- il y a 23 heures
Né dans une vieille famille du Rouergue au sein de la haute société protestante, Lorrain de Saint Affrique incarne l’aristocrate d’autrefois : sens aigu de la liberté, immense culture et savoir-vivre à la française. Après un début de carrière auprès de Valéry Giscard d’Estaing et Bernard Rideau à l’Élysée en 1974, cet esprit libre refuse la soumission euro-atlantiste. Le destin le conduit vers Jean-Marie Le Pen. Par un véritable coup de foudre, il place son talent au service du président du Front National et devient, pendant des décennies, son plus proche collaborateur – le dernier compagnon du Menhir.
Cette première conversation nous entraîne jusqu’à l’épisode du "détail" et aux années qui suivirent. Un parcours qui révèle un désintéressement, une lucidité et une liberté de ton rares, marque d’un esprit aristocratique aujourd’hui disparu.
Cette première conversation nous entraîne jusqu’à l’épisode du "détail" et aux années qui suivirent. Un parcours qui révèle un désintéressement, une lucidité et une liberté de ton rares, marque d’un esprit aristocratique aujourd’hui disparu.
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:00:00Madame, Monsieur, faire exister une chaîne audiovisuelle alternative en France sans grands groupes financiers, sans subventions publiques, Paris réussit.
00:00:08Résister aux attaques, aux censures, aux pressions et inquisitions de toutes sortes, Paris réussit.
00:00:14Refuser la politique spectacle pour aller au cœur des vraies préoccupations des Français, Paris réussit.
00:00:20Parler de la France, du monde et de l'actualité sans se soumettre aux modes, aux partis ou aux puissances
00:00:25du moment, à l'empire du mensonge, Paris réussit.
00:00:28Transmettre, se renouveler, faire confiance aux jeunes générations sans renier son identité, Paris réussit.
00:00:35Donner la parole à l'élite souterraine, à des centaines d'intellectuels habituellement bannis des médias conformistes, Paris réussit.
00:00:42Et inventer un modèle économique fondé sur l'indépendance, la liberté et le soutien volontaire des téléspectateurs, là encore, Paris
00:00:50réussit.
00:00:51Mais il reste un Paris à gagner, celui de cet été 2026.
00:00:54Et au moment où je vous parle, à cet instant même, celui-ci est loin d'être gagné.
00:00:59Et il ne dépend que de vous seul.
00:01:01Pour que TV Liberté continue d'exister, de résister, d'informer, de transmettre, il faut faire un don à TVL.
00:01:08Parce que TV Liberté ne dépend que d'une seule force, la vôtre.
00:01:11Pouvons-nous compter sur vous ?
00:01:24Sous-titrage Société Radio-Canada
00:01:45Laurent de Sainte-Afrique, merci beaucoup d'avoir accepté cette conversation, parce que ce n'était pas si simple.
00:01:53J'en avais le projet de longue date.
00:01:55Il a fallu que je vienne jusque dans votre Sarthe, où vous vivez depuis plusieurs années.
00:02:01Vous pourriez vous penser très parisien, mais non, vous êtes plus provincial finalement que parisien.
00:02:09Moi, c'est l'Aveyron, donc rien à voir avec la Sarthe.
00:02:12Voilà, mais ce sont les circonstances, tout simplement.
00:02:15Je suis comme les 200 000 familles, je crois, qui ont quitté, ou habitants, qui ont quitté Paris.
00:02:20Oh, il y a une vraie vie, oui.
00:02:22Bon, j'ai commencé peut-être au début de cette vague de départ, et toujours pour les mêmes raisons d
00:02:27'ailleurs.
00:02:28C'est que la vie parisienne était un petit peu hors de portée pour ma bourse, et que j'ai
00:02:32considéré qu'une vie plus simple.
00:02:34Voilà, puis c'est le hasard qui m'a amené en Sarthe.
00:02:37Vous êtes l'archétype de l'aristocrate, très désintéressé, fauché, on peut le dire.
00:02:43Oui, d'ailleurs, il ne faut pas le cacher.
00:02:44Avec certains luxes.
00:02:46Ça peut susciter l'évocation, il vaut mieux faire pitié qu'envie.
00:02:51Moi, j'ai toujours inversé les formules comme ça.
00:02:53Il vaut mieux faire pitié qu'envie, si vous voulez, mais ne faites pas tellement pitié, d'abord parce que
00:02:58votre nom est magnifique.
00:03:00Je crois que vous êtes, on peut le dire, puisque nous partons sur ce sujet, un baron de Bonne Souche.
00:03:11La restauration.
00:03:12L'aîné d'ailleurs.
00:03:13Oui, oui, c'est moi.
00:03:14Même si j'ai un cousin germain aujourd'hui qui dirige Danone et qui a une trajectoire beaucoup plus spectaculaire
00:03:19que la mienne, dans son domaine en tout cas.
00:03:22Et qu'il porte d'ailleurs avec beaucoup de talent, je dois dire.
00:03:26Mais il se trouve que je suis l'aîné de la Manchédée, c'est comme ça.
00:03:30Sainte-Afrique, c'est un nom du Rouergue.
00:03:32Oui.
00:03:33L'Aveyron, on peut dire Aveyron Rouergue.
00:03:35C'est quelque part, si on peut dire, du viadique de Millau, du célèbre viadique de Millau.
00:03:41Non, je suis à une vingtaine de kilomètres du viadique.
00:03:47Et il y a encore des propriétés familiales.
00:03:50Non, non, non, non, c'est terminé depuis la fin du Directoire.
00:03:55Ah oui, c'est dommage.
00:03:56Ensuite, nous sommes transportés en direction de Bordeaux.
00:03:59Et à partir de 1810, le château de Fébiel, l'implantation, était à l'Istrac qui se trouve à côté
00:04:04de Bordeaux.
00:04:05Avec un bon vin.
00:04:07Avec un bon vin, il y avait soixantaine d'hectares d'un vin qui était pas mal.
00:04:11Vous aviez 60 hectares ?
00:04:13Oui, oui.
00:04:14De l'Istrac ?
00:04:15De l'appellation l'Istrac.
00:04:17Le vin s'appelait Foncas-Ostaine.
00:04:21Mazette ?
00:04:21Oui, oui, mais tout ça est fini depuis nombreuses dizaines d'années.
00:04:26Et vous êtes né dans le Médoc ?
00:04:27Pas du tout, non.
00:04:28Non, non, je suis né à Nuit-sur-Seine comme Marine Le Pen.
00:04:31Ah, alors, nous allons en arriver là.
00:04:34Je savais, de toute façon, que vous êtes connus et reconnus pour avoir été longtemps le collaborateur,
00:04:42l'un des plus proches et les plus fidèles, même très proches, que Jean-Marie Le Pen.
00:04:47Oui.
00:04:49Je voudrais bien que nous n'en restions pas à Jean-Marie Le Pen, mais enfin, il est immancable que
00:04:54nous en parlions,
00:04:55et beaucoup, parce qu'il vous a pris une partie de votre vie, en réalité.
00:05:00Vous vous êtes vraiment mis à son service, avec un désintéressement qui ne se fait plus, mais très aristocratique.
00:05:10Vous lui avez été fidèle, il y a de haut et des bas, on le verra.
00:05:13Et pourtant, vous avez une vie de communicant, spécialiste en communication, c'était un petit peu votre domaine.
00:05:22Je pense que votre première gloire, ce n'est pas du tout à Jean-Marie Le Pen que vous la
00:05:30devez,
00:05:31mais à Valéry Giscard d'Estaing, curieusement.
00:05:33Vous avez été à l'Élysée du temps de Valéry Giscard d'Estaing, dans les premières années, auprès de Bernard
00:05:39Rideau, je crois.
00:05:40Oui, Bernard Rideau a créé, à la demande de Giscard, avait créé la première cellule de communication à la présidence
00:05:46de la République,
00:05:48qui consistait à surveiller de près les journaux, les radios, les télévisions, et à produire des notes de préconisation
00:05:55qui passaient par le président de la République et qui ensuite retombaient sur les membres du gouvernement.
00:06:00C'était assez étonnant parce que le matin, si nous avions une intuition, une équipe autour de Bernard Rideau,
00:06:06nous faisions des préconisations et la plupart du temps, ça consistait à dire
00:06:10tel ministre doit aller ce soir, dans le 20h, pour dire ça et pas autre chose.
00:06:14Et après avoir été validé par le secrétaire général et par le président de la République, c'est ce qui
00:06:19se passait.
00:06:20Donc il fallait faire un petit peu attention.
00:06:22Et c'est la première fois que l'Élysée était équipée d'une cellule de communication.
00:06:27À l'époque, nous avions des magnétoscopes avec des bandes, vous savez, qui se déclenchaient avec des minuteurs...
00:06:32Les gros trucs, les gros trucs, oui, oui, oui.
00:06:34Avec des minuteurs que nous avions été chercher au bazar de l'hôtel de ville.
00:06:37Ça n'existait pas dans les murs d'Élysée avant.
00:06:40Mais il y avait des services de presse.
00:06:41Il y avait, le service de presse, c'est autre chose.
00:06:44C'est autre chose.
00:06:45Voilà.
00:06:45La com est arrivée avec jusqu'à 114, comme tant d'autres choses.
00:06:49C'est-à-dire l'étude des médias et des préconisations sur la manière de les utiliser.
00:06:53Et ensuite, une fois le filtre présidentiel franchi, ça redescendait sur les autres services de l'Élysée.
00:06:59Mais au départ, les destinataires de cette note de préconisation qui sortait immanquablement avant 9h,
00:07:07puisque c'était l'arrivée du président de la République, en tout cas le moment où il commençait à travailler,
00:07:12il devait avoir sa note.
00:07:14Donc nous étions à l'Élysée à partir de 4h30, un petit peu en même temps que les éboueurs.
00:07:18Vous vous souvenez de l'histoire des éboueurs du temps de Giscard ?
00:07:19Ah oui, l'affaire des éboueurs du temps de Giscard.
00:07:21Qui avaient été capturés pour se voir offrir de force un petit déjeuner à l'Élysée.
00:07:26Avec des caméras déjà, mais ça, c'était pas improvisé.
00:07:30Mais ça, c'est le genre de choses que nous n'avions pas à recommander.
00:07:32Nous, nous étions orientés sur la presse, radio, télé, journaux.
00:07:37Alors à l'époque, évidemment, il n'y avait pas la couverture médiatique d'aujourd'hui, ça n'a rien
00:07:42à voir.
00:07:42Il y avait 3 chaînes de télévision, 4 ou 5 radios à surveiller, et puis la presse écrite.
00:07:47À surveiller, dites-vous ?
00:07:49Oui, parce qu'il y avait un rôle de lecture, d'analyse, de surveillance,
00:07:55et de signalement par la suite, s'il convenait de se méfier de telle ou telle orientation.
00:08:01Voilà, c'était...
00:08:02Et Bernard Rineau était un des premiers spécialistes en communication.
00:08:06Il a inventé une partie de la communication institutionnelle, présidentielle.
00:08:12Oui, parce qu'auparavant, ça n'y se plaît.
00:08:15Il y avait un service de presse, bien sûr, du temps du général de Gaulle,
00:08:17la question ne se pose pas en ces termes.
00:08:20Ensuite, Georges Pompidou avait un petit peu commencé quand même,
00:08:23à mettre un petit pied dans le people, avec des photos de famille,
00:08:27avec sa présence à Cajars dans son village d'origine,
00:08:33la mise en scène, une certaine valorisation de son épouse.
00:08:36Mais pas plus.
00:08:37C'est avec Valéry Giscard d'Estaing que la communication politique fait un bond.
00:08:42Inspiré d'ailleurs de ce qui se passait aux États-Unis.
00:08:44Il avait été séduit par la manière de faire des Américains et par Kennedy en particulier.
00:08:51Et le canier, oui.
00:08:52D'ailleurs, il y avait une photo de Giscard, ministre des Finances avec Kennedy,
00:08:56qui le suivait partout.
00:08:58C'était pour lui une source d'inspiration, oui.
00:09:00Sur le côté modernité.
00:09:03Pourtant, on est un peu dans le massif central.
00:09:06Chirac arrivera un peu plus tard.
00:09:07Il est déjà Premier ministre.
00:09:09Giscard, c'est les Monts d'Auvergne.
00:09:11Vous, le Rouergue.
00:09:14Pompidou, c'est le Cantal.
00:09:16Et Cajars, c'est Limitrophe.
00:09:18C'est un peu le nord du Rouergue et le sud du Kersy, du Lot.
00:09:23C'est drôle, il y a une concentration des feux.
00:09:26Il ne faut pas tout à fait au même niveau quand même.
00:09:28Je ne m'imperme, mais pas, je ne place pas ma trajectoire.
00:09:32Mais je cherche.
00:09:32Alors, comment êtes-vous arrivé au cabinet du président de la République,
00:09:37Valéry Giscard d'Estaing ?
00:09:39J'avais adhéré au Jeune Républicain indépendant,
00:09:40je crois que ça devait être en 72, en fac.
00:09:46Très naturellement, j'aurais dû aller vers le gaullisme.
00:09:49Mais de Gaulle était mort.
00:09:52De vrai, ça, c'est un souvenir.
00:09:53J'y repensais à propos de la restauration de la cathédrale.
00:09:56Vous aviez 18 ans quand de Gaulle meurt, je crois.
00:09:59Oui, c'est ça.
00:10:00J'avais 18 ans et avec un ami, nous avions réussi à assister
00:10:03à l'hommage qui lui a été rendu à Notre-Dame de Paris,
00:10:06à l'intérieur de la cathédrale.
00:10:07Vous y étiez ?
00:10:08Oui, j'étais dedans.
00:10:09J'étais venu à 3h du matin, nous étions deux,
00:10:14et nous n'avons plus entré.
00:10:16Il n'y avait pas encore tellement de monde, au fond.
00:10:18Je crois qu'il y avait encore une forme de sidération
00:10:21de l'annonce de la mort de Gaulle.
00:10:23En plus, c'était des obsèques internationaux destinés,
00:10:27mais les véritables obsèques se déroulaient à Colombay-les-de-Églises.
00:10:32C'était les deux corps du roi.
00:10:33Il y a le corps éternel à Notre-Dame et le corps physique enterré bel et bien à Colombay.
00:10:39À Colombay.
00:10:40Et donc, Notre-Dame.
00:10:42Ce qui était amusant à l'époque, je vous souviens très bien d'ailleurs de la place que j'avais.
00:10:45J'étais le septième pilier.
00:10:47Je ne suis pas encore retourné à Notre-Dame depuis sa restauration.
00:10:49Ce n'était pas le pilier de Claudel, quand même, non ?
00:10:52Je ne crois pas, non ?
00:10:54Il n'était plus près, il n'était plus près.
00:10:56Je sais que c'était le septième.
00:10:57C'est quand même étonnant qu'à 18 ans, vous arriviez, d'abord,
00:11:00parce que ce n'est pas si simple, à assister au funérail de Charles de Gaulle.
00:11:05Quand j'ai dit ça à Jean-Marie Le Pen, il m'a dit
00:11:07« Mais qu'est-ce que tu foutais là ? »
00:11:08Sur ce ton-là, vous voyez ?
00:11:10Alors qu'il était devenu sur le tard beaucoup plus gaulliste
00:11:12que bien des gaullistes d'aujourd'hui qui s'en réclament.
00:11:15Mais on en parlera à un autre moment, je pense.
00:11:16Oui, grâce à vous, je m'empresse de dire que nous avons fait plusieurs conversations
00:11:20dans le cadre de ces conversations pour TV Liberté avec Jean-Marie Le Pen.
00:11:25C'est vous qui vous étiez entremis.
00:11:27Il a plutôt eu quelques mots de miel pour Charles de Gaulle à cette occasion,
00:11:31ce qui était rare dans sa carrière, parce qu'il était dans l'antique...
00:11:34Parce que sa carrière est en 90 ans, alors évidemment,
00:11:39les choses changent en 90 ans.
00:11:42Et même si certains principes n'ont jamais varié,
00:11:44par exemple, enfin on fait une digression, là on va y revenir,
00:11:47il n'a jamais varié par rapport au sort des...
00:11:49à la fois des pieds noirs des Français d'Algérie
00:11:51et surtout des Harkis, et là-dessus,
00:11:54il a été infraitable jusqu'à la fin de ses jours.
00:11:57Mais pour le reste, il avait beaucoup adouci sa position
00:12:00à propos de Charles de Gaulle.
00:12:02J'ai vu ça.
00:12:03Et vous, vous étiez alors un admirateur, du général.
00:12:06Oui, parce que j'étais dans une famille, la famille maternelle,
00:12:10qui me concernait après la rupture de mes parents,
00:12:13et leur divorce, était admirateur du général de Gaulle.
00:12:20Mais enfin, il n'en était pas question à la table de famille tous les jours non plus.
00:12:22Ce n'était pas une famille du tout politisée.
00:12:24La politique, vous l'aviez épousée très vite.
00:12:28Elle vous a toujours intéressée, je crois.
00:12:30J'ai vécu, à partir de 8-9 ans,
00:12:33j'avais un petit transistor avec des écouteurs,
00:12:36et ça ne me quittait jamais.
00:12:38Pour écouter la politique ?
00:12:39Je suis un bébé européen, moi.
00:12:41J'étais branché sur Europe,
00:12:42j'écoutais avec passion tout ce qui concernait la politique.
00:12:45Et à partir de 8-9 ans.
00:12:49Alors, vous m'avez dit un jour,
00:12:51puisque, quittons là,
00:12:52mais disons un mot de cette famille Sainte-Afrique,
00:12:56assez glorieuse,
00:12:57vous m'avez dit,
00:12:58mais c'est une ignoble famille.
00:13:02Non, je ne veux pas dire.
00:13:05C'était une ironie.
00:13:07Oui, bien sûr.
00:13:08Non, je ne dirais pas ignoble famille.
00:13:09Non, mais ce sont les circonstances.
00:13:11Je taquine.
00:13:12Mes parents, non, vous provoquez,
00:13:13mais je crois que c'est un peu la marque de famille.
00:13:16Ça peut arriver.
00:13:18Mais, mes parents ont divorcé
00:13:19quand je l'avais 2 ans, 2 ans et demi.
00:13:23Bon, et alors,
00:13:26dans la structuration de ma personnalité,
00:13:29je pense que mon baptême y est pour beaucoup,
00:13:30parce que nous sommes une famille protestante
00:13:32depuis la réforme.
00:13:34Depuis le 16e siècle, en réalité.
00:13:36Depuis la réforme.
00:13:37Et il y a de nombreux pasteurs
00:13:38dans mes ascendants.
00:13:40Pasteur.
00:13:41Vous n'excusez pas,
00:13:42tout péché miséricorde.
00:13:43Oui, ça, c'est votre point de vue.
00:13:45Mais, vous savez,
00:13:45la messe n'est pas dite.
00:13:49Ça dit quelque chose,
00:13:50ce truc-là.
00:13:51Oui, bon, enfin.
00:13:51Et donc...
00:13:53Mais, aujourd'hui encore,
00:13:55vous persistez à être protestant ?
00:13:58Oui, je...
00:13:58Bon, avec des amis et à leur invitation,
00:14:03le dernier dimanche de Pâques,
00:14:04j'ai assisté à une messe catholique.
00:14:06Vous voyez ?
00:14:06Ah.
00:14:06Mais il y a eu une explication.
00:14:07Mais on n'allait plus au temple.
00:14:08J'ai été baptisé par le pasteur Bugner.
00:14:12Pas n'importe quoi,
00:14:12qui était un ami personnel de mon grand-père.
00:14:14Ah oui ?
00:14:15Bon, c'est un peu comme d'être baptisé
00:14:18à titre privé par le pape,
00:14:19si on est catholique.
00:14:20Ah oui, et très admiré par De Gaulle, d'ailleurs.
00:14:22Oui, le pasteur Bugner.
00:14:24Absolument.
00:14:25Qui...
00:14:25Enfin, c'est des...
00:14:27D'ailleurs, vous savez que le pasteur Bugner...
00:14:28C'est une artée de résistance.
00:14:30Oui, mais il avait aussi reçu la francisque.
00:14:32Donc, il gratissait très large, en réalité,
00:14:34dans l'après-guerre.
00:14:36C'est un de ces résistants
00:14:37qui ont eu la francisque.
00:14:38Mais il y en a.
00:14:38Oui, il y en a.
00:14:39Et il est également juste pour Israël.
00:14:41Et son nom fait partie de la liste des justes.
00:14:44Voilà.
00:14:45Donc, à juste raison.
00:14:48Et donc, j'ai été baptisé par Bugner,
00:14:50puis survient le divorce de mes parents.
00:14:52Ma mère était catholique.
00:14:54Pas vraiment pratiquante,
00:14:55mais de tradition catholique.
00:14:57Et donc, le divorce s'est passé
00:15:00dans des conditions assez violentes,
00:15:03assez conflictuelles.
00:15:04Quel âge aviez-vous ?
00:15:06J'avais deux ans, deux, trois ans.
00:15:07Ah oui.
00:15:08Après votre naissance.
00:15:10Après ma naissance.
00:15:11Et donc, ma mère,
00:15:15contrairement à l'engagement
00:15:16qui avait été pris au moment de mon baptême,
00:15:18m'a élevé dans la religion catholique.
00:15:20C'était comme ça.
00:15:21Et je suis redevenu protestant,
00:15:23en tout cas,
00:15:24beaucoup plus tard,
00:15:25c'est-à-dire à 22, 23 ans,
00:15:28considérant que,
00:15:30pour la continuité de l'histoire familiale,
00:15:32et comme j'étais l'aîné de la branche aînée,
00:15:33ça me paraissait normal.
00:15:36Donc, un peu des deux,
00:15:38j'ai reçu les sacrements catholiques.
00:15:41Et votre éducation se fait beaucoup à la maison
00:15:45ou des études ?
00:15:47Non, à l'extérieur,
00:15:47beaucoup de...
00:15:49Je vais dire normalement.
00:15:50Mon meilleur souvenir,
00:15:50enfin là,
00:15:51on saute un petit peu les années,
00:15:52c'est Passy-Businval.
00:15:54Passy-Businval,
00:15:55la Rueille-Malmaison,
00:15:56qui est un collège catholique,
00:15:58mais c'est encore l'époque...
00:16:00des frères des écoles catholiques.
00:16:02Vous ne doutiez pas
00:16:03que vous retrouveriez longtemps après
00:16:04la Rueille-Malmaison ?
00:16:06Non, ça je ne pouvais pas le prévoir.
00:16:08La demeure de Jean-Marie Le Pen.
00:16:09Mais en revanche,
00:16:09à chaque fois que j'allais voir Jean-Marie Le Pen,
00:16:11je passais devant mon ancien collège.
00:16:14Et les frères des écoles catholiques
00:16:16étaient assez libéraux.
00:16:17Ils connaissaient même mon origine protestante.
00:16:20Et donc, bon,
00:16:21on assistait tous aux offices,
00:16:22mais enfin,
00:16:22j'avais un petit traitement spécial,
00:16:24de même que j'avais un camarade
00:16:25qui était juif,
00:16:25et tous les deux nous allions
00:16:28à la chapelle du collège
00:16:30pour assister aux offices,
00:16:31mais en même temps,
00:16:33certains gestes n'étaient pas obligatoires.
00:16:35Voilà.
00:16:36C'était relativement tolérant
00:16:37comme environnement.
00:16:39J'étais heureux d'ailleurs.
00:16:40C'est ça qui vous a bien formé.
00:16:43J'ai beaucoup aimé,
00:16:45mais j'ai connu encore
00:16:46les frères habillés en frères.
00:16:48En soutane.
00:16:49En soutane, avec le rabat.
00:16:52Mais ça, c'était quand j'étais en seconde.
00:16:55Et l'année suivante,
00:16:56ils ont retiré leur soutane.
00:16:59En dehors des plus âgés,
00:17:01des plus anciens.
00:17:01Ça vous appelle tolérance.
00:17:03C'est pas ça,
00:17:03mais ils savaient pas se tenir.
00:17:07Oui, la bille,
00:17:09la bille fait le moins.
00:17:09La bille fait complètement le moins.
00:17:10C'est qu'à le dire.
00:17:11Et donc, on voyait leurs jambes,
00:17:13par exemple,
00:17:13qui n'étaient pas habitués à ça.
00:17:15Ça ne vous plaisait pas,
00:17:15je comprends, oui.
00:17:16Non, mais c'est pas ça,
00:17:17mais ils étaient...
00:17:17Oui, oui.
00:17:19C'est plein de sens.
00:17:20Comme des oiseaux blessés
00:17:21avec de longues pattes.
00:17:22C'était très curieux.
00:17:25Et j'ai poursuivi mon droit ensuite
00:17:26à Paris,
00:17:27à Pantéon-Sorbonne.
00:17:30Et vous étiez imperméable
00:17:31au gauchisme ambiant.
00:17:33Complètement, oui.
00:17:33Je n'ai jamais été tenté par ça.
00:17:34Non, non, non, non.
00:17:35Mais la figure titulaire
00:17:36du général de Gaulle
00:17:37m'a beaucoup frappé, oui.
00:17:38Ah oui.
00:17:38Et là, on parle de ces obsèques à Paris,
00:17:40enfin, de la cérémonie parisienne
00:17:42à cette occasion.
00:17:43Mais trois jours après,
00:17:44avec le même ami,
00:17:45j'étais à Colombay-les-de-Gaulle.
00:17:46Il y avait encore
00:17:47les fleurs de Madame de Gaulle.
00:17:48Ah oui.
00:17:48En pèlerinage, alors ?
00:17:52En visite.
00:17:53En visite.
00:17:53Je voulais voir Colombay.
00:17:55Ah oui.
00:17:56Et je suis plusieurs fois retourné.
00:17:57C'est-à-dire que le homme de 18 ans
00:17:58était très frappé
00:17:59par la mort du général.
00:18:01En 70.
00:18:02Oui, en plus, 70,
00:18:03c'est aussi la mort
00:18:04de mon grand-père paternel,
00:18:05auquel je dois beaucoup.
00:18:07Je veux dire que c'est lui
00:18:08qui a fait mon éducation sur...
00:18:10Je le voyais tous les jeudis.
00:18:11À l'époque, vous savez,
00:18:12les enfants, c'était le jeudi.
00:18:13Le jour de liberté.
00:18:14Le jour libre.
00:18:16Et je déjeunais chez lui
00:18:17tous les jeudis.
00:18:20Alors lui, il avait...
00:18:23Parlez-nous de votre grand-père un peu.
00:18:24Oui.
00:18:25Au fond, c'est le dernier
00:18:26baron de Sainte-Afrique
00:18:26parce qu'après,
00:18:27ça n'a plus tellement le même sens.
00:18:28D'abord, il avait fait
00:18:29une très grande guerre mondiale,
00:18:31la première.
00:18:32Comment ça n'a pas de sens ?
00:18:33C'est toujours du sens.
00:18:34C'est autre chose, mais...
00:18:35Cher baron.
00:18:36D'accord, mais enfin,
00:18:37l'incarnation, si vous voulez.
00:18:38Oui, d'accord.
00:18:39Il était...
00:18:40Voilà.
00:18:41C'était un militaire ?
00:18:43Il a passé sept ans
00:18:44dans l'armée.
00:18:45Il était banquier
00:18:46comme tout le monde
00:18:46dans la famille.
00:18:48Mais, bah oui,
00:18:49Neuflis, son berger,
00:18:50malais,
00:18:50tout ça sont des cousins.
00:18:53Mais, lui...
00:18:53Le protestantisme oblige.
00:18:55Ah ben, pas oblige.
00:18:58Bayonne.
00:19:00Oui, moi, la banque
00:19:01et le protestantisme
00:19:02sont des mondes.
00:19:02Je veux dire,
00:19:02je suis le seul saint d'Afrique,
00:19:04enfin, le seul protestant
00:19:04de cet environnement-là
00:19:07à ne pas m'être occupé d'argent.
00:19:10C'est pour ça que l'argent
00:19:11s'occupe de moi.
00:19:12En me tournant le dos,
00:19:13c'est pas...
00:19:13C'est pas votre monde,
00:19:14l'argent, du tout.
00:19:15C'est pas du tout mon truc.
00:19:16Pourtant, vous avez eu
00:19:17beaucoup d'occasions,
00:19:18on en reviendra peut-être
00:19:19dans l'entour à Jean-Marie Le Pen,
00:19:20mais vous êtes d'un désintéressement...
00:19:22C'est ce que je disais tout à l'heure,
00:19:23très aristocratique.
00:19:25Donc, alors, De Gaulle...
00:19:26Oui, mais en même temps,
00:19:27on fait des dettes
00:19:27et on n'a pas toujours
00:19:28les moyens de les rembourser.
00:19:29Vous savez donc que c'est aristocratique,
00:19:30mais également dans le mauvais sens.
00:19:32Il n'y a rien de plus aristocratique
00:19:34que d'être fauché,
00:19:35d'avoir des dettes,
00:19:36de s'en foutre allègrement
00:19:37ou pas allègrement,
00:19:39ça dépend des tempéraments.
00:19:40Ça dépend auprès de qui
00:19:41on a compris que c'est des dettes.
00:19:43Aujourd'hui, c'est beaucoup plus dangereux
00:19:44et compliqué que ça ne le fut.
00:19:47Voilà, et puis c'est involontaire.
00:19:48Moi, je ne calcule pas mon coup.
00:19:49Oui.
00:19:50Ça tombe mal.
00:19:51Vous n'êtes pas dans le calcul,
00:19:52j'ai pu dire.
00:19:53Politique, c'est différent
00:19:54parce qu'avec Jean-Marie Le Pen,
00:19:55il valait mieux
00:19:56avoir une réflexion
00:19:57avec des rebonds, vous voyez ?
00:19:59Comme lui.
00:20:00Mais enfin, vous entendez tellement bien.
00:20:02C'était l'homme de votre vie,
00:20:04vraiment.
00:20:05Oui, c'était l'homme de ma vie.
00:20:07En tout cas, la personnalité.
00:20:09Il était né en 28.
00:20:12En 28.
00:20:13Mon père était de 29.
00:20:15Un jour, on m'a posé cette question.
00:20:16Je ne crois pas du tout
00:20:17avoir fait de transfert.
00:20:18Je l'ai posé en filigrane.
00:20:20Oui, mais non.
00:20:21Je ne l'ai jamais ressenti comme ça.
00:20:23Mais lui, en revanche,
00:20:27comme nous avons commencé
00:20:27à travailler ensemble
00:20:28donc à partir de 84.
00:20:32Je le connaissais depuis 73.
00:20:35Vous allez nous raconter ça.
00:20:36Il faut que vous parlez de 73
00:20:37parce que c'est quand même
00:20:38assez significatif.
00:20:39Alors, mon cher Lorrain,
00:20:42études de droit,
00:20:44grand-père,
00:20:44figure titillère.
00:20:44Alors, études de droit
00:20:46interrompues
00:20:47pour le centre de formation
00:20:48des journalistes de l'époque.
00:20:50Pour en dire un mot,
00:20:51d'ailleurs, de ça,
00:20:51parce qu'à l'époque,
00:20:52le CFJ d'aujourd'hui
00:20:53est une usine à fabriquer
00:20:55des gens extrêmement polarisés
00:20:57à gauche.
00:20:57Des gauchos.
00:20:58À l'époque,
00:20:59c'est la grande gauche.
00:21:00Ce que j'appelle, moi,
00:21:01la grande gauche,
00:21:01c'est-à-dire issu de la Résistance.
00:21:03Oui.
00:21:06Fondateur de journaux
00:21:07de la Résistance
00:21:08et ainsi de suite.
00:21:09Donc, ce n'est pas exactement
00:21:10le même climat.
00:21:10C'est très à gauche.
00:21:12Je n'ai pas complètement fini,
00:21:13d'ailleurs,
00:21:13cette scolarité
00:21:16parce qu'arrive 74
00:21:17et ils font tous
00:21:18la campagne
00:21:19de François Mitterrand.
00:21:20Donc, moi,
00:21:21je commence à m'intéresser
00:21:22à celle de Giscard.
00:21:23Vous étiez déjà membre
00:21:24des Républicains indépendants.
00:21:26Et puis, je m'étais rapproché
00:21:27de Jacques Dominati
00:21:28qui, l'année précédente,
00:21:29m'avait présenté
00:21:30à Jean-Marie Le Pen.
00:21:31Ils se connaissaient très bien.
00:21:32Ils avaient été camarades
00:21:34à la Corpo de droit.
00:21:37Voilà.
00:21:37Et d'ailleurs,
00:21:38Jacques Dominati
00:21:38a beaucoup compté
00:21:39dans ces années-là.
00:21:39pour moi.
00:21:40Oui.
00:21:40Il faut dire
00:21:41qui est Jacques Dominati
00:21:42parce que, pour le coup,
00:21:43il est un petit peu oublié.
00:21:44Alors, il a été
00:21:45hélas oublié.
00:21:45Président du Conseil de Paris.
00:21:46Il a été président du Conseil de Paris.
00:21:48Deuxième député de Paris,
00:21:50du centre de Paris,
00:21:51deuxième président de la France.
00:21:51Plus ou moins maire,
00:21:52mais c'était tournant
00:21:52à ce moment-là.
00:21:53Il a été président du Conseil de Paris
00:21:55pendant un an
00:21:55puisque chaque année...
00:21:56Tous les ans,
00:21:57il fallait renouveler
00:21:57cet ancien statut.
00:21:59L'ancien statut.
00:22:00L'homme qui a fait
00:22:01le nouveau statut de Paris
00:22:02et l'élection
00:22:02du maire de Paris
00:22:03au suffrage universel,
00:22:04c'est Jacques Dominati.
00:22:05Alors, donc,
00:22:07il vous repère,
00:22:08vous avez 20 ans
00:22:09et puis un jour,
00:22:10il vous emmène
00:22:11chez Jean-Marie Le Pen.
00:22:11Oui.
00:22:12Je comprends
00:22:13comment ils se sont connus.
00:22:14C'est au fond...
00:22:15Ils se sont connus
00:22:16pendant leurs études de droit,
00:22:19Jacques et Jean-Marie.
00:22:22Et le 13 mai 1973,
00:22:24c'est pour ça que la date
00:22:25est amusante et intéressante.
00:22:27Jean-Marie Le Pen
00:22:28a organisé une fête
00:22:29dans une propriété
00:22:29à la campagne
00:22:30qu'il avait à côté de Dreux.
00:22:32Pour célébrer le 13 mai.
00:22:32À materne,
00:22:33pour célébrer les 15 ans
00:22:34du 13 mai 1900...
00:22:36Le coup d'État
00:22:37du général...
00:22:38du Général de Gaulle.
00:22:39Les gaullistes n'aiment pas
00:22:40que l'on dise ça.
00:22:40Oui, mais enfin,
00:22:41c'est pas loin.
00:22:42C'était un coup d'État.
00:22:43À ce moment-là,
00:22:44il n'est pas question pour vous
00:22:45de quitter les républiques indépendants.
00:22:47Non, non, non, non.
00:22:47Et surtout Jacques Dominati.
00:22:49Et surtout Jacques Dominati.
00:22:50De toute façon,
00:22:51ce n'était pas tellement
00:22:51votre tasse de thé,
00:22:53cette droite extrême,
00:22:54je ne pense pas.
00:22:55Ce n'était pas votre tempérament.
00:22:56Oui, mais j'ai quand même eu
00:22:58auprès de Jacques Dominati,
00:22:59devenu secrétaire général
00:23:00des républicains indépendants,
00:23:03un directeur de cabinet
00:23:04qui s'appelait Gérard Longuet.
00:23:06Oui.
00:23:06Et vous voyez bien
00:23:07qu'une droite un petit peu radicale
00:23:10se déversait dans le Giscard 10.
00:23:12Oui, oui.
00:23:13Et c'était aussi une façon
00:23:14d'assumer l'antigolisme.
00:23:15C'était la droite de l'OS, en fait.
00:23:16Ah oui.
00:23:17Un peu.
00:23:17Et d'Occident et tous ces trucs-là.
00:23:19Enfin, ce n'est pas tellement votre truc.
00:23:21Je vous vois beaucoup plus.
00:23:22Peut-être que je vous vois
00:23:23dans le gaullisme,
00:23:23ce qui est quand même très différent.
00:23:25Oui, mais vous avez raison.
00:23:26Vous avez raison.
00:23:27Mais en même temps,
00:23:28la trajectoire s'est jouée comme ça.
00:23:29Puis les rencontres, ça compte.
00:23:31Oui, oui.
00:23:31Toute la vie est faite de rencontres.
00:23:32Elle est faite de rencontres.
00:23:33On tombe sur les gens,
00:23:34ils vous séduisent à un moment.
00:23:36Et puis, bon...
00:23:37On n'est pas guidé
00:23:37par une idée logique uniquement
00:23:39en tous les cas.
00:23:40Mais alors, au moins,
00:23:42vous arrivez, donc...
00:23:44Il y a une raison.
00:23:45C'est qu'au fond,
00:23:47il n'y a pas grand-chose
00:23:47qui m'intéresse.
00:23:48Bon, je suis à l'affût
00:23:50de la légèreté de l'être,
00:23:52en quelque sorte.
00:23:53Mais...
00:23:54Ah !
00:23:55Je ne suis pas tellement
00:23:56dans la poursuite
00:23:59cadrée, organisée, etc.
00:24:00Je laisse venir les choses.
00:24:01C'est un peu...
00:24:01Vendeur fantaisie
00:24:02et la fantaisie du voyageur.
00:24:03Oui, c'est ça.
00:24:05C'est ça.
00:24:06Au plaisir de Dieu.
00:24:09Ça aussi, c'est assez aristocratique.
00:24:11Bon, en tous les cas,
00:24:11Jean-Marie Le Pen avait été
00:24:12le directeur de campagne
00:24:13de Tixier-Vignancourt en 1965.
00:24:17Ce qu'il a regretté.
00:24:18Enfin, il a surtout regretté
00:24:19de ne pas avoir été candidat
00:24:20à la place de Tixier.
00:24:21C'était une sorte de leitmotiv.
00:24:23En 1965.
00:24:24Il en parlait beaucoup
00:24:25jusqu'à la fin de ses jours.
00:24:26D'ailleurs, son grand regret,
00:24:27c'est d'avoir inventé
00:24:29la candidature de Tixier
00:24:30au lieu d'y aller lui-même.
00:24:32Eh oui.
00:24:32Il avait considéré
00:24:34que par rapport
00:24:35à la classe politique
00:24:36de l'époque,
00:24:37il était trop jeune.
00:24:39Alors que la jeunesse
00:24:40a été dans cette élection
00:24:41incarnée par le canuet.
00:24:43Par le canuet.
00:24:44Parce que Jean-Marie Le Pen
00:24:45en 1965 avait 37 ans.
00:24:47Oui, il aurait pu être candidat.
00:24:49Il aurait tout à fait pu être candidat.
00:24:50Il considérait d'ailleurs
00:24:51que c'était la seule
00:24:52erreur politique
00:24:53qu'il ait commise.
00:24:54Ah oui, à ce point
00:24:55de ne pas être candidat en 1965.
00:24:57Il a toujours dit
00:24:57qu'il avait commis une erreur.
00:24:59Il pensait que
00:25:00s'il avait été candidat en 1965,
00:25:02il pouvait espérer
00:25:04former le Front National.
00:25:06En avance alors.
00:25:08Oui.
00:25:12Avant qu'il ne le crée.
00:25:14en 1972 seulement.
00:25:15Oui, c'est ça.
00:25:16Mais l'idée,
00:25:17c'était que c'était
00:25:17de gagner un certain nombre.
00:25:17Il avait compris
00:25:18l'effet de levier
00:25:19que représentait
00:25:20un parti.
00:25:22L'élection présidentielle
00:25:23pour être à la source
00:25:24de la création possible.
00:25:26Bien sûr.
00:25:26Bon.
00:25:28Et donc,
00:25:28c'est la seule erreur
00:25:29qu'il qualifiait
00:25:30de technique politique
00:25:31qu'il ait faite.
00:25:32Et oui.
00:25:32Moi, j'en ai vu d'autres
00:25:33par la suite.
00:25:33On peut faire un peu du chronique
00:25:34parce qu'à ce moment-là,
00:25:35il avait créé,
00:25:36il créait son parti.
00:25:37Il créait le Front National
00:25:38à ce moment-là.
00:25:39Mais c'est un objectif.
00:25:40Il fait proche de l'OS.
00:25:41Avec ?
00:25:42Ce n'était peut-être
00:25:43pas forcément
00:25:43un mauvais raisonnement.
00:25:44Oui, mais alors ?
00:25:45C'est un petit xyre.
00:25:47Alors, on pourrait même
00:25:49y rester parce que l'OS
00:25:51était quand même
00:25:51très occidentaliste.
00:25:53D'ailleurs,
00:25:54parmi les mouvements
00:25:56de cette droite,
00:25:59je ne vais pas dire
00:25:59extrême droite
00:26:00parce que dès qu'on était
00:26:01à droite,
00:26:02on était à l'extrême droite.
00:26:02Mais enfin,
00:26:03cette droite un peu dure,
00:26:05il y avait un mouvement
00:26:06qui s'appelait Occident
00:26:07qui était très occidentaliste.
00:26:08Vous savez un petit peu
00:26:09après ça, je crois.
00:26:09C'était un peu dans les années 70,
00:26:11mais c'est toujours...
00:26:12Même l'OS était très occidentaliste
00:26:14quand même.
00:26:15Oui, mais Jean-Marie Le Pen
00:26:16n'a jamais été membre de l'OS.
00:26:18Oui.
00:26:18Jamais.
00:26:19Il a toujours refusé,
00:26:20ni franc-maçon.
00:26:21Et toujours pour la même raison,
00:26:22il me disait
00:26:23je ne veux pas un jour
00:26:24découvrir que mon concierge
00:26:26est mon supérieur.
00:26:27Et par conséquent,
00:26:28ne pas faire partie
00:26:29d'une société secrète
00:26:32avec une hiérarchie
00:26:33qui n'était pas maîtrisée
00:26:35de son point de vue.
00:26:36Voilà.
00:26:38Bon, enfin,
00:26:39ça ne s'est pas passé comme ça.
00:26:40Il crée ce parti en 72.
00:26:42Mais alors,
00:26:43l'argument qu'il avait aussi,
00:26:44s'il avait créé
00:26:45le Front National
00:26:46avec 100 000 militants,
00:26:491000 minimums
00:26:50par département français,
00:26:51il pensait qu'en développant
00:26:53ce mouvement
00:26:53en 1965,
00:26:5566,
00:26:5567,
00:26:56ça aurait permis
00:26:57de tenir la rue
00:26:58face aux gauchistes
00:26:59en 1968
00:27:00et ça aurait peut-être
00:27:01corrigé les choses.
00:27:02Il était persuadé de cela.
00:27:04Je ne sais pas
00:27:04s'il avait raison ou tort,
00:27:05si c'était réaliste
00:27:06de le penser,
00:27:07mais il revenait souvent
00:27:09sur cette idée-là.
00:27:10Fonder un grand parti
00:27:11dans la foulée
00:27:11de l'élection 65
00:27:13et être plus résistant
00:27:15à la vague
00:27:15que ce soit plus tard.
00:27:16La vague gauchiste
00:27:16quand elle s'est manifestée
00:27:17en 1968,
00:27:18oui.
00:27:19Et notamment dans la rue.
00:27:20C'est-à-dire tenir la rue
00:27:21ou empêcher
00:27:22que d'autres tiennent la rue.
00:27:23Je trouve qu'on est injuste
00:27:25avec Valéry Giscard d'Estaing.
00:27:26Tout n'est pas négatif.
00:27:27Loin de là.
00:27:28Loin de là.
00:27:30Oui,
00:27:30et ça parut comme négatif
00:27:31bien plus tard.
00:27:32Quand on pense qu'en plus
00:27:33ce n'était pas le pire.
00:27:35Ben non.
00:27:36Et puis le Chirac
00:27:38Premier ministre
00:27:39ne m'a pas tellement
00:27:40fait envie non plus
00:27:40à l'époque.
00:27:41Le regroupement familial,
00:27:42ça vous est choqué
00:27:43sur le moment
00:27:43ou sans voir les conséquences ?
00:27:45Non,
00:27:45je ne me suis pas rendu compte
00:27:46des conséquences non plus.
00:27:47L'avortement ?
00:27:49C'est un autre sujet ça,
00:27:51mais...
00:27:51Ça ne vous a pas choqué ?
00:27:52La loi Veil ?
00:27:55Non,
00:27:55non,
00:27:55non.
00:27:56Ah,
00:27:56c'est une date
00:27:56dans la civilisation
00:27:57l'autorisation de tous les enfants.
00:27:58mais vous avez raison,
00:27:59mais vous me demandez
00:28:01si ça m'a choqué.
00:28:02Non,
00:28:02pas sur le moment.
00:28:03Sur le moment,
00:28:03je ne l'ai pas ressenti comme ça.
00:28:05Mais parce que je...
00:28:06J'étais assez sensible
00:28:08à ce moment-là
00:28:09aux arguments
00:28:09qu'avait donnés Giscard.
00:28:11La façon,
00:28:12en application d'une loi
00:28:13qui datait de 1920
00:28:14ou de 1921,
00:28:16se terminait en drame abominable,
00:28:18extrêmement injuste,
00:28:19selon que ça tombait
00:28:20sur des femmes
00:28:20qui avaient les moyens
00:28:21de s'expatrier
00:28:22pour faire l'opération.
00:28:22ou pas ?
00:28:23Il y avait une question
00:28:24de principe.
00:28:25J'entends bien.
00:28:26Vous ne l'avez pas vue.
00:28:26Je n'ai pas vue
00:28:27la question de principe.
00:28:28J'ai vu
00:28:30l'inégalité sociale fondamentale
00:28:32et puis tous les drames
00:28:33que ça crée.
00:28:34Je veux dire,
00:28:35beaucoup de femmes mouraient.
00:28:36Enfin,
00:28:36ça se passait extrêmement mal.
00:28:39Et puis,
00:28:40c'est pire que ça,
00:28:41d'ailleurs.
00:28:41Si je vous fais un aveu,
00:28:42pendant la campagne présidentielle,
00:28:45Lionel Stollerud,
00:28:46qui était dans
00:28:47des moments
00:28:47très importants
00:28:48de la campagne présidentielle,
00:28:50nous avait dit
00:28:51à notre petit groupe
00:28:52qu'il faut trouver
00:28:53une idée
00:28:54concernant l'électorat féminin.
00:28:56Et j'ai fait une note
00:28:58avec une autre personne
00:28:59où j'ai recommandé
00:29:00la création du secrétariat
00:29:01d'État
00:29:02à la condition féminine,
00:29:03même en suggérant
00:29:04que ce soit Françoise Giraud.
00:29:05C'était Françoise Giraud,
00:29:06mais constamment.
00:29:07Je l'avais proposé, ça.
00:29:08Vous allez chercher
00:29:09quelqu'un d'un peu à gauche.
00:29:10Ah, ben, dis donc.
00:29:12Ah, mais mon dossier,
00:29:13c'est salourdi.
00:29:15Je vais être beaucoup
00:29:17moins bien vu
00:29:18de votre part à la fin.
00:29:18C'est toujours la fantaisie, non ?
00:29:20Bon, c'était pas une femme ignoble
00:29:22pour le coup,
00:29:22enfin, quand même.
00:29:24Ah, c'était...
00:29:25Bien à gauche,
00:29:26bien nouvel observateur,
00:29:27que Giscard était content de...
00:29:29Très grand talent,
00:29:30François Giraud, voilà.
00:29:33Non, mais il y a des choses
00:29:33que je ne voyais pas
00:29:34à l'époque
00:29:34et qui se sont éclaircies
00:29:36par la suite,
00:29:36en partie à cause de Le Pen,
00:29:38c'est évident.
00:29:39Et vous finissez par...
00:29:40Mais vous savez que
00:29:40quand Raymond Barr
00:29:41a voulu revenir
00:29:42sur le regroupement familial,
00:29:43le Conseil d'État
00:29:44a tout bloqué.
00:29:44Oui, il a cassé.
00:29:45Voilà.
00:29:45Donc, le vert était déjà
00:29:47dans le fruit
00:29:47dans les grandes institutions.
00:29:48Oui, oui, oui.
00:29:49Et le fait d'avoir...
00:29:51Et dans les médias,
00:29:51etc.
00:29:52Le pouvoir culturel
00:29:52était à gauche,
00:29:53donc à partir de ce moment
00:29:54où on suivait...
00:29:54Mais l'été,
00:29:55parce que c'est un cadeau
00:29:56de Gaulle à la gauche.
00:29:58Et ça va commencer
00:29:58sous la IVe République aussi.
00:30:00Je veux dire que,
00:30:01voilà, c'était...
00:30:02Je crois que c'est
00:30:03l'erreur majeure
00:30:03du général de Gaulle.
00:30:04Ne pas avoir joué
00:30:06le combat culturel du tout
00:30:07et d'avoir laissé
00:30:08à la gauche comme si c'était...
00:30:09Enfin, Paris est devenue
00:30:10une ville blanche
00:30:13les monuments.
00:30:14Grâce à André Malon,
00:30:15mais à part ça.
00:30:16Les monuments.
00:30:17À part ça.
00:30:20Avec les murs
00:30:20qui sont blancs.
00:30:21C'est ce qu'il s'appelle
00:30:22avoir de l'esprit,
00:30:23mon cher Loin.
00:30:25Bien.
00:30:25Alors, donc,
00:30:26vous finissez par quitter
00:30:28cette Élysée
00:30:29où vous n'êtes qu'à moitié bien.
00:30:31Oui, on m'a un peu aidé,
00:30:31quand même.
00:30:32On vous a aidé.
00:30:33Et puis là,
00:30:33vous vous mariez, non ?
00:30:35Oui, il y a un mariage.
00:30:36C'est comme un peu
00:30:37pour mes parents.
00:30:39Je veux dire,
00:30:39il y a un mariage
00:30:4013 années 70
00:30:41où on fait n'importe quoi.
00:30:42Ça a duré un an et demi.
00:30:43Les années 70,
00:30:45c'était quand même terrible.
00:30:46On a tous appris
00:30:47à être terriblement
00:30:48débarrassés de la morale, non ?
00:30:50Oui.
00:30:51C'est ce que j'appelle
00:30:52plutôt les années palace.
00:30:53Je fréquentais beaucoup
00:30:54le palace à l'époque.
00:30:55Moi aussi,
00:30:56quelques années plus tard.
00:30:57Ce n'est plus le même palace
00:30:58parce que la différence,
00:30:59moi, c'est celui de Fabrice Emmer.
00:31:01C'est le vrai palace.
00:31:01Il est mort en 83.
00:31:03Oui.
00:31:03Oui, mais...
00:31:04Je tiens à ce moment-là
00:31:05très, très...
00:31:06J'habite à côté en plus.
00:31:08On a dû se croiser.
00:31:09Qu'est-ce que je suis en train d'apprendre
00:31:10quelque part dans la Sarthe
00:31:1250 ans plus tard ?
00:31:13C'est tout à fait possible,
00:31:14mais il y avait beaucoup de monde.
00:31:15Oui, il y avait beaucoup de monde.
00:31:16Ça dépendait des jours aussi.
00:31:18Ah oui, mais moi...
00:31:19Il y avait des jours.
00:31:20Vous vous souvenez
00:31:21de la personne
00:31:22qui donnait accès au palace ?
00:31:24Ah, une femme...
00:31:26Oui, génie.
00:31:28Mais génie.
00:31:29Qui restait une amie très proche.
00:31:31Ah, vous avez eu deux génies
00:31:32dans votre vie.
00:31:33Non, il y a Jeannie et génie.
00:31:34Jeannie Le Pen et génie.
00:31:36Et génie.
00:31:37Petite bonne femme,
00:31:38elle était lyonnaise.
00:31:40Vous êtes sûr ?
00:31:41Ah, oui.
00:31:42Oui.
00:31:43Alors, c'est drôle
00:31:43parce que,
00:31:44si vous l'avez connue,
00:31:45celle-là,
00:31:45c'est que vous étiez vraiment
00:31:46dans les habitués.
00:31:49Oui, oui, oui.
00:31:50Ce sont mes années pas là.
00:31:52Mais c'était extraordinaire.
00:31:53D'abord, c'était
00:31:54la première boîte de nuit
00:31:55du monde à l'époque.
00:31:56C'est comme un signe
00:31:57de déclassement
00:31:58pour la France,
00:31:58pour Paris.
00:31:59Depuis, ça n'est jamais...
00:32:00Toutes les boîtes importantes
00:32:02sont ailleurs aujourd'hui.
00:32:03Vous n'avez pas une boîte à Paris
00:32:04qui s'impose.
00:32:05Du monde d'Europe, peut-être.
00:32:06Mais même par rapport
00:32:07aux États-Unis...
00:32:08Non, non, non.
00:32:09Tout le monde était derrière.
00:32:11En tout cas,
00:32:11sur les années...
00:32:12Quand tu as la dimension...
00:32:1380, 83,
00:32:14enfin, ces années-là...
00:32:15Oui, oui.
00:32:15C'était la plus sulfureuse,
00:32:17la plus réputée,
00:32:18avec beaucoup...
00:32:18C'était mondial,
00:32:19la mieux fréquentée.
00:32:20Des écrivains, c'est ça.
00:32:22Tout le monde était là.
00:32:23Les Gainsbars
00:32:23tous les jours dans un coin.
00:32:25Oui, et puis les couturiers.
00:32:27Oui, c'est ça.
00:32:28Voilà, et beaucoup d'artistes
00:32:29de très grande qualité.
00:32:30Et puis, c'était tenu
00:32:31d'une façon incroyablement créative.
00:32:34Les couturiers, oui,
00:32:35c'était formidable.
00:32:35Les années Palace.
00:32:37Il y avait une petite boîte
00:32:39rue Saint-Anne
00:32:40qui était un peu le pendant,
00:32:42en version plus...
00:32:43C'était le...
00:32:44Le 7.
00:32:44Vous n'avez pas connu ?
00:32:45Le 7 inauguré par Pompidou,
00:32:47d'ailleurs.
00:32:47Avec sa Porsche.
00:32:48Avec sa Porsche.
00:32:50Mais vous avez connu tout ça ?
00:32:52Malgré des divorces.
00:32:52Le 7, oui.
00:32:54Le Saint-Anne, oui.
00:32:56Évidemment.
00:32:57C'est formidable.
00:32:59On s'est croisés.
00:33:00On s'est croisés.
00:33:00Ce n'est pas tellement étonnant
00:33:01que j'ai divorcé dans ces années-là.
00:33:02Oui, là, vous n'étiez pas parti
00:33:04pour...
00:33:04Je n'étais pas parti.
00:33:05Pour fonder une grande famille
00:33:08et rendre votre mariage durable.
00:33:10Non, ce n'était pas l'objectif.
00:33:12Ça s'est passé comme ça.
00:33:13D'ailleurs, je suis veuf
00:33:14de ce mariage-là
00:33:14puisque malheureusement,
00:33:16mon ex-épouse de ce temps-là
00:33:18est décédée il y a quelques...
00:33:20Ah, mais pas à ce moment-là.
00:33:22Non.
00:33:23Mais on a bien compris
00:33:24que votre vie était...
00:33:25Si elle était morte pendant le mariage,
00:33:26je pense que j'y aurais été
00:33:27pour quelque chose.
00:33:29Oh !
00:33:29Non, je plaisante.
00:33:31Encore ?
00:33:31Vous plaisantez ?
00:33:32Eh oui.
00:33:33Il ne faut pas tout prendre au sérieux.
00:33:36Ça ne s'est pas bien passé, quoi.
00:33:39Pas trop.
00:33:40Non, ça s'est mal fini avec l'Elysée.
00:33:42Ça s'est terminé complètement
00:33:45avec ce mariage-là.
00:33:47Mais qu'est-ce que j'ai fait après ?
00:33:49Écoutez...
00:33:49Le jour.
00:33:50Que faisiez-vous le jour ?
00:33:51Parce que les fréquences gay...
00:33:51C'est assez rock'n'roll.
00:33:53Dans la foulée du Palace,
00:33:55j'ai fait de la radio
00:33:55sur la fréquence gay.
00:33:57Ah oui, c'est vrai.
00:33:57C'est assez amusant
00:33:58parce que...
00:33:59C'était les radios libres
00:34:00qui émergeaient.
00:34:01Que Giscard n'avait pas voulu créer
00:34:03en prétendant que ça allait tourner
00:34:05comme en Italie
00:34:06et servir de vecteur
00:34:08à tous les soulèvements possibles
00:34:10et imaginables.
00:34:11Et ça, c'était une faute majeure.
00:34:13Il n'y a rien à faire.
00:34:14La campagne de 1981,
00:34:15ça aurait été une plume dans son chapeau
00:34:17de pouvoir dire
00:34:18« J'ai réalisé la radio. »
00:34:20Il avait les jeunes de son côté.
00:34:22Oui, voilà.
00:34:23C'est partie des jeunes bourgeois, oui.
00:34:24Et donc,
00:34:26j'ai connu ce milieu des radios libres
00:34:28qui m'a beaucoup intéressé.
00:34:29Et puis, c'était un petit peu dans l'esprit
00:34:31de ce que j'avais fait au CFG aussi.
00:34:33Voilà.
00:34:34Et puis, j'étais plutôt bon en radio, d'ailleurs.
00:34:36J'ai adoré faire ça.
00:34:38J'ai adoré faire ça.
00:34:39Donc, j'ai eu une petite période.
00:34:40Elle n'a pas duré très longtemps,
00:34:41d'ailleurs, sur Fréquence Gays,
00:34:42ce qui était aussi une façon
00:34:43d'afficher une petite position politique.
00:34:46Je considérais qu'il y avait
00:34:47quelques lois bien inutiles
00:34:49de répression.
00:34:51Ça dépendait des mois.
00:34:53Il y avait des assemblées générales
00:34:54tout le temps.
00:34:54Tant en temps,
00:34:55ça passait à droite,
00:34:55ça passait à gauche.
00:34:56Vous aviez une émission attitrée ?
00:34:58Je faisais la revue de presse du matin.
00:35:00La revue de presse
00:35:01et l'interview politique.
00:35:02Ce n'était pas
00:35:02les petites annonces du soir ?
00:35:04Non.
00:35:04Ça, c'était deux équipes différentes.
00:35:05Mais celui qui faisait
00:35:07les petites annonces
00:35:08ne manquait pas de talent.
00:35:10Vous savez,
00:35:10je me souviens d'un jour,
00:35:11c'était très sulfureux.
00:35:13Les petites annonces,
00:35:13c'était extrêmement cru.
00:35:16C'est le moins qu'on puisse dire.
00:35:17C'était le rendispo,
00:35:18en grande partie.
00:35:21Et je me souviens d'un jour,
00:35:22j'étais en voiture dans Paris,
00:35:24c'était l'été,
00:35:25avec la vitre ouverte.
00:35:26Et dans toutes les bagnoles,
00:35:28j'entendais l'émission.
00:35:30Ce qui voulait dire
00:35:31qu'on était à 400 000 auditeurs.
00:35:33On frôlait le score
00:35:34de France 3 du même soir.
00:35:35On ne se rendait pas compte
00:35:36de ce qu'on faisait,
00:35:37mais c'était des années quand même
00:35:38très débridées,
00:35:39mais très drôles.
00:35:41Et très créatives.
00:35:42Et très créatives.
00:35:43Et il y avait des gens
00:35:44de la fréquence gay,
00:35:44il y avait des gens
00:35:45qui avaient vraiment
00:35:45beaucoup de talent.
00:35:46Beaucoup de talent.
00:35:47Et partout,
00:35:48surtout sur toutes les radios locales,
00:35:49il y a eu des talents
00:35:50qui ont émergé,
00:35:50avant la récupération commerciale.
00:35:52Voilà.
00:35:53Mais ça, c'est l'énergie,
00:35:54etc.
00:35:54C'est l'énergie
00:35:54qui nous a plombé.
00:35:56Qui a fait tomber le fric
00:35:57dans tout ça,
00:35:58alors que tout était bénévole,
00:36:04gratuit dans toute sa dimension.
00:36:07Alors, donc,
00:36:09arrive une autre date,
00:36:1383.
00:36:15Date importante pour vous.
00:36:1883 et 84,
00:36:19c'est le retour.
00:36:22Alors, j'ai travaillé
00:36:24dans une petite radio.
00:36:24Après, fréquence gay,
00:36:25on oublie fréquence gay,
00:36:26mais j'avais aussi appris
00:36:27beaucoup de choses
00:36:27en technique de radio,
00:36:29en montage, etc.
00:36:30Et j'ai travaillé
00:36:31dans une petite radio
00:36:33qui devenait institutionnelle,
00:36:35qui s'appelait
00:36:36Génération 2000,
00:36:37je crois.
00:36:37Oui.
00:36:38Et en 83,
00:36:40campagne,
00:36:41démarrage de la campagne
00:36:42européenne de 84,
00:36:43j'invite,
00:36:44je recevais,
00:36:45vous avez 4 parlementaires
00:36:46pour faire
00:36:47la préparation
00:36:48de chaque
00:36:51semaine
00:36:51de travail parlementaire.
00:36:52Là, vous étiez salarié.
00:36:54Plus ou moins.
00:36:54Plus ou moins.
00:36:55Vraiment plus ou moins.
00:36:57Mais,
00:36:59c'est extraordinaire,
00:37:00vous n'avez pas cessé
00:37:00de travailler
00:37:01sans jamais percevoir
00:37:02un sou.
00:37:02Oui.
00:37:03C'est vrai.
00:37:04Pratiquement.
00:37:05C'est admirable
00:37:06du point de vue moral.
00:37:07Je vous admire
00:37:08beaucoup pour ça,
00:37:09je dois vous le dire.
00:37:10Oui, mais enfin,
00:37:10bon,
00:37:11je ne recommande pas
00:37:12cette technique.
00:37:13Ça fait partie
00:37:14d'une culture,
00:37:15encore une fois,
00:37:16aristocratique,
00:37:17très française,
00:37:18qui est complètement
00:37:19perdue aujourd'hui,
00:37:20mais qui est moralement
00:37:21supérieure à tout,
00:37:22je trouve.
00:37:23Écoutez,
00:37:24sans doute.
00:37:25Mais,
00:37:26bon,
00:37:27encore une fois,
00:37:28je ne vais pas faire
00:37:28école là-dessus.
00:37:30Et je vous assure
00:37:31que sur les...
00:37:32Aujourd'hui,
00:37:33c'est beaucoup moins bien vu.
00:37:34Ça n'est pas du tout
00:37:34perçu comme aristocratique,
00:37:36mais totalement irresponsable.
00:37:38Oui,
00:37:38irresponsable.
00:37:39n'ayant pas fondé de famille.
00:37:41J'ai été marié une deuxième fois,
00:37:42bon,
00:37:42de façon...
00:37:45Rien à voir avec le premier mariage.
00:37:49Bon,
00:37:50mais je n'ai pas eu d'enfant,
00:37:51par conséquent,
00:37:52je suis resté une sorte
00:37:53de célibataire éternel.
00:37:55Un célibataire marié,
00:37:56c'est curieux,
00:37:57mais c'est comme ça.
00:37:58Et personne ne s'est jamais plaint.
00:37:59Donc,
00:38:00ça devait convenir.
00:38:03Alors,
00:38:04comment revenez-vous,
00:38:05ou venez-vous,
00:38:06puisque vous n'avez fait que croyez...
00:38:08connu dans les années Giscard,
00:38:11évidemment,
00:38:12puisqu'il était dans ces eaux-là.
00:38:13Il avait fait la campagne de 1974.
00:38:16Jean-Marie Lechevalier.
00:38:17Le Chevalier.
00:38:18Le futur maire de Toulon.
00:38:19Le futur maire de Toulon,
00:38:21qui,
00:38:21un jour,
00:38:22m'appelle
00:38:23pour monter,
00:38:24justement,
00:38:24cette émission de radio
00:38:27Génération 2000
00:38:28avec Jean-Marie Le Pen.
00:38:29C'était le démarrage
00:38:30de la campagne
00:38:32européenne de 1984.
00:38:35Et puis,
00:38:35on ne s'est plus quitté,
00:38:36d'une certaine manière,
00:38:37Le Pen et moi.
00:38:38Quand on s'est quitté dans les années.
00:38:41J'ai fait cette émission avec lui.
00:38:43Et puis,
00:38:43il m'a invité,
00:38:45il en avait gardé un bon souvenir,
00:38:46puis je pense que Le Chevalier
00:38:47avait fait le reste.
00:38:49Il m'a invité
00:38:50après les élections européennes
00:38:51et son succès aux européennes.
00:38:52De 1984.
00:38:54De 1984,
00:38:54où il a fait une réception
00:38:56à Montretout.
00:38:58Je l'ai retrouvé à cette occasion.
00:38:59Puis,
00:38:59il m'a demandé ensuite
00:39:00d'animer
00:39:02un débat
00:39:04à la journée des Bleus,
00:39:05Blancs,
00:39:05Rouges,
00:39:05les Bébères,
00:39:06vous savez,
00:39:06qui existaient déjà
00:39:07la même année
00:39:07à la rentrée,
00:39:08et ainsi de suite.
00:39:10On a commencé
00:39:10à travailler ensemble.
00:39:11Le grand rassemblement
00:39:11du Front national.
00:39:12On a commencé
00:39:13à se voir régulièrement.
00:39:15Bon,
00:39:16je n'aurais
00:39:16une fonction officielle
00:39:17qu'à partir
00:39:17du groupe parlementaire
00:39:19en 86.
00:39:21En 86,
00:39:23proportionnelle,
00:39:24elle était faite
00:39:25d'ailleurs
00:39:25par Mitterrand
00:39:26pour permettre
00:39:28à Le Pen
00:39:28d'avoir
00:39:28un groupe parlementaire.
00:39:29Non,
00:39:29surtout pour permettre
00:39:30aux partenaires.
00:39:30Moi,
00:39:30Jean-Marie Le Pen
00:39:31me dit.
00:39:32Bon,
00:39:33bon.
00:39:33Je suis allé,
00:39:34non,
00:39:34non,
00:39:34non,
00:39:34non,
00:39:35parce qu'il y a
00:39:36pas mal de témoignages.
00:39:37Rectifiez,
00:39:37rectifiez,
00:39:37rectifiez.
00:39:40En 84,
00:39:41l'été 84,
00:39:42je suis allé voir
00:39:43Jean-Marie Le Pen
00:39:43le 15 août
00:39:44à la Trinité-sur-Mer.
00:39:45C'est la première fois
00:39:46que je vais à la Trinité-sur-Mer
00:39:47avec Le Pen
00:39:48et chez Le Pen.
00:39:50Bon,
00:39:50et c'est là
00:39:50qu'il me dit
00:39:51je suis sûr
00:39:51que le président
00:39:52fera la proportionnelle.
00:39:53Pourquoi ?
00:39:53Parce que c'est
00:39:54le seul moyen
00:39:55d'assurer la survie
00:39:56du Parti Socialiste.
00:39:57Et il est vrai
00:39:58qu'en 84,
00:39:59déjà,
00:39:59le Parti Socialiste
00:40:00est dans une situation
00:40:03extrêmement rejetée
00:40:04par l'opinion.
00:40:06La situation économique
00:40:07est considérablement dégradée,
00:40:09il y a toutes sortes
00:40:09d'affaires
00:40:10qui commencent à sortir
00:40:11et l'esprit 81
00:40:12est complètement évaporé.
00:40:15Alors,
00:40:15je voudrais qu'on s'arrête.
00:40:16Donc,
00:40:16ça veut dire
00:40:16que Jean-Marie Le Pen
00:40:17dès 84
00:40:18sait,
00:40:19pense savoir
00:40:20qu'inévitablement
00:40:21ce sera
00:40:21l'établissement
00:40:22de la proportionnelle
00:40:23intégrale.
00:40:24Alors,
00:40:25ça arrange peut-être
00:40:26le Parti Socialiste.
00:40:28Mais ça le sauve.
00:40:29Si vous restez
00:40:29aux majorités,
00:40:30le Parti Socialiste
00:40:31est balayé.
00:40:32Michel Rocard
00:40:32ne l'avait pas entendu
00:40:33de cette oreille.
00:40:34Il a démissionné
00:40:34justement parce qu'il pensait
00:40:35que la proportionnelle
00:40:36était faite
00:40:37pour mettre en orbite
00:40:38Jean-Marie Le Pen.
00:40:38C'est complètement gouré.
00:40:40Ou alors,
00:40:40il a fait semblant
00:40:41pour des raisons morales
00:40:42qu'il mettait en avant
00:40:43pour complaire
00:40:44à la personnalité
00:40:45qu'il mettait en avant.
00:40:47Voilà,
00:40:48mais Michel Rocard,
00:40:49je sais que je me souviens
00:40:50où il a quitté
00:40:51le gouvernement
00:40:51à cette occasion.
00:40:53Beaucoup de socialistes
00:40:54étaient effrayés.
00:40:55Parce que la perspective...
00:40:57Sauf ceux qui ont sauvé
00:40:57leur siège.
00:40:58Souvenez-vous
00:40:59que la droite
00:41:01chiraquienne,
00:41:02il n'y a qu'un voie
00:41:03de marge
00:41:04avec la gauche.
00:41:05Bon, alors,
00:41:07Laurent de Saint-Afrique,
00:41:08abordons la grande question.
00:41:09Parce que tout de même,
00:41:10vous relativisez
00:41:12l'opération proportionnelle
00:41:1486
00:41:14et groupe parlementaire.
00:41:16Mais une des conséquences,
00:41:17c'est de provoquer
00:41:18un succès du FN
00:41:19qui donne, je crois,
00:41:2235 ou 36 élus.
00:41:2335.
00:41:24Et vous entrez au groupe
00:41:27comme assistant parlementaire.
00:41:29Assistant parlementaire, alors.
00:41:30De qui, d'ailleurs ?
00:41:32De Pierre Serac,
00:41:33c'est-à-dire le mouniste.
00:41:34Ah !
00:41:35Justement,
00:41:35j'allais vous parler
00:41:36de ce personnage.
00:41:37On va en parler,
00:41:38si vous voulez bien.
00:41:38Moi, c'est quelqu'un
00:41:39que j'ai beaucoup apprécié.
00:41:40Mais pourquoi je suis
00:41:42l'assistant parlementaire
00:41:43de Pierre Serac ?
00:41:43D'abord,
00:41:47à l'époque,
00:41:48il faut faire une répartition
00:41:49des collaborateurs
00:41:50par rapport aux députés
00:41:51qui ont été...
00:41:51Alors, pourquoi on me colle
00:41:52sur Serac ?
00:41:53C'est venu de Jean-Pierre Stirbois,
00:41:55ça.
00:41:56Qui était le numéro 2,
00:41:57à ce moment-là.
00:41:57J'ai mis beaucoup de temps.
00:41:58Qui était le secrétaire général
00:41:59du Front National,
00:42:01député à Dreux,
00:42:03dans son département
00:42:04où il avait été élu.
00:42:05Non, non, non.
00:42:06Oui, c'est ça.
00:42:08Parce qu'il avait été candidat
00:42:09à Dreux.
00:42:10Mais pourquoi il me met...
00:42:11Bon, moi, je venais
00:42:12de chez Giscard,
00:42:13comme le Chevalier, d'ailleurs.
00:42:14Ce qui veut dire
00:42:15que pour Jean-Pierre Stirbois,
00:42:18suspicion éternelle,
00:42:19culture groupusculaire,
00:42:20tout ce qui venait.
00:42:22Vous vous souvenez
00:42:22que c'était le groupe
00:42:23Rassemblement National,
00:42:24Front National,
00:42:25Rassemblement National.
00:42:26C'était l'intitulé
00:42:26que Le Pen avait donné
00:42:27à ce groupe.
00:42:28Et il était venu
00:42:30à un certain nombre
00:42:30de personnalités extérieures
00:42:32comme Charles de Chambrun,
00:42:34Rostolan,
00:42:35enfin, un certain nombre
00:42:35de gens comme ça
00:42:36qui...
00:42:36qui venaient
00:42:37de la droite
00:42:38plus classique,
00:42:39du CNI.
00:42:42Bon.
00:42:43Et ça, Stirbois
00:42:44n'approuvait que légèrement
00:42:46cette stratégie d'ouverture.
00:42:48Et donc,
00:42:49comme j'avais un profil
00:42:50qui ne lui plaisait pas,
00:42:51il m'avait collé
00:42:53sur le contrat
00:42:56de...
00:42:58de Pierre Serac.
00:42:59Pierre Serac,
00:43:00qui était le neveu,
00:43:01je crois,
00:43:01du...
00:43:02De l'ancien patron
00:43:03du CNPF.
00:43:03L'ancien patron du CNPF
00:43:04de l'époque de Gaulle,
00:43:06c'était Pierre Serac.
00:43:07Il s'appelait...
00:43:08Non, François.
00:43:09François Serac.
00:43:11François Serac.
00:43:11Une grande allure, d'ailleurs.
00:43:13Oui, Pierre Serac aussi,
00:43:14une belle allure.
00:43:15Mais enfin...
00:43:15Mais Pierre Serac, bon.
00:43:16Alors, Moon,
00:43:17Moon, Moon, Moon.
00:43:19C'est d'abord,
00:43:20à mes yeux,
00:43:21mais réellement,
00:43:22une organisation fondamentalement
00:43:23anticommuniste.
00:43:25Oui.
00:43:27venu de Corée du Sud.
00:43:28Le révérend Moon
00:43:29que je n'ai jamais vu
00:43:30pour ma part.
00:43:31Le coréen.
00:43:32Le coréen du Sud
00:43:34et son église
00:43:35d'unification
00:43:36du christianisme.
00:43:37C'était l'intitulé,
00:43:38on n'appelait pas ça
00:43:39le sectoniste.
00:43:40L'église universelle.
00:43:41L'église universelle
00:43:42pour la réunification
00:43:43du christianisme.
00:43:44C'est l'intitulé total.
00:43:46Bon.
00:43:47Principalement anticommuniste.
00:43:48Probablement lié
00:43:49à la CIA,
00:43:50c'est évident.
00:43:51Et d'ailleurs,
00:43:51quand on regarde
00:43:52le parcours
00:43:52que Serac et Moon
00:43:54ont organisé
00:43:55pour Jean-Marie Le Pen
00:43:56en 87,
00:43:57en prévision
00:43:58de la campagne présidentielle
00:43:59de 88,
00:44:00bon,
00:44:00il fait une tournée
00:44:01dans le sud-est asiatique,
00:44:03il va au Japon,
00:44:06il est reçu partout,
00:44:07en Afrique,
00:44:08il est reçu partout,
00:44:09ensuite aux États-Unis
00:44:10où il croise
00:44:11le président Reagan,
00:44:12tend une photo,
00:44:14bon,
00:44:14tout cela
00:44:15n'a été possible
00:44:16que par le réseau Moon.
00:44:19Mais oui.
00:44:20Mais je crois
00:44:22qu'il y a plus grave,
00:44:23Laurent,
00:44:24franchement,
00:44:24je crois vraiment
00:44:25qu'il y a plus grave.
00:44:26Je vous écoute.
00:44:27J'ai une petite thèse,
00:44:28mais je n'ose pas
00:44:29la développer longuement
00:44:30puisque j'ai déjà fait
00:44:33avec un autre interlocuteur,
00:44:35Éric Branca.
00:44:37Il y a quand même
00:44:37une conjonction bizarre.
00:44:39Ça se passe
00:44:40en 81, 82, 83,
00:44:44avant que vous n'arriviez
00:44:45dans les parages
00:44:50et au service
00:44:51de Jean-Marie Le Pen.
00:44:54Une sorte de pacte
00:44:57et je crois que
00:44:58très consciemment
00:44:59chez Reagan,
00:45:00chez Mitterrand
00:45:01et chez Le Pen,
00:45:04consistant à faire
00:45:05une coalition
00:45:08pour dissoudre
00:45:09la droite française
00:45:10qui à ce moment-là
00:45:10est encore plus ou moins
00:45:12gaulliste.
00:45:13Il y a un pacte
00:45:14contre le gaullisme.
00:45:16Je ne sais pas
00:45:16si vous en êtes aperçu,
00:45:17on n'est jamais,
00:45:17vous savez,
00:45:18le contemporain
00:45:19de sa propre histoire
00:45:19et on ne sait jamais.
00:45:20Au moment où on le fait,
00:45:21c'est comme Fabrice Del Longo
00:45:25à Waterloo.
00:45:26On ne sait pas
00:45:26que c'est Waterloo,
00:45:27mais on est dedans.
00:45:28Et puis on ne voit
00:45:28pas grand-chose
00:45:29parce qu'on ne comprend pas
00:45:30la dimension de l'histoire.
00:45:31Bref.
00:45:32On ne sait pas
00:45:33que c'est le 18 juin
00:45:33et on est dedans.
00:45:35Le 18 juin,
00:45:36c'est ce qu'on fait.
00:45:37Ah bon ?
00:45:37Ça ne marche pas à tous les jours.
00:45:38Il y a des degrés variables
00:45:40de conscience
00:45:40de ce qu'on fait.
00:45:41Précision utile.
00:45:43Mais peut-être que
00:45:43nous,
00:45:44au moment d'agir,
00:45:45même Degout lui-même
00:45:46ne savait pas exercer.
00:45:48Tout à fait.
00:45:48Quel était le sort
00:45:49du 18 juin
00:45:50et la dimension historique ?
00:45:51On ne sait pas
00:45:52quand on fait quelque chose.
00:45:53Ils sont tous
00:45:54comme les vaches.
00:45:55On broute,
00:45:56c'est la réalité.
00:45:57On ramasse,
00:45:58vous le disiez tout à l'heure,
00:46:00la vie vous envoie
00:46:01et on capse ceci,
00:46:03c'est une occasion ou pas.
00:46:04Et puis on croise
00:46:05les bonnes personnes
00:46:05ou les mauvaises.
00:46:06Et voilà.
00:46:07Et on vit tous comme ça.
00:46:08et puis quelques années plus tard,
00:46:12on est comme les vaches,
00:46:13je vous dis.
00:46:13On se met dans un coin
00:46:15de la...
00:46:15Sauf que quelques années plus tard.
00:46:16et on rumine.
00:46:18Et à ce moment-là,
00:46:18on réfléchit
00:46:20au sens précis du terme.
00:46:22On est dans le ressouvenir,
00:46:23comme dit Proust.
00:46:24Et à ce moment-là,
00:46:25on comprend ce qui s'est passé.
00:46:26Bref.
00:46:27Surtout quand on est en prison
00:46:28et qu'il est temps
00:46:30de réfléchir aux causes.
00:46:32Vous comprenez-vous
00:46:32de la prison ?
00:46:33Non, pas du tout.
00:46:34Ah bon, jamais été prévu.
00:46:36Non, je crois pas.
00:46:37Alors, donc,
00:46:40Éric Branca nous racontait
00:46:41qu'un jour,
00:46:43Guy Pen,
00:46:44qui avait un bureau à l'Elysée,
00:46:49devait recevoir
00:46:50je ne sais quel officiel africain.
00:46:52Il était au service
00:46:54des affaires africaines et malgaches,
00:46:56comme on disait.
00:46:57On a eu
00:46:57qui poirote, qui poirote,
00:46:59qui poirote.
00:47:00Et là, nous sommes,
00:47:01si j'ai bien compris,
00:47:02si je me souviens bien,
00:47:03en mai 82,
00:47:07sort de,
00:47:08avec beaucoup de retard,
00:47:10du bureau de Guy Pen,
00:47:12devant ce dignitaire africain
00:47:15qui poirote,
00:47:17Guy Pen et Jean-Marie Le Pen,
00:47:19il l'art,
00:47:20enfin, manifestement,
00:47:21s'entendant comme la ronza en foie.
00:47:23Et un mois plus tard,
00:47:24je dis bien un mois plus tard,
00:47:26c'est-à-dire que c'est avant
00:47:28le décollage de Dreux,
00:47:30qui est la première élection
00:47:33où, s'alliant avec le sortant
00:47:37RPR de l'époque,
00:47:39Stierbois, numéro 2 du Front National,
00:47:42esquisse une alliance
00:47:43entre les deux droites.
00:47:44– Oui, il l'a fait.
00:47:45– Et il l'a fait, victorieusement,
00:47:47et ça a été un coup de tonnerre,
00:47:48parce que ça a introduisé
00:47:50la droite que les journalistes
00:47:52appellent extrême droite
00:47:53dans le circuit.
00:47:55et c'est ce qui aurait dû d'ailleurs
00:47:57se prolonger, à mon avis,
00:47:58dans le paysage politique
00:47:59le plus institutionnel.
00:48:01Bref.
00:48:02Donc c'est avant, en 82,
00:48:04qu'a lieu cette conjonction
00:48:07qui fait suite à une lettre
00:48:08de Jean-Marie Le Pen.
00:48:09– Non, vous vous trompez.
00:48:11Elle ne fait pas suite.
00:48:12– Elle précède.
00:48:13– Jean-Marie Le Pen,
00:48:15à l'occasion de cette rencontre
00:48:16avec Guy Pen,
00:48:18lui remet une lettre
00:48:19pour le président de la République.
00:48:20– Dans laquelle il se plaint
00:48:23de ne pas être invité
00:48:24– Que la télévision ignore,
00:48:25les manifestations,
00:48:26les congrès du Front National
00:48:27et ainsi de suite.
00:48:27– Aussitôt, Mitterrand accepte
00:48:30sans l'écrire,
00:48:32via le…
00:48:32– Il lui répond,
00:48:36Mitterrand…
00:48:36– Oui.
00:48:36– Et on répond,
00:48:37envoie une lettre à Jean-Marie Le Pen.
00:48:38– Oui, mais c'est une lettre,
00:48:39je l'ai vue,
00:48:40la lettre de réponse de Mitterrand
00:48:41est très vague.
00:48:42Il ne dit pas
00:48:43vous allez être invité.
00:48:44Or, c'est ce qui se passe
00:48:45et je prétends.
00:48:45– Non, je sais.
00:48:46– Il dit,
00:48:46je saisis le ministre
00:48:47en charge de la communication
00:48:49de ce manquement,
00:48:50de ces manquements.
00:48:51– Oui.
00:48:51– Bon, il parle de manquement.
00:48:52– Voilà, la vraie consigne
00:48:53c'est de faire passer
00:48:54Jean-Marie Le Pen.
00:48:55– Bien sûr.
00:48:55– C'est d'abord
00:48:55au journal télévisé
00:48:57en juin 82 donc,
00:48:59antérieurement,
00:49:00parce qu'on dit beaucoup
00:49:04l'élection de…
00:49:05– C'est avant, oui.
00:49:06– Oui, c'est avant l'élection de…
00:49:07– Et puis il va y avoir aussi
00:49:08la première heure de vérité
00:49:09avant.
00:49:10– De Dreux, oui.
00:49:12Et l'heure de vérité
00:49:13suit Dreux.
00:49:14– C'est avant l'élection
00:49:16européenne de 84.
00:49:17– Non, ou ce soir-là,
00:49:18écoutez, Le Pen crève l'écran
00:49:20complètement,
00:49:21ça n'est contesté par personne,
00:49:22c'est extraordinaire.
00:49:24Et Jean-Marie m'avait dit
00:49:24ce soir-là,
00:49:25un million de voix au moins.
00:49:27Et effectivement,
00:49:28il y a eu une déferlante
00:49:29d'adhésion
00:49:29dans les semaines
00:49:30qui ont suivi.
00:49:31– En tous les cas,
00:49:33Martial Bild,
00:49:33qui était nouvellement nommé
00:49:36responsable des jeunes
00:49:37du FN
00:49:40dans ses années
00:49:4283-84,
00:49:43l'essor de Jean-Marie Le Pen
00:49:46témoigne que la secte Moune
00:49:48avait pris en charge
00:49:50la campagne,
00:49:51tout au moins avait fourni
00:49:53une grande batterie
00:49:54de militants
00:49:55qui ont distribué
00:49:57dans les boîtenettes
00:49:57des tracts,
00:49:58distribué devant les gares,
00:50:01collé des affiches,
00:50:03parlant français ou pas.
00:50:04On voyait bien
00:50:05que la secte Moune
00:50:06était en mission.
00:50:07Elle était en mission
00:50:08pourquoi ?
00:50:09Parce qu'il fallait pousser
00:50:10Jean-Marie Le Pen,
00:50:12ce qui a arrangé aussi
00:50:14Mitterrand,
00:50:15d'où l'entrevue
00:50:16avec la lettre
00:50:18que Jean-Marie Le Pen
00:50:19lui avait envoyée,
00:50:20la réponse plutôt favorable,
00:50:22prometteuse,
00:50:23Mitterrand,
00:50:24et la première émission
00:50:26de télévision.
00:50:27Arrive Dreux
00:50:29et l'épisode en 83
00:50:32assez étonnant
00:50:34où on a vu,
00:50:35c'est une bonne chose d'ailleurs,
00:50:38Stierbois,
00:50:39secrétaire général
00:50:39du FN,
00:50:40faire liste commune
00:50:41avec le maire sortant,
00:50:43RPR à l'époque,
00:50:45et remporter la mairie de Dreux.
00:50:47Alors ça a provoqué
00:50:48une levée de boucliers,
00:50:50mais tout le monde
00:50:50a trouvé son compte.
00:50:54Parmoun
00:50:54et un certain
00:50:56Roumain,
00:50:59Pornéa,
00:51:00je crois.
00:51:01Pordéa.
00:51:01Pordéa,
00:51:02qui vivait à Paris
00:51:04depuis 15 ans
00:51:04et qui avait gardé
00:51:06sa nationalité roumaine
00:51:08et qu'on a naturalisé
00:51:09à toute allure.
00:51:10Donc l'État
00:51:11a participé
00:51:12à l'opération.
00:51:14Pordéa,
00:51:14numéro 3 ou numéro 4
00:51:16de la liste
00:51:17de Jean-Marie Le Pen
00:51:18en 84
00:51:21qui arrive à 11%,
00:51:22surprise générale.
00:51:24Et Pordéa
00:51:25apporte beaucoup d'argent,
00:51:27lui aussi est lié
00:51:28à la secte Moune
00:51:29et contribue
00:51:31à la percée
00:51:32de Jean-Marie Le Pen.
00:51:33Et on ne m'empêchera pas
00:51:34de penser qu'il y a aussi
00:51:36une volonté états-unienne,
00:51:38CIA,
00:51:39Reagan,
00:51:41d'accord certainement
00:51:42avec Mitterrand
00:51:43qui venait de se débarrasser
00:51:44des communistes
00:51:44et qui avait besoin
00:51:45de pulvériser la droite
00:51:46puisque lui-même
00:51:47ne faisait plus
00:51:47l'union de la gauche
00:51:49pour pousser
00:51:50Jean-Marie Le Pen.
00:51:51Et je pense qu'il a été
00:51:52assez conscient du...
00:51:54Je veux croire
00:51:55qu'il n'a pas été...
00:51:57qu'il n'a pas ignoré
00:51:58le rôle qu'on lui faisait jouer.
00:51:59Le but étant de pulvériser
00:52:01ce qui est resté du gaullisme
00:52:03et Jacques Chirac
00:52:04qui d'ailleurs
00:52:05est tombé dans le piège.
00:52:06Est-ce que vous avalisez
00:52:08ce raisonnement en gros ?
00:52:10Je suis en train de réfléchir
00:52:11à quel moment,
00:52:13à quel jour,
00:52:15à quelle occasion
00:52:16j'aurais pu être témoin
00:52:16direct de quelque chose
00:52:18qui correspond à ce que
00:52:19vous venez de dire.
00:52:20Il faut être honnête
00:52:20avec les gens.
00:52:21Si j'avais été dans le coup...
00:52:24Moi, mon sentiment...
00:52:25Mais alors...
00:52:26Parlons de sentiments.
00:52:28Bon, pour ce qui concerne
00:52:29Pordéa,
00:52:30d'abord, on n'avait pas de chance
00:52:31parce qu'il avait vraiment
00:52:32l'air d'un espion du KGB,
00:52:33physiquement.
00:52:35Et il avait fait
00:52:35une télévision épouvantable
00:52:37qui confirmait plutôt
00:52:38les rumeurs
00:52:39qui étaient en train de couper.
00:52:39Parce qu'il avait
00:52:40un accent roumain
00:52:40coupé au couteau,
00:52:41évidemment.
00:52:42Et puis, il avait la tête
00:52:43de l'espion
00:52:44de dessin animé,
00:52:46de collection.
00:52:46Un espion de collection.
00:52:47C'était un espion
00:52:48plutôt, un agent
00:52:49plutôt américain.
00:52:50Ben oui, justement, nous...
00:52:52Ou il enseignait d'ailleurs.
00:52:53Il enseignait à New York.
00:52:54Il était peut-être
00:52:55double cross.
00:52:57Un peu des deux.
00:52:58On ne sait pas.
00:52:59Ce qui est certain, en revanche,
00:53:01c'est qu'il avait apporté
00:53:01des moyens
00:53:02pour la campagne
00:53:05de 84.
00:53:07Ça, il n'y a aucun doute
00:53:09qu'il avait une place
00:53:10sur la liste,
00:53:11la quatrième,
00:53:11qui fait que
00:53:12quand on réalise
00:53:145% à la proportionnelle,
00:53:15ça faisait 4 députés.
00:53:18Donc, quoi qu'il arrive,
00:53:19il avait les mêmes chances
00:53:20que la tête de liste.
00:53:21C'est-à-dire Jean-Marie Le Pen.
00:53:22Donc, c'était quand même...
00:53:23Quoi qu'il en soit,
00:53:24il est élu.
00:53:24Et rebelote en 86.
00:53:26Oui, mais là,
00:53:27il ne sera plus là.
00:53:28Pour qu'il a disparu tout de suite.
00:53:29Avec ce Pierre Serac.
00:53:31Pierre Serac,
00:53:31qui sera élu député du Nord.
00:53:32Qui apporte de l'argent aussi,
00:53:33j'imagine.
00:53:34Bien sûr,
00:53:34mais tout ça est public.
00:53:35Vous savez,
00:53:36ça a été répété.
00:53:37Oui, on a le droit
00:53:37d'apporter de l'argent
00:53:38quand on est sur la liste.
00:53:39Bon.
00:53:39D'une part,
00:53:40on peut apporter de l'argent.
00:53:41Ensuite,
00:53:42la contribution MUN,
00:53:43tout le monde le savait à l'époque.
00:53:44Ce n'est pas un secret.
00:53:46Voilà.
00:53:47Tous les états-majors du Front
00:53:48le savaient.
00:53:48D'ailleurs,
00:53:49ils ne sont pas tous d'accord.
00:53:51Bon.
00:53:51Très bien.
00:53:53Et donc,
00:53:54en 86,
00:53:5635 députés.
00:53:5735 députés.
00:53:59le Rassemblement National,
00:54:00le Front National,
00:54:01peu importe.
00:54:01Le Rassemblement National,
00:54:02le groupe.
00:54:03Et là,
00:54:03vous êtes assistant parlementaire
00:54:06de Pierre Serac.
00:54:09Excusez-moi d'être précis
00:54:10parce que
00:54:12on me met le contrat.
00:54:14Mon contrat d'assistant parlementaire
00:54:15est rattaché à Pierre Serac.
00:54:17Mais je ne vais pas être...
00:54:18En fait,
00:54:19je suis en charge
00:54:19de la communication
00:54:20du groupe.
00:54:20Du groupe, d'accord.
00:54:21On se répartit les choses comme ça.
00:54:23Il y a une petite cellule
00:54:23où il y a Marie-Caroline Le Pen
00:54:25et celui qui est attaché de presse
00:54:27un peu légendaire
00:54:31et éternel de Jean-Marie Le Pen
00:54:32dont le nom est en train
00:54:33de m'échapper.
00:54:34Oui, un homme discret, d'ailleurs.
00:54:35Alain Vizier.
00:54:36Voilà.
00:54:37On forme une petite équipe,
00:54:39là,
00:54:39avec Marie-Caroline Le Pen,
00:54:40Alain Vizier et moi
00:54:41pour la communication
00:54:43du groupe parlementaire
00:54:47FNRN.
00:54:49Elle s'appelle comme ça.
00:54:51Alors,
00:54:53là-dessus arrive le détail.
00:54:5687.
00:54:58Le sont en 87.
00:55:0087 arrive le détail.
00:55:01Vous n'accompagnez pas
00:55:01à Jean-Marie Le Pen.
00:55:03Vous êtes sur le plateau.
00:55:05Je ne suis pas sur le plateau,
00:55:05je suis dans le public.
00:55:06Enfin, sur le plateau
00:55:06dans le public.
00:55:07Vous êtes dans le studio,
00:55:08par exemple.
00:55:08Dans le studio,
00:55:09une quinzaine
00:55:10où il y a tout l'état-major
00:55:11du Front National.
00:55:12Oui, je suis là.
00:55:14Au moment où...
00:55:15Et oui, c'est la communication,
00:55:16ça vous regarde.
00:55:16Donc, voilà.
00:55:19Le médecin,
00:55:19Jean-Marie Le Pen,
00:55:20me dit au téléphone,
00:55:21il était chez lui
00:55:24et il me dit
00:55:26j'ai l'esprit vide,
00:55:27j'ai de la fièvre,
00:55:28est-ce qu'il faut faire maintenir
00:55:29cette émission ?
00:55:30Alors, une semaine plus tard,
00:55:31il y a la fête des Bleus Blancs Rouges.
00:55:32À l'époque,
00:55:33l'émission de RTL...
00:55:34Il faut remplir la...
00:55:35Il faut remplir, oui.
00:55:36L'inscription, eh oui.
00:55:37Il nous faut 10 000 participants,
00:55:39absolument.
00:55:39Eh oui.
00:55:40Par conséquent,
00:55:41cette émission de RTL
00:55:42qui, à l'époque,
00:55:43était extrêmement écoutée.
00:55:44Ça devait servir
00:55:45de bande-annonce
00:55:46pour la semaine d'après,
00:55:47la fête des Bleus Blancs Rouges.
00:55:49Et donc, il me dit
00:55:50je suis très fatigué,
00:55:51ça va pas,
00:55:52j'ai de la fièvre,
00:55:53est-ce que vraiment,
00:55:54il faut y aller, etc.
00:55:55Bon.
00:55:55Et jusqu'à midi,
00:55:56on s'est posé la question.
00:55:58Et donc, à midi,
00:55:59il dit, bon,
00:56:00ça va mieux,
00:56:01j'y vais.
00:56:02Et l'incident,
00:56:05pour parler comme ça,
00:56:06des phrases
00:56:07qui se terminent par,
00:56:08c'est un détail
00:56:09de l'histoire
00:56:09de la Deuxième Guerre mondiale...
00:56:11En parlant des camps
00:56:11de concentration ?
00:56:12Non, en parlant
00:56:13des chambres à gaz,
00:56:14pas des chambres à gaz,
00:56:15ni de la Shoah,
00:56:16ni quoi que ce soit
00:56:16de ce genre.
00:56:17Il ne parle que
00:56:18de la manière
00:56:19dont ont eu les gens.
00:56:20C'est ça.
00:56:21Chambre à gaz.
00:56:21Chambre à gaz.
00:56:24Et à la sortie,
00:56:26il me dit...
00:56:28Bon, d'abord,
00:56:29il sort à la fin de l'émission,
00:56:30c'est arrivé
00:56:31dans les dernières minutes
00:56:33de l'émission.
00:56:34Et vous savez,
00:56:35j'ai une petite expérience
00:56:36de radio,
00:56:37plus on se rapproche
00:56:38de la fin,
00:56:38plus on se déconcentre.
00:56:40Et vous remarquerez
00:56:41que les journalistes,
00:56:42quand ils lisent leurs papiers,
00:56:43ils balancent leurs papiers audio.
00:56:46Ils partent de la fin.
00:56:47C'est à partir de la fin
00:56:48qu'il y a un petit risque
00:56:49de savonnage
00:56:50ou d'une petite erreur
00:56:51ou quelque chose.
00:56:51Parce qu'on est déjà dehors,
00:56:52on a l'impression
00:56:53que c'est fini.
00:56:54Et Le Pen a eu
00:56:55ce genre de choses.
00:56:55Ensuite, Olivier Mazerolle,
00:56:56qui était le patron
00:56:57de l'émission,
00:56:58était placé
00:56:59à la gauche de Le Pen.
00:57:01C'était une table en U.
00:57:02Vous parlez d'un piège, là ?
00:57:04Non, ce n'est pas un piège,
00:57:05mais c'était le décor normal.
00:57:07Simplement,
00:57:07il était à gauche.
00:57:10Je ne le voyais pas.
00:57:11Il entendait les questions,
00:57:12mais il aurait fallu
00:57:12qu'il tourne la tête
00:57:13pour le voir vraiment.
00:57:16Donc, il y a une sanade.
00:57:18Voilà, c'est circonstanciel.
00:57:19Il n'y a pas de piège particulier.
00:57:20C'est le décor habituel.
00:57:21Il n'y a rien de spécial.
00:57:22Enfin, il dit beaucoup de phrases.
00:57:24Il n'y a pas simplement
00:57:25le détail.
00:57:26On peut dire le détail,
00:57:27c'est la partie d'un tout.
00:57:28Mais quand il dit...
00:57:29Il va dire après.
00:57:30Est-ce que c'est un dogme ?
00:57:32Non, non, il dit pas ça.
00:57:34Il n'est pas question de dogme.
00:57:35Est-ce une vérité révélée
00:57:36à laquelle tout le monde doit croire ?
00:57:37Voilà.
00:57:38C'est la phrase qui me paraît
00:57:40la plus douteuse.
00:57:41Enfin, moi aussi.
00:57:41La plus comprometteuse.
00:57:42Moi aussi, c'est pire que le détail.
00:57:44Bien sûr.
00:57:44Mais le mot détail,
00:57:46je suis en tenu de l'énormité
00:57:49de la phrase...
00:57:50du génocide juif.
00:57:51Il est certain que c'est le mot détail
00:57:54qui va surnager
00:57:55à une vérité révélée
00:57:57à laquelle tout le monde doit croire.
00:57:58Et là, il s'aperçoit...
00:58:00Il suffit de regarder l'image.
00:58:02Dès qu'il le dit,
00:58:02il s'aperçoit qu'il est en train de partir.
00:58:05Il est ferré.
00:58:05Il le sait.
00:58:06Et moi, à la sortie,
00:58:07il me dit
00:58:08« En 40 ans de vie publique,
00:58:09c'est la plus grosse connerie
00:58:09qui soit sortie de ma bouche. »
00:58:10Il vous le dit, ça ?
00:58:11Il me dit cette phrase.
00:58:12Je l'ai notée le soir même
00:58:14et je l'ai publiée
00:58:15une semaine plus tard
00:58:16dans le point
00:58:18où cette phrase figure
00:58:19dans l'article
00:58:20qui rend compte de l'épisode.
00:58:22Donc, je n'ai pas gardé ça pour moi.
00:58:24« En 40 ans de vie publique,
00:58:26c'est la plus grosse connerie
00:58:27qui soit sortie de ma bouche. »
00:58:28Ces mots, je l'entends quand on me le dit.
00:58:30Et comme j'en ai parlé
00:58:31dans un documentaire récent
00:58:33et que les journalistes
00:58:34qui ont fait ce documentaire
00:58:36interrogeaient aussi
00:58:37Jean-Marie Le Pen,
00:58:37la question lui a été posée.
00:58:38Il m'a redemandé
00:58:39s'il m'avait vraiment dit ça.
00:58:40Il ne s'en souvenait plus.
00:58:42« Ah oui, je ne l'ai pas inventé. »
00:58:44Il a tout de suite compris les conséquences.
00:58:46« Beaucoup de choses changent
00:58:47à partir de ce moment. »
00:58:47« Tout change. »
00:58:48« C'est fini. »
00:58:49« Qu'est-ce qui est fini ? »
00:58:52« En 88,
00:58:54compte tenu de la dynamique
00:58:55qui existait à l'époque
00:58:55sur le plan électoral
00:58:56et qu'on peut mesurer
00:58:57par les sondages du moment. »
00:58:58« Élection présidentielle. »
00:58:59« Élection présidentielle de 88. »
00:59:01« Après la tournée très réussie
00:59:03qu'il a fait dans le monde entier. »
00:59:04« Il est allé en rencontrant
00:59:05des dirigeants au Japon. »
00:59:07« Il a vu Corée Aquino
00:59:09aux Philippines. »
00:59:11« Tous les dirigeants africains. »
00:59:12« Il avait même rencontré
00:59:13les Gatsnes par hasard. »
00:59:14« Le roi du Maroc. »
00:59:15« Et puis Reagan. »
00:59:16« La photo avec Reagan aux États-Unis. »
00:59:18« Plus la réception
00:59:19avec le Congrès juif mondial
00:59:20où il est acclamé. »
00:59:21« Parce que ça s'est extrêmement bien passé. »
00:59:23« Voilà. »
00:59:24« Et puis patatras. »
00:59:25« Aux États-Unis. »
00:59:26« Aux États-Unis. »
00:59:26« Oui, à New York. »
00:59:28« Au Four Seasons. »
00:59:29« Donc il était
00:59:30en très bonne perspective
00:59:31pour 88. »
00:59:32« Il pouvait être au second tour
00:59:33devant Chirac
00:59:34contre François Mitterrand
00:59:36en 88. »
00:59:37« C'était possible. »
00:59:38« D'autant que Chirac
00:59:39n'a pas fait un très gros score. »
00:59:40« Chirac n'a jamais dépassé
00:59:44il a fait 19 comme d'habitude. »
00:59:46« Et Jean-Marie Le Pen
00:59:46finit à 15.
00:59:47Il aurait pu faire plus de 20. »
00:59:49« Il pouvait. »
00:59:49« Il suffit qu'il fasse 21, 22. »
00:59:51« Ils étaient au second tour. »
00:59:52« Ils étaient au second tour. »
00:59:53« En 88. »
00:59:53« Bon, Mitterrand l'aurait battu.
00:59:56Inévitablement.
00:59:58Mais, il devenait
00:59:59le chef de la droite. »
01:00:00« Oui. »
01:00:01« Ça changeait tout. »
01:00:02« Oui. »
01:00:03« Donc tout s'est joué
01:00:03effectivement sur cette affaire
01:00:05de détails
01:00:05dans ce studio de RTL. »
01:00:09« C'est terrible
01:00:09comme l'histoire
01:00:10peut prendre des tournants
01:00:11si graves. »
01:00:13« C'est une émission
01:00:13qu'on a failli ne pas faire. »
01:00:14« En une minute
01:00:15d'une émission
01:00:16qu'on a failli ne pas faire. »
01:00:17« Oui, c'est fascinant. »
01:00:18« Et vous, alors,
01:00:19le Rhin de Sainte-Afrique
01:00:20finit. »
01:00:20« Moi, je gère le détail
01:00:21avec la presse. »
01:00:23« Mais qu'avez-vous pensé
01:00:24du fond de l'affaire ?
01:00:25Ça vous a un peu ébranlé ? »
01:00:26« Vous savez ce que je l'ai dit
01:00:27pour lui remonter le moral ?
01:00:28Le lendemain,
01:00:28il partait à Strasbourg.
01:00:29Donc, on était au téléphone
01:00:30et il fera une conférence
01:00:31de presse
01:00:32pour s'expliquer
01:00:34dont seul
01:00:34le quotidien de Paris
01:00:35de Philippe Tesson
01:00:36rendra compte.
01:00:44Il fait une conférence
01:00:45de presse
01:00:45mais ça a été devenu
01:00:47inaudible.
01:00:48Et pendant les deux,
01:00:48trois jours,
01:00:49ça ne s'est pas déclenché
01:00:50tout de suite d'ailleurs.
01:00:51Le seul qui m'a appelé
01:00:52le lundi matin
01:00:53alors que Le Pen partait
01:00:55à Strasbourg,
01:00:56c'est Philippe Bouvard
01:00:57qui à l'époque
01:00:57était le directeur
01:00:58de France Soir.
01:01:00Et qui me dit
01:01:01« Est-ce que M. Le Pen
01:01:02a envie de rattraper ça ? »
01:01:04Et en fait,
01:01:05ce qui s'est passé...
01:01:05« Et il ne l'a pas voulu ? »
01:01:07« Le temps que je l'appelle,
01:01:08etc. »
01:01:09« Il était parti à Strasbourg. »
01:01:10« Il était parti à Strasbourg. »
01:01:11Mais il ne voulait pas réagir à chaud
01:01:13parce qu'il espérait encore
01:01:14que ça allait passer comme ça.
01:01:17Et ça a pris 48 heures.
01:01:19Je veux dire que c'est à partir
01:01:20de sur leur main.
01:01:20Et après, ça a pris
01:01:21comme le feu dans la...
01:01:22Oui, mais avec 48 heures
01:01:24de décalage.
01:01:24Oui, d'accord.
01:01:25Le temps que toutes les forces
01:01:26se concertent et se mettent en route.
01:01:28Ça n'a pas été immédiat.
01:01:29Il y a eu un petit moment
01:01:30comme ça.
01:01:30Mais la question que je vous posais
01:01:32dans la Sainte-Afrique,
01:01:33elle est quand même
01:01:34beaucoup plus précise.
01:01:36C'est pas ce que vous avez dit
01:01:37à Jean-Marie Le Pen
01:01:39ou ce qu'il vous a dit
01:01:41que vous êtes vous dit
01:01:42à vous-même.
01:01:45Vous savez que...
01:01:47Parce que ça se passe
01:01:49dans les mêmes journées.
01:01:51Son président de comité de soutien
01:01:53pour la présidentielle,
01:01:54Olivier Dormesson,
01:01:55l'a démissionné.
01:01:56Mais il n'a pas démissionné tout seul.
01:01:58Il était aussi à Strasbourg.
01:02:00Le général Sharon
01:02:01a fait le voyage d'Israël
01:02:02à Strasbourg
01:02:03pour convaincre
01:02:04Olivier Dormesson
01:02:05de donner sa démission
01:02:07et de lâcher le comité de soutien
01:02:08et de le faire savoir.
01:02:09Sharon en personne.
01:02:09Sharon en personne.
01:02:11Bon.
01:02:12Ce qui n'est pas quand même
01:02:14une anecdote.
01:02:16C'est important.
01:02:16L'un des principaux
01:02:19chefs
01:02:20du Likoud
01:02:21est Israël.
01:02:23Voilà.
01:02:23Et qui sera
01:02:24un des chefs de l'armée
01:02:25d'Israël, etc.
01:02:27C'est une personnalité
01:02:28de tout premier plan
01:02:29et qui sera
01:02:29premier ministre
01:02:29d'Israël.
01:02:32Donc...
01:02:34voilà.
01:02:35Et Dormesson,
01:02:35mais vous ne répondez
01:02:36toujours pas à ma question.
01:02:37Peut-être que vous ne voulez pas,
01:02:39dites-moi.
01:02:39Qu'est-ce que vous vous êtes dit
01:02:40à vous-même ?
01:02:42Qu'il fallait tenir bon.
01:02:44Ah, vous ne vous avez pas...
01:02:46Non, non.
01:02:47À aucun moment,
01:02:48vous vous êtes dit
01:02:48je ne peux pas rester
01:02:49à côté d'un homme
01:02:50qui dit des choses pareilles.
01:02:52Non, je pourrais dire
01:02:53oh là là,
01:02:54j'ai vu ça.
01:02:54Franchement,
01:02:55moi je fais partie
01:02:56dans l'heure qui a suivi.
01:02:57Je ne suis pas comme vous.
01:02:59On ne lâche pas le peine
01:03:00comme ça
01:03:02au milieu de la tempête.
01:03:04Puis je la gérerai la tempête.
01:03:06Je veux dire,
01:03:06j'étais au contact
01:03:06de la presse.
01:03:07J'en prenais plein
01:03:08la gueule comme l'une.
01:03:08Mais votre conscience
01:03:08dans une pipe,
01:03:09vous êtes un des hommes
01:03:10les plus libres de la Terre.
01:03:12Oui, c'est possible.
01:03:13Mais ce que vous voulez,
01:03:14c'est comme ça.
01:03:15Alors que je ne suis pas
01:03:16le moins du monde antisémite
01:03:18que tous ces sujets-là
01:03:19me passent au-dessus de la tête.
01:03:20Bon, je suis obligé
01:03:20de m'y intéresser
01:03:21presque professionnellement.
01:03:25Mais, voilà,
01:03:25je n'ai pas comme d'autres...
01:03:27Vous m'avez dit
01:03:27que Jean-Marie Le Pen
01:03:28n'était pas antisémite.
01:03:29Je pense que Jean-Marie Le Pen
01:03:30n'aurait pas voulu
01:03:31qu'un antisémite
01:03:32se mette à voter
01:03:33pour quelqu'un d'autre.
01:03:34Et que dans sa technique
01:03:35de provocation,
01:03:36ça faisait partie,
01:03:38en fonction de ses interlocuteurs,
01:03:40d'une gestuelle.
01:03:40Bon, puis c'est mal tombé.
01:03:42Il y avait...
01:03:42Car beaucoup de classiques
01:03:44du RN de l'époque
01:03:45disent et répètent
01:03:47que Jean-Marie Le Pen
01:03:48parlait du juif
01:03:49à tout bout de champ.
01:03:50Il y avait une obsession
01:03:51chez lui, quand même.
01:03:51Ben, surtout avec
01:03:52un certain genre
01:03:53d'interlocuteur
01:03:55qui était là pour ça.
01:03:57C'est pour ça que moi
01:03:57j'ai un doute là-dessus,
01:03:58si vous voulez.
01:03:59Et puis je crois
01:03:59que la pensée
01:04:00de Jean-Marie Le Pen
01:04:01concernant Israël,
01:04:02le monde juif en général,
01:04:04etc.,
01:04:05a été extrêmement évolutive
01:04:06au fur et à mesure
01:04:07des choses.
01:04:08Les années 50
01:04:09ne sont pas les années 60
01:04:10qui ne sont pas
01:04:10les années 70
01:04:11et ainsi de suite
01:04:12dans la perception
01:04:13de ces sujets.
01:04:15Sans oublier
01:04:16qu'il était sioniste
01:04:17pour la création
01:04:17de l'État d'Israël
01:04:18qui est considéré
01:04:19comme un bastion
01:04:20de la société occidentale.
01:04:22Il y a beaucoup
01:04:22d'antisémites
01:04:23qui adorent Israël.
01:04:24Ah ben oui,
01:04:25c'est connu.
01:04:27La caractéristique
01:04:28des antisémites,
01:04:29c'est d'aimer Israël.
01:04:29J'ai entendu dire
01:04:30à mon grand-père
01:04:31qu'on va se débarrasser
01:04:32des Juifs
01:04:33grâce à Israël.
01:04:34Excusez-moi.
01:04:35Il faut l'avoir entendu
01:04:36pendant toute son enfance.
01:04:37Ça prouve
01:04:38qu'il y a beaucoup
01:04:38de variantes.
01:04:39Mais en tout cas,
01:04:40pour un antisémite
01:04:41sincère et viscéral,
01:04:43je considère que
01:04:44il devrait se méfier
01:04:45de Jean-Marie Le Pen
01:04:46s'il a eu confiance.
01:04:47C'est beaucoup
01:04:48plus compliqué que ça.
01:04:49J'ai compris.
01:04:50En tous les cas...
01:04:51C'est une des raisons
01:04:51d'ailleurs,
01:04:52parce que je lui avais
01:04:52une petite idée
01:04:53de ces choses-là,
01:04:54que je ne le prends pas
01:04:55de plein fouet
01:04:56comme une monstruosité.
01:04:58Ça vous explique aussi
01:04:58parce que je pense ça...
01:05:00Je l'ai vu faire.
01:05:01Vous restez
01:05:02et vous considérez,
01:05:03mais plusieurs années plus tard,
01:05:05c'est toujours la même chose,
01:05:05on ne comprend pas
01:05:06sur le moment,
01:05:07que les carottes
01:05:08étaient cuites
01:05:09pour 88.
01:05:10Ah oui.
01:05:11Oui.
01:05:12Alors je vais accompagner
01:05:13Jean-Marie,
01:05:13bon, 88,
01:05:14il fait tout de même
01:05:1514,5%.
01:05:16Près de 15, oui.
01:05:17Un petit peu en dessous
01:05:18de 15, 15,
01:05:18il les fera dans
01:05:19l'élection suivante.
01:05:19Il manque 5 ou 6 points.
01:05:21Mais il manque les balises.
01:05:23Oui.
01:05:24Ce qui se serait probablement
01:05:25passé s'il n'y avait
01:05:27pas eu de détails.
01:05:27Tout est changé.
01:05:28Ça change tout.
01:05:29Ça change absolument tout.
01:05:30Et est-ce que vous changez
01:05:31votre comportement ?
01:05:35Est-ce qu'il y a
01:05:35une petite baisse de régime
01:05:37dans votre collaboration
01:05:38après 88 ?
01:05:39Non, parce qu'il va y avoir
01:05:39une petite baisse de régime
01:05:40parce que j'ai eu envie
01:05:41de souffler.
01:05:41Parce que là,
01:05:41vous allez quitter l'Assemblée
01:05:44et rester auprès de lui.
01:05:45Je reste auprès de lui
01:05:46et le contact
01:05:47n'a jamais été rompu.
01:05:49Mais je vais faire
01:05:50un petit séjour
01:05:50en Martinique,
01:05:52refaire un peu
01:05:52de journalisme
01:05:53à ce moment-là,
01:05:53une respiration comme ça.
01:05:54J'y reste 2-3 mois
01:05:56où d'ailleurs
01:05:56les nationalistes
01:05:57de l'endroit,
01:05:59en voyant l'originalité
01:06:00de mon patronyme,
01:06:01font une petite recherche
01:06:03et le préfet m'a demandé
01:06:04de quitter l'île
01:06:05le plus vite possible.
01:06:06Ah bon ?
01:06:06Sinon, la station de radio
01:06:07au Caraïbe international
01:06:08pour laquelle je travaillais
01:06:09a été menacée
01:06:10de bombes,
01:06:11de...
01:06:11Voilà.
01:06:12Donc ça a été
01:06:13un séjour assez rapide
01:06:15dans l'île.
01:06:16Je l'ai quand même
01:06:17beaucoup apprécié d'ailleurs,
01:06:18mais bon,
01:06:19c'est normal qu'il est comme ça.
01:06:20Est-ce que...
01:06:20Quittons-nous là-dessus
01:06:21sur cette évocation
01:06:22de la première...
01:06:25la première partie
01:06:26de votre vie,
01:06:26on peut dire,
01:06:27où le palace,
01:06:30les sorties,
01:06:31vous vous rangez
01:06:32un peu des voitures
01:06:33à ce moment-là ?
01:06:34Pas tellement.
01:06:35non, je...
01:06:38C'est plus grave,
01:06:39la question est de savoir si...
01:06:41Et là, vraiment,
01:06:42la question que je me pose
01:06:43moi aussi,
01:06:43on a compris
01:06:44qu'on ouvrait la porte
01:06:47par une liberté
01:06:48qui est devenue
01:06:49une licence,
01:06:50au fond,
01:06:53à une dégénérescence morale
01:06:55qui nous coûte très cher
01:06:5730 ans plus tard.
01:06:59Vous voyez ce que je veux dire ?
01:07:00Oui.
01:07:01C'était beau,
01:07:01la liberté,
01:07:02et puis finalement,
01:07:02elle a ouvert
01:07:03sur un caprice,
01:07:05et un caprice
01:07:06qui est devenu
01:07:06une licence
01:07:07et qui est devenu
01:07:10le gerbe
01:07:11d'une dégradation
01:07:11profonde
01:07:12de la civilisation.
01:07:12Mais parce que ça ne doit pas
01:07:13être une valeur démocratique.
01:07:15C'est fait pour quelques-uns,
01:07:17la liberté,
01:07:17ce n'est pas fait
01:07:18pour tout le monde.
01:07:20Merci beaucoup,
01:07:20Laurent de Sainte-Afrique.
01:07:22Je vous en prie.
01:07:26Sainte-Afrique.
Commentaires