intimité de la femme.
07:01Il y a les nouveaux designs de toutes sortes de vêtements,
07:04des dessous, pantalons, jupes et tout ça,
07:07qui sont adaptés au beau beau des femmes.
07:10Et on aurait de vraies serviettes à Blacon.
07:12D'accord.
07:12Avec des slips adaptés.
07:14En tout cas, merci beaucoup, madame.
07:16Merci.
07:16Est-ce que vous avez un mot de fin ?
07:18Le mot de la fin, c'est que travaillons tous
07:20à ce que nous puissions faire de notre culture
07:24quelque chose d'exportable
07:25et se rendent fiers de l'avoir fait ?
07:28Soutenez-moi, Delphine Crisois, sur ma page.
07:31Et puis, j'attends votre soutien, vos partages.
07:34Et merci de m'avoir reçu l'infodrome.
07:36Merci beaucoup.
07:37Delphine Crisois, merci pour cet échange vraiment enrichissant.
07:41Merci à vous, chers internautes.
07:43Merci de nous avoir suivis.
07:45Restez sur l'infodrome.
07:46Et surtout, portez-vous bien.
07:47et à très bientôt pour un autre numéro
07:49de l'invité de la rédaction.
07:51Sous-titrage Société Radio-Canada
07:53Sous-titrage FR ?
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