00:00Parce qu'hier, des milliers de personnes ont manifesté devant les tribunaux.
00:03Elles étaient environ 600 à Bayonne.
00:05La justice et les enquêteurs pointés du doigt,
00:07après la mort de Liana, cette jeune fille de 11 ans, retrouvée morte dans le Gers.
00:10Le chef de l'État, Emmanuel Macron, le ministre de la Justice,
00:13Gérald Darmanin, dénonce un dysfonctionnement de la justice.
00:17Et tu sois, votre invitée ce matin, c'est Florence Bouvier,
00:19la présidente du tribunal judiciaire de Bayonne, qui est notre invitée.
00:22Bonjour Florence Bouvier.
00:24Bonjour.
00:24Merci d'avoir accepté notre invitation.
00:26Liana, retrouvée morte jeudi dernier dans le Gers,
00:29une semaine après sa disparition,
00:31victime présumée de Jérôme Barrella,
00:33un homme qui faisait l'objet d'au moins six procédures
00:36pour des violences sexuelles sur mineurs,
00:38dont deux viols, mais qui n'avaient jamais été entendus,
00:42ni par les enquêteurs, ni par la justice.
00:44C'est une affaire qui a ému la France entière.
00:47Est-ce qu'on peut parler de fiasco de la justice et de la gendarmerie ?
00:51Alors déjà, j'aimerais dire,
00:54et c'est important pour moi de le dire ici,
00:55au nom de tous les magistrats qui savent que je suis là
00:57et qui était très soutenant et surtout concerné.
01:02Ce que je souhaite dire aujourd'hui avant tout,
01:04c'est que ce drame, nous le vivons aussi,
01:07nous, dans notre chair de magistrats,
01:09parce que notre travail, c'est vraiment d'être aux côtés
01:12des personnes les plus vulnérables,
01:14que ce soit les victimes, que ce soit les personnes âgées,
01:17que ce soit la parole des victimes,
01:20elle est entendue par les magistrats,
01:21elle est entendue par les enquêteurs,
01:22et nous sommes tous là à leur côté
01:24pour essayer de faire en sorte que les affaires avancent le plus vite possible.
01:27Donc, c'est ça qui est important, vraiment.
01:29Ce qui s'est passé dans le Gers, est-ce que c'est un fiasco ?
01:32Ce n'est pas à moi d'utiliser ce terme-là,
01:34et surtout pas dans mon travail de magistrat,
01:37quand je vois le quotidien qui est le nôtre,
01:39et je sais que c'est aussi celui des magistrats du Gers,
01:41que ce soit au siège ou au parquet.
01:43Ce n'est certainement pas ce terme que j'emploierai,
01:45parce qu'effectivement, au quotidien,
01:47nous ne comptons pas nos heures,
01:48nous travaillons toute la journée,
01:50plus de dix heures par jour,
01:51les nuits, les week-ends parfois,
01:53pour justement faire face au flot de procédures
01:55qui nous arrivent de toutes parts,
01:57et que nous essayons de traiter au mieux.
01:58A tout le moins, un dysfonctionnement ?
02:01Une surcharge, le signe d'une surcharge.
02:03Après, le dysfonctionnement, encore une fois,
02:05ce n'est pas à moi de le dire,
02:06et il y a des enquêtes qui sont diligentées.
02:08Il y a une enquête pénale, déjà,
02:10et j'aimerais peut-être dire aussi quand même
02:12que le ou la responsable de ce qui est arrivé à Liana,
02:17c'est avant tout la personne qui a commis ses actes.
02:19Le mis en cause, Jérôme Barra.
02:21Je ne sais pas qui c'est.
02:22L'enquête le dira, l'enquête pénale le dira.
02:24Et quant au dysfonctionnement de la justice,
02:27effectivement, on verra ce qu'il en est
02:28à l'issue des enquêtes administratives.
02:30Pour être très direct,
02:31est-ce que vous avez les moyens de travailler
02:33au tribunal de Bayonne ?
02:35Voilà, donc ça, c'est une bonne question.
02:37C'est la question.
02:38Je crois que c'est la question que tout le monde se pose.
02:40Encore une fois, si je suis là,
02:41c'est pour dire et l'émotion que je partage
02:44avec la famille de Liana,
02:46et vous témoignez de notre travail au quotidien,
02:48de notre engagement au quotidien,
02:50avec effectivement des moyens qui sont limités.
02:52Et ce n'est pas une nouveauté.
02:54Ce n'est pas pour rien que
02:56notre ancien ministre de la justice
02:57et l'actuel qui avait poursuivi
02:59cette loi de programmation 2023-2027
03:01qui visait à renforcer
03:03les tribunaux par des magistrats.
03:051500 étaient annoncés par des greffiers,
03:08par des attachés de justice.
03:09Donc, pour créer cette équipe autour du magistrat,
03:12ce n'est pas pour rien que, donc,
03:13il y a eu une opération coup de poing,
03:15si je puis dire,
03:16pour effectivement que nous soyons renforcés.
03:19Ici, vous avez les moyens de travailler ?
03:21Alors, ici, pas plus qu'ailleurs.
03:23Alors, nous avons été renforcés,
03:25mais nous avons, par exemple,
03:26dans la loi de programmation,
03:28nous avions demandé
03:28trois magistrats supplémentaires.
03:30Nous n'en avons eu qu'un
03:32et, j'insiste, sur le papier.
03:34C'est-à-dire qu'en réalité,
03:35il n'est pas là.
03:36Il n'arrivera qu'en septembre.
03:37Voilà.
03:38De la même façon,
03:39il y a des postes vacants aux greffes
03:40et on nous annonce, par ailleurs,
03:43nous avons été renforcés
03:44en attachés de justice,
03:45mais on nous annonce, par ailleurs,
03:47des reculs, à savoir,
03:48des postes qui vont être gelés.
03:50Donc, vous voyez,
03:50c'est un stop and go permanent
03:51et nous, nous essayons malgré tout,
03:53parce que nous sommes impliqués,
03:54parce que nous sommes obligés,
03:55de faire notre travail au mieux
03:56pour traiter la masse de procédures
03:58qui nous arrivent chaque jour.
03:598h moins 10 sur ICP-Ibasque,
04:00notre invitée ce matin,
04:01Florence Bouvier,
04:02la présidente du tribunal judiciaire de Bayonne.
04:04Un magistrat,
04:05combien de dossiers a-t-il sur son bureau
04:07au tribunal judiciaire de Bayonne ?
04:09Alors, ce que je peux vous dire,
04:10c'est que le parquet reçoit chaque année
04:1320 000 procédures de tous ordres
04:16et que donc,
04:16il y a 7 à traiter ces 20 000 procédures.
04:19Voilà, je pense que ça vous parle.
04:207 magistrats pour 20 000 procédures.
04:22Et pour 325 000 habitants
04:24sur le ressort du tribunal.
04:25Voilà, donc ça, c'est une réalité.
04:28Au tribunal correctionnel,
04:29puisque une bonne partie de ces procédures,
04:31lorsque nous avons une infraction caractérisée
04:33à un auteur qui est identifié,
04:35elles font l'objet de poursuites.
04:36De plus en plus,
04:37des poursuites accélérées,
04:39des poursuites qui vont dans le sens
04:40des circulaires de notre ministre,
04:41à savoir des réponses fermes,
04:43qui sont donc la comparution immédiate,
04:46qui se terminent ensuite par de l'emprisonnement,
04:48des peines d'emprisonnement
04:49qui sont de plus en plus importantes.
04:51C'est ça la réalité.
04:52Et donc des délais au tribunal correctionnel
04:55qui sont autour de 6 mois.
04:56Voilà ce que je peux vous dire,
04:57très simplement.
04:58Hier, une femme devait être jugée
05:00à Bayonne pour trafic de drogue
05:02interpellée à Biarritz,
05:03incarcérée en détention provisoire à Pau.
05:06Le procès n'a pas eu lieu,
05:07il n'y avait personne pour assurer le transfert.
05:09Cette femme a été remise en liberté.
05:11C'est la loi ?
05:12C'est un dysfonctionnement de la justice ?
05:15Alors, c'est la loi
05:17qui a changé.
05:18Jusqu'à il y a quelques années,
05:20c'était les gendarmes et les policiers
05:22qui étaient censés faire
05:23ces extractions judiciaires,
05:24ça s'appelle comme ça,
05:25pour amener les personnes détenues
05:26devant le tribunal.
05:28Depuis la réforme,
05:29on a créé des équipes spécialisées
05:30qui dépendent de l'administration pénitentiaire,
05:32qui sont en nombre insuffisant.
05:34On retrouve la surcharge partout,
05:36à tous les niveaux.
05:37Là aussi, surcharge.
05:37Voilà, et donc qui fait effectivement
05:39que nous sommes contraints
05:41de relâcher des personnes
05:43en détention provisoire
05:44parce qu'elles n'arrivent pas jusqu'à nous.
05:46Madame Bouvier, une dernière question.
05:47Ce qui s'est passé dans le Gers,
05:49peut-il se passer au Pays Basque ?
05:51Potentiellement, oui,
05:52parce que la charge de travail,
05:53elle est là, elle est réelle,
05:55parce que les masses de procédures arrivent
05:57et que nous ne sommes pas à l'abri
05:58d'une erreur d'appréciation
06:00ou tout simplement,
06:02même si nous avons bien apprécié
06:03la dangerosité,
06:05l'urgence du dossier,
06:06même si nous l'avons priorisé.
06:08C'est ce que nous faisons d'ailleurs
06:09tous les jours
06:10dans le cadre de comités de pilotage,
06:11les fameux copiles vifs,
06:13les comités de pilotage
06:14pour les violences intrafamiliales,
06:15y compris les violences sur mineurs.
06:16Elles sont là justement
06:17pour faire un point tous les deux mois
06:18avec les services d'enquête,
06:20mais aussi avec les médecins légistes,
06:21avec les assistants sociaux,
06:23avec les éducateurs,
06:24les travailleurs pénitentiaires
06:25pour justement faire le tri
06:27entre les dossiers et prioriser.
06:28Mais quand il y a plusieurs centaines
06:29de dossiers qui sont en souffrance
06:31dans les services d'enquête,
06:32eh bien, il est difficile
06:33de pouvoir tous les traiter.
06:34Donc, nous ne sommes pas à l'abri,
06:35effectivement,
06:36que ce type d'affaires
06:37se reproduise, bien sûr.
06:38Merci.
06:39Et c'est malheureux.
06:40Merci, Florence Bouvier,
06:41d'avoir accepté notre invitation.
06:42Bonne journée.
06:43Au revoir.
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