00:01Un degré. Deux degrés. Deux degrés et demi. Quatre degrés.
00:11Au cours du siècle à venir, la température de la planète va continuer de monter. Plus les émissions
00:17de gaz à effet de serre seront importantes, plus la hausse sera forte. Mais en quoi est-ce
00:25un problème ? Pourquoi doit-on se soucier de quelques degrés de plus ? Parce que le changement
00:33climatique menace les infrastructures où nous vivons, l'agriculture qui nous nourrit
00:39et il peut nous tuer de plusieurs manières.
00:47On le sait, la température globale a déjà commencé à grimper. En l'espace de 40 ans,
00:53elle a augmenté d'un degré. Cette température globale est une construction
00:58mathématique. C'est la moyenne, sur l'ensemble de la planète, des températures de l'air
01:05proche de la surface. Si on sépare l'évolution sur les terres et les océans, on voit que
01:12les continents se réchauffent bien plus vite. Et si on regarde l'évolution des températures
01:17entre cette période et celle-ci, voilà ce que ça donne sur une carte.
01:25On voit que les continents, en rouge plus sombre, se sont davantage réchauffés que les océans
01:31en jaune. Mais on voit également qu'une région comme l'Arctique est plus touchée que l'Afrique.
01:39Dans quelques zones assez réduites, en bleu, la température moyenne a en revanche diminué.
01:45L'augmentation des températures n'est donc pas la même partout. Mais elle n'est pas non
01:52plus la même tout le temps. Prenons ce graphique. Il montre la distribution de l'anomalie de
02:00température pendant l'été dans l'hémisphère nord entre 1951 et 1980. Voilà ce que ça veut dire.
02:10Si un été correspond aux normales saisonnières, il va se retrouver au milieu de cette courbe. Si
02:17un été est plus chaud en moyenne, il va se retrouver de ce côté. Et s'il est plus froid,
02:23de l'autre côté.
02:26Avec le changement climatique, les normales de saison augmentent au fil du temps. Mais on voit aussi
02:32que cette distribution s'aplatit. Résultat, il y a plus d'étés anormalement chauds. Et leur
02:39température augmente plus vite que la moyenne. Et ces étés très chauds, tout à droite, s'accompagnent
02:47souvent de canicules qui sont de plus en plus fréquentes, sévères et longues. Or,
02:53en plus d'être particulièrement pénibles, les canicules peuvent tuer.
03:00Sur ce graphique de la mortalité française annuelle, on observe un pic, ici, sur la courbe
03:06de 2003. Ce sont les 15 000 personnes mortes de la canicule cette année-là. En tout, en Europe,
03:14cette vague de chaleur a tué 70 000 personnes. Depuis 2003, on a appris à vivre avec ces canicules.
03:22On recommande de limiter les activités physiques, de rester au frais et, surtout, de boire beaucoup d'eau.
03:36Et s'il faut boire beaucoup, c'est pour une raison simple. Quand il fait chaud, le corps a besoin
03:41d'eau
03:42pour transpirer. Car c'est l'évaporation de cette transpiration qui permet de nous refroidir.
03:50Cette évaporation va dépendre de l'humidité de l'air. Si l'air est très sec, la transpiration peut
03:56facilement s'évaporer. Mais si l'air est saturé en vapeur d'eau, elle ne peut pas s'évaporer. Il
04:04devient
04:05alors impossible pour le corps de se refroidir. Pour avoir un repère, un être humain, dans un
04:14environnement à 35 degrés saturé en humidité, meurt en quelques heures. En analysant les conditions
04:24d'humidité et de température ayant tué des humains par le passé, des chercheurs ont mis au point cette
04:29courbe. Les conditions à droite de cette courbe induisent presque toujours une surmortalité.
04:37Des vagues de chaleur mortelles peuvent aussi survenir à gauche. Mais dans ces conditions,
04:43ce n'est pas systématique. On voit que plus l'air est humide, moins la température est
04:49supportable. Les chercheurs ont ensuite regardé le nombre de jours dans l'année où les conditions
04:56de température et d'humidité étaient à la droite de cette courbe, et donc mortelles.
05:02On voit qu'aujourd'hui, il y a déjà certaines régions du monde qui connaissent ces événements,
05:07mais pour un nombre de jours limité. En faisant la même analyse pour différents scénarios d'augmentation
05:14de température, on voit, sans surprise, que le nombre de jours où les conditions sont mortelles
05:19augmentent. Dans un monde à 4 degrés, ça concerne la majeure partie de l'année pour
05:26certaines régions que le changement climatique va rendre littéralement invivable. Or, les zones
05:33concernées abritent aujourd'hui des centaines de millions de personnes.
05:44Mais le changement climatique ne se réduit pas à une augmentation des températures. Il a des effets
05:51très importants sur le cycle de l'eau. Pour le comprendre, il faut revoir quelques bases. L'évaporation
05:58a lieu au niveau du sol. C'est là que l'air se réchauffe et se charge en vapeur d
06:03'eau. Il faut
06:04ensuite savoir que plus une masse d'air est chaude, plus elle peut contenir de vapeur d'eau. Les masses
06:11d'air chaudes et humides s'élèvent ensuite dans l'atmosphère en se refroidissant. Si une masse d'air humide
06:17se refroidit, elle peut contenir de moins en moins de vapeur d'eau. L'eau finit donc par se condenser
06:24pour former des nuages qui plus tard donneront de la pluie. Le changement climatique aura des
06:30conséquences différentes sur ce cycle de l'eau en fonction des zones concernées. Regardons d'abord
06:36près des océans ou dans les régions humides où il y a beaucoup d'eau disponible. La hausse des
06:42températures va y augmenter l'évaporation et la quantité d'eau que peut contenir l'atmosphère,
06:47ce qui implique davantage de précipitations. L'augmentation de ces précipitations peut
06:54entraîner une multiplication et une intensification d'inondations qui peuvent tuer mais affectent
07:00surtout l'infrastructure et l'agriculture. Par contre, les conséquences sur les périodes
07:07où les régions sèches seront opposées. L'évaporation va certes augmenter mais vu
07:13la faible quantité d'eau disponible, cette eau qui s'évapore ne sera pas suffisante
07:18pour former des nuages et induire des précipitations. Ce qui provoquera une aridification de ces zones
07:25et de ces périodes sèches. En plus de réduire l'accès à l'eau dans certaines régions où c'est
07:32déjà un problème, la réduction des précipitations et les sécheresses vont avoir des impacts importants
07:38sur l'agriculture. Ces phénomènes auront également des conséquences sur les forêts et les feux
07:45continueront de se multiplier, endommageant fortement ces écosystèmes et les activités humaines qui en
07:51dépendent. Si on regarde cette carte projetant l'évolution du cycle de l'eau dans un monde à
07:57plus 4 degrés, on voit bien les deux effets. Parmi les régions exposées à l'aridification,
08:04il y a le pourtour méditerranéen, l'Afrique du Sud, l'Australie ou encore la Californie. Des régions
08:11qui subissent déjà des manques d'eau importants. A l'inverse, dans d'autres régions, les précipitations
08:18vont augmenter. Ce qui est une bonne nouvelle pour certaines régions arides d'Afrique ou du
08:23Moyen-Orient. Mais beaucoup moins pour des régions ayant déjà des précipitations très abondantes comme
08:29l'Inde ou l'Asie du Sud-Est. Une fois encore, de très nombreuses populations seront concernées.
08:43Les conséquences sur le cycle de l'eau ne s'arrêtent pas là. Le changement climatique affecte les glaciers
08:50qui reculent partout dans le monde. Dans un premier temps, ces fondres vont venir alimenter
08:55les cours d'eau pendant les périodes chaudes, ce qui est plutôt positif. Mais au fur et à mesure que
09:05les
09:05montagnes se réchauffent, il va pleuvoir au lieu de neiger. Résultat, pendant l'hiver, la pluie coulera
09:12directement vers les océans. Elle ne pourra plus être stockée sous forme de neige. Conséquence,
09:20pendant l'été, il y aura moins d'eau de fonte disponible pour alimenter les fleuves.
09:26Concrètement, voilà ce que ça donne pour l'Indus, un fleuve coulant depuis les montagnes de l'Himalaya.
09:32En bleu, c'est l'eau provenant aujourd'hui de la fonte des glaces. Et en rouge, le débit provenant
09:39directement des précipitations. Dans un monde à 4 degrés de plus, moins de neige peut se former,
09:47ce qui a deux effets, plus de débit pendant les périodes humides et moins d'eau de fonte
09:53pendant les périodes chaudes. Et vous voyez bien que cette évolution est problématique.
09:59En 2015, à l'échelle mondiale, 600 millions de personnes vivaient dans des zones où plus de la
10:06moitié du débit des fleuves dépend de la fonte des neiges. Dans ces régions,
10:11l'agriculture sera fortement affectée par cette évolution du cycle de l'eau.
10:21La fonte des glaciers a une autre conséquence. Elle contribue à l'élévation du niveau des
10:27océans, tout comme la dilatation des océans due à la hausse des températures de l'eau qu'ils
10:32contiennent. Cette élévation du niveau de la mer serait comprise entre plusieurs dizaines de
10:37centimètres et près d'un mètre d'ici 2100 et se poursuivra après. A terme, certains territoires
10:45risquent d'être recouverts par les eaux. Mais cette élévation va poser des problèmes bien
10:51avant ça. Car aujourd'hui déjà, dans certains cas extrêmes comme des tempêtes, l'eau de mer
10:58peut recouvrir les zones côtières. C'est ce qu'on appelle des submersions marines. Et plus
11:04l'eau va monter, plus elles vont être fréquentes. Elles concerneront des dizaines de millions de
11:09personnes supplémentaires d'ici la fin du siècle si on ne met pas en place de mesures d'adaptation.
11:14Parmi les zones les plus touchées, on pense souvent aux petits états insulaires et aux
11:19zones côtières. Ces submersions seront également de plus en plus fréquentes dans certains grands
11:24deltas, dont l'élévation limitée met en danger des zones agricoles extrêmement importantes. C'est
11:31le cas notamment du delta du Mekong, où est produit près de la moitié de la production
11:35céréalière vietnamienne. Tout cela est d'autant plus préoccupant que le réchauffement des eaux et
11:43de l'atmosphère va également avoir une influence sur les ouragans. Selon le 5ème rapport du GIEC,
11:49paru en 2013, il devrait y avoir une réduction du nombre d'ouragans. Mais une augmentation du
11:55nombre d'ouragans les plus violents. Les ouragans semblent également se rapprocher des côtes et
12:01s'accompagnent de plus de précipitations, ce qui augmente leurs impacts.
12:09Évidemment, les effets du changement climatique ne vont pas se limiter aux sociétés humaines.
12:15Les animaux et les végétaux sont aussi concernés. Ils subissent déjà la destruction des habitats
12:22naturels, la surexploitation et les effets de nombreuses pollutions. Et le changement climatique
12:29est une pression supplémentaire qui va affecter particulièrement certains écosystèmes. Par
12:36exemple, les récifs coralliens risquent de disparaître à cause de l'augmentation de la
12:40température des océans. Mais aussi à cause de l'acidification due à la dissolution dans les
12:47océans d'une partie du CO2 émis par les activités humaines. Or, ces récifs coralliens abritent
12:53aujourd'hui une biodiversité très riche. Et certaines de ces espèces fournissent des
12:59moyens de subsistance à des millions de personnes vivant de la pêche. C'est par exemple le cas
13:05de 40% des 360 millions de personnes vivant aux Philippines et en Indonésie. Les espèces
13:13animales et végétales tenteront de s'adapter aux changements climatiques en migrant vers
13:17l'épaule. À condition qu'il leur reste des espaces naturels pour ça. Et si le changement
13:24climatique est suffisamment lent pour leur permettre. Et ces adaptations, elles aussi,
13:31réservent de mauvaises surprises. Par exemple, l'Organisation mondiale de la santé estime
13:38que dès 2030, la migration des moustiques entraînera 60 000 morts supplémentaires à cause
13:44du paludisme chaque année.
13:55Voici donc un aperçu des conséquences pour l'ensemble de l'humanité d'une hausse de
14:00quelques degrés. La liste n'est bien sûr pas exhaustive, mais elle permet de comprendre
14:05l'ampleur du problème. Les zones concernées, et surtout les populations, sont très nombreuses.
14:12Bien sûr, nous nous adapterons en partie à ces conséquences. Mais vu le nombre de personnes
14:18impliquées, ça ne se fera pas sans difficulté. D'autant que certaines populations n'auront
14:24pas d'autre choix que la migration, par millions. Une chose est sûre, chaque dixième de degré
14:33aura des conséquences dramatiques pour des millions de personnes. Pour limiter ces conséquences,
14:41il y a une chose à faire, réduire le plus rapidement possible les émissions de gaz
14:47à effet de serre.
14:52Merci d'avoir regardé cette vidéo, j'espère qu'elle vous a plu et que vous avez appris
14:56plein de choses. Pour ceux qui ne me connaissent pas, je fais de la vulgarisation approfondie
15:01des enjeux environnementaux sur la chaîne YouTube Le Réveilleur. Quand m'a proposé
15:05cette collaboration, j'ai tout de suite accepté, parce que c'est l'occasion pour moi de toucher
15:10un public plus large et de voir mon propos joliment illustré. N'hésitez pas à nous
15:14dire si ce format vous a plu et quels autres sujets vous aimeriez voir traités. C'était
15:19Rodolphe Meyer pour Le Monde et à bientôt sur le net.