00:0027 avril 1928, le paquebot Paris entre dans le port du Havre.
00:04À son bord, Maurice Ravel revient d'une tournée triomphale aux Etats-Unis.
00:08Ravel ignore alors qu'il va bientôt composer l'œuvre la plus jouée au monde
00:13et qu'il ne lui reste que dix ans à vivre.
00:16De retour au Belvédère, sa maison de Montfort-la-Maurie,
00:19une lettre attend Maurice Ravel.
00:21« Cher maître, j'attendais votre retour avec une bien vive impatience. »
00:26La lettre est signée Ida Rubinstein.
00:28Ida est russe, danseuse et immensément riche.
00:31Elle commande aux plus grands compositeurs de l'époque des ballets sur mesure.
00:36Il a coutume de réserver l'opéra Garnier plusieurs fois par an.
00:40Cette fois, Ida rêve d'un ballet d'inspiration espagnole.
00:44Ravel, lui, se verrait bien orchestrer Iberia,
00:47le chef-d'œuvre du compositeur Isaac Albénis.
00:50Mais Ravel, dans son enthousiasme, avait oublié un détail.
00:53Les droits d'Albénis ne sont pas libres.
00:56« Ravel aurait rêvé d'orchestrer tout Iberia.
01:01Il n'a pas pu le faire parce que déjà, il y avait quelque chose en cours
01:04avec un Espagnol qui s'appelait Raboz, qui était un brillant chef d'orchestre. »
01:09Maurice Ravel fulmine.
01:11« Ma saison est fichue.
01:12Ses lois sont idiotes. »
01:14Le ballet est programmé dans quelques semaines.
01:16« Il s'est dit, je n'ai pas le temps, évidemment, d'écrire, de composer un nouveau ballet. »
01:22Ravel se lance alors un défi.
01:24« Je lui écrirai un petit thème qui ne durera pas une minute,
01:29mais que je vais répéter jusqu'à 18 minutes en comptant. »
01:41À Montfort-la-Maurie, Maurice Ravel travaille jour et nuit.
01:48Des images s'imposent à lui.
01:51Il imagine une usine, quelque chose de mécanique, d'inéluctable.
01:56Un amoureux jaloux.
01:58Un meurtre comme dans Carmen, pourquoi pas ?
02:00C'est une œuvre absolument géniale parce qu'elle est à la fois extrêmement technique,
02:05elle est d'une virtuosité d'écriture extraordinaire,
02:09et puis elle est aussi une œuvre finalement très simple
02:14parce qu'il n'y a pas beaucoup de notes dans le boléro.
02:17Et la musique, c'est ça au fond.
02:19C'est d'arriver à avoir une virtuosité orchestrale, un miroitement orchestral,
02:24et puis aussi en même temps faire cette œuvre que les gens reconnaissent à l'oreille.
02:28Parce qu'on a beau dire la musique, c'est quoi ?
02:31C'est quand on sort de la salle de concert,
02:32on chantonne encore l'œuvre qu'on vient d'entendre.