00:0011h30-13h, Christine Kelly sur Europe 1.
00:08Revenons, Boilem Sansal, peut-être sur l'Algérie.
00:12Parce que c'est intéressant de voir comment on en parlait avec Jacques Cardo,
00:16ce sont des sujets qui sont mis de côté, par exemple, par France Télévisions.
00:22Vous avez décidé, vous, de prendre votre billet pour aller en Algérie.
00:27Et c'est là que vous avez été fait prisonnier.
00:31Vous regrettez d'avoir fait ce voyage ?
00:33Mais c'est que, d'abord, il faudrait que je règle cette question, il faut pour toutes.
00:38Moi, je n'ai jamais vécu en France.
00:40J'ai toujours vécu en Algérie.
00:43Donc, quand je suis rentré, je rentrais chez moi.
00:47Voilà.
00:48J'étais venu en France juste pour les besoins de la promo de mon dernier livre sur la langue française,
00:55Le Français Parlons-en, qui venait de sortir.
00:57Et donc, voilà, j'ai fait une tournée.
01:01Et puis, voilà, je suis rentré chez moi.
01:03Et je ne m'attendais absolument pas à être arrêté.
01:09L'idée qu'un jour, je puisse être arrêté, je la porte en moi depuis mon premier roman, évidemment.
01:16Étant, très rapidement, j'ai été classé comme...
01:19Enfin, on m'a mis toutes les étiquettes.
01:22Traître, si, ça, sioniste, génocide, anti-musulman, anti... absolument tout.
01:29Mais, finalement, le régime, j'ai dit, mais c'est très intéressant d'avoir...
01:34J'étais l'idiot, tout à l'heure, vous avez utilisé le mot, l'idiot-utile du régime.
01:39Un jour, Boutflika, auquel des journalistes français lui taquinaient,
01:46lui disaient, monsieur Boutflika, vous êtes venu pour la démocratie.
01:48Est-ce que, réellement, l'Algérie est une démocratie ?
01:51Je dis, mais regardez, bon, l'âme sans sale.
01:54Il passe ses journées à nous astiquer, à nous assicoter.
01:59Et il est là, il est tranquille, et c'est vrai.
02:02Et donc, on est rentré dans une sorte de jeu, comme ça, hypocrite.
02:05Donc, moi, je savais qu'ils avaient besoin de moi.
02:07Et ça me permettait d'avancer dans mes trucs, dans ma expression.
02:15J'ai amélioré ma liberté d'expression.
02:17Parce que, je me suis rendu compte que quand on veut être...
02:21de pouvoir s'exprimer librement, il faut bien maîtriser ces sujets.
02:25Et voilà, il faut savoir les expliquer aussi.
02:27C'est pas seulement s'opposer à ces trucs, il faut...
02:30Non, il faut aussi pouvoir...
02:32Ça a fonctionné.
02:34Mais Théboune, c'est autre chose.
02:35Je vous l'ai dit tout à l'heure, Théboune est un...
02:38C'est un...
02:39Il est...
02:40C'est un chef d'État très particulier par rapport à ceux qui...
02:45Les igoutos qu'on a vus passer en Algérie,
02:47des coups d'État, ils s'installent.
02:49Ils mêlent la belle vie pendant quelques années,
02:50ils sont déposés, ils meurent, ils partent.
02:53Non, lui, il est dans une vision très long terme.
02:56Et il est dans la...
02:58Théboune, dès que les briques ont été créées,
03:01il a été le premier, avant même que les briques soient réellement créées.
03:05Effectivement, il a postulé.
03:07Absolument.
03:07Parce qu'il se dit, j'ai besoin d'un tremplin,
03:10il a besoin d'un tremplin.
03:11Il se voit à la tête du monde,
03:14des nouvelles voies pour le monde.
03:16Karim Maloum, Michel Fayad et Jacques Cardoz
03:19vous posent des questions à Boilem Sansal en Direction Europe.
03:22Vous ne trouverez pas aussi que toutes les critiques,
03:25même avant la publication de votre livre,
03:27il y avait déjà des verdicts,
03:28ils sont secondaires.
03:29Par rapport à la publication d'un livre
03:31qui restera dans l'histoire.
03:33Donc c'est ma première question.
03:34Et la deuxième,
03:36quand on sort de prison,
03:38quand on passe une année de prison, même plus,
03:40on est brisé.
03:41En fait, l'idée, c'est d'être brisé.
03:44Vous êtes sorti,
03:46mais vous avez gardé votre dignité
03:47parce que vous avez publié,
03:49vous avez répondu par un livre.
03:50C'est ça la chose la plus importante.
03:52Oui, absolument.
03:53Je ne sais pas si je suis hypertrophié de ce côté-là,
03:56mais je suis très sensible à l'idée de la dignité.
04:00C'est un mot fort.
04:02C'est un mot très fort
04:03et qui finalement est un mot très dangereux
04:06parce que trop de dignité aussi
04:09rend votre vie tout à fait impossible
04:10et rend vos relations avec les autres très difficiles.
04:14Vous êtes toujours très sensibles.
04:19Moi, je suis hypertrophié,
04:21mais j'essaie quand même de contrôler.
04:23Je suis très cool pour la petite dignité de tous les jours.
04:26Moi, j'étais humilié à la longueur de jour
04:28par les gardiens,
04:28mais franchement, ça ne me faisait rien du tout.
04:30Ils font leur travail,
04:32ils le font mal.
04:33Ce rapport est ainsi fait.
04:35Il est humiliant par définition.
04:36Il est gardien.
04:38Il te garde.
04:38Il te garde.
04:39Il était un gamin qui a 25 ans qui te garde,
04:42toi qui as presque 4 fois plus que lui.
04:45Mais les grandes indignités,
04:49ça c'était...
04:50L'État algérien,
04:51moi je pense qu'il a infligé à la France
04:55un affront qui ne peut pas se guérir.
04:57Franchement, c'est terrible.
04:58C'était une année,
05:00deux années entières.
05:02Les films, matin et soir,
05:03et vous le savez,
05:05la télévision ne faisait que ça.
05:07Ils ont produit des centaines de films,
05:08des centaines de documentaires.
05:10C'était tous les soirs.
05:11La France,
05:12j'ai eu aussi de crimes contre l'humanité,
05:14des trucs,
05:14et les Français,
05:15les Français,
05:15les Français.
05:16Et ici,
05:17à chaque fois que Teboune mettait une louche de plus,
05:20ici,
05:20on reculait d'un pas.
05:22Ça,
05:22ça c'était terrible.
05:23Oui.
05:24Et moi,
05:25j'aurais pu réagir...
05:29Alors,
05:30je réagissais en tant qu'algérien,
05:31à la limite,
05:31je m'en fiche de ce que la France subit.
05:35c'est pas moi,
05:36mais je suis français.
05:37Vous trouvez que la France s'ingenouille trop
05:39devant l'Algérie,
05:40aujourd'hui,
05:41avec ce défilé de ministres
05:43qui ont son allé sur place ?
05:44Elle l'a fait depuis l'indépendance de l'Algérie.
05:48Pour une raison simple.
05:49C'est l'Algérie,
05:51la France a colonisé ce pays,
05:52et beaucoup d'autres.
05:54Il y a eu ce qu'il a eu,
05:55ce qu'il y a eu.
05:56Et puis,
05:58on a mal divorcé.
06:00C'est-à-dire que la France
06:01a signé les accords d'éviens,
06:03on est indépendants,
06:04mais le lendemain,
06:05on est venu à Alger.
06:06Si vous avez besoin de quelque chose,
06:07on est là,
06:08on a fait.
06:09C'est eux-mêmes.
06:10C'est comme les bourgeois de Calais.
06:15Ils sont mis à genoux.
06:17Et depuis,
06:17très bien.
06:19Mais le gouvernement algérien,
06:20il est formidable.
06:21Il profite d'un grand pays,
06:23une grande nation,
06:27formidable,
06:28et qui vient à genoux.
06:30Et qui est là.
06:31Et qu'est-ce que vous voulez ?
06:32Venir vous soigner à Paris,
06:34venez,
06:35on va faire une convention,
06:36un truc,
06:37et ainsi de suite.
06:38La France a alimenté
06:40cette machine de guerre.
06:42Et c'est tout à fait,
06:44c'est naturel
06:45que ces gens de l'autre côté
06:48l'ont exploité.
06:50C'est normal.
06:51m'en...
06:51M'en...
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