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  • il y a 14 minutes
Ibrahima Konaté, footballeur international français, sélectionné pour le mondial 2026, est l'invité du Grand Portrait. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-grand-portrait/le-grand-portrait-du-mercredi-03-juin-2026-8467487

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Transcription
00:00Ibrahima Konaté, bonjour.
00:02Bonjour.
00:02Et je souhaite la bienvenue à Nathalie Yaneta, la directrice des Sports de Radio France qui est avec moi ce
00:07matin.
00:07Salut Nathalie.
00:08Bonjour et vous ?
00:09Bonjour, enchantée.
00:10Voilà, Nathalie qui connaît chaque recoin de Clairefontaine et chaque secret de cet endroit magique.
00:16Nathalie, à toi l'honneur.
00:19Bah oui, ce Clairefontaine-là, Ibrahima, c'est la maison du bonheur du foot français.
00:25Dans quelques jours, vous allez partir aux Etats-Unis, là c'est le début du stage.
00:28Alors pour nos auditeurs, racontez-nous un peu quand vous venez ici.
00:32Qu'est-ce que ça vous fait à chaque fois ?
00:34Non, c'est un bonheur.
00:35C'est un bonheur de venir ici, de revoir tous les joueurs avec qui j'affronte durant la saison
00:41ou avec qui j'ai joué depuis que je suis très jeune.
00:46Donc non, c'est un bonheur de se retrouver ici et surtout d'avoir la chance de représenter la France
00:52parmi tous ces joueurs qui ont potentiellement l'opportunité aussi de venir.
00:55Mais on est les chanceux d'avoir été sélectionnés par le sélectionnaire.
01:00Et non, c'est toujours un plaisir de venir.
01:03Alors on est là aussi pour parler d'une année anglaise qui a été une année assez éprouvante psychologiquement.
01:09Une année avec des rebondissements sportifs assez hauts en couleur.
01:14Ça commence par la mort d'un joueur que vous aimiez beaucoup, Ibrahima Konaté.
01:20Il s'appelle Diogo Rota.
01:21Il est mort il y a presque un an.
01:23Ça a été extrêmement brutal parce que c'était un accident de voiture.
01:27Et au moment où on annonce sa mort, vous publiez sur les réseaux un message très émouvant
01:31où vous dites c'est tellement violent que je ne peux pas réaliser ce qui s'est passé.
01:35Oui, même aujourd'hui, c'est dur à réaliser.
01:40Aujourd'hui, en toute honnêteté, il y a toujours son vestiaire, son casier dans notre vestiaire.
01:49Et chaque jour, en fait, quand j'allais à l'entraînement, il nous accompagne toujours.
01:56Donc non, ça a été brutal.
01:58Moi, je me rappelle, je l'ai appris quand j'étais à Los Angeles, mais je n'y croyais pas.
02:04C'était quelque chose qui m'a dévasté.
02:07J'avais plus goût à rien à ce moment-là.
02:10Je me disais, mais...
02:12Parce qu'en fait, il faut savoir, cette personne-là, sa personnalité,
02:18ça aurait pu arriver à tout le monde dans notre équipe,
02:20mais lui, c'est le dernier que chaque joueur aurait choisi pour qui ça arrive.
02:25Parce que c'est quelqu'un, il s'en foutait de tout.
02:29Lui, il voulait juste être heureux, passer des bons moments avec ses coéquipiers, avec sa famille.
02:35La femme, ça ne l'intéressait pas.
02:36Il n'était pas dans...
02:38Franchement, c'était un gars exceptionnel, vraiment.
02:41Et il pouvait parler avec tout le monde.
02:44Il pouvait parler avec le plus jeune, comme le plus âgé.
02:48Non, c'était dingue.
02:49C'était dingue de l'avoir dans son équipe.
02:50Et moi, c'était mon voisin aussi.
02:52Donc, je partageais un peu plus de moments aussi avec lui.
02:57Mais non, c'était quelque chose de fort qui nous est tous arrivé.
03:00Et en plus, tous, vous êtes partis de chez vous très, très jeunes.
03:03Vous, vous avez quitté la maison.
03:0515 ans.
03:05Vous avez 15 ans, c'est ça ?
03:06Et donc, de club en club, vous revivez à chaque fois une forme d'arrachement, d'éracinement.
03:11Donc, ces liens d'amitié que vous créez dans les vestiaires, sur le terrain, au quotidien,
03:17ils sont vachement précieux ?
03:19Non, ils sont vachement précieux.
03:20Et en fait, quand on arrive dans un club ou dans un vestiaire ou même en équipe de France,
03:26en fait, on crée une nouvelle famille.
03:27Parce que c'est avec eux que tu vas passer une bonne partie de ta vie.
03:31Et tu ne sais pas combien de temps ça va durer.
03:33Par exemple, au centre de formation, pareil, j'y suis resté trois ans.
03:37À ce jour ?
03:37Oui, et je me rappelle, le jour où je suis parti, j'étais en sanglots, mais c'était dingue.
03:43Et je me rappelle des petits jeunes qui me voyaient comme le gros garçon costaud.
03:47Ils étaient étonnés de me voir dans cet état-là.
03:50Mais c'est parce qu'on crée une famille.
03:51À Leipzig, pareil.
03:53Et après, à Liverpool, jusqu'au dernier match, je ne savais pas que j'allais partir.
03:58Mais juste le fait de voir Mohamed Salah et Robertson partir et de me dire,
04:03l'année prochaine, je ne vais plus être avec eux.
04:05Même ça, je...
04:06C'est un déchirement.
04:07Ah oui, non, les larmes, elles coudent toutes seules.
04:09Parce que c'est des personnes qui ont énormément compté, au final, dans ta vie.
04:13Dans ton acheminement, dans ta réussite sportive.
04:18Et tu te dis, en fait, ces gens-là, ils vont continuer leur vie.
04:23Et toi, tu vas continuer ta vie.
04:25Et en fait, ça se trouve que tu ne vas plus les revoir.
04:27Et en fait, c'est un déchirement au cœur.
04:30Et c'est très dur.
04:32C'est très, très dur.
04:33Alors concrètement, quand on est un athlète de haut niveau, comme vous,
04:37comment on retourne sur le terrain ?
04:38Après l'accident de voiture de retard, comment on retourne ?
04:42Comment on joue ?
04:43Comment on se sent sur le terrain ?
04:45On n'y retourne pas.
04:47On y retourne parce qu'on n'a pas le choix.
04:50On est des employés d'un club qui nous payent chaque mois.
04:53Donc on a des droits et des devoirs.
04:56Donc on n'a pas le choix.
04:57Et je pense que chaque fan aussi a été atteint par ça.
05:03Et la meilleure des choses qu'on puisse faire, c'est de les rendre heureux à travers des victoires ou
05:09de bonnes performances.
05:11Mais vraiment, on n'a pas le choix de retourner sur le terrain.
05:16Et de le faire pour lui aussi, de le faire pour sa famille et de le faire aussi pour nous
05:21-mêmes.
05:21Parce qu'il faut dire à nos auditeurs, Diogo Jota, c'est quand même au-delà de la personnalité solaire
05:26que vous avez décrite.
05:28Ça a été une onde de choc dans le monde du sport et du football.
05:32Sa disparition, notamment dans sa sélection.
05:35Les Portugais étaient aussi, eux, totalement dévastés.
05:39Comment on s'en remet, d'ailleurs, de ça ?
05:43C'est une très bonne question.
05:45Et j'avais...
05:47Moi aussi, je m'étais posé cette question-là.
05:49Comment on se remet de ça ?
05:51Et j'avais vu, il y a quelques mois, une interview d'un de mes anciens coéquipiers, James Milner, qui
05:58prend sa retraite en plus aujourd'hui.
06:01Et qui disait, en fait, quand il y a un décès, tu ne sais jamais quand, en fait, ça va
06:07te prendre ou quand tu vas vraiment réaliser.
06:09Et il dit, en fait, sur le coup, tu peux être tellement choqué que tu ne réalises pas et tu
06:14continues.
06:15Et il se peut que dans deux, trois mois ou plusieurs mois ou même plusieurs années,
06:19ben, bam, ça te revient.
06:21En fait, là, tu réalises vraiment.
06:23Donc, non, je pense que tu ne t'en remets pas, mais tu apprends à vivre avec.
06:30Tu apprends à vivre avec parce que c'est la finalité de tout le monde, au final.
06:35C'est la triste réalité de la vie.
06:36Et je pense qu'on ne nous sensibilise pas assez sur ça.
06:39Je pense que l'écosystème essaye de nous faire croire que c'est quelque chose qui ne va jamais arriver
06:46ou qui va arriver le plus tard possible.
06:47Alors que ce n'est pas la vérité.
06:50Et après, le message et la beauté qu'il y a derrière ça, car j'aime bien voir des fois
06:56aussi le côté positif des choses.
06:58C'est que ça nous apprend à être humbles, à essayer de passer des merveilleux moments avec les personnes qui
07:04sont autour de nous,
07:05que ce soit la famille, les amis ou même les inconnus.
07:10C'est aussi la beauté de la vie d'un autre côté.
07:13C'est pour ça que pour moi, à chaque fois que je fais des rencontres, c'est un plaisir de
07:19montrer ma bonne humeur,
07:21de montrer qu'on est juste des êtres humains et qu'au final, il faut qu'on soit bien les
07:26uns envers les autres.
07:26Sauf qu'il a fallu une force morale impressionnante pour revenir sur le terrain, pour reconstituer le collectif.
07:34Et qu'au mois de janvier, vous perdez votre père, qui était malade.
07:39C'est ça.
07:40Il était malade depuis un moment.
07:41Oui, depuis un moment.
07:42Vous saviez qu'il allait mourir cette année ?
07:45Non, on ne sait jamais.
07:46On ne sait jamais, mais c'est vrai que j'en ai jamais parlé.
07:50Pendant le début de saison, mon père est allé à l'hôpital pendant plusieurs semaines.
07:56Et en fait, moi, dans ma situation, je ne savais pas quoi faire.
08:00Je ne savais pas si je devais rentrer, arrêter de jouer, parce que l'équipe aussi avait besoin de moi.
08:06Lui, il vivait à Paris.
08:07Oui, et je ne savais pas avec qui en discuter.
08:09C'est-à-dire que je gardais tout pour moi.
08:11Et c'est peut-être un conseil que je donnerais à toutes les personnes qui nous écouteront.
08:16Quand on a un mal-être ou quand il y a quelque chose qui se passe,
08:18parlez-en autour de soi, car ça peut vous aider, ça peut vous faire du bien.
08:22Et moi, je n'en ai pas parlé.
08:24Et je gardais ça pour moi.
08:26Mais après, c'est vrai qu'un jour, le médecin a dit à ma famille que...
08:31Le médecin du club ?
08:32Non, le médecin qui avait vu mon père.
08:34Ah, le médecin de votre père.
08:35Il nous avait dit que...
08:38Je ne vais pas vous dire qu'il va mourir dans une semaine ou quoi que ce soit,
08:41mais les organes sont fatigués.
08:44Il y a la vieillesse, donc il ne va pas lui rester longtemps à vivre.
08:49Mais on n'est jamais prêts.
08:50On ne savait pas que ça allait arriver aussi rapidement, quoi, aussi.
08:54Et vous êtes extrêmement proche de vos frères.
08:57Vous êtes une fratrie, mais ultra soudée.
08:59Ils sont à vos côtés depuis que vous êtes tout petit.
09:02Depuis que vous avez commencé le foot au PUC dans le 13e.
09:06Ils sont déjà là derrière vous.
09:09Qu'est-ce qui s'est passé dans la fratrie ?
09:11Vous vous êtes ressoudés les uns avec les autres, même si vous êtes loin ?
09:15Oui.
09:16Franchement, après, on était tous ensemble à ce moment-là.
09:18Oui.
09:19Avec mes grandes sœurs, avec tout le monde.
09:21Et le plus important à ce moment-là, et ça, c'est un des magnifiques souvenirs que j'ai du
09:28moment où il était décédé, mon père,
09:31c'est qu'on était à l'hôpital.
09:32Il était auprès de nous.
09:34Il était peut-être décédé il y a moins de 45 minutes, une heure.
09:38Et directement, on se racontait des blagues par rapport à ce qu'il faisait avant, les choses positives, ce qu
09:44'il nous disait, ce qu'il nous faisait rire.
09:46C'était dur, mais c'était un moment aussi pour nous de se rappeler quel homme il était.
09:56Parce qu'il n'était pas très branché foot, monsieur Conaté.
10:00Non, il n'était pas branché du tout.
10:02Il connaissait les idades et tout.
10:04Et quand, à 15 ans, vous partez de la maison pour aller à ce show, il vous coince dans la
10:08porte et il vous dit Ibrahima ?
10:10Je ne sais pas comment il vous appelait.
10:11Il vous appelait Ibrahima ou Ibu ?
10:13Oui, Ibrahima ou Ibu.
10:15Je veux que tu sois un mec bien.
10:17Ça, c'était son...
10:19Pour lui, j'avais l'impression que c'était son seul objectif.
10:25Même entre nous, les frères, ou nous-mêmes dans nos vies privées, c'était...
10:31Soyez bien entre vous.
10:32S'il y a quelqu'un qui dérive un peu, dites-lui, ramenez-le sur le droit chemin.
10:37Restez toujours sous des peux, peu importe ce qui se passe.
10:40Et après, à moi, à titre personnel, c'était toujours...
10:43Sois une bonne personne.
10:45Te prends la tête avec personne.
10:47Sois bon avec les gens.
10:50Et pour moi, au-delà d'être un footballeur, ma réussite, je pense, c'est que j'ai été un
10:58garçon très bien éduqué.
10:59Car quand je quitte le centre de formation ou même quand je quitte Liverpool, les messages que je reçois, c
11:04'est des...
11:06Par exemple, un kiné de Liverpool, il m'a dit en 24 ans, t'es la meilleure personne que j
11:11'ai rencontrée.
11:11Et c'est quelque chose qui me fait chaud au cœur parce que ça me fait penser directement à mon
11:15père.
11:16Mais quand même, quand on traverse toutes ces épreuves-là, ça a un impact dans nos vies à tous.
11:21Votre vie, c'est d'être footballeur.
11:23Il faut être performant sur un terrain, il faut être hyper concentré.
11:26Les gens qui vous regardent jouer, ils pensent que c'est facile, c'est difficile comme métier.
11:30C'est un métier difficile, le footballeur, qui exige énormément de concentration, de don de soi aussi et de discipline.
11:39Forcément, ces deux épreuves, Ibrahima, elles ont impacté votre saison.
11:45Et il y a un moment, vous avez en tout cas donné sur le terrain l'impression, vous, avec vos
11:50coéquipiers aussi, de sortir la tête de l'eau.
11:53Vous avez fini comme des balles, en fait, sur cette saison de Première Ligue qui a été extrêmement difficile pour
11:58Liverpool et qui, finalement, s'est plutôt mieux terminée.
12:02À quel moment vous avez senti que c'est bon, là, je suis en train de remonter ?
12:11Franchement, il n'y a pas eu de moment où j'ai senti que j'étais en train de remonter.
12:14Car tous ces événements tragiques, ils se sont succédés assez rapidement.
12:19En fait, quand on pense qu'on va sortir la tête de l'eau, il y a quelque chose d
12:24'autre qui revient.
12:26Mais après, j'ai eu le soutien de tous ces fans qui sont exceptionnels à Liverpool.
12:33Le public anglais.
12:35C'est vrai de vrai ?
12:36La devise de Liverpool, c'est que vous ne marcherez jamais seul, donc vous n'avez pas marché seul pendant
12:41cette saison.
12:42Non, je n'ai pas marché seul, exactement.
12:43Mes coéquipiers et surtout ma famille.
12:47Ma famille qui ont été d'une aide précieuse aussi.
12:54Et après aussi, c'est ma propre personne avec moi-même.
12:57Ça a été dur, mais il fallait faire un travail sur soi pour pouvoir essayer de remonter la pente,
13:05car l'équipe avait besoin de moi plus que jamais aussi.
13:07Et pour moi, je me dis, ok, c'est arrivé.
13:12C'est quelque chose qui arrive à tout le monde chaque jour.
13:15Et peut-être à Liverpool.
13:18Et je sais que mon père, ça aurait été quelque chose qu'il aurait voulu.
13:21Par exemple, quand il est décédé, je suis revenu plus rapidement, car on avait un jour qui s'était blessé.
13:25Et je me suis dit, c'est quelque chose qu'il aurait voulu.
13:28Ce club mérite d'être en Ligue des Champions, donc je vais essayer de revenir pour tout donner,
13:33pour pouvoir les aider à atteindre notre objectif.
13:37Et pourtant, depuis que vous avez 15 ans, vous avez raté tellement de moments de famille.
13:42Il ne faut pas me dire que ça, c'est le plus dur.
13:45C'est ça, vous avez raté les mariages, les naissances.
13:48Ça, c'est la chose la plus difficile.
13:51Et après l'enterrement de votre père, vous avez réussi à reprendre l'avion, à repartir en Angleterre ?
13:57Ça, franchement, pour un footballeur, je pense que moi, à titre personnel,
14:02c'est tous ces moments de famille, tous ces événements auxquels je n'ai pas pu assister.
14:06Parce que j'avais un match ou un entraînement, et quand tu reçois des vidéos,
14:10tout le monde est joyeux, tout le monde passe un bon moment.
14:13Non, c'est un crève-cœur, parce qu'on peut avoir tout l'argent du monde,
14:16mais des moments comme ça, ça n'a pas de prix.
14:20Alors, c'est important parce qu'il y a très peu de joueurs et d'athlètes de haut niveau même
14:25qui acceptent de dire qu'ils ont traversé des moments psychologiquement très difficiles.
14:30des descentes, des dépressions, des angoisses, des moments de panique.
14:35Donc quand vous dites, j'y suis retourné, il fallait faire un travail sur moi-même,
14:39qu'est-ce que ça veut dire ?
14:40Non, c'était d'essayer de l'accepter le plus rapidement possible,
14:48d'essayer de se dire que ça fait partie de la vie,
14:50parce qu'entre le dire et le faire au fond de soi, il y a deux mondes.
14:57Il y a deux mondes totalement opposées.
15:00Et en fait, je me suis donné des raisons pourquoi je devais le faire.
15:04Et ces raisons, elles étaient très cohérentes.
15:06Et je me suis dit, ok, bon, tu vas y aller, ça va le faire.
15:10Tu auras des gens autour de toi qui vont t'aider,
15:13qui vont bien t'encadrer à remonter ça.
15:15Et au final, j'étais très heureux de rentrer.
15:19Et en fait, même quand je suis rentré,
15:21quand je voyais le visage des gens au centre d'entraînement,
15:24je voulais faire demi-tour, je voulais rentrer.
15:25Parce que je voyais la tristesse chez eux plus que moi.
15:29Et j'étais, non, ne soyez pas triste.
15:31Je dis, s'il vous plaît, ce n'est pas le moment.
15:33Soyez pas triste tout de suite.
15:35Je viens d'arriver, s'il vous plaît.
15:37Parce que si vous êtes triste, je vais être encore plus triste.
15:40Et après, ça m'a pris...
15:40Je voyais que...
15:42En fait, même, je vais donner ces deux exemples-là.
15:45Moi, M. Saleh et Robertson.
15:48Et je pense que c'est une des raisons pour laquelle aussi,
15:50j'ai pleuré quand ils sont partis.
15:52Quand il y a eu ça, ils m'ont envoyé un message directement.
15:54Mais même quand je suis rentré,
15:56c'est les mecs toujours, ils venaient à côté de moi.
15:57Ils essaient de me faire une blague pour me faire rire.
15:59Mais c'est vrai que dans les premiers jours,
16:01j'étais un peu absent.
16:03J'étais là, sans être là.
16:04Je ne savais pas trop me mettre.
16:06Mais après, au bout d'une semaine, deux semaines,
16:08j'ai retrouvé ma...
16:09En gros, j'ai retrouvé mes sens, entre guillemets.
16:14Je vais dire ça comme ça,
16:15parce que je n'ai pas le mot qui me vient en tête.
16:16Et après, ça allait beaucoup mieux.
16:18Mais après, c'est surtout quand on est seul
16:21que c'est dur.
16:22Quand on y pense, quand on réfléchit beaucoup.
16:25Donc, c'est pour ça que c'est important d'en parler,
16:27de ne pas avoir honte ou de gêne.
16:29On est tous des êtres humains.
16:31Ce n'est pas parce qu'on gagne beaucoup d'argent
16:33ou qu'on est des superstars
16:34qu'on n'est pas des êtres humains.
16:36Et ça, peut-être beaucoup de gens l'oublient.
16:38Mais Sonia a raison.
16:39C'est quand même hyper courageux,
16:41parce qu'il y a des grands noms,
16:43notamment du football,
16:44qui ont admis avoir fait...
16:46avoir eu une descente à un moment dans leur carrière.
16:48Je pense à Thierry Henry, par exemple,
16:50qui l'a dit.
16:50Mais il dit, moi, je l'ai compris très tardivement.
16:52Vous, vous êtes peut-être la première génération
16:55où vous acceptez à la fois les blessures physiques,
16:58parce que ça, vous le savez,
16:59depuis que vous êtes petit,
17:00on peut se blesser le corps.
17:01Mais est-ce que vous avez aussi l'impression
17:03d'être la première génération
17:04où on a le droit de se blesser l'âme ?
17:05Et ce n'est pas grave,
17:06parce que comme une autre blessure,
17:08on revient aussi de ces blessures-là.
17:10Exactement.
17:11Non, exactement.
17:12Je ne pourrais pas dire mieux
17:14que ce que vous avez dit tout de suite,
17:16franchement, en toute honnêteté.
17:18Et oui, après, il y a des descentes.
17:22Comme vous avez dit tout à l'heure,
17:23il y a de la dépression.
17:24Et je pense que la dépression,
17:24c'est quelque chose qui est beaucoup plus profond.
17:27Et ça, je pense que c'est une maladie
17:29que des gens vivent au quotidien.
17:32Mais on peut avoir une dépression aussi dans le foot.
17:34Il ne faut pas avoir honte de le dire.
17:36Et ça peut être pour tout et n'importe quoi.
17:39Parce que c'est vrai que je l'ai souvent entendu
17:41où il y avait des joueurs qui disaient,
17:43ou en gros, des joueurs disaient
17:44qu'ils étaient en dépression.
17:46Mais par exemple, des fans ou des gens de l'extérieur
17:48disaient, mais comment ils peuvent être en dépression ?
17:50Ils gagnent tant d'argent.
17:51Mais non, les gars.
17:54C'est des conneries, ça.
17:55Il ne faut pas dire ça.
17:55La dépression, c'est...
17:57Intime.
17:58C'est intime.
17:59Au fond de soi, c'est quelque chose qui...
18:01Pour moi, comme je l'ai toujours dit,
18:03pour moi, une migraine
18:07ou ta jambe, elle est cassée
18:08ou une blessure physique,
18:11ça se soigne tout le temps.
18:13Mais une blessure du cœur,
18:15oulala, tout type de blessure du cœur.
18:17Une rupture amoureuse ou...
18:19Ça s'enlevé que ça.
18:21Non, non, non.
18:21Pas du tout.
18:22Non, on va pas dire ça.
18:23Non, non, du tout, du tout.
18:24Mais je l'ai vu avec des gens autour de moi.
18:26Que ce soit...
18:27Parce qu'en fait,
18:28quand on a une dépression,
18:31c'est pas tant dans la tête, je crois.
18:32Je pense que c'est vrai.
18:33Ça part du sentiment dans le cœur
18:36et qui monte au cerveau.
18:37Et ça prend le corps.
18:38Et ça prend tout le corps.
18:40Et pour moi, c'est ça qui est dur.
18:42Et il faut en parler.
18:43Si quelqu'un est dans cette situation-là,
18:47que ce soit au football,
18:48ou même à l'extérieur,
18:49ou n'importe qui,
18:50le conseil que j'ai à donner,
18:52je pense que c'est de parler.
18:54Ça fait du bien.
18:55J'ai une toute petite dernière question.
18:57On peut ?
18:57On a le temps ?
18:58Bien sûr.
18:58On vient d'apprendre
18:59que vous allez quitter
19:00cette famille de Liverpool.
19:03Quand on sait que son contrat est terminé
19:06et qu'on va commencer une Coupe du Monde
19:08et qu'on est dans l'intervalle
19:09où on ne sait pas où on va aller,
19:11psychologiquement, on est comment ?
19:12On est très bien.
19:13Ah bon ?
19:14Ah oui, on est très bien.
19:15Vous avez l'air, en tout cas.
19:16Je vais...
19:16Vous n'avez pas l'air inquiet.
19:19Non, non, non.
19:19Je ne vais pas me lancer des fleurs,
19:22mais je pense que
19:23tout le monde sait de quoi je suis capable.
19:24Tout le monde sait
19:26ce que j'ai pu montrer
19:28dans le monde du football
19:29depuis que j'ai commencé.
19:32Donc, les offres,
19:33ce n'est pas ce qui manque.
19:34Je ne pense pas que c'est ce qui va manquer.
19:36Ça ne m'étonne pas.
19:37Et encore plus, c'est que
19:40si la compétition,
19:42elle va dans le sens que
19:44tous les Français souhaitent
19:45et nous-mêmes souhaitent,
19:48c'est que du plus pour moi.
19:51Bon, alors, on vous souhaite
19:52d'aller très, très loin.
19:53Oui.
19:53Merci beaucoup.
19:54De se retrouver aux alentours
19:56du 20, 21 juillet.
19:57La finale est le 19.
19:58C'est-à-dire que le temps
19:59que vous rentriez
19:59pour faire une belle fête
20:01avec la France.
20:03À ce moment-là, dans l'été,
20:04ça vous va comme programme ?
20:05Il y a beaucoup d'étapes
20:07avant d'arriver jusqu'à là.
20:09Mais on travaille dur
20:11pour pouvoir essayer
20:12de passer les échelons
20:14petit à petit.
20:15Merci beaucoup,
20:16Ibrahim Akonat.
20:17Et merci beaucoup.
20:18Merci.
20:19Merci.
20:19Merci.
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