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  • il y a 10 heures
"Non essentiel, c’est inutile alors continuons !" est un documentaire réalisé par Bastien Simon et est sorti en 2024. C'est une réponse pleine d'ironie et de tendresse au fameux débat qui a secoué le monde de la culture pendant la crise du Covid-19, lorsque les artistes et les lieux culturels avaient été qualifiés de "non essentiels".

L'esprit du film, comme le souligne le réalisateur en interview : si on considère que l'art est "inutile" d'un point de vue purement productif ou économique, c'est justement cette gratuité et cette poésie qui nous rendent humains. "Puisque c'est inutile, alors continuons de le faire !

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Transcription
00:03Le Covid nous est passé sous le nez, emportant avec lui une partie de nos interactions sociales et surtout physiques.
00:09On est en 2022. La Direction régionale des affaires culturelles du Grand Est et Séné-Territoire m'invitent à partir
00:15à la rencontre de jeunes artistes qui participent à leur programme de résidence Jeunes et Stivants.
00:21Milieux ruraux, quartiers prioritaires de villes, que nous révèlent ces liens qui se tissent avec les habitants.
00:27Je prends alors du matériel léger, une caméra, un pied et un micro.
00:32Dans cette région, on dit Croive, Voie et on prononce fort les R.
00:37C'est un territoire que je connais bien pour y être né en 1987.
00:41L'autoroute A31, Nancy, Metz, Epinal, Reims, Strasbourg, Commercy, les pâtes et lorrains et la choucroute.
00:50Bon, même si je suis végétarien maintenant, je me rabats sur l'alcool de Mirabel.
00:54Je trouve un camion jaune La Poste et me voilà parti sur les routes d'Alsace, de Meuse, des Ardennes,
01:00des Vosges, de Moselle ou encore de Mortemoselle.
01:03Je parcours 5000 kilomètres sur 50 jours.
01:06J'ai un peu l'impression d'être une sorte de facteur qui récolte des images et des sons dévoilant
01:11une part de notre humanité.
01:19Nous, on a répondu à l'appel à projet et on ne savait pas quel artiste on allait avoir.
01:25Et au final, il est arrivé dans ma boîte mail parce que j'ai reçu un mail et on m
01:28'a dit, bon ben voilà, je suis M. Wesch l'artiste et c'est moi votre artiste.
01:32Là, je me retrouve avec un petit jeune qui a 25 ans, artiste, qui bosse la nuit.
01:36Les horaires, il n'en a rien à péter.
01:38Je veux dire, tu lui dis, on se donne rendez-vous en 11h, il va arriver en 11h15.
01:42Il s'en fout, Royal.
01:45Sœur ?
01:45Sœur ?
01:47Sœur ?
01:47Sœur ?
01:48Sœur ?
01:49Sœur ?
01:49Sœur ?
02:01Sœur ?
02:15Le mec qui va avoir deux paires de chaussures différentes, il est un peu, enfin je pense qu'il vient
02:20de se lever parce que du coup, vu qu'il bosse la nuit,
02:22donc il débarque en vélo, il a sa frontale sur la tête, voilà, on sent qu'il n'est pas
02:26réveillé et tout.
02:27Ça change largement de ce que je fais au quotidien.
02:31Il y a d'autres, du coup, c'est depuis que je suis tout petit que j'improvise.
02:37C'est un peu le bordel, mais c'est fidèle à mon image.
02:49Tout prend du temps.
02:51Et du coup, j'ai tellement d'idées, tellement de choses que j'ai envie de réaliser.
02:55Je peux passer 20 heures sur l'ordinateur non-stop, mais les 20 heures, il faut les avoir.
03:01C'est un territoire, mais en relation des artistes avec des lieux.
03:06Mes deux exigences, c'était dans un rural, loin de tout, justement pour que ce soit plus facile de m
03:12'isoler complètement.
03:13Et la deuxième exigence, c'était que je puisse travailler la nuit.
03:187, 8, 14, 15, 16, vert, jaune, bleu.
03:21Je suis hyper active, donc de base, je cours toujours partout, je fais toujours plein de trucs.
03:26Ça, c'est le cendrier d'une semaine de travail.
03:36La résidence d'artiste, je ne me serais pas mis à 19h un soir sur le PC pour remplir le
03:44document.
03:44Et ça ne se serait jamais fait.
04:01Puis après, il faut vendre l'idée aux élus, vendre le projet, puis s'ils acceptent, banque ou quoi.
04:07Ils dénotent sur le territoire, parce que, je veux dire, on se balade en ville, à Troyes, Strasbourg, Reims ou
04:13Paris.
04:14On va voir des gens un peu extravagants.
04:17Mais on n'a pas l'habitude de voir des gens un peu extravagants dans nos rues ici, en milieu
04:21rural.
04:22C'est l'idée, quand on fait des projets un peu comme ça, de résidence d'artiste en milieu rural,
04:27c'est aussi le contraste.
04:28Mais c'est bien, parce qu'il faut bousculer un peu, des fois.
04:40Dans les pratiques qu'on a dans des coins comme ça, il faut qu'il y ait les événements traditionnels
04:45classiques,
04:45voire à la chou-coute, comme on a ce week-end,
04:48qui peuvent aussi être mélangés avec quelque chose, des fois, d'un peu moins traditionnel,
04:52pour faire venir d'autres catégories de population.
04:54C'est des territoires où il y a tout à refaire, il y a tout à reconstruire.
05:00Puisqu'au final, c'est juste des territoires qui étaient très bien à un moment, qui se sont cassés la
05:04gueule.
05:06La culture, il y en a. La question, c'est la diversité, toujours.
05:09La culture, c'est la diversité, toujours.
05:42La culture, c'est la diversité, toujours.
06:23Tout le temps, tout le temps, tout le temps, tout le temps.
06:26Quand vous habitez le rez-de-chaussée, vous ne pouvez même pas écouter la télé, c'est un petit peu
06:29rageant.
06:32Quand on dit Kellerman, c'est un petit peu un quartier où les jeunes font tout et n'importe quoi,
06:37ça circule la moto, ça, vous voyez, il y a un petit peu de trucs comme ça.
06:42Moi, j'ai été nounou, à un moment donné, quand je disais que j'habitais Kellerman, on me raccrochait au
06:47nez, par exemple.
06:48Donc c'était un quartier, mal famille, même encore maintenant, quand on dit Kellerman, on aurait dit qu'on est
06:54des tardes.
06:55Alors que finalement, il y a des gens qui sont très bien, on s'entend très bien et qu'il
06:59se passe super bien.
07:01La nez, c'était dans une usine qui était en fin du loup.
07:04On a déjà vu plusieurs spectacles qui étaient super.
07:06Là, en bas, carrément.
07:08En bas, là, c'était super.
07:13Vous vous installez à une place réservée aux noirs.
07:17Mais si un blanc est contraint de rester debout, vous devez lui céder votre siège.
07:25Donc ça, c'est le bus de Rosa, qui parle de cette fameuse Rosa Parks.
07:29Donc elles ont la même histoire, Rosa Parks et Claudette.
07:31Toutes les deux, elles ont refusé de laisser leur place à une personne blanche.
07:39Parce qu'à l'époque, il existait quelque chose qui s'appelait la ségrégation.
07:44C'est-à-dire que les blancs, ils avaient de tout le pouvoir et que les noirs, là.
07:47Oui, exactement.
07:49Et c'était dans les années 50, en 1950.
07:52Et dans l'île, il y avait aussi écrit que les blancs, ils n'étaient pas autorisés de se mettre
07:57à côté des noirs.
07:59Ouais.
07:59C'est nonce.
08:00Ouais, exactement.
08:01Et est-ce que les indignes, ça existe encore, la loi, là ?
08:04Non.
08:05Non.
08:05Ben non, ça s'est arrêté.
08:06Oui, mais grâce justement à Claudette et à d'autres personnes, d'autres personnes principalement noires, qui se sont battues
08:13pour leurs droits.
08:14Voilà.
08:16J'ai fait des actes de rébellion dans ma vie.
08:19Et principalement à l'adolescence.
08:21C'est pour ça que ça m'intéresse aussi de donner des ateliers à des jeunes gens de cet âge
08:26-là.
08:29Ce que je fais, et puis je l'ai déjà fait avec d'autres enfants sur d'autres ateliers, je
08:36pense que vous l'avez compris, l'histoire de Claudette, elle est claire, voilà.
08:38Mais c'est, vous, de raconter des injustices que vous, vous avez vues ou que vous avez vécues et de
08:47les mettre en scène.
08:54La recherche d'identité, le fait aussi que j'utilise des formes très diverses dans mes spectacles de marionnettes.
09:07Je pense que ça vient du fait que je sois de deux nationalités différentes, de deux origines différentes.
09:17J'ai un papa marocain, une maman française.
09:20Et parfois, je fais même leur voix.
09:21Je les pose et d'un coup, je deviens elle dans l'histoire.
09:26Et parfois, je les fais bouger et c'est eux qui parlent.
09:28Donc, il y a plein de possibilités.
09:30En tout cas, j'utilise l'ombre et le théâtre d'objets, on peut dire.
09:33Et quand vous mettez ça, donc quand vous mettez ces personnages derrière l'écran, que vous mettez de la lumière,
09:37ça fait des ombres.
09:42Monsieur, monsieur.
09:43Ça va ?
09:44Vous allez bien ?
09:45Oui, au fond.
09:46Ça va ?
09:48C'est pas bien.
09:55C'est quoi là-bas ?
09:56Musique, mais...
09:57C'est rap.
09:58Tout le monde s'est réunis.
09:59On a la tête à faire du violon.
10:01Après, moi, j'ai rien contre eux.
10:02Parce que nous, à chaque fois, on est mis de côté.
10:05Et la neuf, là, parce que moi, j'avais pas filmé, mais pourquoi ça marche pas avec le quartier ?
10:11C'est de l'art contemporain.
10:13On n'écoute que du rap.
10:15On n'écoute pas d'art contemporain.
10:18Tu vois comment ?
10:19Vous avez proposé, alors ?
10:21Ils ne viennent pas nous voir.
10:22Ils ne nous demandent pas ce qu'on veut.
10:23Il ne faut pas mettre de piscine ici, sinon ils vont venir, la police, voilà.
10:27Même quand on fait des barbecues, c'est...
10:29Fait des barbecues, c'est limite acceptable.
10:31Ils nous laissent tranquilles, parce qu'on a envie de nous laisser tranquilles.
10:35Sinon, si on se laisserait faire, pouf.
10:36On n'a pas de liberté ici.
10:39Pourquoi ?
10:39Peut-être qu'avec le nouveau maire, ça va changer.
10:41Non, il n'est même pas venu ici.
10:44Il a fait une campagne sans venir ici.
10:46Moi, je les ai vus, là.
10:48Ça, c'est certain.
10:49Vous allez voter.
10:50Vote quand même.
10:50En fait, c'est ça.
10:51Laissez-moi quand on est rentré à la nef.
10:52Moi, je ne vote pas, moi, je n'ai pas voté.
10:54Ah oui, d'accord, en fait.
10:55Vous allez à la nef, c'est pour voter.
11:04Il y en a eu du rap.
11:05Il y en a eu beaucoup.
11:06Il y a eu beaucoup de culture urbaine à l'époque où j'étais au service jeunesse.
11:10On faisait même des bus jusqu'en Allemagne pour voir les battles.
11:15Just Debout, pas Just Dance.
11:17Mais ça ne se faisait pas en France.
11:20Ça ne se faisait qu'en Allemagne, battle.
11:22Donc, on faisait des bus.
11:23Il y avait une vraie forte communauté de culture urbaine entre rap, musique.
11:29Mais ça, c'était avant.
11:32Et maintenant, le rap, on ne les entend pas.
11:36Enfin, je ne sais pas, ils ne viennent pas démarcher.
11:41Je pense que ce n'est pas construit avec eux.
11:44On ne part pas assez souvent du bas.
11:48Souvent, c'est plutôt du haut.
11:50Il y a une idée.
11:51On la transforme et on dit, ça sera bien, venez, venez.
11:54Mais vu qu'ils n'ont pas été consultés,
11:56les habitants du quartier ne peuvent pas s'impliquer à l'intérieur.
11:59Donc, tout de suite, ce n'est pas pour eux.
12:10Quand vous ouvrez la bouche, il y a de l'air qui rentre.
12:13Et après, vous essayez de tenir l'air le plus possible là-dedans.
12:16Ça vous permet d'avoir une grande voix.
12:18J'ai l'impression, en faisant des spectacles,
12:21de montrer des choses possibles,
12:24de montrer des exemples.
12:26Et du coup, peut-être, j'espère faire ça,
12:29de planter une graine.
12:31Et après, c'est aux autres de la faire germer.
12:33Moi, j'ai l'impression juste de planter une petite graine.
12:35Et puis après, chacun en fait ce qu'il veut.
12:40Claudette, je ne sais pas si on peut dire
12:41que c'est une recherche d'identité,
12:42mais c'est le fait quand même de grandir
12:45en osant dire non, en osant protester.
12:48Maîtresse, maîtresse, il y a Lénie
12:49qui a frappé Rubis et Rose.
12:52Ramènez-les-moi, je vais le taper.
12:55Est-ce qu'on peut le refaire ?
12:57Oui, on peut le refaire.
12:58Dans le temps, ça bougeait plus
13:00parce que tu avais la maison pour tous.
13:02C'est vrai qu'avec la mixité qu'il y avait,
13:06il y avait beaucoup plus de convivialité.
13:09On se voyait beaucoup plus avant
13:10parce qu'il y avait beaucoup, beaucoup de monde, en fait.
13:13Et là, petit à petit,
13:13tout le monde est un petit peu parti,
13:14chacun de son côté.
13:16On se retrouve peut-être un peu moins.
13:18Un peu moins, oui.
13:19Beaucoup moins de personnes.
13:21Bon, après, comme il y a eu le Covid,
13:23donc ça nous a un petit peu élargi,
13:25chacun de son côté.
13:54Sous-titrage Société Radio-Canada
13:55Ah bon ?
13:58C'est la calicule.
13:59C'est la calicule, oui.
14:07Ici, avant, on faisait pas mal de soirées, par contre.
14:11Bien souvent, pendant les vacances,
14:12on faisait, il y avait des balles,
14:15genre balle musette, au mois de juillet, au mois d'août,
14:17on faisait une grande kermesse du quartier.
14:19Il y avait pas mal de monde, justement,
14:21où il y avait toute la mixité, justement,
14:25toutes les nationalités.
14:26Et on échangeait entre,
14:28il y avait des jeux,
14:30il y a des pêches à la ligne,
14:33les Sénégalaises font leur fataya,
14:35leur bissap,
14:37des couscous,
14:38des pitas,
14:40enfin, il y a pas mal de choses,
14:41et c'était très intéressant.
14:43Et c'est là qu'on s'est connus,
14:44il y a 26 ans ?
14:46C'est là qu'on s'est connus,
14:48il y a 26 ans.
14:48Voilà.
14:51Allez, on va !
15:26Les enfants qu'on retrouve plus à l'école
15:29sont servis dans le pâté en croûte.
15:32Il y a des histoires de disparition d'enfants, donc.
15:34Il y a un truc qui tourne,
15:36où, à la rentrée,
15:38vous avez un certain nombre d'élèves qui arrivent,
15:40bizarrement,
15:41ça n'a pas le même nom qu'ils ressortent de l'école,
15:43boum, il y a des pertes,
15:44donc moins un.
15:46Alors, il y en a qui disaient,
15:47tiens, qu'il était mangé par le prof.
15:51Moi, j'ai des doutes,
15:52donc je n'arrive pas à savoir
15:53si c'est le prof, effectivement,
15:54qu'il mange,
15:54ou si les enfants, au final,
15:56ils sont découpés,
15:59pas mis dans des sacs poubelle,
16:00mais découpés à un morceau
16:01pour être du hachis dans le pâté.
16:05C'est peut-être pour ça qu'il est si bon,
16:07ce pâté.
16:08C'est peut-être pour ça.
16:11Si on tire un événement,
16:12un lieu, un personnage,
16:16formulez une petite histoire.
16:19J'ai déjà le château disparu.
16:21Est-ce que la colline du Pendu,
16:23on la compte dans les lieux ?
16:25Écoute, well not.
16:28Venise aussi.
16:33Et en personnage,
16:34il y a aussi le prof
16:35qui mange un élève.
16:36Tu mets la dame blanche.
16:37Oui.
16:38Mais la maison foudroyée,
16:39pour le coup,
16:39ça peut devenir un personnage.
16:42Est-ce qu'on met
16:42la rue de la souris morte ?
16:44Oui, peut-être.
16:46On a inventé un système de jeu
16:51avec des cartes et tout,
16:52machin,
16:53qu'on tire,
16:54pour raconter des histoires.
16:55Oui.
16:56Et on n'a pas tout à fait fini.
16:58Et là,
16:58il faudrait qu'on fasse
16:59des plateaux
17:00en forme de Gougenheim.
17:03Mais je ne t'ai pas raconté.
17:04Ce matin,
17:05on a j'en gros trouvé
17:06le maire du village
17:07complètement arraché
17:08sur la pointe du Hélène-Sapon.
17:09Genre en plein milieu
17:11de...
17:11Pour vrai,
17:12tu vas dire...
17:12Oui, oui.
17:13Oui, oui, oui.
17:15Ah, mais va.
17:22On va à la maison hantée.
17:24Laquelle ?
17:25Sinon,
17:25il suffit qu'on aille
17:27de l'autre côté.
17:28Bah ouais,
17:29le côté-là,
17:29on la voit mieux.
17:30Ouais,
17:30et on la voit mieux.
17:31Parce que là,
17:32il y a le vent qui frit tout le temps.
17:34La maison hantée,
17:35vous y allez la nuit ?
17:36Non.
17:36Non.
17:59Une fois qu'on a fait
18:00le tour des cabanes,
18:02bah,
18:03c'est bon,
18:03on a fait le tour.
18:04Quand il fait trop chaud,
18:06on ne peut pas sortir au city.
18:08Même si on fait des foot
18:10ou je ne sais quoi.
18:11Les foot nuls.
18:12Ouais.
18:13Les copains qu'on a à l'école,
18:14on ne peut pas les voir
18:15parce qu'ils sont à Hore.
18:17Ou ils habitent au-de-pain.
18:18Ou ils habitent au-de-pain.
18:21L'avantage ici,
18:22c'est que c'est calme.
18:25Si on a un bon groupe d'amis,
18:26ça va.
18:27On a adopté un canard, là.
18:29C'est vrai ?
18:31Mais ouais,
18:31une fois que tu as fait le tour
18:32trois fois,
18:32quatre fois,
18:33c'est bon.
18:34C'est vu et revu.
18:36Vu, vu, vu.
18:37Il y a un serpent !
18:39Ah ouais, putain.
18:40Là,
18:40il y a une petite couloge.
18:44Ça, c'est la cabane des garçons.
18:47Anciennement la nôtre.
18:48Et on avait même fait des lits
18:50dans la salle là-bas.
18:51On avait fait,
18:52on avait essayé
18:52de faire un canapé,
18:53tout ça.
18:54On avait fait même une cuisine.
19:00Ouais, mais...
19:01Ouais, vous êtes là
19:02depuis une semaine
19:02où ça fait 14 ans
19:04ou...
19:04T'as quoi ?
19:0511 ans.
19:0611 ans qu'on est là.
19:09Quand il n'y a pas
19:09des fêtes,
19:10j'avoue que c'est un peu...
19:12Mais je rechignerai pas
19:14pour la ville quand même.
19:16Parce que bon,
19:17le calme que t'as,
19:19t'as tes copines,
19:20t'as la piscine,
19:21tu leur dis hop,
19:21tu viens,
19:22ils arrivent dans la seconde.
19:23Ouais, t'as les cigognes.
19:24Non mais les cigognes,
19:25c'est important.
19:26Parce qu'elle a caressé.
19:27Ouais, elle,
19:27elle peut presque caresser
19:28sa cigogne.
19:30C'est pas la mienne.
19:32Pratiquement.
19:33Ouais.
19:34On lui a mis
19:35un bocal d'eau maintenant,
19:36un seau.
19:36Et vous lui avez fait
19:37bouffer votre poisson.
19:39Ça, j'ai appris aussi.
19:40C'est vrai ?
19:42D'accord.
19:43Bah, il avait une tumeur,
19:45le poisson.
19:46Alors, on l'a donné à la cigogne.
20:01C'est orange.
20:02Ça te va bien, le orange.
20:04Alors, Guggenheim,
20:04c'est un village qui est quand même...
20:05qui est pas sur les grands axes,
20:08qui se situe au fin fond du Kororsberg.
20:10C'est un peu à l'écart,
20:12mais sans être très très loin
20:13de Strasbourg non plus,
20:14avec des gens qui sont au village
20:16depuis plusieurs générations
20:17pour certains.
20:18Voilà.
20:23Je passais en train,
20:25je revenais de Paris
20:26et je vois que la ligne passe à côté
20:27d'une ville ou d'un village
20:29qui s'appelle Guggenheim.
20:31Je connaissais pas du tout,
20:32ça me fait beaucoup rire
20:33puisque c'est un homonyme
20:35de la fondation Guggenheim,
20:36qui est une institution assez célèbre
20:39dans l'art contemporain.
20:40Oui, une des plus grandes collections même.
20:43Et le lendemain,
20:44je décide d'envoyer un mail
20:46à la mairie
20:47parce que ça me travaille.
20:48Je me dis, c'est drôle,
20:49ce serait l'occasion
20:51de pouvoir organiser
20:52une expo d'art contemporain
20:53avec des amis jeunes artistes contemporains.
20:56Une expo d'art,
20:56je suis pas sûr
20:57que ce soit déjà arrivé à Guggenheim.
20:58Non.
20:59C'est pas du tout un milieu,
21:01à mon avis,
21:03que les gens ont l'habitude de voir ici.
21:05Donc Guggenheim,
21:05c'est quand même assez rural,
21:06beaucoup d'agriculteurs.
21:08Et du coup,
21:09avec le maire Laurent,
21:11on s'est dit,
21:11ça peut être sympa
21:12de voir comment se mélangent
21:13un petit peu ces deux milieux-là
21:14et puis ça amène
21:15un petit peu de vie au village.
21:17On avait vraiment envie
21:18de créer une espèce de partage
21:19à Guggenheim
21:21où nous, on proposait l'art
21:24comme une manière
21:24de raconter des histoires.
21:26Donc, on écrive quelque chose
21:28avec les habitants
21:28et habitantes
21:29et qu'à partir de ça,
21:31on crée une exposition.
21:34Les deux parties
21:34avaient peut-être
21:35un peu leurs préjugés au début
21:36et on s'est rendu compte
21:37que tout le monde
21:38étant assez sympathique,
21:39au final,
21:39ça s'est très bien passé.
21:41Profiter de rencontrer des gens
21:43pour, je sais pas,
21:45c'est ça qui enrichit la vie.
21:47Ouais, on en retire toujours quelque chose.
21:49On n'a jamais une mauvaise expérience
21:50à chaque fois qu'on accueille quelqu'un.
21:51On a des belles histoires à entendre
21:53et les enfants,
21:55ça leur apporte des choses aussi.
21:56Ça leur ouvre un petit peu l'esprit.
22:10Tu vas pas me croire,
22:11mais cette nuit,
22:13il y a eu un gros torage
22:14avec de la foudre
22:15et qui a mis une grosse inondation
22:19dans Guggenheim,
22:20dans le village en dessous.
22:23Et il y a des poissons
22:24qui sortent des égouts maintenant.
22:26Quels poissons sortent des égouts ?
22:28Il y a une rivière souterraine
22:29qui passe en dessous de Guggenheim.
22:32Et le lendemain,
22:33du coup,
22:33de toutes ces inondations,
22:34il y a plein de poissons
22:36qui sont sortis de cette rivière
22:37qui sont remontés par les égouts.
22:39Et maintenant,
22:39il y a des carcasses de poissons.
22:41Il y en a qui bougent même encore.
22:43Mais oui,
22:43j'ai vu,
22:43il y a un poisson
22:44que je l'ai vu sortir de l'égout
22:45et il a commencé à avoir des pâtes.
22:48Et il commençait à courir sur l'herbe.
22:50Je crois qu'il est allé
22:50vers le City Stade
22:51ou un truc comme ça.
22:52Là où il y a eu la Dame Blanche
22:54cette nuit aussi.
22:55Ah oui, exactement.
22:56Il y a la voisine
22:57qui m'a raconté ce matin
22:59qui est venue tout effrayée chez moi,
23:01qui est venue,
23:02qui m'a dit
23:02j'ai vu la Dame Blanche
23:04qui était sur le City
23:07et qui tournait dans le City en rond.
23:09Pourquoi il y avait sorti des égouts
23:11comme les poissons ?
23:12Bah, je ne sais pas.
23:13C'est le présage aussi
23:14de quelque chose de mauvais,
23:15je pense.
23:38Chaque artiste
23:39nous a présenté son œuvre
23:41et on a eu l'explication.
23:43À Guggenheim,
23:44c'est une population
23:45plutôt rurale
23:46et donc on n'a pas trop
23:48l'habitude d'avoir
23:49des expos comme ça
23:50ou des œuvres comme ça
23:51où effectivement
23:53il y a de l'interprétation
23:54derrière,
23:55il y a un petit peu
23:55de la recherche,
23:57de la compréhension.
23:58C'est...
24:00Ça change.
24:01Voilà.
24:02Ça change de notre quotidien.
24:07Claire, est-ce que tu as des clés
24:08de la salle des fêtes
24:09ou pas ?
24:10À la maison, oui.
24:16Celle-là, elle regroupe
24:17toutes les histoires
24:18qu'on a faites.
24:19parce qu'on a le château
24:20qui est là,
24:21on a le balai,
24:22tu sais,
24:23le balai en sorcelleur
24:24de la chapelle
24:25parce qu'on a le poisson
24:26qui du coup les tient
24:27et on a la grande
24:28peguie,
24:29enfin cerise.
24:35Il se trouve que la date choisie,
24:37c'était la même date
24:37où la chorale du village
24:40reprenait en fait
24:41sa traditionnelle
24:42tarflambée de la rentrée.
24:44Voilà, donc c'est quelque chose
24:45qu'on n'a pas pu faire
24:45pendant le Covid
24:47parce qu'en fait,
24:48il n'y a pas le droit
24:49de se rassembler
24:50et là, c'est la première
24:51depuis deux ans.
25:14Deux picotsières.
25:58Sous-titrage MFP.
26:28Sous-titrage MFP.
27:00À accepter la situation et demander de l'aide
27:08En fait, tout est parti sur les interviews
27:12Des soignants, des soignés
27:16Et du coup, c'est un mélange de tout
27:18C'est la troisième résidence
27:20Moi, c'est ma deuxième sur la musique
27:23Parce que la première, effectivement, Nathalie et Manon
27:26étaient allées capter les interviews
27:30On a fait une deuxième résidence
27:31On a fait un grand tri dans ces interviews
27:33Et dessiné un plan, une histoire, un scénario
27:38Enfin, un scénario
27:39Un récit ?
27:40Un récit, tout simplement
27:43Là, comme on est dans un endroit qu'on nous a prêté
27:47Je viens avec des instruments
27:48En me disant, je vais utiliser ci et ça
27:50Et finalement, il y en a que je n'ai pas pris
27:52Il y en a que je ne sais pas
27:53Il y en a que je n'utilise pas
27:54Et puis voilà, on improvise avec ce qu'on a
27:57Ce qui nous inspire sur le moment
27:59C'est plutôt rigolo
28:23C'est vrai que si on ne faisait pas venir les artistes ici
28:27Forcément, on aurait toujours besoin de se déplacer beaucoup plus loin
28:38Alors moi, je suis professeure des écoles
28:41Au niveau scolaire, c'est un problème aussi
28:43Justement pour les villages
28:45Parce qu'on n'a pas l'accès à la culture
28:47Comme des écoles sur Metz
28:49Les écoles sur Metz, au niveau du déplacement
28:52Déjà, c'est beaucoup plus simple pour elles
28:53Nous, dès qu'on veut se déplacer, ça a un coût
28:56Les spectacles ont un coût
28:58Donc c'est...
29:00Même pour les petites écoles de village
29:01C'est compliqué d'avoir accès à tout ça
29:09On allait souvent visiter, par exemple, les fers
29:13Ou des choses comme ça
29:17On voit quand même que c'est quelque chose qui manque dans les familles
29:22Tout ce qui est culturel, les musées, les spectacles
29:24Les parents ne vont pas forcément vers ce genre d'activité avec les enfants
29:30C'est important que l'école puisse l'apporter justement
29:36Donc...
29:36Ou les artistes finalement
29:38Ou les artistes, ouais
30:04Moi j'ai pas grandi dans le milieu
30:07Dans un milieu où il y avait une grande culture artistique
30:11Du tout
30:11Je pense qu'à la maison, on devait avoir
30:14Le vinyle des 4 saisons de Vivaldi
30:16Et un CD de Johnny
30:18Et un CD de Brel
30:21Donc...
30:21Et petite, je suis jamais allée au théâtre
30:25Même au cinéma, j'y allais très peu
30:27En fait, c'est des choses que j'ai découvert
30:29En devenant jeune adulte
30:30En tout cas, l'idée d'aller peut-être s'infiltrer
30:32Dans des lieux non dédiés
30:34D'aller chercher à subvertir des espaces publics
30:39Ou des espaces qui sont pas faits pour accueillir la création artistique
30:44C'est un moteur qu'on a en commun
30:48D'amener la danse là où les gens ne la voient pas
30:49La danse contemporaine en tout cas
30:50Là où les gens ne la côtoient pas
30:54Hors des théâtres, hors des salles
30:56On n'est pas dans les grandes villes
30:57On n'est pas dans les grandes salles
30:59Les lieux où on va jouer s'improvise
31:02Se découvrent, changent chaque année
31:04Et...
31:05...
31:06...
31:11...
31:15...
31:44Sous-titrage MFP.
31:47Musique douce
32:17Ça va de la musique à la poésie, aux contes, au théâtre, à la danse, à toute forme d'expression
32:27culturelle, quelle qu'elle soit.
32:32Il fait beau. On a eu l'orage cette nuit, mais il fait beau.
32:35Si on a une petite jauge sympa d'une quarantaine de personnes, on sera déjà bien satisfait.
32:40Mais voilà, le but c'est que les gens acceptent de se laisser surprendre et prennent ce qu'on leur
32:47offre.
32:48Avec plus ou moins de bonheur, ça dépend des fois, mais c'est comme ça.
32:51C'est un peu notre marque de fabrique.
32:56Pendant le Covid, on s'est posé la question, qu'est-ce qu'on fait ?
32:59Est-ce qu'on poursuit notre activité ou pas ?
33:03La question a été posée.
33:04Donc on s'est dit, on ne va pas l'arrêter.
33:05On va continuer à le faire.
33:06Tant qu'on peut, on le fait.
33:13Moi, je suis entièrement bénévole.
33:14Je suis bénévole, je suis retraité.
33:17Et je suis chargé de la programmation artistique.
33:21Mais on a fait aussi de la danse dans les arbres,
33:25de la découverte poétique sous toutes ses formes.
33:28Comme ce sera dans la maison des Sarcs.
33:48Donc là, vous savez à peu près ce qu'elles vont présenter ?
33:51Vous savez de quoi ça parle ?
33:52Pas grand-chose.
33:54Je n'ai pas besoin de savoir, on verra bien.
33:58Donc c'est assez libre, finalement.
34:00Vous êtes assez libre sur la forme.
34:02Oh, moi, je n'ai pas de contraintes.
34:06Dans la vie, il en faut pour tout, pour tout le monde.
34:09Et puis, pour l'éventail de la largesse d'esprit,
34:15il faut aussi de l'art.
34:17Alors bon, chacun en prend à sa cuillère, à sa façon.
34:28Quand tu les écartes un peu, si tu mets une derrière, celle celui de derrière va bien moins.
34:32Tu vas aussi, toi, les deux jours ?
34:34Oui, oui.
34:35Je vais à Bouillon.
34:37Généralement, en milieu rural, en tout cas, mon expérience à moi,
34:42une compagnie qui reste en résidence une semaine sur place
34:46et qui a besoin aussi de beaucoup de monde,
34:48ça laisse des traces.
34:50C'est des compagnies qui arrivent,
34:52souvent qui restent un, deux, trois jours,
34:55donc qui sont logées.
34:55Tu vois, je veux dire, ça crée des liens,
34:58ça crée une dynamique.
35:07Sous-titrage Société Radio-Canada
35:29Je pense que c'est souvent lié.
35:31Moi, je crois en fait que ce soit psychosomatique,
35:34que la psyché vienne se manifester par le corps.
35:49Il y a une assurance qui vient de désaxer
35:51de notre axe principal, de ce qu'on dit.
35:53Moi, je crois que c'est plutôt sans ça, c'est une chance.
35:58Si vous n'êtes pas claire, on a des troubles,
36:00et donc si on a des troubles mentaux,
36:01ça veut dire qu'il y a des organisations qui s'opèrent.
36:06C'est qu'on perd pied un peu.
36:09On tâtonne.
36:10On est dans le flou.
36:12En fait, le spectacle,
36:14on a compris le contenu des ateliers
36:17en voyant le résultat final du spectacle.
36:21On l'a ressenti tout de suite.
36:24Tous les exercices qu'on a pu faire,
36:26on a compris où ça pouvait mener, en fait,
36:29ce travail-là.
36:32Puis la chorégraphie, elle était vraiment bien,
36:34même avec les mouvements et tout ça,
36:36au ralenti, c'était...
36:38C'est technique et tout ça.
36:40Même le ralenti, c'est peut-être...
36:42Parce que c'est pas un truc facile, souvent,
36:45pour accrocher.
36:46Il n'y a pas grand monde qui aime les choses lentes.
36:48Dans la vie, tout va vite, quand même,
36:50de plus en plus.
36:51Moi, je trouve ça beau, même,
36:52les mouvements et tout.
36:54C'est chouette.
37:02C'est aussi une chose pour laquelle
37:03beaucoup de gens nous demandent
37:04mais à quoi ça sert ?
37:05À quoi ça sert ?
37:06Je crois que j'aime ces choses-là
37:07dont on...
37:08Quand on les fait,
37:10quand on les réalise,
37:10c'est pulsionnel.
37:12Ça répond à un besoin
37:14qui ne se nomme pas,
37:15qu'on ne peut pas définir.
37:17Et on ne peut pas dire
37:17ça sert à ça.
37:18C'est non spécifique.
37:20Voilà.
37:20On fait quelque chose
37:22où on décide de créer
37:24ou de le faire
37:25et après, on se sent mieux,
37:26on ne se pose pas la question
37:26et ça fait du bien
37:28aux gens qui le font,
37:29ça fait du bien
37:29aux gens qui viennent le vivre,
37:30qui l'écoutent,
37:32ça remotive,
37:33ça fait des choses.
37:33Donc, effectivement,
37:34dans l'inutile,
37:38du moins dans le non-productif,
37:40pas aller dans l'inutile,
37:41mais dans le non-productif,
37:42par exemple,
37:42dans ce qui ne rapporte pas,
37:43dans ce qui n'est pas essentiel
37:45à une économie ou des choses,
37:47on peut quand même s'y retrouver.
37:48Ça fait partie d'un équilibre,
37:49ça fait partie d'un tout.
37:51Dans un de mes cours,
37:54un de mes enseignants
37:55qui avait un très beau laïus
37:57en disant que ce qu'il fallait défendre,
37:59enfin, ce que lui,
38:00il tenait à défendre
38:00en tant que directeur
38:02d'un lieu de création artistique,
38:03c'était la place pour l'inutile.
38:05Et c'était, oui,
38:06ce que nous faisons
38:07est parfaitement inutile,
38:09alors continuons de le faire.
38:11Et je crois que j'aime beaucoup ça.
38:14Ah, ben, c'est un peu comme Macron,
38:17avec les non-essentiels.
38:18Ah, oui, oui, oui.
38:20Je ne sais pas si essentiel est utile.
38:21C'est vraiment à placer en synonyme.
38:24Je pense que l'inutile est essentiel.
38:32Si je te dis,
38:33ça fait 13 ans que je suis en retraite,
38:34tu me crois ?
38:36Bah, oui.
38:37C'est le SNF, quoi.
38:38Bah, oui.
38:39Conducteur d'outre, hein.
38:40Bah, voilà.
38:40Je suis parti à 50 ans,
38:41je me suis là à 63
38:42et je suis toujours là.
38:45Je vais balayer les...
38:48Voilà.
38:48Ça fait quoi d'être 13 ans à la retraite,
38:50d'avoir une retraite aussi jeune ?
38:52C'est vachement bien.
38:54Ah, ouais, on peut profiter un peu.
38:56On est encore en bonne forme
38:56pour faire des choses.
38:58Pour donner un peu de son temps
38:59dans le bénévolat,
39:00pour reconstruire une nouvelle maison.
39:03C'est le projet d'actuellement,
39:04c'est ce que je suis en train de faire.
39:06Globalement, j'ai été un conducteur heureux,
39:08comme je suis un homme heureux.
39:10On dira ça comme ça
39:11et je ne le dirai jamais assez.
39:12Mais c'est vrai.
39:13Mais c'est vrai.
39:13Mais c'est vrai.
39:14La preuve, regarde.
39:17Allez, au boulot !
39:18Allez, au boulot !
39:23Allez, au boulot !
39:33Allez, au boulot !
39:36Allez, au boulot !
39:38Allez, au boulot !
39:41Allez, au boulot !
39:48Sous-titrage Société Radio-Canada
40:01En lien avec Alzheimer,
40:03c'est tout ce qui remonte,
40:04tout ce qui cherche à remonter
40:05mais qui est empêché par quelque chose d'autre.
40:07C'est ça qui est symbolisé
40:10un peu dans les algues.
40:25Quoi ?
40:26Elle était touchante, cette dame, quoi.
40:28Surtout quand je suis rentré, là, tout à l'heure,
40:30elle me regarde comme ça.
40:31J'ai eu l'impression qu'elle se décomposait,
40:32qu'elle avait reconnu un mort, quoi.
40:34Mais je vous connais !
40:35Non, non, non, on se connaît pas, madame.
40:37Si, si, je vous connais.
40:38Non, non, maman, elle te connaît pas,
40:39ça, c'est sa fille qui me connaissait pas.
40:42Ah, je suis désolé, je vous ai pris pour un autre.
40:44Et puis là, tu sens qu'en plus,
40:45la pauvre dame, elle était désemparée
40:47de constater sa mémoire qui s'en va, quoi.
40:50C'était assez triste, à voir.
40:52Mais elle était drôle.
40:52Je me faisais des clins d'œil, comme ça.
40:55Pendant la prise de vue.
41:15On a regardé des photos assez récentes,
41:17et là, elle était...
41:19Elle ne se souvenait de rien, quoi.
41:20Le prénom d'un tel, qui est-ce, etc.
41:22Il y avait quand même ses enfants, hein, donc...
41:25C'était un petit peu dur.
41:26On sentait même que sa fille, elle était un peu gênée,
41:28un peu...
41:30un peu remuée par tout ça, quoi.
41:32Et finalement, on est passé sur des albums de famille
41:33beaucoup plus vieux, dans les années 70, quoi.
41:36Et là, tout de suite,
41:37ah bah oui, ça c'est un tel, ça c'est un tel,
41:38là, on était à tel endroit, etc.
41:40Et on sentait que...
41:42l'attention, la conscience, des choses, des événements,
41:44elle reprenait comme ça, par moments,
41:45de façon assez...
41:48assez, comment dire...
41:49fugace et concentrée.
41:50Et puis d'un coup, le regard, il partait.
41:53Et...
41:54Elle n'était plus tout à fait là, quoi.
41:56Je crois même qu'à un moment,
41:57elle a demandé une deuxième fois,
41:59c'est qui ce monsieur,
41:59alors que j'étais déjà assis depuis un moment.
42:06Je viens de la presse,
42:07mais ce qui m'a beaucoup gonflé dans la presse,
42:09ce qui m'a beaucoup attristé dans la presse,
42:10c'est qu'on fait toujours des sujets sur les gens.
42:13Moi, j'en ai eu un peu marre de raisonner comme ça,
42:15et l'avantage, c'est que ce type de dispositif de résidence,
42:18ça permet non pas de faire sur les gens,
42:20mais de faire avec les gens.
42:21Et je trouve ça quand même beaucoup plus enrichissant,
42:22et pour eux, et pour nous.
42:25Qu'en plus, on travaille pour le service public,
42:27et je suis très attaché à ça, moi.
42:30Et dans des conditions...
42:31Alors oui, c'est un peu du bricolage par moment,
42:33là, être logé dans l'internat du lycée,
42:36où on n'a même pas d'oreiller,
42:38bon, c'est un peu freestyle, c'est un peu rock'n'roll,
42:39mais c'est fun aussi, quoi.
42:40Et puis, ce que j'aime bien, c'est que c'est un peu spartial,
42:42t'arrives, t'as ton PC, ton disque dur,
42:44tes trois boîtiers, tes trois optiques,
42:47un truc pour prendre le son,
42:48et rouler jeunesse.
42:50Ah non, c'est la belle vie,
42:51on est quand même mieux ici que dans un bureau,
42:53un bureau parisien,
42:55à répondre aux ordres d'un petit chef
42:57qui veut vendre du papier,
42:58vendre du papier au détriment de l'information, quoi.
43:19J'aurais bien aimé faire une expo dans un lieu comme ça,
43:21là, tu vois, un local commercial abandonné,
43:22enfin, abandonné, en vente.
43:43Il y a un truc à propos de la marge, quoi,
43:44qui m'intéresse, de tout ce qui se situe en marge,
43:46et puis aussi, qu'est-ce qu'il y a au-delà, quoi.
43:49Et la maladie d'Alzheimer,
43:51c'est quand même quelque chose qui marginalise,
43:53fatalement, étant donné qu'on a tendance à oublier,
43:58parce que la mémoire s'étiole, etc.
44:00On est marginalisé au sein de sa propre famille
44:02et au sein de la société,
44:03parce qu'on devient évidemment dépendant, etc.
44:08Et c'est vrai que,
44:10moi, mon histoire perso
44:13fait que j'ai dû consommer
44:15pas mal de médicaments quiolitiques plus jeunes,
44:17et c'est des médicaments qui,
44:19par ailleurs,
44:20auraient un impact sur le développement d'Alzheimer.
44:23Donc, c'est vrai que voir comment
44:25ça se manifeste, etc.,
44:28m'intéresse peut-être un peu
44:30du point de vue...
44:31d'un point de vue un peu personnel, aussi, quoi.
44:35une composition marrante,
44:36on dirait un petit peu...
44:37Comment s'appelle, cette photographe, là ?
44:40Ah, punaise, je me souviens plus.
44:43C'est un problème de mémoire des noms.
44:45Mais je la trouve vraiment marrante,
44:46cette photo.
44:50Ouais, à mon avis,
44:51la photo originale était prise par là.
44:54Je pense que ça a été refait depuis.
45:05La conscience et la mémoire,
45:06c'est ça qui maintient dans le réel,
45:07c'est ça qui maintient dans le social,
45:09c'est ça qui maintient dans les rapports,
45:10dans l'interaction,
45:11dans les rapports à l'autre,
45:12c'est ça qui est inscrit dans l'existence,
45:13en quelque sorte.
45:15Tu te dissous, quoi.
45:16Quand tu perds ta mémoire,
45:17quand tu perds ce grip
45:18vis-à-vis du réel
45:19et de l'instant
45:20et du présent,
45:21parce qu'une fois de plus,
45:22c'est quand même une maladie
45:23qui s'attaque au présent,
45:23beaucoup plus qu'au passé,
45:25à la mémoire.
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50:04Moi, dans ma démarche, qui est un peu entre la création, la thérapie, la transmission,
50:09oui, je pense qu'elle a aussi une fonction, une utilité.
50:19Donc ouais, quand j'arrive sur un territoire comme ça et que je rencontre Angélique Veller,
50:24donc la fille de la patiente avec laquelle je travaille, je sais plus si elle m'a remercié,
50:29mais en tout cas, elle a dit que c'est vrai que malgré l'appréhension, elle était heureuse d'avoir
50:32ouvert son histoire à un inconnu et à un artiste comme moi.
50:36Ouais, je me sens utile, c'est sûr, c'est gratifiant, c'est sûr, je pense que c'est l
50:39'une des raisons pour lesquelles je participe à ces dispositifs de résidence.
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