00:00Parce que l'onde de choc provoquée par la mort de Liana d'Angers n'est pas retombée.
00:04A la mi-journée, tout à l'heure, entre 12h et 13h, le tribunal de Bayonne ouvrira ses portes
00:08pour expliquer son action, répondre aux questions aussi que vous pouvez, vous, vous poser.
00:13Notre invité ce matin, Yves Tussaud, c'est Marielle Garigosse, la procureure de Bayonne.
00:17Marielle Garigosse, bonjour.
00:19Bonjour monsieur.
00:20Merci d'avoir accepté notre invitation avec Florence Bouvier, la présidente du tribunal judiciaire de Bayonne.
00:25Vous avez donc décidé d'ouvrir les portes du tribunal, ce sera à la mi-journée,
00:28entre 12h et 13h.
00:30Le lien de confiance entre les citoyens et l'institution judiciaire est à ce point rompu
00:35qu'il faut ouvrir les portes du tribunal.
00:38Alors vous savez, ce drame épouvantable a évidemment été une onde de choc.
00:45Je crois qu'il n'y a pas un magistrat, pas un fonctionnaire, un greffier qui ne soit évidemment resté
00:50insensible.
00:51Nos premières pensées sont allées à cette petite fille, à sa famille.
00:54Et puis ensuite, on est aussi touché d'un point de vue, je dirais, professionnel.
00:58Vous avez été mis en cause, je dis vous, les magistrats.
01:01Absolument. Depuis, il y a beaucoup de critiques.
01:04Certaines sont d'ailleurs assez violentes.
01:06Et ces critiques, on doit les entendre.
01:09Pour certaines d'entre elles, on les comprend.
01:12Et je crois que c'est important de ne pas les laisser sans réponse.
01:15Qu'en attendez-vous de ce rendez-vous ?
01:17Alors j'en attends la possibilité de restaurer un lien s'il a été brisé ou de préserver celui qui
01:26existe encore et qui doit exister absolument entre les citoyens et leur justice.
01:31On est vraiment les garants de l'état de droit.
01:37La justice, elle est là pour protéger.
01:39Les magistrats se lèvent le matin pour éviter que ce type de drame ne survienne.
01:43Et pourtant, ils arrivent, ces drames.
01:45Et oui, ces drames arrivent.
01:46On va peut-être pouvoir en reparler.
01:47Mais justement, c'est l'objet de ce type de réunion.
01:50On ne se défausse pas.
01:51On va essayer d'expliquer.
01:53Expliquer notre action.
01:55Comment on travaille ?
01:56Dans quelles conditions ?
01:58Et quels sont nos objectifs ?
02:00Les femmes et les hommes qui vont venir tout à l'heure au tribunal, eux, que sont-ils en droit
02:04d'attendre de ce rendez-vous ?
02:07Une espèce d'exercice de transparence, c'est-à-dire une ouverture de notre institution sur la société civile.
02:14Je crois que toutes ces critiques, ce qu'elles disent aussi, c'est qu'en fait, on méconnaît la justice.
02:20On ne sait pas exactement ce que les hommes et femmes qui travaillent y font véritablement.
02:26Je crois que c'est pour ça que c'est important d'expliquer aux gens ce qu'on fait, pourquoi
02:33on le fait, et là encore une fois, dans quelles conditions.
02:36Une centaine de personnes étaient rassemblées devant le tribunal judiciaire de Bayonne hier soir.
02:40Iban Carpentier, ici Pays Basque, est allé à la rencontre de ces personnes.
02:44L'une d'elles a dit, en parlant de cette réunion, ce sera un poncement sur une jambe de bois.
02:50Je crois qu'en réalité, on doit tout faire pour justement éviter que ce soit un simple pansement.
02:59Nous, on est un maillon d'une chaîne qui va bien au-delà de la seule personne du magistrat.
03:06On ne travaille pas tout seul.
03:07Alors c'est vrai que notre rôle est absolument fondamental,
03:10et c'est ça que je dois expliquer avec la présidente aujourd'hui.
03:13Mais évidemment, tout seul, on n'y arrivera pas.
03:167h50 sur ICI Pays Basque, notre invitée ce matin, Marielle Garigos, la procureure de Bayonne.
03:21Une plateforme intitulée classés-sansuite.com, qui a été réalisée, lancée par Ève Simonnet, qui est réalisatrice,
03:27a recueilli en quelques jours près de 5000 témoignages.
03:30Ce sont des récits, des accusations de violences sexuelles, de viols, de plaintes classées sans suite,
03:36de dossiers qui sont restés quelque part dans des cartons.
03:39Il y a des témoignages qui viennent, bien sûr, du Pays Basque, de Bayonne, d'Anglette, de Saint-Jean-de
03:43-Luzes,
03:44du Rune également, je crois.
03:45Quel regard la procureure que vous êtes porte sur ce type d'initiative ?
03:49Alors c'est une initiative, encore une fois, que je comprends,
03:52parce que j'entends que les personnes aient besoin de partager leur expérience,
03:58de partager leur souffrance.
04:00Maintenant, c'est vrai que nous, ce qu'on fait, c'est recevoir des plaintes,
04:07demander au service d'enquête de les instruire, de nous en rendre compte.
04:12On essaye, nous, de prioriser, on essaye d'avoir la meilleure appréciation possible
04:16de situations qui sont des situations chaque fois particulières et singulières.
04:21Et notre travail, c'est ça, et c'est ce que je souhaite aujourd'hui avec la Présidente
04:26pouvoir développer lors de cette réunion publique.
04:29Des plaintes pour agression sexuelle, pour viol, sont-elles en attente,
04:32parmi d'autres dossiers, dans les cartons du tribunal de Bayonne ?
04:36Alors, depuis la survenance de ce drame, évidemment, on a mis en place un plan d'action.
04:43La mobilisation est absolument exceptionnelle, au sein de mon équipe d'abord,
04:47mais au-delà aussi les juges et les greffiers.
04:51Et en fait, le travail qu'on a effectué la semaine dernière,
04:54c'est un travail de recensement de toutes les procédures en cours,
04:58qui sont effectivement enregistrées au sein du parquet ou au sein des services d'enquête,
05:03pour les traiter à partir de demain, une par une.
05:07Combien de procédures ?
05:08Alors là, nous au parquet, on en a recensé 208,
05:12qui sont passées déjà par nous,
05:14mais il y en a davantage, qui sont aussi dans les services de police et de gendarmerie,
05:19et on les estime à peu près à 300.
05:22Et vous allez pouvoir les traiter ?
05:24Il y a 7 magistrats à Bayonne, il y a un peu plus de 20 000 procédures chaque année.
05:31Vous allez pouvoir traiter ces dossiers ?
05:33Alors écoutez, là, on y met les moyens,
05:35c'est une mobilisation vraiment de l'ensemble des équipes,
05:38avec un effort exceptionnel pour justement les passer tout en revue,
05:42et éviter qu'un drame comme celui qui vient de se produire,
05:47ne se réalise sur notre territoire.
05:49Ça, c'est la première chose.
05:51Après, s'agissant évidemment de ce drame,
05:55c'est difficile de toute façon de ne pas évoquer nos moyens,
05:58qui effectivement sont assez, sont insuffisants.
06:02Et quand on parle de moyens, ce n'est pas un mantra pour travailler moins,
06:06c'est vraiment une exigence qu'on a pour travailler mieux.
06:09Merci à Marie-Algarico d'avoir accepté notre invitation.
06:13Bonne journée à vous et porte ouverte au tribunal,
06:15entre 12h et 13h tout à l'heure.
06:17Merci à vous.
06:18Merci.
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