00:03En direct avec nous donc Patrice Duterte. Rebonsoir Patrice, merci d'être là parce que c'est pas facile après
00:08un reportage.
00:09Qui a été à votre avis le plus dur de votre carrière ?
00:12C'est le plus sale coup qui me suis arrivé c'est d'avoir perdu Jean-Louis Calderon.
00:16Pas le plus dur non, mais de ramener un de mes meilleurs amis.
00:21Voilà donc on arrive, nous sommes vendredi soir, il est quelle heure là ?
00:23Là il est une heure du matin, tout est assez calme, il y a des chars comme ça qui sont
00:30positionnés plus ou moins loin, on entend quelques tirés, vous allez voir on va commencer.
00:36Là vous voyez un autobus qui passe, tout est un peu flou bien sûr.
00:41Là ils tirent, là il y a des snipers qui sont planqués on sait pas où.
00:46Bon et puis on arrive sur cette place de la république, vous allez voir, il y a des manifestants qui
00:49sont montés sur les chars et qui embrassent les soldats.
00:52Et tout le monde est très content.
00:56Donc il y a un climat incertain ?
00:57Complètement, regardez là je suis sous un char tranquille, je filme.
01:01Et voilà tout d'un coup, une rafale parce que les gens de la sécurité qui étaient dans le palais
01:06en face ont mis les projecteurs et ont commencé à tirer.
01:12C'est à ce moment là où un char a avancé et que Jean-Louis a été tué.
01:18Mais qu'est-ce qu'ils faisaient tous ces manifestants au milieu ?
01:21Ils étaient ravis. Ils étaient avec les soldats. Ils ne pensaient pas qu'il y aurait autant de gens de
01:30la sécurité qui seraient dans ce palais.
01:34C'est à dire que si on essaye de faire parler le document avec un peu de recul, c'est
01:38des gens qui spontanément après des années de dictature sont descendus dans la rue pour défendre leurs militaires.
01:42Et puis ils se sont trouvés coincés dans ce règlement terrible.
01:44Exactement, comme moi je me suis trouvé coincé et comme Jean-Louis.
01:47Et là on est quand ? C'est samedi matin ?
01:48C'est le samedi matin à Noël. Non, lundi matin, le jour de Noël.
01:52C'est une jeune femme qui vient prier.
01:54Il a perdu un de ses fils.
01:59C'est une belle petite église que Charles-Escrew n'a pas démoli.
02:07Vous allez voir tout d'un coup, j'allais diffuser ce reportage de la télévision roumaine.
02:11Je suis tombé en pleine bagarre de nouveau.
02:14Les snipers.
02:16Je n'ai jamais pu pénétrer à la télévision.
02:23Pour nous c'était très difficile de diffuser parce qu'on prenait des risques énormes.
02:27Je suis resté toute la nuit quand c'est là-dedans.
02:30Et derrière ce type je suis resté à peu près trois heures.
02:36Donc j'ai ramené le corps de Jean-Louis à travers toute la Roumanie dans cette camionnette.
02:42Et qu'est-ce qui vous a donné cette camionnette là ? C'est l'ambassade de France ?
02:46C'est l'ambassade de France en Bulgarie, je ne sais pas très bien comment c'est fait.
02:50Et c'est une camionnette bulgare.
02:52On avait un chauffeur qui ne parlait pas roumain.
02:53On a traversé la campagne avec des bandes de...
02:56Vous avez mis combien de temps pour aller de Bucarest à la frontière et pour rejoindre l'aéroport de Varna
03:00?
03:0112 heures.
03:02Combien de kilomètres ?
03:03250.
03:05On était arrêté tous les 5 kilomètres par des bandes armées.
03:08Et on ne savait pas très bien qui était qui.
03:10De temps en temps il nous faisait sortir de la voiture et il nous mettait des kalachnikovs sur la figure.
03:14De temps en temps il nous embrassait comme si on était sauveur.
03:17De temps en temps il y en avait qui voulaient ouvrir le cercueil de Jean-Louis.
03:20Mais de temps en temps il y en avait qui se regardaient en chien de faïence sachant pas très bien
03:23qui était qui.
03:25Je vois venir au drame de Jean-Louis.
03:28Ça fait des mois que vous travaillez avec lui.
03:30Comment vous avez ressenti personnellement ce drame au moment où ça s'est passé ?
03:34Puisque vous nous avez été méphonés dans la nuit donc de vendredi à samedi.
03:39Si vous voulez pour moi c'est...
03:42D'abord je ne me suis pas rendu compte très bien qu'il était mort parce que je ne l
03:44'ai pas vu mourir.
03:45Et qu'il était mort c'est mon preneur de son qui m'a annoncé.
03:47Il a été accrasé par un char.
03:51J'ai des gens qui tremblaient.
03:53Je veux dire j'ai...
03:54Bon ça c'est les côtés émotionnels.
03:57Ce que je peux dire c'est que je crois que c'est un des plus grands journalistes que j
04:00'ai connu depuis une quinzaine d'années.
04:03C'était un très très grand porteur.
04:05Il avait...
04:06Il était très intelligent.
04:08Extrêmement généreux.
04:09Très drôle.
04:11Très fin.
04:12Et c'était un garçon qui avait une idée de son métier qui était remarquable.
04:17C'est d'ailleurs très dommage que ce garçon soit mort parce que ça va être une très grande perte
04:21pour la presse française.
04:23Mais c'est souvent les meilleurs et les plus courageux qui disparaissent.
04:26Patrice ce sera ma dernière question.
04:28Quand on est pris dans des événements comme ça.
04:30On est tiraillé entre deux sentiments probablement qu'il a peur d'un côté.
04:34Et le besoin de travailler pour exorciser cette peur de l'autre.
04:37Finalement très rapidement qu'est-ce qui l'emporte ?
04:40Vous avez plusieurs genres de personnes.
04:41Il y a des gens qui refusent d'aller sur le coup et bien ils rentrent à la maison.
04:45Et puis vous avez ceux qui sont attirés.
04:46Alors la peur est un...
04:49On a peur mais on a envie de voir, on est passionné.
04:53Il y a aussi une excitation.
04:55Et puis en plus on a à construire un reportage.
04:57Il ne faut plus jamais oublier qu'on n'est pas là pour s'amuser.
04:59On est là pour raconter des histoires, on est là pour témoigner.
Comments