00:00Bienvenue à l'heure des livres, Fabien Houghton-Yent.
00:03Alors, on vous connaît, vous êtes réalisateur de cinéma,
00:05vous avez à votre actif déjà beaucoup de films,
00:08beaucoup de succès, notamment certains comme Camping,
00:12comme Jet Set, comme 3-0.
00:14Et vous publiez aujourd'hui un livre qui s'appelle,
00:17alors, on n'attend pas Fabien, un livre qui est paru chez Stock
00:20et c'est un livre qui est tendre et attachant,
00:24instructif et sans esbrouffe,
00:25et qui finalement revient sur votre itinéraire,
00:28raconte l'irrésistible ascension d'un gamin de banlieue
00:32qui va sortir du cadre et tomber presque par hasard
00:37dans ce métier de passion qu'est le cinéma.
00:41Vous le racontez, tout commence par un tournage
00:45auquel vous assistez, vous avez 12 ans,
00:49vous avez, comme dit votre mère, le sirop des rues,
00:52c'est-à-dire que vous êtes souvent dehors,
00:55pas très souvent à la maison,
00:56et vous tombez sur un tournage incroyable,
00:59quand même, un film d'Odiard
01:01avec des acteurs qui ne sont pas moi.
01:06Gérardot, Oublié, Jean Carmet,
01:11et vous restez scotché.
01:13C'est tout de suite, c'est le début de l'histoire.
01:18Après, vous racontez qu'en plus, non seulement ça vous fascine,
01:22c'est vrai que ça met de l'animation dans un quartier
01:24où il ne se passe pas grand-chose,
01:26c'est dans un banlieue est,
01:28à Villiers-sur-Marne,
01:30et vous assistez à une scène,
01:32je raconte un peu le livre,
01:34où on a besoin d'une chaussette qui se voit,
01:37Odiard voit que vous portez des chaussettes rouges,
01:39et il dit, gamin, donne-moi une chaussette.
01:42Et finalement, ce ne sera pas celle qui sera gardée,
01:45mais vous appellerez votre société de production,
01:47on va se souvenir de ça,
01:48la chaussette rouge.
01:49C'est une histoire, c'est presque un petit conte de fées.
01:52Bon, après, ça mettra un petit peu de temps,
01:55mais c'est assez incroyable,
01:56de tomber sur Odiard.
01:58C'est-à-dire que c'est complètement improbable,
02:02d'abord parce que, bon,
02:03les activités autour de...
02:05Moi, j'habitais une cité HLM,
02:07mon père appelait ça une résidence.
02:10Ils upgradaient le terme,
02:12mais de l'autre côté,
02:14on avait une voie ferrée
02:15qui séparait cette cité des bidonvilles.
02:20Ce qui est très curieux,
02:21c'est que ces bidonvilles,
02:23pour nous, c'était un terrain de jeu,
02:24c'était pas glauque.
02:27D'abord, il y avait une grosse communauté portugaise
02:29qui économisait beaucoup,
02:31donc ils vivaient très pauvrement,
02:34mais ils économisaient pour un jour
02:35acheter la maison pour revenir au pays.
02:38Et puis nous, c'était notre terrain de jeu.
02:40Et puis un jour,
02:42il y a une maison louisiane
02:43qui se construit au milieu de ce bidonvilles,
02:45mais qui se construit en deux jours.
02:46C'est improbable.
02:47Mais le cinéma m'a appris après
02:49qu'on pouvait tout construire très vite.
02:51Donc là, il y a une maison louisiane.
02:53Forcément, ça nous attire.
02:55J'y retourne, je vois des camions,
02:56un barnum qui arrive
02:57comme un petit peu dans les demoiselles de Rochefort.
03:01Et mon intérêt se porte vraiment sur ce tournage
03:05qui vient de débarquer effectivement tous ces acteurs.
03:09Et je suis moins à l'école et plus dans ce tournage.
03:14Et là, c'est vrai que je suis témoin d'une scène
03:18où la chaussette n'est pas assez voyante.
03:19Elle est grise.
03:20Elle est portée par Jean Carmé qui dit
03:21« Vous avez oublié ça cette nuit ? »
03:24Elle ne se voit pas.
03:24Et donc, Michel Audiard revient vers moi
03:26et puis il me dit
03:27« Gamin, on aurait besoin de ta chaussette. »
03:30Et c'est ainsi que j'ai passé ma chaussette
03:32qui n'était pas la bonne taille
03:33puisque je suis aux chaussettes du 32.
03:35Mais vous saviez qui était Audiard à l'époque ?
03:39Ben, pas vraiment.
03:40Oui, mais ce que je voyais surtout,
03:43c'est que c'était une belle bande de copains
03:45qui riaient beaucoup entre eux.
03:47Donc forcément, je me suis dit
03:50« Tiens, ça va être intéressant leur métier. »
03:52Et puis après, ça a été une des premières piqûres
03:59pour faire du cinéma.
04:01Vous racontez aussi vos premières séances de cinéma
04:05lorsque vous allez en famille, le dimanche,
04:07voire notamment, vous avez souvenir du Cordio.
04:11Là aussi, un film qui vous marque
04:14avec évidemment Funès.
04:19C'est là que vous comprenez,
04:21vous écrivez que faire rire, c'est votre truc.
04:24Il y a quelque chose de magique.
04:24Non, c'est-à-dire qu'en fait,
04:25mon père est pied noir d'Algérie,
04:29qui trimballe une mélancolie extrême,
04:32surtout les jours fériés, les jours de fête,
04:34qui sont assez plombés.
04:36Et quand on allait au cinéma,
04:39on allait voir des comédies.
04:42Et là, la comédie dont je me souviens
04:44qui m'a marqué, c'est le Cordio.
04:45C'est de l'entendre rire,
04:47parce qu'il ne riait pas beaucoup.
04:48Et donc le rire de mon père,
04:52signifiait quelque chose.
04:54Et puis le rire ensemble d'une salle.
04:56C'est ça qui m'a porté.
04:59Et on est tous orientés vers l'écran.
05:03Les fauteuils sont rouges,
05:05et les gros rideaux.
05:07Il y a quelque chose de très réconfortant.
05:10Et donc, je me suis dit,
05:11je veux faire ça.
05:11Alors, votre père est Piné Noir,
05:14votre mère Aloncine est bretonne.
05:16Bretonne.
05:19Il est Villaine.
05:21Il donne un mélange qui fonctionne,
05:24un peu différent.
05:26Voilà.
05:29Vous évoquez aussi dans votre enfance
05:31l'importance du foot,
05:33de la musique,
05:34de la radio,
05:35puisqu'à l'époque,
05:36la radio, c'est important.
05:37On est branchés,
05:38contrairement,
05:38les jeunes sont branchés sur la radio,
05:40ce qui n'est plus le cas aujourd'hui.
05:42Ce n'est plus un média d'aujourd'hui.
05:45Et puis, vous parlez aussi de l'amour,
05:48des amours,
05:48mais surtout d'un amour
05:50qui est resté.
05:52avec des bords.
05:54C'est Nathalie.
05:56Oui.
05:58Pour parler de la radio,
06:00c'est un média
06:02qui a développé mon imaginaire
06:05parce que les parents
06:05ne voulaient pas qu'on ait la télé.
06:08Enfin, ils ne voulaient pas
06:09ou ne pouvaient pas.
06:11Et donc,
06:12on écoutait tout à la radio.
06:14Et donc, à la radio,
06:15on s'imagine beaucoup des choses.
06:17Enfin, on s'imagine.
06:18Et donc,
06:19je les remercie.
06:21je les remercie
06:21parce que j'ai développé un imaginaire.
06:24Et puis,
06:25effectivement,
06:27un jour,
06:28j'ai rencontré Nathalie.
06:31Comme dit la chanson,
06:32devant moi,
06:33marchait Nathalie.
06:34Béco.
06:37Alors,
06:37vous parlez,
06:39on ne peut pas tout raconter,
06:40mais bon,
06:41des rencontres
06:42importantes dans le métier,
06:44des acteurs,
06:45des producteurs,
06:47certains fidèles,
06:48d'autres moins,
06:50certains...
06:50La vie, quoi.
06:51La vie, quoi.
06:52Oui.
06:52Voilà.
06:53C'est comme ça.
06:55Il faut savoir l'interpréter
06:56puis il faut savoir danser
06:57avec la vie.
06:58Voilà.
06:59Alors,
06:59votre premier succès
07:00est vraiment un succès
07:02phénoménal.
07:03C'est donc
07:03Camping qui sort
07:05il y a 20 ans.
07:05Le premier,
07:06c'est Jet Set.
07:06C'est Jet Set.
07:07Oui,
07:07déjà Jet Set,
07:08c'est le premier.
07:09Parce que c'est un phénomène.
07:10Oui, Jet Set déjà.
07:12Vous savez,
07:13des coiffeurs
07:14se sont appelés
07:15Jet Set,
07:15des bars,
07:16j'étais très étonné.
07:17Oui, parce que c'est un mot
07:18que vous avez remis
07:19à la mode.
07:19C'est un mot
07:20que je ne connaissais pas
07:21vraiment,
07:21qui était un peu désuet.
07:22Désuet.
07:23Et puis,
07:24un jour,
07:24je l'entends,
07:26un copain
07:27qui revenait
07:27de Kestat
07:28avec Romane
07:29et il me dit
07:31qu'il y avait
07:31toute la Jet Set.
07:32Romane,
07:32c'est Polanski.
07:33Polanski,
07:33oui.
07:34Et il y avait
07:34toute la Jet Set.
07:35Alors,
07:35je me dis
07:36c'est intéressant
07:37ce terme.
07:38Et puis,
07:38je l'ai collé
07:39sur la première page
07:40et puis voilà,
07:42j'ai vécu avec
07:42et puis les gens
07:43après ont vécu avec.
07:45Et oui,
07:45alors celui
07:46qui fait encore plus
07:49d'entrées
07:49c'est donc Camping
07:50en 2006.
07:53Plus de 5 millions
07:54d'entrées
07:54dès le premier jour
07:55ça cartonne.
07:57Qu'est-ce que ça change
07:58le vrai succès ?
07:59Vous l'avez déjà
08:00connu avec Jet Set
08:01mais ça change
08:03dans le regard des autres ?
08:04Ça change
08:04dans vous ?
08:06Dans votre...
08:07Moi,
08:07ça m'a toujours
08:08un peu
08:09comme je le dis
08:10pour Jet Set
08:11mais pour Camping aussi
08:12j'ai toujours eu peur
08:13de figer les choses.
08:15Je suis quelqu'un
08:16d'assez sauvage
08:17un peu
08:18insolent
08:18un peu
08:19un peu
08:19un peu
08:20un peu
08:20un peu
08:20un peu
08:20un peu
08:20et j'ai toujours eu peur
08:22que ça fixe
08:23les choses.
08:24je l'ai pris
08:25avec plaisir
08:26mais
08:28tout en sachant
08:29qu'il fallait
08:29que ça continue
08:30quoi
08:30parce que j'aime bien
08:32être en mouvement.
08:33Donc,
08:33voilà,
08:34j'étais un peu
08:34tiraillé
08:35entre les deux
08:35mais c'est quand même
08:37une reconnaissance
08:37du public
08:38parce que quand
08:38les gens vous disent
08:40ou vous sourient
08:41dans la rue
08:41et d'abord
08:42ils ne m'appellent pas
08:43monsieur Tenet
08:43ils m'appellent Fabien
08:44donc il doit y avoir
08:45une proximité
08:46sympa
08:47mais voilà
08:49pour le sourire
08:50pour le sourire des gens
08:50pour l'amour
08:51qui me porte
08:53ça m'a fait du bien
08:54et puis ça fait
08:55on se dit
08:56qu'on est peut-être
08:57dans la bonne direction
08:57quoi
08:58même si
08:59comme vous le dites
09:00mais on n'a pas
09:00le temps de développer
09:02les César
09:03probablement
09:04c'est pas pour vous
09:05non
09:06vous savez
09:07le César principal
09:08c'est comme une salerie
09:09pour moi
09:10c'est l'essentiel
09:13il me rappelle
09:14d'une phrase
09:14de Marielle
09:15il disait
09:15je ne suis pas
09:16un acteur de tombola
09:17donc voilà
09:18je m'amuse avec tout
09:19vous savez
09:20je suis rieur
09:20donc il ne faut pas
09:21grand chose
09:23mais non
09:24ce que j'aime
09:24je vais vous dire
09:25ce que j'aime
09:27c'est
09:28c'est quand
09:28on est ensemble
09:29alors
09:31le cinéma
09:32les grands matchs
09:33de foot
09:34le Tour de France
09:35je n'ai pas parlé
09:35du foot
09:36pourtant
09:36ah oui
09:37ça fait partie
09:38on ne peut pas parler
09:39de tout
09:39on ne peut pas parler
09:40de tout
09:40et les gens
09:41ensemble
09:42et je reste persuadé
09:43que les Français
09:44ensemble
09:44même les Jeux Olympiques
09:46il s'est passé quelque chose
09:47donc voilà
09:48j'ai confiance
09:49en tout ça
09:50j'ai tendance
09:52à regarder plutôt
09:52le verre plein
09:54que le verre vide
09:55et bien c'est noté
09:56on s'en souviendra
09:58on verra
09:59en attendant
10:00de liser ce livre
10:00c'est vrai que c'est
10:01un très joli livre
10:02ça s'appelle
10:03alors on n'attend pas Fabien
10:04c'est du HLM
10:06au box-office
10:07je voulais juste
10:08dire
10:08pour tous les gens
10:09par exemple
10:12parfois qui doutent
10:13du chemin
10:14qu'ils empruntent
10:15parce qu'il a fallu
10:16emprunter ce chemin
10:18même si l'aventure
10:19est dangereuse
10:20la routine est mortelle
10:21donc il faut toujours
10:23tenter l'aventure
10:23jolie conclusion
10:25merci
10:26au revoir
10:27merci Fabien
10:28merci
10:28merci
Commentaires