00:00Ce qu'on a fait au Congo, en fait, c'est, et je pense que Mickaël sait beaucoup plus l
00:05'expliquer que moi,
00:06mais en fait, ils ont appris nos langues pour après les façonner pour que ce soit facile pour eux,
00:15pour après l'utiliser pour nous dominer, ce qu'ils ont fait avec le Lingala et la force publique et
00:20tout ça,
00:20mais en faisant ça aussi, ils ont hiérarchisé nos langues,
00:27donc le français, les langues européennes, en fait, étaient vues comme les langues de la civilisation, du développement,
00:35et donc il y a beaucoup de personnes qui croient que, en fait, par exemple au Congo,
00:40qu'on a renforcé les personnes, les Congolais à apprendre le Lingala, à apprendre le français,
00:45mais en fait, ils n'ont même pas essayé de faire ça parce qu'ils disaient, en fait,
00:48les Congolais sont trop bêtes pour apprendre une langue aussi développée que le français.
00:52Et donc, l'attention Mickaël a aussi expliquée, avec les évolués, c'est un concept, en fait,
00:59parce que le noir ne pouvait pas jamais être au même niveau qu'un blanc.
01:04La même chose avec, par exemple, nos rois et nos chefs de terre.
01:07Les rois, les chefs de terre sont des rois, mais comme on ne peut pas avoir un statut aussi haut
01:13que le plus haut statut qu'un blanc, ce sont devenus des chefs de terre.
01:17Et la même chose, en fait, qu'avec le concept d'évoluer.
01:21Donc, on veut montrer, parce qu'effectivement, l'idée, on est parti au Congo pour aller civiliser les pauvres Congolais.
01:26Et donc, à ce moment-là, il faut montrer une certaine civilisation aussi,
01:31envers pas seulement la Belgique, mais aussi d'autres pays à l'international,
01:35parce que la Belgique essayait de se mettre sur la carte, comme c'était un pays assez nouveau.
01:41Et donc, ce qu'ils ont fait avec le concept des évolués,
01:44c'est que vraiment, les Congolais devaient se dédouaner de tous ceux qui étaient liés à leur propre identité.
01:52Et la langue est très importante quand on parle d'identité et d'histoire.
01:55Et donc, ça a vraiment été utilisé comme, voilà,
01:58les évolués, c'est vraiment la classe, la classe civilisée,
02:02la classe la plus hautement civilisée des Congolais.
02:05Et donc, malheureusement, cette idée-là, que le français et les langues européennes sont plus développées que nos langues,
02:15qui sont déjà beaucoup plus complexes et qu'ils ont une histoire aussi vraiment très ancrée dans nos royaumes,
02:23mais ça, c'est quelque chose d'autre,
02:25ben, elles ont vraiment été, comment dire ça,
02:28elles ont été, je cherche le mot, c'est pas discriminé,
02:31elles ont été ravissées, tout à fait.
02:34Et donc, dans ce mécanisme-là,
02:38les Congolais ont commencé à s'approprier, malheureusement, cette histoire-là.
02:44Par exemple, quand tu vas au Congo aujourd'hui, tu parles français aux âmes, tu es quelqu'un.
02:49Donc, le statut que le français ou la culture européenne,
02:53qui est beaucoup plus haute que la culture congolaise ou les cultures africaines,
02:58ben, malheureusement, elles ont vraiment été ancrées,
03:00l'indultrination coloniale a vraiment fonctionné.
03:04Et de cette manière-là, je pense que c'est important de connaître beaucoup de langues,
03:10parce que, ben, c'est aussi une manière, c'est une manière de pouvoir,
03:15mais le problème devient que quand tu parles, toi, quatre langues européennes,
03:20et tu ne sais pas parler ta propre langue maternelle,
03:22en sorte que moi-même, je crois en moi, pour que je perds cette complexité, en fait,
03:27qui était quand même présente.
03:30Et donc, on m'a dit, toi, l'université, ça ne sert à rien, tu ne vas pas le faire.
03:35Tu vas peut-être essayer, mais ça ne va agoutir à rien.
03:37Donc, regarde pour les études professionnelles.
03:40Et comme une fois, encore une fois, à ce moment, j'ai dit non.
03:43Et j'ai commencé mes études en sciences pédagogiques,
03:46qui m'a vraiment beaucoup apporté,
03:48parce que je voulais, en fait, comprendre pourquoi un humain est ce qu'il est aujourd'hui,
03:53pourquoi mon identité est celle qu'elle est aujourd'hui,
03:57comment mon environnement influence tout ça.
04:02Et donc, pendant ces études-là, je trouvais ça assez dommage, en fait,
04:06que c'était très canalisé à l'expérience, encore une fois, beige,
04:09et je ne me sentais pas à ma place.
04:11Et à ce moment-là, mon fiancé, que je remercie énormément aujourd'hui,
04:15parce que je ne serais pas où je suis aujourd'hui sans lui,
04:17qui m'a dit « Écoute, Pauline, je vois vraiment que tu es intéressée à l'histoire,
04:22la politique, ces aspects-là.
04:24Essaye de trouver un autre chemin, faire un master en sciences po. »
04:29Et je me rappelle que je ne voulais pas,
04:32parce qu'encore une fois, j'avais vraiment un très...
04:36mon estime de soi était vraiment très basse.
04:38Et aussi parce que c'était un master en anglais,
04:41et je me disais « J'ai une base, mais ça ne va pas aller. »
04:45Et pour couper le cours, j'ai fait mon master,
04:47et j'ai fini avec une grande distinction.
04:54Mais malheureusement, mon copain ne s'est pas arrêté là,
04:56parce que j'ai terminé mes études.
04:59Et en fait, il n'y a pas assez de personnes de représentation
05:02dans les institutions culturelles.
05:05Pourquoi ?
05:05Parce qu'on n'est pas...
05:07Nos parents ne vont pas nous dire
05:08« Aujourd'hui, il fait une science pédagogique,
05:10ou il devient artiste, ou je ne sais pas quoi,
05:11parce qu'il n'y a pas cette représentation-là. »
05:13Et comme j'ai dit, eux, ils se sont vraiment battus
05:15pour qu'on ait une vie meilleure.
05:17Et donc, ils cherchent...
05:18On connaît les classiques, hein.
05:20On fait du droit, on fait de la médecine.
05:22Mais moi, je savais que ça ne m'intéressait pas.
05:24Et donc, après mes études,
05:25je trouvais ça très difficile de rentrer dans le milieu culturel,
05:28ce que j'ai toujours voulu faire.
05:31Et je recevais des noms, des noms, oui, bref.
05:36Et donc, à ce moment-là, je me suis dit
05:38« En fait, peut-être que si je veux être aidée,
05:41je dois aller regarder dans ma propre communauté. »
05:44Et à ce moment-là, j'ai pris contact
05:46avec un garçon qui s'appelle Yvonne Kaldolo,
05:48qui faisait des conférences et tout ça.
05:51Et je me suis dit
05:52« Je sais que je veux faire ce qu'il fait,
05:54mais je ne sais pas comment y arriver. »
05:56Et à travers Leibn, je suis arrivée au Cerf Congolais,
06:00Congolais-Skring, en irlandais.
06:03En fait, le Cerf Congolais,
06:04c'est une réalisation de la diaspora congolaise en Flandre
06:09qui se focus sur la réappropriation de notre histoire,
06:14de notre identité, nos langues et tout ça.
06:16Et donc, à partir du Cerf Congolais,
06:18j'ai commencé à faire des conférences,
06:20j'ai commencé à parler,
06:21à organiser des activités pour les jeunes de la diaspora
06:25pour se reconnecter avec leur identité,
06:27avec leur langue, leur histoire,
06:28qui a complètement été perdue,
06:30pas seulement à cause de la période coloniale,
06:32mais aussi parce qu'il y a un détachement
06:34à travers nos parents,
06:35à cause du traumatisme qui vient à cause de la période coloniale,
06:39ce qui est normal.
06:40Et donc, on cherchait une manière, en fait,
06:43de reconnecter ces jeunes à leur identité, en fait.
06:48Et à ce moment-là, j'ai appris à connaître Nadiane Saï.
06:51C'est peut-être que des personnes la connaissent.
06:54En fait, c'est une femme dans la diaspora congolaise,
06:57mais en Flandre,
06:58qui a vraiment bouffé beaucoup de choses,
07:02des expositions et tout ça,
07:03qui se passe souvent avec des institutions
07:05comme l'Africa Museum, où elle a travaillé.
07:08Et à travers Nadia,
07:09j'ai commencé à travailler à l'Africa Museum
07:11en tant que responsable de presse.
07:13Et là, j'étais confrontée à un espace,
07:16un espace très violent,
07:17mais aussi à un espace où je voyais d'autres personnes,
07:20la majorité, en fait, des Européens,
07:22qui parlaient des personnes comme moi,
07:24qui parlaient de ma culture,
07:25qui parlaient de notre héritage,
07:27mais je ne voyais pas.
07:31Et il y a une personne,
07:32son nom me dépasse,
07:34mais il dit tout le temps,
07:35ce que vous faites, pour nous,
07:37sans nous, c'est contre nous.
07:40Et mon expérience à l'Africa Museum
07:43m'a vraiment révoltée.
07:46Oui, cette expérience-là, apparemment,
07:48il y a aussi.
07:48Oui, merci.
07:49Merci, au Mandela.
07:51Et donc, cette expérience-là
07:53m'a vraiment révoltée
07:54et a fait en sorte que,
07:56en fait, je sais,
07:57je l'ai vécu moi-même,
07:58il y a beaucoup de personnes dans la communauté
08:00qui sont vraiment talentueuses.
08:03Là, je parle spécifiquement
08:04de la diaspora congolais
08:05ou de la communauté congolaise
08:06parce que c'est celle que je connais le mieux.
08:08on est la communauté en Belgique
08:11avec les plus hauts diplômes,
08:14mais on est très souvent sous-qualifiés.
08:17Donc, on prend des positions
08:18qui sont en dessous de notre qualification.
08:20Et tout ça, en fait,
08:21c'est lié vraiment à la conceptualisation
08:24de l'Africain comme plus bas
08:28qui a été, en fait, forgé
08:30pendant la période coloniale
08:31et qui a été installé vraiment
08:33dans la structure,
08:34dans la société belge.
08:36Et c'est ces témoignages-là,
08:37en fait, que je voulais apporter
08:41à travers ma recherche.
08:42Et pour être très spécifique,
08:44en fait, aujourd'hui,
08:45je fais de la recherche
08:46sur comment la période coloniale,
08:47en fait, a façonné l'identité
08:49des jeunes de la diaspora en Belgique,
08:51des jeunes de la diaspora du Congo,
08:53et comment, en fait,
08:54ça se traduit à travers la relation
08:57qu'on a avec nos langues congolaises.
08:59parce que le Lingala, c'est bien beau,
09:01mais on a le Chiluba,
09:02on a le Tetela,
09:03on a le Kikongo,
09:04on a le Swali,
09:05on a plus de 240 langues
09:08à Kinshasa,
09:09et ces langues sont aussi à Kinshasa,
09:10je veux dire, au Congo,
09:12et ces langues sont liées
09:14à nos histoires,
09:16à nos coutumes,
09:17à notre identité, en fait.
09:22Par exemple, moi, je l'ai dit,
09:24ma mère, elle est Mouluba,
09:26il y a quelque chose
09:27qui s'appelle le Kachala chez nous,
09:29et donc, c'est une manière
09:31un peu poétique,
09:32mais aussi historique
09:34de retrouver une connexion,
09:36en fait, avec nos ancêtres,
09:38et tout ça, en fait,
09:39c'est qu'un exemple,
09:40mais c'est des pratiques ancestrales
09:43que nous, on a perdues
09:44et qui continuent à être perdues,
09:47en fait,
09:47parce que cette connexion
09:49avec les langues aussi,
09:50elle n'est pas nécessairement là.
09:52Et donc, c'est un peu ça
09:54que ma recherche essaye
09:57de rechercher,
09:58d'examiner, en fait.