- il y a 9 minutes
Il n'a pas voulu prendre la parole depuis l'affaire Lyhanna, mais il a maintenant décidé de sortir du silence, au moment où la Justice est sur le banc des accusés. Comment éviter de nouveaux drames ? Y a-t-il eu des défaillances ? L'ancien garde des Sceaux, Eric Dupond-Moretti, est l'invité de RTL Matin.
Regardez Face à Fogiel du 18 juin 2026.
Regardez Face à Fogiel du 18 juin 2026.
Catégorie
🗞
NewsTranscription
00:04Il est 8h17, l'interview de Marc-Olivier Fogiel, alors que les enquêtes se poursuivent pour tenter de comprendre les
00:10causes et de déterminer les responsables de la mort de Liana.
00:13Vous recevez ce matin l'ancien garde des Sceaux, Éric Dupond-Moretti.
00:16Bonjour Éric Dupond-Moretti.
00:18Bonjour M. Fogiel.
00:19La justice sur le banc des accusés après ce terrible drame Liana.
00:25Évidemment, on va connaître les résultats de l'enquête administrative lundi prochain qui déterminera les responsabilités individuelles.
00:31Mais pour commencer, est-ce que vous pointez également, vous, un échec collectif ?
00:36Évidemment. L'État doit protéger tous ceux qui se trouvent sur le territoire national.
00:42C'est la raison d'ailleurs pour laquelle il existe une commission d'indemnisation des victimes d'infractions.
00:47C'est bien la reconnaissance que l'État a pour premier rôle en matière de sécurité, d'insécurité, de protéger
00:54tous ceux qui doivent l'être.
00:56Donc des défaillances manifestement, on verra à quel niveau ? La faute à qui ?
01:01Alors la faute à qui ? On a entendu depuis ces jours derniers beaucoup de choses.
01:05Et d'ailleurs, on a entendu ces choses peut-être trop rapidement parce qu'on aurait pu, comme le demandait
01:12d'ailleurs la famille,
01:12ne pas instrumentaliser la mort de cette petite fille. On aurait pu respecter le temps de la compassion, le temps
01:18du recueillement.
01:21Alors, on a beaucoup évoqué la question des moyens.
01:24Et il semble y avoir l'unanimité, manifestement. La justice manque de moyens, pas assez de procureurs par juridiction
01:30pour absorber ces plaintes que l'on découvre et qui sont même hallucinantes.
01:36Oui, mais quand on a dit ça, on n'a rien dit. Et il faut rentrer dans le détail.
01:40Mais le compassionnel, la tristesse, la révolte que nous inspire la mort de cette petite fille,
01:45nous interdit peut-être de réfléchir.
01:47Quand je vois sur l'échiquier politique, et pardon de faire un peu le tour d'horizon là,
01:51que les filles hurlent au manque de moyens alors qu'ils n'ont voté aucun des budgets que j'ai
01:56proposés
01:57et qu'a proposé le gouvernement auquel j'appartenais, je me dis qu'il ferait mieux de se taire.
02:02Du côté des socialistes, pendant des années, on avait des budgets à 1% sous Mme Taubira.
02:08Et Jean-Jacques Hurvois, ça parlait de clochardisation de la justice.
02:13Du côté des Républicains, c'est 10 000 policiers de moins sous Nicolas Sarkozy.
02:18Et le nombre de juges est un nombre négatif parce que les juges qui partaient à la retraite n'étaient
02:24pas remplacés.
02:25Mais vous avez l'impression, vous, d'avoir fait le job, Éric Dupond-Moretti,
02:27puisque quand on dit manque de moyens, forcément vous avez été ministre de la justice pendant 4 ans.
02:32Est-ce que vous avez l'impression d'avoir donné les moyens à la justice ?
02:34Écoutez, moi je vais vous donner un certain nombre de chiffres plutôt que mon appréciation.
02:38Nous, nous avons embauché 1 500 magistrats de plus, 1 800 greffiers de plus,
02:442 000 contractuels, ça c'est une création que j'ai pu mettre en place grâce à Jean Castex et
02:51au Président de la République.
02:52L'École nationale de la magistrature a dû louer des locaux parce que nous avons un nombre de futurs magistrats
02:58que les anciens locaux ne permettaient pas d'héberger.
03:01On a mis en place des passerelles pour que d'autres professions puissent devenir magistrats.
03:06Un certain nombre de choses ont été faites.
03:08Oui, mais une fois que vous avez dit ça, Éric Dupond-Moretti,
03:10et que vous voyez par exemple qu'il y a encore 70 000 plaintes de violences sexuelles
03:14qui n'ont pas été traitées, Gérald Darmanin demande de les traiter avant le 14 juillet.
03:18C'est bien que ces moyens que vous avez mis en place sont insuffisants.
03:21Mais je ne dis pas que les moyens sont suffisants.
03:23Je dis que ceux qui nous critiquent aujourd'hui parce que
03:25qu'on se sert de la mort de cette petite fille déjà dans le cadre d'une campagne pour l
03:31'élection présidentielle,
03:32cela ferait mieux de se taire.
03:33Quant au RN, vous ne m'avez pas laissé le temps de finir mon tour d'horizon,
03:38Marine Le Pen disait qu'il faut 9 000 magistrats dans le pays.
03:40Nous avions déjà ce nombre.
03:42Elle a dit qu'on va doubler 18 000.
03:44Mais où est-ce qu'on les trouve ?
03:45Il faut 7 ans pour former un magistrat.
03:47Les écoles sont pleines.
03:48Où est-ce qu'on va les chercher ?
03:50Comment ?
03:50Ils sont là encore au rendez-vous de la démagogie et de leur incompétence.
03:54Mais une fois que vous avez dit ça, Éric Dupond-Moretti, on entend.
03:57Mais malgré tout, on est face à cette montagne de plaintes.
04:01Comment on fait ?
04:02En attendant, on va se satisfaire d'autres lianas ?
04:05Non, non, mais attendez.
04:06Il y a la question des moyens.
04:07Et moi, je veux dire ce qui a été fait.
04:09Parce que j'entends les uns et les autres dire rien n'a été fait.
04:13Ce n'est pas vrai.
04:14Les efforts qui ont été consentis sont des efforts qui ont amené le budget à une augmentation de 60%.
04:19Franchement, ça n'est pas rien.
04:21Vous savez bien qu'on est dans un contexte budgétaire difficile.
04:23Vous savez que cet argent, on aurait pu envisager de le mettre à l'hôpital, par exemple.
04:28Mais une fois qu'on a dit ça, comment on fait face à la réalité ?
04:30Attendez, mais il y a la question des moyens, mais il n'y a pas que la question des moyens.
04:34Il y a un certain nombre de textes qui ont été votés.
04:36D'abord, on a soutenu et porté avec enthousiasme la loi Billon.
04:40Aujourd'hui, un homme ne peut plus dire qu'une gamine de 15 ans était consentante.
04:43C'est fini, terminé.
04:44Vous vous souvenez, il y a eu un acquittement, l'acquittement d'un homme qui avait couché avec une gamine
04:48de 12 ans.
04:49Et il a été acquitté, ce qui était infiniment choquant.
04:52Ça, c'est terminé.
04:54On a mis en place, c'est un amendement du gouvernement, la prescription glissante, dont on parle beaucoup, beaucoup en
04:59ce moment.
05:00Les pôles vifs, les UEAPED, ce sont des lieux à l'hôpital où on recueille la parole de l'enfant.
05:06La justice le fait, mais l'enfant est aussi examiné par des psychologues, des psychiatres.
05:11Il est examiné par des médecins.
05:13Tout ça pour lui éviter de répéter 20 fois les mêmes choses, parce qu'on sait que c'est un
05:16traumatisme.
05:17On a mis en place les chiens d'assistance judiciaire pour aider les petits-enfants à libérer leurs paroles.
05:22Oui, il y a un certain nombre de choses qui ont été faites.
05:25On entend, vous ne pouvez pas entendre que rien n'a été fait, mais face à une telle situation, vous
05:30qui avez été de l'intérieur, que faut-il encore faire ?
05:34Non, attendez, je vais vous le dire.
05:35Mais je veux vous rectifier d'abord.
05:36Ce n'est pas que je ne veux pas entendre que rien n'a été fait, je ne veux pas
05:39l'entendre de la part de ceux qui n'ont rien fait.
05:41Le RN, par exemple, sur tous les plateaux, parce qu'ils ont le chic pour se servir même du cadavre
05:47d'une petite fille comme d'un marchepied.
05:49Ils lisent les places de prison.
05:51Il n'y a pas une municipalité RN qui a proposé un terrain.
05:54Maintenant, je vais vous le dire.
05:55Il y a un certain nombre de choses qu'il faut regarder objectivement.
05:58Mais il faut les regarder avec du temps, de la circonspection.
06:02Il faut mettre tout le monde autour de la table.
06:04Vous savez, les états généraux de la justice, ça a duré des mois et des mois.
06:07On ne peut pas faire en un claquement de doigts une espèce de révolution.
06:11Il y a la question de l'absentéisme, notamment l'absentéisme des greffiers.
06:15Il y a le partage du travail.
06:17Ça, ça mérite une vraie réflexion.
06:19Les congés, les magistrats disposent de deux mois de congés par an.
06:22Et un certain nombre de magistrats, pour dire les choses, ne prennent pas ces congés.
06:26Ils ont évidemment une gratification salariale qui correspond au fait de ne pas prendre ces congés.
06:32Mais on peut inciter davantage les magistrats à ne pas prendre l'intégralité des congés.
06:37Mais tout ça, ça se discute.
06:38Parce qu'il y a des droits qui sont acquis.
06:40On ne peut pas bousculer tout ça d'un revers de manche.
06:42Sous la colère, sous l'émotion, sous l'empire du compassionnel.
06:46Il y a la numérisation aussi qu'il faut accélérer.
06:48On a fait beaucoup d'efforts là-dessus.
06:50Moi, je veux quand même vous rappeler qu'en 2017, il n'y a pas de Wi-Fi dans les
06:53tribunaux français.
06:54Et les sanctions ? Parce qu'on a l'impression que les magistrats ont une forme d'impunité.
06:59Des sanctions aussi ?
07:00Non, ça, ce n'est pas vrai. On ne peut pas dire ça.
07:03Moi, je suis le garde des Sceaux qui a le plus saisi le Conseil supérieur de la magistrature.
07:06Mais il est vrai qu'il faut mieux redéfinir ce qu'est la sanction du magistrat.
07:11Et ce qui permet d'aller vers la sanction.
07:13Parce que vous avez des formulations qui sont absolument incroyables.
07:17Et je vais vous en citer une de mémoire.
07:20Les manquements déontologiques.
07:22Donc, il existe des manquements déontologiques.
07:24N'atteignent pas la gravité suffisante pour constituer une faute disciplinaire.
07:28Et là, vous êtes dans la subjectivité absolue.
07:31Et qui dit subjectivité, qui risque de corporatisme.
07:35Mais dire que les magistrats ne sont jamais sanctionnés, ça n'est pas vrai.
07:39Mais il faut, à mon avis, repenser de façon très sérieuse la discipline des magistrats.
07:44Maintenant, je vais vous dire.
07:46Il y a un vrai danger à condamner la justice comme elle l'est aujourd'hui.
07:50Parce que s'il n'y a plus de justice, il y a quoi en remplacement ?
07:53La vengeance ?
07:54Et c'est ça qu'on veut comme système.
07:56Alors oui, il faut améliorer les choses.
07:58Oui, il faut encore des moyens, sans aucun doute.
08:00Mais il faut aussi une réflexion qui ne soit pas une réflexion démagogique.
08:04Emmanuel Macron a dit, pas de cris, pas de démagogie.
08:07Les cris sont légitimes quand ils viennent de la famille.
08:09Parce que ce sont des cris de douleur.
08:11Et c'est une douleur insupportable.
08:13Et des cris de révolte.
08:14Et on peut l'entendre.
08:15Mais pour le reste, les dirigeants politiques ont une obligation de regarder les choses dans le détail.
08:21Et certainement pas sous l'empire de l'émotion.
08:23On a connu ça sous Nicolas Sarkozy.
08:25Pardon de le redire.
08:26C'était un crime, une loi.
08:27Et les magistrats disaient d'ailleurs, on n'a même pas le temps d'assimiler la loi précédente,
08:31qu'on en a une nouvelle et on est complètement subnés.
08:33Mais là, est-ce qu'il faudrait cette nouvelle loi dont on parle,
08:35cette loi intégrale qui nécessite beaucoup de moyens ?
08:38Est-ce que vous êtes pour cette loi qui permet d'être totalement transversale
08:41dans ces violences faites aux enfants ?
08:42Il y a un certain nombre de choses dans ce texte
08:45qui sont extrêmement intéressantes et qu'il faut développer.
08:49Notamment l'information auprès des établissements où il y a des enfants
08:53et les fichiers, mais pas n'importe comment.
08:56Vous voyez, là, on a une multiplication de propositions.
09:00Perpétuité réelle.
09:01Alors, je vais vous dire quelque chose là-dessus.
09:02Aujourd'hui, le viol d'un mineur, c'est 20 ans.
09:05S'il est en récidive, car la perpétuité réelle ne concernerait que la récidive,
09:10le condamné, alors, en cours, la réclusion criminelle à la perpétuité.
09:14Il peut rester très très longtemps en prison.
09:16Parce que la sûreté de la perpétuité simple, ça peut être 18 ans,
09:21mais au-delà de ces 18 ans, ça n'est pas une obligation de sortie.
09:25Vous voulez dire qu'on a déjà toutes ces mesures aujourd'hui, en fait ?
09:28Je veux dire que celle-là, on l'a, bien sûr.
09:30Ensuite, vous avez la castration chimique.
09:33Ça, la castration chimique, vous m'expliquerez comment on contraint quelqu'un à prendre un traitement.
09:38Ensuite, vous avez des petits relents de peine de mort aussi, qui reviennent à la surface.
09:42Et puis, un certain nombre d'autres mesures.
09:44Moi, je veux dire qu'on ne peut pas répondre à l'émotion de l'opinion publique
09:49dans cette instantanéité, cette immédiateté et cette rapidité.
09:54Mais la justice, c'est une chose sérieuse.
09:57Pour conclure, Éric Dupont-Bretti, justement, la justice, c'est une chose sérieuse.
10:00Quand votre successeur demande, d'ici au 14 juillet, que 70 000 dossiers soient éclusés,
10:05c'est sérieux ? On peut le faire ou c'est un peu démagogue ?
10:08Je ne sais pas du tout si c'est démagogue, si on peut le faire.
10:12Je pense que si le garde des Sceaux a demandé à ce que l'on examine tous ces dossiers,
10:17c'est qu'il estime que ça est possible.
10:19On ne peut pas vous répondre autre chose que ça.
10:21Et quand certains demandent sa démission, vous trouvez ça démagogue ?
10:25Oui, ça c'est de l'exploitation politicienne.
10:28Pardonnez-moi, le garde des Sceaux, vous le savez, ne peut pas donner d'instructions individuelles au procureur.
10:34Donc à partir de ce moment-là, s'il y a des dysfonctionnements,
10:36s'il y a l'enquête administrative qui le dira,
10:40ce n'est pas le garde des Sceaux qui en est à l'origine.
10:43Merci Éric Dupont-Bretti d'être intervenu.
10:45Vous n'étiez pas intervenu depuis cette affaire.
10:47Vous l'aviez laissé un peu de temps et vous le faites ce matin sur RTL.
10:49Merci à vous.
10:50Merci Monsieur, bonne journée.
10:52Merci Marc-Olivier.
Commentaires