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  • il y a 2 jours
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Amusant
Transcription
00:22C'est l'histoire d'un bouffon qui a fait peur au roi.
00:33En 1980, l'humoriste préféré des Français se présente à l'élection présidentielle contre le président sortant, Valéry Giscard d
00:42'Estaing.
00:46Merci, monsieur ! J'espère que vous allez voter pour moi !
00:52Ça tombe très bien, je me présente pour vous !
00:55Il veut prendre la parole parce qu'il est connu, reconnu pour ceux qui n'ont pas de voix, pour
01:01les sans voix.
01:01Il veut faire ça, mais en déconnant.
01:06Coluche devient un élément subversif.
01:09La police ouvre un dossier à son nom, numéro 817-706.
01:15Les renseignements généraux vont tout faire pour décourager le clown.
01:20Ils agissent sur l'ordre du pouvoir politique.
01:24L'irruption d'un clown, c'était contraire à ce que Valéry Giscard d'Estaing pensait être la dignité nécessaire
01:32à une campagne présidentielle.
01:34Et n'oubliez pas de vous assurer pour voter pour moi !
01:37On va l'en foutre au cul !
01:52Bonjour, bonjour, les petits-enfants, c'est ta guignole maintenant.
02:02En 1980, Coluche a 36 ans.
02:06C'est une star absolue, lui.
02:08Il vend des mille-fondues, il passe à la télé en continu, c'est Coluche.
02:18Et l'amuseur public va peu à peu s'intéresser à la politique.
02:24C'est un clown, mais il décrypte comme personne l'actualité politique.
02:29C'est-à-dire qu'il allume tous azimuts, tous les politiques.
02:33Monsieur Jacques Chirac !
02:37Il a dit, monsieur Jacques Chirac, qui n'avait pas dit de connerie depuis mardi, il a dit,
02:41« C'est à moi, c'est à moi, oui, allez-y, bon, allez-y. »
02:44Il a dit, il faut mettre d'urgence un frein à l'immobilisme.
02:49Je lui dis, parce que si y'en a qui ont des freins, ils ne servent à rien,
02:52ou ils ne le charraient, ils se les méraient.
02:57Coluche est partout.
02:59Au théâtre, à la télévision, mais aussi à la radio.
03:02Ils sont merdeux, ces casques.
03:04Chaque jour, sur Europe 1, il a un micro ouvert.
03:09Vas-y, le RPR, envoie-moi le RPR.
03:11Il a encore gueulé, le RPR ?
03:14Ils ne sont pas contents.
03:15Il y en a qui a écrit, « Il semble bien que Raymond Barr ait envie de se payer la
03:19tête du RPR à n'importe quel prix. »
03:22Écrivait hier Pierre Charpy dans la Lettre de la Nation,
03:24qui est donc l'organe principal de...
03:30Pardon, excusez-moi.
03:31Et puis, j'ai une petite nouvelle qui est très intéressante.
03:33Il va y avoir un gala avec Chuck Berry en première partie et Raymond Barr en seconde.
03:37Ah bon ?
03:38Ça, c'est quand même pas triste.
03:40C'est quand même pas tous les jours.
03:42Coluche teste les limites de sa liberté.
03:45Il finit par être renvoyé.
03:55Radio Monte Carlo veut alors dynamiser son antenne.
04:01Coluche est embauché.
04:05Je lui avais imposé de ne pas parler de la principauté,
04:08de ne pas parler autant que possible du président de la République.
04:10Il m'avait dit « Banco ».
04:16Tous les jours, à midi, il savait qu'il ne fallait pas me déranger parce que j'écoutais l'antenne
04:21en me disant « Quelle catastrophe va me tomber sur le dos ? »
04:39Malgré le succès d'audience, le prince régné de Monaco, principal actionnaire de la radio, goûte très peu l'humour
04:46de Coluche.
04:47Il le trouve vulgaire et le fait savoir.
04:51On commençait à considérer que Bassier était fou d'avoir mis ce type à l'antenne, une antenne tout de
04:57même bien pensante,
04:58où il y avait des gens comme Jean-Pierre Foucault, des gens qui ne troublaient pas les consciences des braves
05:04gens.
05:08Au même moment, une affaire révélée par le canard enchaîné défraye la chronique.
05:13Ça ne l'a fait pas du tout, comme on l'a dit, des diamants, c'est-à-dire de
05:17grosses pierres ayant une grande valeur.
05:19Il s'agit des diamants que Jean-Bedel Bocassa, l'empereur autoproclamé de Centrafrique, a offert à Valéry Giscard d
05:26'Estaing.
05:28Sur RMC, la revue de presse de Coluche, préparée par son copain Romain Goupil, devient féroce.
05:35Toutes les blagues vont être sur Giscard et les diamants, absolument tout.
05:45Diamant, Giscard, barre, diamant, Giscard.
05:48Putain, n'arrêtez pas ! Pas genre comique de répétition, comique de ré, ré, ré, répétition.
05:53Ce qui nous intéressait, c'était Giscard et le pouvoir.
05:57Ça nous intéressait de les dégommer en direct tout le temps.
06:01Or, celui qui a embauché Coluche est aussi un ancien conseiller de Giscard.
06:06Et l'entourage du président ne veut plus de Coluche à l'antenne.
06:11L'Élysée me disait, Michel, vraiment, tu as pris trop de risques avec ce type, ça passe pas.
06:17Très bien.
06:18Je dis à Coluche, venez me voir parce que vraiment, ça va pas.
06:23Il est venu et il m'a dit, bon, on vous demande que je parte.
06:28J'ai dit, ben oui, c'est la vérité.
06:30On m'a demandé en effet d'obtenir votre départ.
06:33On dit, mais comment ça, on était engagé pour trois mois.
06:35Les contrats sont signés sur trois mois.
06:37On vous dit que c'est arrêté.
06:39C'est quoi la raison ?
06:41Pas besoin de raison et tout, c'est arrêté.
06:43Vous savez pas sans une certaine émotion, etc.
06:45Que nous allons rendre l'antenne ?
06:47Dans la minute qui a suivi, écoute, si t'ont censuré sur Europe 1, si t'ont censuré encore cette
06:55fois-ci à cause des diamants et de Giscard, tu ne peux plus parler.
07:00Ils vont t'empêcher de parler partout.
07:01Le seul moyen maintenant pour prendre la parole et dire ce qu'on veut dire, c'est se présenter comme
07:06candidat à la candidature aux présidentielles.
07:10L'aventure RMC n'a duré que dix jours, en tout et pour tout.
07:15Pour Coluche, la décision est prise.
07:17Il va descendre dans l'arène politique.
07:20J'avais pensé à me présenter la fois d'avant, déjà, il y a sept ans.
07:24Mais comme je n'étais pas assez connu, je ne pouvais pas.
07:27Alors je me suis dit que j'avais qu'une solution, c'était d'importe.
07:33Et maintenant, tu considères que tu peux aller jusqu'au bout ?
07:36Maintenant, je vais essayer de foutre, tu sais comment c'est.
07:39On fait ce qu'on peut et puis on foutre le bordel qu'on va foutre.
07:43On fera toujours ça de pris.
07:44J'appelle les feignants, les crasseux, les drogués, les alcooliques, les p****, les femmes, les parasites, les jeunes, les vieux,
07:50les artistes, les taulards, les gouines...
07:52Octobre 1980, l'humoriste publie un appel dans Charlie Hebdo, journal satirique dont il est très proche.
07:59Tous ceux qui ne comptent pas pour les hommes politiques, à voter pour moi, à s'inscrire dans leur mairie
08:03et à colporter la nouvelle.
08:05Tous ensemble pour leur foutre au cul avec Coluche, le seul candidat qui n'a pas de raison de mentir.
08:11C'est parti, mais comme un gars, avec tout de suite des tas d'idées marrantes, chacun y allant de
08:16son point de vue.
08:21Donc, comme ça, de but en blanc, il tranche, toi tu feras ci, toi tu feras ça, et voilà des
08:27titres qui sont attribués pour trier les courriers,
08:31pour organiser la revue de presse, pour lui trouver des idées, pour lui faire un petit cours sur la Constitution,
08:39etc.
08:40Chacun se voit attribué, mais à la volée, comme ça, et c'est une bande de bras cassés en fait.
08:45On est sur un programme définitif, plus de travail, plus de travail, il n'y a plus de travail.
08:53Plus d'argent, plus de mariage, légalisation des drogues, mais pas du cannabis, de toutes les drogues, drogues dures, plus
09:01d'école.
09:02Donc, notre programme, disons, et déjà contient une espèce de contradiction folle sur un truc hyper libertaire.
09:10C'est simplement se foutre de la gueule du conformisme et de l'État et de la petite bourgeoisie, de
09:17la bourgeoisie.
09:18C'est Harakiri.
09:25Harakiri et Charlie Hebdo, les deux journaux où explose la contestation la plus choquante pour l'époque.
09:31Ils sont marginaux, mais leur notoriété est énorme.
09:34Pour la bande de Wolinsky, Cabu, Rezer et du professeur Choron, Coluche président, c'est la provocation ultime.
09:44J'espère qu'il va tenir cet engagement de faire des timbres, avec, sur les timbres, dessiner des bites et
09:51des culs, et qu'on soit obligé de lécher comme ça.
09:53J'attends ça.
09:54J'ai accepté que Coluche passe son appel historique dans Charlie Hebdo.
09:59C'est en tant que directeur responsable d'une affaire promise à un grand avenir, peut-être.
10:06Imaginez-vous que Coluche soit élu.
10:09Nous, demain, nous devenons l'organe officiel de la République française.
10:14Et Coluche lance sa campagne.
10:16Vos parents sont des cons, n'acceptez pas l'hérédité.
10:20Ou encore, rentrez bourrés.
10:25En fait, c'est un gros canular qu'on est tous conscients de contribuer à monter.
10:31Et ça part comme ça.
10:33Et ça part très, très vite.
10:34Ah, bite, poil, bite !
10:36Ça va, il faut que je me fasse un peu la voix le matin.
10:41Le 30 octobre 1980, Coluche convoque la grande presse.
10:46C'est officiel, il sera candidat à l'élection présidentielle.
10:50Pour cette annonce, il a choisi le théâtre du gymnase où il triomphe chaque soir depuis 18 mois.
10:56Alors la raison pour laquelle je me présente aux élections,
11:01c'est donc à cause de cet électorat,
11:05à cause de ce tas de gens qui ne sont pas représentés par la politique,
11:09qui en sont des consommateurs et qui subissent la politique.
11:11J'ai voté pour rien pendant longtemps.
11:14Les autres, en tout cas, ont fait comme moi, ils ont voté pour rien.
11:17Aujourd'hui, on va voter pour quelqu'un qui, politiquement, n'est rien.
11:21Ils nous prennent pour des imbéciles, votons pour un imbécile.
11:23La plupart des journalistes regardaient ça avec un œil goguenard, et moi compris.
11:33Et donc, on a regardé ça avec une certaine commissération,
11:36puis comme il fallait être quand même un peu sérieux,
11:39on a dit, s'il se présente, on le rencontrera dans les temps, etc.
11:43Bien entendu.
11:44Mais personne ne pensait qu'il irait bien loin.
11:47Vous.
11:47Est-ce que vous accepterez le débat avec Giscard ?
11:49Si j'étais à sa place, je me méfierais seulement quand même.
11:52J'irais consulter Mme Soleil, et même, j'habiterais chez elle.
11:56Au début de l'épisode, tout simplement, c'est très normalement l'amusement.
12:05Quand lui, je dis qu'il est candidat à la présidence de la République,
12:10bon, ben, voilà, c'est tout.
12:12Il n'y a pas à tourner en dérision la politique, puisqu'elle est dérisoire.
12:16Donc, à la question, est-ce que c'est sérieux, est-ce que c'est pas sérieux,
12:19c'est pas sérieux, et c'est ça qui est sérieux.
12:20Personne n'imagine, seconde, que ça puisse se traduire
12:23par quelque chose de significatif
12:24en termes de sondage, en termes d'attention de vote.
12:28Pourtant, Coluche dérange.
12:30Et il dérange surtout un homme,
12:32le ministre de l'Intérieur, Christian Bonnet.
12:40Christian Bonnet, il est ministre de l'Intérieur,
12:43mais il est surtout fan de Giscard.
12:46Donc, il veut sauver son idole.
12:53Il a mis en mouvement le harcèlement généraux,
12:57parce que Coluche avait du succès.
12:59Coluche n'a pas eu de succès.
13:01Il aurait mis deux inspecteurs.
13:03C'est-à-dire que là, il a mis toute la direction
13:07qui faisait vraiment...
13:08C'est son dossier numéro un.
13:11A l'époque, Bernard Rideau est un personnage
13:13qui compte à l'Élysée.
13:15Il s'occupe des sondages pour le président.
13:19Cinq mois avant la présidentielle,
13:21les renseignements généraux mettent donc Coluche
13:23sous surveillance et montent un dossier.
13:27La police politique établit sur fiche
13:29le moindre incident.
13:31Sa jeunesse est revisitée.
13:33Le portrait dépeint est celui d'un personnage indiscipliné,
13:36avec un caractère contestataire.
13:41A propos de ses obligations militaires,
13:43les RG rapportent des actes d'indiscipline.
13:47Absence illégale, insultes graves envers ses supérieurs.
13:50Toutes ses attitudes lui ont valu 53 jours de prison.
13:56Gretchen Bonnet est persuadé que derrière l'opération Coluche,
14:00il y a une opération de déstabilisation organisée
14:04et plus ou moins rattachée avec le Parti socialiste.
14:10Et les communistes peut-être, les gauchistes certainement,
14:14mais la gauche.
14:17Ainsi, la désignation de Georges Marchais
14:21comme candidat communiste à l'élection présidentielle...
14:23La police politique imagine un complot communiste.
14:26Elle se trompe.
14:28Coluche ne roule pour personne.
14:30D'ailleurs, Georges Marchais, le numéro 1 du Parti communiste,
14:33le regarde d'un œil noir.
14:36Il a même un pour le citer, c'est Georges Marchais.
14:38Il a dit que comme candidat, j'étais un rigolo.
14:40Alors j'ai dû faire remarquer que c'est pas moi qui avais commencé.
14:46Le dirigeant communiste va être l'un des premiers
14:49à comprendre que la candidature de Coluche n'est pas anodine.
14:55Pour tester la popularité de leurs champions dans le monde ouvrier,
14:59Pierre Juquin et Charles Fitterman,
15:01les éminences grises de Georges Marchais,
15:04commandent un sondage.
15:06Je me revois encore avec Charles Fitterman,
15:09en tête à tête avec Georges Marchais.
15:11Et les résultats nous sidèrent.
15:18Coup de tonnerre !
15:20Coup de tonnerre !
15:21Coluche est devant !
15:23Devant Georges Marchais !
15:25Alors ça, c'est une surprise, et c'est inquiétant.
15:31Ça lui paraît invraisemblable.
15:33Et Georges Marchais médite ce sujet un moment avec nous et décide,
15:40et décide de ne pas faire part du résultat intégral du sondage au bureau politique.
15:48L'existence même de ce sondage est donc dissimulée à l'ensemble des militants communistes.
15:54Georges Marchais refuse de prendre la mesure de ce qui est en train d'arriver au parti.
15:59Cette intention de voter Coluche signifiait un désamour, un désaveu du parti communiste.
16:06Ou au moins un doute sur la capacité du parti communiste français,
16:10à cette époque-là, de répondre aux vraies questions que se posait le monde du travail,
16:16les pauvres, etc.
16:18Nous ne sommes plus jugés crédibles.
16:20Alors, on rejette tout.
16:23Coluche va pour Coluche.
16:26Coluche, le clown, devient un candidat sur mesure pour les Français fâchés avec la politique.
16:32Car en 1981, ils sont de plus en plus nombreux à rester sur le bord de la route.
16:37À six mois de l'élection présidentielle, la France va mal.
16:49C'est le début du chômage de masse.
16:52En Lorraine, les usines ferment.
16:54En mars 1979, à Paris, des sidérurgistes et des jeunes chômeurs d'extrême-gauche
16:59avaient pris pendant quelques heures le contrôle du centre de la capitale.
17:04Des images d'insurrections urbaines jamais vues depuis 1968.
17:14Les politiques, eux, ne semblent préoccupés que par leur propre destin.
17:20Valéry Giscard d'Estaing ne se voit pas perdre l'élection.
17:23Loin du peuple, il s'est enfermé sous les ors de la République.
17:27Jacques Chirac ne pense qu'à remplacer Giscard.
17:30Et pour le peuple de gauche, François Mitterrand n'incarne pas encore l'espoir d'alternance.
17:39Alors le message de Coluche fait mouche.
17:42On est dans la merde en France.
17:44On est dans la merde.
17:45C'est-à-dire que moi, personnellement, ça va, j'ai gagné du pognon et je le dis tout le
17:49temps
17:50et j'en ai rien à foutre, je vais me tirer.
17:51Mais pour ceux qui sont obligés de rester, c'est vraiment le bordel.
17:54C'est vraiment pas bien.
17:55Il y a une pyramide sociale où il y a un mec qui est en haut, tout seul, Giscard,
18:00vous me direz qu'il y a du vent en ce moment là-haut.
18:02Parce qu'il y a beaucoup de mecs qui veulent sa place.
18:04Et plus on descend, plus on est nombreux.
18:05Et quand on arrive en bas, on est vraiment dans la merde.
18:08Alors moi, ce que je voudrais, c'est qu'on remue la merde de manière assurée.
18:10C'est donc vraiment une histoire de merde, ma candidature.
18:13Je voudrais qu'on remue la merde et que l'odeur monte jusqu'au nez des mecs qui dirigent
18:17et qu'au lieu d'être tourné vers l'extérieur du pays,
18:19ils se tournent un peu vers l'intérieur et qu'ils disent
18:20qu'est-ce qu'il y a, qu'est-ce qui se passe, qu'est-ce qu'ils ont ceux
18:23-là ?
18:23Ah merde, on leur prend tout leur pognon.
18:25Ah oui, il faudrait leur en laisser un peu.
18:29Suivi par la caméra de Romain Goupil,
18:31Coluche met en scène ses déplacements de campagne.
18:35En gardant son style très décalé, il fait passer un message.
18:40Il ira jusqu'au bout, il va falloir compter avec lui.
18:44Ma queue de pied restait coincé dans la voiture.
18:47Eh bien, nous voici arrivés dans une municipalité
18:51qui s'apprête à me fournir une signature.
18:57C'est la première signature.
18:58Surtenir ma candidature, il s'agit d'une des premières signatures, en effet,
19:01que nous allons recueillir ici grâce à nos amis qui nous attendent.
19:06Monsieur le maire, je suis absolument ravi pour...
19:10Les hommes politiques qui s'intéressent à ma candidature de plus en plus
19:14me le prouvent que je peux avoir 500 signatures.
19:17Parce qu'eux, ils savent très bien d'une part au gouvernement
19:20qu'ils n'ont jamais rien fait pour les petits maires,
19:22que les petits maires ont leurs problèmes à résoudre entre eux
19:25et que de l'argent de l'extérieur pour en avoir, pour faire améliorer le sort des gens,
19:28il faut cavaler après.
19:29Puis on ne l'a jamais, on n'a que des promesses à la place.
19:31Et ils le savent, eux, qu'un clown...
19:33Ce qui est formidable dans l'histoire, c'est qu'ils ont mis la barre des 500 signatures
19:37pour éviter les rigolos, et c'est le pire des rigolos qu'ils vont avoir.
19:42La royauté avait son bouffon, et le bouffon permettait de dire des vérités,
19:46et moi, si Coluche, il veut dire des vérités à l'écran,
19:48il n'y a aucune raison qu'on ne l'empêche de dire ça.
19:50Et je donne ma signature pour que Coluche se présente.
19:5416 décembre 1980,
19:57deux mois seulement après la déclaration de candidature de Coluche,
20:00le journal du dimanche fait sa une.
20:0316% des Français ont envie de voter pour lui.
20:06Beaucoup de gens tombent de leur chaise, quand même,
20:08parce que...
20:10Vous imaginez, Charlot se présentant aux Etats-Unis contre Roosevelt
20:15et faire 16%, si je puis dire, vous voyez.
20:18C'est une première inimaginable.
20:28Dès lors, tout change.
20:31Le nouvel observateur titre « La France de Coluche ».
20:35Un peu partout, des comités de soutien se mettent en place.
20:39C'est pour qui ?
20:40C'est pour François ?
20:42Pour Coluche.
20:43L'élection présidentielle en France
20:46et la rencontre entre un homme et un pays à un certain moment,
20:51eh bien, oui.
20:52Coluche, ça ne pourra pas être pire que ce qu'on a vu jusqu'à présent.
20:55Ça sera la 6e République,
20:57elle ne sera pas pire que la 5e,
20:58qui n'était pas pire que la 4e.
20:59On va monter aussi un comité, j'espère, en Auvergne,
21:02c'est-à-dire les Auvergnats coluchiens.
21:04Cette candidature bidon, cette candidature pour rire,
21:10cristallise autour d'elle toutes sortes de sympathies.
21:16Les amis, les soutiens prennent désormais la parole publiquement.
21:20Un vent de révolte souffle sur le pays.
21:23C'est-à-dire Coluche, si vous voulez, je ne vote jamais,
21:26mais s'il a ces 500 voix, je lui promets d'aller me lever le dimanche
21:29et d'aller me voter pour lui, ça c'est certain.
21:32Le risque de voir Coluche fausser complètement
21:36par sa seule présence l'élection présidentielle
21:39devient une hypothèse réaliste, une hypothèse à envisager
21:43et qui affole le monde politique.
21:46En France, depuis toujours, les élections se jouent à 4 points.
21:51Encore, je suis large, 2 points, toujours.
21:54C'est 47, enfin 47, 48, entre la droite et la gauche.
21:58Il suffit qu'ils appellent pour un côté ou pour l'autre
22:02et sur les 16 points, il y en a bien 2 qui vont le suivre quand même.
22:05Et là, ça devient éminemment politique.
22:08Tout devient politique.
22:11Qui sont donc ces électeurs prêts à voter pour un clown ?
22:15Le camp socialiste sait que la France de Coluche
22:17risque d'empiéter sur celle de François Mitterrand.
22:20Pour le peuple de gauche, le futur président est encore perçu
22:24comme un apparat chic de la 4ème République.
22:27Il y a énormément de gens qui trouvent qu'ils n'ont aucune envie
22:31de voter Mitterrand, même en se pinçant le nez.
22:39Mitterrand, c'est quand même quelqu'un qui est resté très en retrait en 68,
22:42qui a eu maille à partir avec des gens de la génération de la guerre d'Algérie.
22:45Donc, si vous voulez, il y a beaucoup de gens,
22:47on prononce Mitterrand et c'est un chiffon rouge.
22:49Donc, ils trouvent que Coluche, bah oui, ça, voilà.
22:53Et puis, au premier tour, on s'en fout, on verra bien au second tour.
22:56Donc, au premier tour, il faut qu'on mette un grand, un pavé dans la mare.
23:03Le publicitaire Jacques Séguéla s'occupe alors de l'image de François Mitterrand.
23:07Comme tout le camp socialiste, il s'interroge.
23:11Au début, tout le monde rit.
23:13Et puis, tout d'un coup, les socialistes rient jaune au lieu de rire rose.
23:22Ils avaient rire rose en se disant, finalement, ça nous apporte du mouvement.
23:25Tout ça, c'est un peu la gauche qui se remue, c'est créatif, donc c'est de gauche.
23:28Et puis, quand tout d'un coup, ça commence à faire 10, 12 %,
23:32ils disent, mais attention, est-ce qu'on va simplement être au second tour ?
23:36Parce que le phénomène qui se passera après avec Le Pen
23:41aurait très bien pu se passer avec Coluche.
23:44Ces légendaires 16% attribués à Coluche,
23:48ils n'enlèvent pas trois voix à Giscard.
23:52Ce n'est pas l'électorat UDF, ce n'est pas Neuilly, ce n'est pas Passy,
23:55ce ne sont pas les gens raisonnables,
23:57ce ne sont pas les chefs d'entreprise qui vont voter pour Coluche.
23:59Il a le loup de gauche, il a une salopette.
24:01Il n'a pas un complément instant de banquier ou de président d'électeur général.
24:07Et puis, il a le langage de la gauche, il a les mots de la gauche,
24:09il parle en slogan comme la gauche.
24:10Et puis, ses valeurs sont profondément des valeurs de partage, de solidarité.
24:16Non, c'est Mitterrand, c'est le candidat de la gauche,
24:19non communiste, qui est directement menacé.
24:22Un phénomène inattendu vient donner un deuxième coup de massue
24:26aux candidats socialistes.
24:28Les plus grands intellectuels du pays rallient Coluche.
24:32Le psychanalyste Félix Guattari.
24:35Le très influent philosophe Gilles Deleuze.
24:38Et même le sociologue Pierre Bourdieu, professeur au Collège de France,
24:42l'un des intellectuels français les plus prestigieux.
24:46Étudié jusque dans les universités américaines.
24:50Tous ensemble pour leur foutre au cul avec Coluche,
24:52le seul candidat qui n'a pas de raison de mentir.
24:54Quand vous vous déclarez pour Coluche,
24:56c'est une déclaration pour quelque chose qui n'est pas.
24:59Et contrairement, j'allais dire, aux candidats aujourd'hui
25:02qui s'imaginent qu'avec 5 ou 10%,
25:04ils vont devenir président de la République et qu'ils font comme ci.
25:06Là, c'est clairement avoir quelqu'un qui au moins ne fait pas comme ci
25:10et déclare, je vous préviens, mon truc c'est...
25:13Voilà.
25:14Alors ça, il y a plein de gens...
25:15Ça, ça plaît aux intellectuels.
25:17Oui, ça plaît.
25:17Parce que les intellectuels, les grands intellectuels,
25:19sont dans une haine et une négation de la sphère institutionnelle
25:23qui a une caractéristique française.
25:24Donc les Bourdieu, les Failles, les Deleuze,
25:28pensent qu'enfin, un mec issu de la société civile
25:31va prendre la parole pour le peuple.
25:33Je pense à Bourdieu, par exemple,
25:35qui, lui, estime que le texte J'appelle les fainéants,
25:38enfin, cette profession de foi,
25:41qui est parue dans Charlie Hebdo,
25:44lui estime que c'est un texte qui a la valeur
25:47de la Déclaration des droits de l'homme de 1789.
25:50Pierre Bourdieu, il me l'a dit.
25:53Il me l'a dit.
25:57Désormais, chez Coluche, dans le 14e arrondissement de Paris,
26:00chaque soir, un étrange comité révolutionnaire se réunit.
26:06Il y avait des tablées vastes tous les soirs,
26:09et c'était les 3e parties de soirée
26:13après la représentation du gymnase.
26:15Et quand il a commencé à recevoir les intellectuels,
26:17alors vous aviez Johnny Hallyday,
26:20Gilles Deleuze,
26:22Carlos,
26:24tous ceux qui fréquentaient la maison
26:25et qui se retrouvaient tout d'un coup
26:28sandwichés par des penseurs
26:31et des personnages de la Sorbonne,
26:35de l'école des hautes études,
26:37comme ça,
26:37qui avaient une réflexion autre.
26:41De nombreux socialistes craignent le danger
26:43d'une candidature Coluche.
26:45D'autres, au contraire,
26:47perçoivent un atout supplémentaire
26:49pour discréditer Giscard, le président sortant.
26:53J'étais furax contre
26:55certains dirigeants du Parti socialiste
26:57qui tapaient sur Coluche.
26:58Moi, je trouvais ça idiot
27:00et je suis allé le dire à Mitterrand.
27:06Je suis allé voir dans son petit bureau
27:09de la rue de Bièvre,
27:11et puis on a parlé pas mal de temps,
27:12j'osais pas aborder la question de Coluche,
27:14et puis alors, à ma grande surprise,
27:15à la fin de la conversation,
27:17il me dit,
27:18François, qu'est-ce que vous pensez de Coluche ?
27:20Je lui dis,
27:21mais monsieur le président,
27:22je trouve que c'est un type formidable,
27:24intelligent,
27:26et finalement,
27:27je ne comprends pas
27:28pourquoi certains au Parti socialiste
27:31la câblent,
27:32tapent dessus.
27:33Il m'a dit, vous avez raison,
27:34je vais faire en sorte
27:35qu'on cesse de l'attaquer.
27:42En fait, c'est le camp de la droite,
27:44celui du président Giscard d'Estaing,
27:46qui va tout faire
27:47pour pousser Coluche
27:48à retirer sa candidature.
27:51Car le clown devient
27:52de plus en plus incontrôlable.
27:55Il quitte peu à peu
27:56le registre de la farce
27:57et s'en prend à tous les pouvoirs.
28:00Sa cible de prédilection,
28:01la police.
28:03Marseille,
28:04un C.A.S.
28:04tu es un adolescent.
28:05D'origine marocaine.
28:07Ah, c'est bon.
28:08Violence policière,
28:0914 morts en 80 ans.
28:11Monsieur Christian Bonnet,
28:12la police n'est pas noyautée
28:13par l'extrême droite.
28:14Eh bien,
28:14c'est pas la peine
28:15de le mettre si gros,
28:15alors,
28:17s'il n'y a rien à dire.
28:18Et ça,
28:19c'est un mort ou un blessé
28:20par jour par la police
28:21depuis le 1er janvier.
28:22Donc,
28:23effectivement,
28:23ça m'intéresse.
28:24Vous voyez,
28:25le 7 janvier,
28:25un mort.
28:26Le 9 janvier,
28:27deux morts,
28:27un blessé.
28:28Le 9 janvier encore,
28:30un tabassé seulement.
28:30C'était un arabe remarqué.
28:32On peut quand même rigoler.
28:34Le 10,
28:34un flic arrêté pour vivre.
28:36Le 13,
28:36un mort.
28:37Un flic,
28:38j'ai tiré,
28:38mais c'est ricochet
28:39et compte humasse,
28:39vous savez.
28:40C'est les deux grands responsables.
28:41Ceux qui sont morts
28:42n'étaient peut-être pas tous
28:43non plus des gentils garçons.
28:44Non,
28:44mais ils étaient tous blessés par ça.
28:45Ils étaient peut-être armés aussi,
28:46non ?
28:47Expliquez-moi ce que les policiers
28:48foutent dans le dos des arabes
28:49avec un revolver à la main
28:50et à chaque fois,
28:51ils tombent.
28:52Racontez-moi pourquoi,
28:52du moment où il y a une raison.
28:53Moi, je suis d'accord.
28:54Le problème,
28:54c'est qu'il n'y a pas de raison.
28:56C'est ça le problème.
28:57Enfin,
28:57il y en a une en fait,
28:58oui.
28:59C'est que les policiers
28:59se croient extrêmement couverts.
29:02Pendant que Coluche
29:03attaque la police
29:03en pleine lumière,
29:06celle-ci enquête sur lui
29:07dans l'ombre.
29:10Quelles sont ses motivations
29:11et ses soutiens ?
29:14Les renseignements généraux
29:15épluchent le passé
29:16et les idées politiques
29:17de son entourage
29:18le plus proche.
29:22Et d'abord,
29:23sa femme.
29:24Véronique,
29:25née Cantor.
29:27Elle avait manifesté
29:28une certaine sympathie
29:30avec le gauchisme
29:31dès 1968.
29:34Elle aurait été proche
29:35d'un groupe
29:36dont la tendance
29:36est marxiste révolutionnaire.
29:41Dans leurs fiches,
29:42les policiers rapportent
29:44que la femme de Coluche
29:45était même abonnée
29:46à un journal trotskiste,
29:47organe de la Ligue communiste,
29:50au Journal Rouge.
29:56Ils prétendent que j'étais
29:58abonnée au Journal Rouge.
30:00Je crois ne l'avoir jamais reçu.
30:01J'ai peut-être un jour,
30:02je ne sais pas,
30:03donné dans une soirée,
30:07effectivement,
30:08d'un meeting de gauche,
30:10soit mon nom
30:11ou quelqu'un l'a donné
30:12pour moi.
30:14Et puis,
30:15les deux principaux conseillers
30:17de Coluche
30:17dans cette aventure présidentielle
30:19sont des figures publiques
30:20de l'extrême-gauche.
30:23Pendant mai 68,
30:25Romain Goupil
30:26menait la révolte lycéenne.
30:28Un an après,
30:30il s'occupe de la campagne
30:31présidentielle d'Alain Krivine
30:33à la LCR.
30:36L'autre conseiller de Coluche,
30:38c'est Maurice Najman.
30:40Lui aussi aux avant-postes
30:42lors de la révolte de 1968.
30:45Ici,
30:46avec Daniel Cohn-Bendit.
30:48Maurice Najman,
30:49c'est un haut responsable
30:51de l'action marxiste révolutionnaire,
30:53de l'AMR,
30:54un ex-gauchiste
30:55qui est toujours marxiste.
30:57C'est quand même pas blanc-bleu, ça.
31:00Donc la droite a peur de vous ?
31:02Disons qu'elle a raison
31:03de s'interroger.
31:04Qu'est-ce qu'ils veulent faire ?
31:06Qu'est-ce qu'ils veulent faire ?
31:08Les amis de Coluche
31:09veulent-ils renverser le pouvoir ?
31:12L'humoriste
31:13est désormais surveillé
31:1424 heures sur 24
31:15par un service bien particulier
31:17des renseignements généraux.
31:21Il s'agit des RG
31:22de la préfecture de police de Paris
31:24où travaillent
31:25des policiers spécialisés
31:27dans la lutte
31:27contre les gauchistes.
31:29Des policiers
31:30qui appartiennent
31:30notamment
31:32au groupe de direction.
31:35Le patron du groupe
31:36de direction
31:36pouvait être reçu
31:38dans la quart d'heure
31:39qui suivait
31:40ou l'heure qui suit
31:40par le ministre
31:42de l'Intérieur.
31:48Est-ce que le groupe
31:49de direction
31:50était un État
31:51dans l'État, justement ?
31:53C'était devenu
31:54un État
31:54dans l'État policier,
31:55quand même.
31:55Si ce n'est pas
31:56un État dans l'État,
31:57un État dans l'État policier.
31:59Le groupe de direction
32:00est dirigé
32:01par Philippe Massoni
32:02jusqu'en 1976.
32:04Cambriolage,
32:05menace,
32:06les rumeurs
32:06les plus folles
32:07courent sur les méthodes
32:08de ces policiers
32:09très politiques.
32:10On dit
32:11que le groupe de direction
32:13c'était aussi
32:14un endroit
32:14où il y avait
32:14beaucoup de coups tordus.
32:17Écoutez,
32:17là c'est vous
32:18qui le dites.
32:19Il y avait des coups tordus,
32:20ça dépend
32:20de ce qu'on entend
32:21par coup tordu.
32:22Un coup tordu,
32:23c'est un coup
32:23qui n'est pas droit.
32:24C'est ça que je voulais dire.
32:26Bon,
32:26maintenant,
32:27la ligne droite,
32:28est-ce que c'est
32:28la meilleure technique policière ?
32:30Je n'en suis pas convaincu.
32:32J'en resterai là.
32:34Pourquoi le groupe de direction
32:36et les cellules
32:37antigauchistes
32:37ont-elles autant de pouvoir ?
32:39Pour le comprendre,
32:41il faut remonter à 1968.
32:47Mai 68,
32:49étudiants et ouvriers
32:50se retrouvent dans la rue.
32:52Au-delà des revendications matérielles,
32:55les manifestants
32:56veulent renverser le capitalisme,
32:58la société de consommation
32:59et le régime gaulliste.
33:05marxistes,
33:06léninistes,
33:07trotskistes,
33:08maoïstes
33:09ou anarchistes
33:10mènent la révolte.
33:12Un mois de guérilla urbaine
33:13en plein Paris.
33:15Le pays est paralysé
33:16pendant trois jours.
33:17Le général de Gaulle disparaît.
33:19Mai 68 a été
33:21un véritable traumatisme
33:22dans la société française
33:23et au sein
33:25de la classe politique
33:25en particulier.
33:27Parce qu'en mai 68,
33:28quand le général de Gaulle
33:30est parti à Baden-Baden
33:31voir Massu,
33:32on se demandait
33:33si l'État
33:34n'allait pas s'écrouler,
33:35si tout n'allait pas...
33:36La Sorbonne était bloquée.
33:38Enfin,
33:39il y a eu une période
33:40où tout aurait pu basculer.
33:42Il n'y a pas eu
33:42un autre pays dans le monde
33:44où le pouvoir politique
33:45s'est trouvé aussi vacillant
33:48et aussi menacé
33:49par ce qui se passait
33:51dans la rue.
33:57Et c'est à la mesure
33:59de la peur
34:00qu'avait eu le pouvoir
34:01en place
34:02qu'il y a eu
34:03l'engagement
34:05de la surveillance
34:06de ce milieu
34:11gauchiste.
34:13En mai 68,
34:15le pouvoir gaulliste
34:16n'a rien vu venir.
34:18Alors,
34:18dès le mois de juin,
34:19un homme a poignet
34:20nommé au ministère
34:21de l'Intérieur.
34:23Il s'agit
34:24de Raymond Marcelin.
34:25Sa principale mission,
34:27lutter contre
34:27les gauchistes
34:28devenus
34:29l'ennemi intérieur.
34:32Il y avait un fichier
34:33qui a été dissous aussi,
34:34qui a été supprimé,
34:35qui s'appelait
34:35le fichier
34:36mouvement révolutionnaire
34:37où on fichait
34:37tous les gens
34:38d'extrême gauche,
34:40c'est-à-dire
34:40censés
34:40faire de l'agitation.
34:44C'est aussi
34:44à cette époque
34:45que le groupe
34:46de direction
34:46est créé.
34:47Mais lorsqu'à la fin
34:48des années 70,
34:50maoïstes,
34:50trotskistes
34:51ou anarchistes
34:52perdent leur influence,
34:53la peur des gauchistes
34:55reste ancrée
34:56dans les services.
34:57Les RG
34:57continuent à les considérer
34:58comme ennemis d'État.
35:00Le groupe de direction
35:01et les cellules
35:02antigauchistes
35:03fonctionnent
35:03à plein régime.
35:08En 1980,
35:10c'est cette police
35:11politique
35:12qui s'occupe
35:13de Coluche.
35:15Car lorsque
35:16le journal du dimanche
35:17le place à 16%
35:18d'intention de vote,
35:19Christian Bonnet,
35:20le ministre de l'Intérieur,
35:21prend peur.
35:29L'idée,
35:29c'est pas
35:30Coluche est devenu
35:31un dangereux révolutionnaire,
35:32le jour il est comique,
35:34la nuit,
35:34il fabrique des bombes
35:35dans sa cave,
35:36c'est pas du tout ça.
35:42L'idée,
35:42c'est,
35:43il y a autour de lui
35:44des gens
35:44qui le manipulent,
35:45qui utilisent son grand cœur,
35:46qui l'utilisent,
35:47etc.,
35:48pour le manipuler
35:49et en faire
35:50un porte-drapeau.
35:51Les RG
35:52vont alors alimenter
35:53plusieurs enquêtes
35:54journalistiques
35:55à charge
35:56contre Coluche.
35:57Dans l'Express,
35:59six pages
35:59sur la vraie nature
36:00de Coluche.
36:08Ils commencent
36:09à trouver
36:09que la farce
36:10a assez duré.
36:12Or,
36:13l'article du journal
36:14est en grande partie
36:15inspiré du dossier
36:16RG de Coluche.
36:18La version RG
36:19explique.
36:20Le 2 janvier 1979,
36:23il avait franchi
36:24un feu rouge
36:24puis insulté
36:25les gardiens
36:26de la paix.
36:27Sous la plume
36:28du journaliste
36:28de l'Express,
36:29la prose policière
36:30fleurit un peu.
36:32Il avait,
36:32le 2 janvier 1979,
36:35grillé un feu rouge
36:36et traité d'enculé
36:36les deux gardiens
36:37qui le verbalisaient.
36:41L'Express sort
36:43cet article
36:43pour discrediter Michel.
36:45Quelques jours plus tard,
36:46le journal
36:46d'extrême droite
36:47Minute
36:47publie carrément
36:48une photo
36:49anthropométrique
36:50et titre
36:51La bavure de Coluche.
36:56En guise d'article,
36:57un extrait
36:58de son casier
36:59judiciaire.
37:01En 1963,
37:02le jeune
37:03Michel Colucci
37:04a volé
37:04des couteaux,
37:06coupe-papiers,
37:07porte-clés,
37:08cuillères,
37:08blaireaux
37:09pour une valeur
37:10de 1220 francs
37:11environ.
37:13Les informations
37:14sont là encore
37:15tout droit sorties
37:16du rapport RG.
37:18Elles datent bien
37:18de 1963.
37:21Michel Colucci
37:21avait dérobé
37:2214 couteaux
37:23de poche,
37:246 coupes-papiers,
37:2524 porte-clés,
37:2618 cuillères
37:26souvenirs,
37:273 blaireaux.
37:29Le tout
37:30pour une valeur
37:31approximative
37:32de 1220 francs.
37:37Ils le sortent
37:38parce qu'il y a
37:39la photo
37:39anthropométrique,
37:41parce qu'il y a
37:42une addition
37:43d'objets volés
37:44qui sont...
37:45C'est un inventaire
37:47à l'après-vert.
37:47Il avait 16 ans
37:48et volait
37:493 rasoirs
37:50ou 2 rasoirs.
37:51C'est ridicule,
37:52c'est même pas
37:52un tombereau de rasoir.
37:54C'est rien.
37:55Qui pourra se présenter
37:56une première estimation
37:57de Pierre-Alain ?
37:59Qui peut espérer
38:00obtenir...
38:01Cela ne suffit pas
38:02pour arrêter Coluche.
38:03Au journaliste,
38:04il fait croire
38:05qu'il a dépassé
38:06les 500 signatures
38:07d'élus,
38:08condition sine qua non
38:09pour chacun
38:10des candidats.
38:12Coluche, 650.
38:15Cette fois,
38:16les renseignements généraux
38:17vont tenter
38:18de le déstabiliser
38:19d'une façon plus directe.
38:21Sous une mansarde
38:22de la préfecture
38:23de police de Paris,
38:24une dizaine
38:25de policiers
38:25antigauchistes
38:26reçoivent des instructions.
38:28Aujourd'hui,
38:29un ancien inspecteur
38:30DRG raconte
38:31l'opération Coluche
38:32sous couvert d'anonymat.
38:34Au RG,
38:35il y a toujours eu
38:36le légal et l'illégal.
38:43Concernant Coluche,
38:44le groupe a reçu
38:46à ce moment-là
38:46des consignes
38:49plus directes
38:50d'intervenir
38:52afin de lui faire
38:54réellement peur
38:55de le menacer
38:56physiquement
38:57ou sur ses véhicules,
39:00notamment sur des motos,
39:02ou chez lui.
39:05Chez lui,
39:06à Paris,
39:06dans le 14e arrondissement,
39:09Coluche reçoit
39:09beaucoup de courriers
39:11et, entre autres,
39:13cette lettre.
39:18Dans la campagne,
39:20je m'occupais du courrier.
39:26L'ambiance n'était pas
39:27du tout amusante.
39:31Véronique commençait
39:31à trouver ça
39:32moins drôle aussi.
39:34pas tout le monde,
39:34d'ailleurs.
39:37On faisait attention,
39:38on faisait attention
39:38aux enfants.
39:39C'était lourd.
39:40C'est devenu lourd.
39:42Et il y a eu
39:43quatre courriers
39:44de menaces
39:44comme celui-ci.
39:46Les menaces
39:47se sont faites
39:48plus précises.
39:49Menaçantes,
39:50dans le sens
39:50qu'elles étaient répétitives.
39:52La fréquence
39:54augmentait
39:54dans le but
39:55de le faire
39:56lâcher prise
39:57sur son idée
39:59totalement
39:59parfumée
40:00d'être candidat.
40:03Un jour
40:04du mois de décembre
40:051980,
40:06Gérard Collet,
40:07l'un des proches
40:08conseillers de François Mitterrand,
40:09vient sonder Coluche
40:10sur ses intentions.
40:12Le rendez-vous a lieu
40:13chez Coluche.
40:14Il est 10h du matin.
40:15Il y a
40:16le courrier du jour.
40:17Il passe en revue
40:18les enveloppes
40:20jusqu'à ce qu'il tombe
40:22sur une,
40:23qu'il ouvre.
40:28Et là,
40:30changement
40:31de physionomie,
40:32il devient
40:33franchement triste.
40:36Et puis,
40:38il balance
40:39la lettre
40:40qui était dans l'enveloppe
40:41sur la table
40:42et on lit
40:43en caractère
40:46bâton
40:46classique
40:48des journaux
40:48découpés.
40:51Dernier avertissement,
40:53un cercueil
40:54et
40:55honneur de la police.
40:57Ça,
40:57vous l'avez lu,
40:58vous ?
40:58Oui,
40:59je l'ai lu.
41:00Ça,
41:00je l'ai lu sous le nez.
41:02Ce que son visage
41:03a trahi,
41:04c'était
41:06encore
41:08ça insiste,
41:10il y en a marre.
41:12Les lettres
41:13sont signées
41:14Honneur de la police,
41:15le groupe armé
41:16qui a revendiqué
41:17quelques mois auparavant
41:18l'assassinat du gauchiste
41:19Pierre Goldman.
41:21Pour Coluche,
41:22c'est sans doute du bluff.
41:23Mais c'est une vraie
41:24menace de mort.
41:25Les RG
41:26semblent donc prêts
41:27à tout
41:27pour décourager
41:28un opposant.
41:30Ces méthodes
41:31d'intimidation
41:32vont d'ailleurs
41:32perdurer
41:33bien après Coluche.
41:34En 1987,
41:36un nouveau dérapage
41:37attribué
41:38à la cellule
41:38antigauchiste
41:39va faire la une
41:40de l'actualité.
41:41Il s'agit
41:42du cambriolage
41:42de SOS Racisme.
41:44Le pouvoir
41:45n'avait pas hésité
41:45à utiliser
41:46des services
41:47de renseignement
41:48pour commettre
41:49des délits,
41:49en l'occurrence
41:50un cambriolage.
41:56Un jour,
41:57quand on est arrivé
41:58à SOS Racisme,
42:00au siège
42:00de l'association,
42:02il y avait un petit peu
42:03plus de désordre
42:04que d'habitude,
42:04c'est pas que c'était
42:05bien rangé d'habitude,
42:06mais ce qui était
42:06frappant,
42:07c'est qu'il y avait eu
42:08visiblement
42:09une infraction,
42:10mais il n'y a pas eu
42:12de vol de matériel,
42:13de machines à écrire,
42:14de choses qui pouvaient
42:15avoir un petit peu
42:15de valeur
42:16pour des cambrioleurs.
42:17En revanche,
42:17les tiroirs avaient été
42:18retournés
42:19et il manquait
42:19quelques documents.
42:20Rien ne nous a été
42:22épargné.
42:23Toutes les embusses...
42:24Arlem Désir,
42:25le président
42:26de SOS Racisme,
42:27est charismatique.
42:28Il fédère
42:29lycéens
42:30et étudiants
42:31lors de concerts
42:32et de manifestations.
42:33Il tape sur la politique
42:35du gouvernement de droite.
42:37François Mitterrand
42:37est à l'Elysée,
42:39Jacques Chirac
42:40à Matignon,
42:41le spectre
42:42de mai 68
42:42réapparaît
42:43dans les services.
42:46Maurice,
42:46le policier
42:47qui raconte
42:48l'opération Coluche,
42:49faisait aussi partie
42:50du commando
42:51à SOS Racisme.
42:53Arlem Désir,
42:53c'était le créateur,
42:55un des créateurs
42:56de Touche pas mon pote.
42:58C'était lié
42:58aussi avec Coluche,
42:59c'était à la même époque,
43:00c'est lui qui avait
43:00lancé le mouvement
43:01Touche pas mon pote
43:03avec le dessin
43:04de la main jaune.
43:05Donc le groupe
43:06s'était mis sur lui ?
43:08Également.
43:09Également.
43:10Et la consigne,
43:10c'était quoi ?
43:12La consigne,
43:12c'est pareil,
43:13c'était montrer
43:13qu'on les suivait,
43:14donc il fallait pas
43:15trop qu'ils déconnent.
43:16Lors du cambriolage
43:17de SOS Racisme,
43:19les policiers
43:19des renseignements généraux
43:21sont quatre
43:21à retourner
43:22placards et tiroirs.
43:24On cherchait,
43:25là,
43:26c'était avant tout
43:26ces contacts,
43:28disons,
43:29financiers.
43:29Vous vous en avez dit ?
43:30Non,
43:32je ne me rappelle plus,
43:32mais des chants
43:34qu'il lui avait donnés
43:35ou alors des chèques
43:36qu'il avait reçus.
43:37Donc ça a été
43:38de trouver
43:39les,
43:41disons,
43:41niveau banque,
43:43voilà,
43:44tout papier,
43:45tout carnet,
43:46tout carnet,
43:47toute carte de crédit
43:48qu'on pouvait identifier,
43:49c'était pas avec
43:50les cotisations
43:51des adhérents
43:52qui pouvaient vivre.
43:551992,
43:57la gauche est à nouveau
43:58au pouvoir.
43:59Le ministre de l'Intérieur,
44:01Pierre Jox,
44:01confie à Harlem Désir
44:03que les documents volés
44:04ont été retrouvés
44:05dans les bureaux
44:06des renseignements généraux.
44:09On le sait,
44:10les méthodes de basse police
44:12n'ont pas réussi
44:13à faire taire
44:14Harlem Désir.
44:16De la même façon,
44:17les menaces de mort
44:18n'ont pas poussé Coluche
44:20à renoncer
44:20à sa candidature.
44:22Coluche,
44:23ça le stimulait
44:24parce qu'il avait envie
44:25d'aller encore plus
44:28au bout des choses
44:30de ce qu'il avait entrepris.
44:31Parce qu'il sentait
44:32qu'il dérangeait ?
44:35Il sentait,
44:36oui,
44:36qu'il dérangeait
44:36puis il sentait
44:37qu'il avait des voix,
44:39il avait quelque chose
44:41en main.
44:41C'était pas juste
44:43une boutade
44:44comme au début
44:44où il l'avait lancé
44:45plus ou moins.
44:46Donc,
44:46il avait envie
44:47d'aller jusqu'au bout,
44:48oui.
44:50Quelques jours auparavant,
44:52un événement tragique
44:53avait aussi semé
44:54l'inquiétude
44:55dans la petite bande
44:56de Coluche.
45:01Le cadavre d'un homme
45:02de 40 ans
45:03découvert avec deux balles
45:04dans la nuque
45:05dans une clairière
45:06de Gournay-sur-Marne
45:07n'aurait fourni sans doute
45:08qu'un fait divers
45:09en trois lignes
45:10si,
45:11après vérification
45:12de son identité,
45:13on ne s'était aperçu
45:14que René Gorlin,
45:15c'est le nom
45:16de la victime,
45:17était un proche
45:17de Coluche.
45:19Il s'agit en fait
45:20du régisseur
45:21de Coluche.
45:22Plus tard,
45:23on découvrira
45:24que cet assassinat
45:25est un crime passionnel.
45:26Mais lorsqu'il sort
45:28du commissariat
45:28où il a été convoqué,
45:30Coluche n'est pas
45:31encore au courant.
45:35Ça n'en a rien à voir
45:36avec votre récente déclaration,
45:37votre récente candidature
45:38aux élections ?
45:39J'espère que non.
45:41J'espère que non
45:42parce que si des gens
45:44qui sont des professionnels
45:45de la politique
45:46agissent comme ça
45:46vis-à-vis des candidats,
45:47ça va leur retomber
45:48sur le nez
45:48parce que je n'ai pas
45:49l'intention de me taire
45:50si je le sais.
45:51Je crois que là,
45:51ça a été le pompon
45:53parce qu'on était quand même
45:54persuadés que c'était
45:54lié à la campagne.
45:56On ne savait pas du tout
45:56ce qu'il y a.
45:59Après, on a appris
45:59évidemment que c'était
46:00sa femme qui l'avait tuée
46:01mais sur le moment,
46:01on ne savait rien
46:03et là, c'était devenu
46:04vraiment inquiétant.
46:08L'univers de Coluche
46:09est en pleine tourmente
46:12et les réactions
46:13des uns et des autres
46:14sont très diverses.
46:17On avait deux enfants
46:18petits, 4 et 8.
46:21S'il y avait eu
46:22la moindre menace,
46:24bien évidemment,
46:26au minimum,
46:27peut-être tout le monde,
46:28mais au minimum,
46:29les enfants et moi,
46:30on aurait quitté la maison.
46:32ils partaient tous les deux
46:33le matin à l'école
46:35du quartier,
46:36l'école publique
46:37et on n'a jamais bougé.
46:39Je veux dire,
46:39on n'était pas inquiet
46:40une seconde.
46:42Les renseignements généraux
46:44n'ont donc définitivement
46:46pas réussi à faire
46:46taire Coluche.
46:48Au théâtre du gymnase,
46:49chaque soir,
46:50ils continuent de s'amuser.
46:59malgré tout,
46:59peu à peu,
47:00la candidature change
47:01de visage.
47:03Le clown s'est pris au jeu
47:04et veut désormais
47:05fédérer tous les râleurs.
47:06motard en colère,
47:08anti-fisque,
47:10contre les usagers
47:11de la télé,
47:13contre l'utilisation
47:14des emballages en carton.
47:16Tous les mecs qui gueulent,
47:17qui sont dans des associations
47:18et tout,
47:18il va faire un rassemblement
47:20de ceux-là.
47:22Coluche se rapproche
47:23du premier des râleurs.
47:24À l'époque,
47:25Gérard Nicou
47:26et son syndicat,
47:27le Cidunati,
47:28remplissent des stades.
47:29Il représente
47:30une France réactionnaire
47:31loin,
47:32très loin
47:32des idées de Coluche.
47:35Pourtant,
47:35l'humoriste décide
47:36de le voir.
47:37Le rendez-vous a lieu
47:38un soir,
47:38chez Coluche,
47:39juste après le spectacle.
47:42On se retrouve
47:42chez lui
47:43et les gens rentrent,
47:45ils sortent,
47:45puis il y a
47:47une ambiance
47:47qui se crée.
47:53Et puis après,
47:53on est rentré
47:54dans la conversation
47:55et là,
47:55il est arrivé
47:55beaucoup de monde.
47:56Et ce monde
47:57m'a ignoré totalement
47:58parce que je crois
47:59qu'il ne les a pas prévenus.
48:00Alors,
48:00il était surpris,
48:01il était chez Coluche,
48:02je n'avais pas trop crié,
48:03c'était lui
48:03qui m'avait invité.
48:04Mais,
48:05on s'entendait
48:05très bien
48:06que c'était froid
48:06qu'il se demandait
48:07ce que je faisais là.
48:08Gérard Nécoux
48:08représente
48:09les petits commerçants
48:11et une révolte
48:12contre le fisc
48:13et l'emblème
48:14de ce qu'est
48:15le populisme.
48:17Donc,
48:18ni droite,
48:20ni gauche,
48:20tous les politiciens
48:22pourris.
48:22On ne dit absolument
48:23pas ça.
48:24On ne dit pas ça.
48:26Ce que je faisais là,
48:26c'est simple.
48:27On était en train
48:28de discuter
48:29avec Coluche
48:30des moyens potentiels
48:31qu'on pourrait mettre
48:33en place,
48:34c'est-à-dire du soutien
48:35que je pourrais lui apporter
48:36par l'intermédiaire
48:38des militants
48:38et des militants
48:39de travers la France.
48:40Et là,
48:41il y a un sketch
48:42qui est
48:43tous pourris.
48:44Alors,
48:44les hommes politiques,
48:45on se dit
48:45ça doit être un métier difficile.
48:47Penses-tu ?
48:47C'est très simple.
48:49Les études,
48:49c'est 5 ans de droit,
48:51tout le reste de travail.
48:53Alors,
48:54pour ça,
48:55pour une revanche,
48:56il ne faudra pas compter
48:57sur les 4 hommes politiques
48:59qui sont finis
48:59comme les 3 mousquetaires,
49:00les 5 doigts de la main.
49:02Un pour tous,
49:04tous pourris.
49:06Un pour tous,
49:07tous pourris.
49:07Et c'est à partir
49:08du moment-là
49:09où il va y avoir
49:10une fracture,
49:11une engueulade politique
49:12et le fait
49:12que je m'éloigne
49:13définitivement
49:14de la campagne.
49:15L'alliance Coluche-Gérard-Nicoux
49:17ne se fera jamais.
49:18Le clown va désormais
49:20être de plus en plus seul.
49:22Car à ce moment-là,
49:23un piège très efficace
49:24va se refermer sur Coluche.
49:26Les renseignements généraux
49:27l'écrivent noir sur blanc.
49:29Coluche est interdit
49:30d'antenne à TF1
49:31jusqu'à l'élection présidentielle.
49:34Et l'interdiction
49:35s'étend à toutes les chaînes.
49:36L'amuseur public
49:38se voit refuser l'accès
49:39à une émission humoristique
49:41sur Antenne 2.
49:44Et donc je dis
49:45puisque t'es interdit
49:45à la télé,
49:46on va te faire
49:47une séquence
49:48Coluche-président
49:49dans Colarochaud.
49:56Et donc on a fait
49:57une très très belle séquence.
49:59Tous les ministres
49:59qui étaient habillés
50:00en Coluche.
50:01Bon, un texte,
50:02des textes à la Coluche.
50:07Stéphane Colarro
50:08et son émission satirique
50:09battent des records
50:10de DIMAT.
50:11Le producteur pense donc
50:12pouvoir ignorer
50:13les consignes.
50:15Le gouvernement est dissous.
50:16Et dissous,
50:17c'est pas cher !
50:23Ils avaient été alertés
50:24qu'on était en train
50:26de tourner un truc
50:26avec Coluche, etc.
50:27Donc ils ont envoyé
50:29un représentant de la direction
50:31pour visionner la séquence.
50:32Salut les gonzesses,
50:35salut les vioques
50:36et coucou les mômes.
50:37Sans blague,
50:38merde !
50:41C'est l'ancien président
50:42qui s'entraide
50:43pour les prochaines élections.
50:44Il a le droit de faire ça ?
50:46Je croyais à me terrier
50:47à la télé.
50:47Alors on a eu
50:47un coup de téléphone.
50:49Il faut retirer
50:49cette séquence
50:50de l'émission.
50:52Si vous ne retirez pas,
50:53on ne diffuse pas.
50:54Mais si vous ne diffusez pas,
50:56nous on s'en va,
50:57ben partez.
50:57Il ne fallait pas
50:58qu'on montre Coluche
50:59à la télé.
51:01La seule télévision
51:02à diffuser une interview
51:04de Coluche
51:04est une chaîne anglaise.
51:06Alors il en profite.
51:10Coluche, Coluche,
51:11tell me,
51:11quand vous annoncez
51:12votre candidature,
51:14vous avez des problèmes ?
51:15Oh, même.
51:17Merci, même.
51:18Comment ?
51:18Qu'est-ce que vous pensez ?
51:19Euh, problème,
51:21alors on a...
51:22Censure,
51:23comme on dit ?
51:24Censure.
51:25Censure.
51:25Vous avez censure.
51:27Oui.
51:27Par qui ?
51:29En anglais,
51:31en anglais.
51:32Bon.
51:35Et...
51:37Télévision,
51:39euh...
51:39Comment on dit presse ?
51:40Presse.
51:42Presse.
51:43Presse.
51:43Ça veut dire ça,
51:44en anglais ?
51:44Presse.
51:46Ça veut dire une presse
51:58plus à l'aise.
51:59Il était impressionnant,
52:02médiatiquement.
52:02Il y a eu un rejet des médias
52:04parce que tout d'un coup,
52:05c'est allé trop loin
52:06et les journalistes eux-mêmes,
52:08dont c'est le gagnant,
52:08une élection,
52:09disent,
52:10mais après tout,
52:11si on commence à livrer ça aux comiques
52:13et ne pas laisser ça aux journalistes,
52:17aux politologues,
52:17aux communicants
52:18et aux intellectuels de gauche
52:19et de droite réunis,
52:21qu'est-ce qui va se passer ?
52:22Il était comme une mouche
52:23enfermée dans un bocal,
52:24c'est-à-dire qu'il ne voyait pas l'issue
52:26à cette fermeture.
52:29Comme ça qu'il encerclait
52:30de plus en plus.
52:33Isolé,
52:34sans réelle possibilité
52:36de s'exprimer,
52:36Coluche est pris au piège.
52:38À deux mois du premier tour,
52:39il tente malgré tout
52:40un dernier coup de bluff.
52:43À partir de ce repas,
52:44j'entame une grève de la faim,
52:47mais je pourrais vivre sur la réserve,
52:49qui se terminera
52:51lorsque j'aurais pris des dates
52:53pour faire deux émissions,
52:55une à la radio,
52:55une à la télé,
52:56qui concernent la politique,
52:58à savoir le club de la presse
52:59d'Europe 1
52:59qu'on m'a gentiment refusé
53:00il y a quelques temps,
53:02que je vous ai donc forcé à faire,
53:04et le quart sur table
53:05d'Antenne 2
53:06avec M. Elkavache
53:07qui n'est pas du tout
53:09chef de la censure
53:10comme on pourrait le croire.
53:11À partir de là,
53:13c'est plus une candidature
53:15de clown, clairement.
53:16On a été incapables
53:19de trouver
53:20putain, le truc déconnant
53:21pour finir aussi bien
53:23qu'on avait commencé.
53:24Et là, bon,
53:24oui, oui, oui,
53:25c'est la politique,
53:26c'est comme ça.
53:26À un moment,
53:27on a perdu.
53:28Et du coup,
53:29Michel y a perdu.
53:30Beaucoup.
53:31Un postulant candidat
53:33a quant à lui annoncé
53:34lui-même cet après-midi
53:35qu'il n'avait pas
53:36les signatures nécessaires.
53:37il s'agissait de Coluche
53:39à Strasbourg
53:39qui, à sa manière,
53:41a quitté la scène politique.
53:42J'ai vu d'assez près
53:44certains représentants
53:45des partis politiques
53:45puissants
53:46pour savoir que,
53:47de toute manière,
53:48on ne peut pas
53:50s'entendre avec ces gens-là
53:51parce qu'ils n'ont pas
53:52du tout le même but
53:54que les Français,
53:56si je peux dire.
53:56Ils veulent gagner les élections
53:57et moi, je voudrais
53:58que ce soit les Français
53:58qui gagnent les élections.
54:00Dans l'état actuel
54:00de ma candidature
54:01et de la censure,
54:03je préfère que ma candidature
54:04s'arrête
54:05parce qu'elle commence
54:05à me gonfler.
54:07Ce que je voudrais dire
54:08à ce sujet,
54:08c'est que tant que ça m'a fait rire,
54:10c'était très bien,
54:11à partir du moment
54:12où ça m'a pu faire rire,
54:13évidemment,
54:13ça se gratte un peu, quoi.
54:15Puisque si moi,
54:15ça ne me fait pas rire,
54:16comment je vais faire
54:16pour faire rire les autres ?
54:20Coluche se retire discrètement
54:21sans donner de consigne de vote.
54:245, 4, 3, 2, 1.
54:29François Mitterrand.
54:30Mais le soir du 10 mai 1981,
54:33il est au siège
54:34du Parti Socialiste.
54:41Ce jour-là,
54:43la censure le concernant
54:44est définitivement levée.
54:46« On va gagner ! On va gagner ! On va gagner ! »
54:49Si Mitterrand gagne,
54:50bien sûr que Coluche
54:51y a participé énormément,
54:53énormément.
54:54Bien sûr,
54:54en appelant à voter,
54:56en disant,
54:57en mettant l'accent
54:59que contre la droite,
55:01que sur les Diamants,
55:03que contre Giscard,
55:05bien entendu,
55:06en appelant à s'inscrire
55:07sur les historiques.
55:08Bien sûr qu'on fait changer l'élection.
55:10Bien sûr qu'on fait changer l'élection.
55:12Le dossier des renseignements généraux
55:15numéro 817-706
55:17continuera à être alimenté
55:19jusqu'au 19 juin 1986,
55:22date de la mort accidentelle de Coluche.
55:25Ce jour-là,
55:27un policier le referme définitivement
55:29et ajoute la mention
55:31« décédé ».
55:32C'est un policier le referme
55:35« décédé »
55:37C'est un policier,
55:38« décédé »
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