- il y a 12 heures
Novembre 2024 : l'écrivain franco-algérien Boualem Sansal est arrêté à l'aéroport d'Alger. Son crime ? Avoir écrit et pensé librement. Ce documentaire exceptionnel pénètre dans les coulisses d'une incarcération abusive et révèle les secrets d'un bras de fer diplomatique international. Au-delà du thriller, le film dresse le portrait intime d'un homme.
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00:00Mesdames et messieurs, je ne critique pas l'Algérie, je critique un gouvernement.
00:04Où est Boilem Sansal ? L'inquiétude règne après la disparition de l'écrivain algérien de 75 ans.
00:10Il n'a plus donné de nouvelles depuis plusieurs jours.
00:12À titre personnel, en plus de l'émotion légitime nationale, je suis très inquiet pour Boilem,
00:18qui est un type d'un courage extraordinaire.
00:21Le point de départ, c'est quand même la décision française du président de la République
00:29de reconnaître la marocanité, comme on dit, du Sahara occidental.
00:34J'ai dit, je ne réponds à rien, je ne signe rien sans la présence de mon avocat.
00:37Près de quatre mois après son incarcération, j'attends toujours la réponse à mes deux demandes de visa.
00:44Parce que j'écrivais à Taubourne, je m'écrivais régulièrement.
00:47Et à un moment donné, je lui ai dit, je ne suis pas votre prisonnier, je suis votre otage.
00:51On a été menacés, on a été ospillés, on a reçu des coups de fil pas agréables.
00:57Ça a été très très dur pour nous.
00:59Parfois, il nous est arrivé de douter, mais on n'a jamais rien lâché.
01:04Il est vivant, il n'est pas mort, et il va bientôt revenir et on va pouvoir le voir.
01:10En emprisonnant Boilem Sansal, c'est la liberté d'expression qu'on a voulu emprisonner.
01:15La vie ne se réalise que dans le malheur.
01:23Boilem Sansal, dans le fond, n'hésitait pas depuis plusieurs années à critiquer l'origine algérienne,
01:32à mettre en garde l'Europe et la France à propos des dangers de l'islamisme.
01:41Mais ce qui a été le déclencheur, c'est sa phrase sur les frontières, la frontière Algérie-Maroc,
01:50parce que c'était, dans le fond, remettre en cause un dogme algérien.
01:59Où est Boilem Sansal ?
02:02L'inquiétude règne après la disparition de l'écrivain algérien de 75 ans.
02:05Il n'a plus donné de nouvelles depuis plusieurs jours.
02:08Boilem Sansal est l'une des grandes voix de la littérature francophone contemporaine.
02:13On n'est pas du tout sûr d'abord qu'il soit arrêté.
02:15C'est qu'on n'a plus de nouvelles de Boilem.
02:16J'essaye de le joindre par WhatsApp, par différents canaux.
02:20Je n'ai pas de réponse.
02:22Au début, on ne savait pas ce qui était devenu Boilem.
02:25Ça relevait plus de ce qu'on appelle une disparition forcée, un enlèvement politique.
02:29Il est arrêté le 16 novembre, je crois.
02:31Et 48 heures avant, je l'avais au téléphone.
02:34On essaye de caler, à Beauvau, j'étais ministre de l'Intérieur,
02:37une date pour un dîner ou un déjeuner.
02:40Donc évidemment, dès que la nouvelle m'est parvenue,
02:42c'était vraiment la stupéfaction.
02:44Et j'ai averti les uns et les autres, que ce soit les autorités visées et autres,
02:51de façon à voir comment on pouvait s'organiser.
02:53Et quel contact pouvait être pris pour sa libération ?
02:56Je descends d'avion.
02:58J'arrive à faire mes formalités devant le policier aux frontières.
03:04Je vais dans mon passeport.
03:05Je le vois et il le scanne, comme ça, un truc.
03:08Et puis d'un coup, je le vois tiquer.
03:10Parce que sur son écran, il regarde son écran, il y a quelque chose qui...
03:13Une alerte.
03:14Pour s'assurer qu'il n'y a pas d'erreur sur la personne,
03:18il me dit, quel est le prénom de votre mère ?
03:20Quel est le prénom de votre père ?
03:22Deux, trois questions comme ça, je réponds.
03:24Donc, il n'y avait aucun doute sur l'identité.
03:30Son arrestation a vraiment fait l'effet d'une bombe,
03:32dans la plupart des médias, et même à l'époque,
03:35dans la presse de gauche, qu'il a un petit peu délaissé
03:37durant sa détention.
03:40Je ne pensais pas qu'il toucherait
03:43un écrivain franco-algérien, mais français.
03:47Puisque, en 2024, la nationalité française
03:50lui avait été donnée, à juste titre.
03:53Alors, chronologiquement, l'idée du comité
03:56arrive quasiment 48 heures après
03:58que nous soyons certains que Boilem a été arrêté.
04:02Lorsque l'agence de presse algérienne, l'APS,
04:06annonce officiellement l'arrestation de Boilem sans salle
04:09dans des termes qui sont d'ailleurs particulièrement injurieux
04:11à la fois pour Boilem sans salle, mais aussi pour la France.
04:14Je décide, avec quelques amis, de monter une première structure informelle
04:17de soutien à Boilem sans salle.
04:20La première réunion de mobilisation pour Boilem,
04:24au Théâtre Libre, boulevard de Strasbourg, 1100 places.
04:27Il y avait des gens qui étaient debout.
04:29Il y avait tout le gotha politique et intellectuel français
04:33qui était présent, des anciens présidents de la République,
04:37des ministres, des anciens ministres, de grands intellectuels.
04:42Et finalement, je pense que ça a été un tel choc
04:47que ça a servi la défense de sa cause ultérieurement,
04:51parce qu'on ne pouvait pas imaginer qu'un monsieur de 80 ans
04:54ou de près de 80 ans qui écrit des livres
04:56dans un pays avec lequel on a des liens,
04:59peut-être de haine et d'amour, en tous les cas affectifs et historiques,
05:04puisse l'arrêter uniquement parce que, on le savait bien,
05:08c'était une sorte de mesure de rétorsion
05:11contre le président de la République française.
05:13Il ne faut pas oublier que le point de départ,
05:16c'est quand même la décision française du président de la République
05:22de reconnaître la marocanité, comme on dit, du Sahara occidental.
05:28Arrêter et mettre en prison Sensal, ça veut dire n'importe qui peut l'être.
05:33Même le plus reconnu des écrivains arabes en Europe
05:37peut être jeté dans une prison sans autre forme de procès.
05:41Vous signez ? Je ne signe pas.
05:43Je vais mon avocat.
05:44Pour le moment, on a le droit de vous garder 4 mois sans avocat.
05:51Très bien, alors faites ce que vous voulez.
05:52Je n'ai rien à dire.
05:54La diplomatie française fait ce qu'elle peut,
05:57mais comme Boilem-Sensal est précisément l'otage
05:59d'une relation franco-algérienne très dégradée
06:02et qu'une des raisons qui valent à Boilem-Sensal cette incarcération,
06:07c'est précisément de porter un coup à travers lui,
06:10à travers sa personne, à travers son corps et son âme
06:13de vieil homme malade, c'est toute la France aussi qui est punie.
06:18J'ai été embarqué, arrêté, cagoulé,
06:24amené dans une forteresse de 26 jours pendant 8 jours.
06:31Alors évidemment, je me dis, mais qu'est-ce que j'ai pu dire ?
06:36Mais moi, je n'ai pas du tout pensé à cela.
06:38Qu'est-ce que j'ai pu faire ? Mais ce n'est pas possible.
06:43Et puis au bout du septième jour, on vient me sortir là-dedans
06:48et on m'amène au tribunal.
06:51Et là, le procureur me dit, vous êtes, une liste comme ça,
06:56vous êtes accusé de terrorisme, d'espionnage,
07:00d'atteinte à la sûreté de l'État,
07:02d'atteinte au moral de l'armée, la totale.
07:05Ça prend cinq minutes.
07:07Il me dit, vous reconnaissez ? Je ne reconnais rien du tout.
07:10Je signe et je ne signe pas.
07:13Garde, on m'amène chez le juge d'instruction.
07:16J'ai dit, donc, je ne réponds à rien, je ne signe rien
07:19sans la présence de mon avocat.
07:20Il n'y a rien de légal dans cette arrestation.
07:23Alger invoque un texte.
07:24Moi, j'ai lu et appris le code pénal
07:27et le code de procédure pénal algérien.
07:29Mais la loi, même algérienne, n'a pas du tout été respectée.
07:33La constitution n'a pas été respectée.
07:35Le droit à la défense, le respect de la présomption d'innocence,
07:39l'accès au dossier, tous ces droits qui sont garantis
07:41à toute personne contre qui pèse une suspicion ou une accusation.
07:47Donc, ils invoquent un texte,
07:49alors qu'eux-mêmes piétinent leurs propres règles
07:52et les propres règles fondamentales.
07:54J'ajoute que l'Algérie a adhéré, a ratifié
07:58des traités internationaux sur les droits de l'homme
08:00et que ce sont ces traités qui font partie de la légalité aussi algérienne
08:04qui ont été violés par les autorités algériennes.
08:07Je connaissais Boalem Sansad, j'étais attaché à lui comme personne.
08:12J'admirais le courage aussi qu'il avait manifesté comme écrivain
08:16et bien entendu, j'ai accepté cette charge en plus
08:20avec l'idée qu'il y aurait dans ce dossier une dimension judiciaire, certes,
08:25mais aussi une dimension diplomatique et politique.
08:35Ça a pris une heure.
08:37On m'amène, je me retrouve en prison.
08:39Une heure après, je suis en prison.
08:40Une prison terrible.
08:42Quartier de haute sécurité.
08:43Et dans le quartier de haute sécurité,
08:45vraiment, le quartier, vraiment, fait pour.
08:48Presque fait pour moi.
08:49C'est, on m'a-t-on dit, la plus grande d'Afrique.
08:51Il y avait 6 000 prisonniers.
08:54Et donc, oui, il y a un service médical important,
08:57mais c'est pour les premiers soins, pour les premiers trucs.
09:00Et donc là, moi, j'avais vraiment des douleurs terribles
09:03qu'on m'amène à l'hôpital.
09:04Je découvre qu'il existe dans les hôpitaux
09:07ce qu'ils appellent les unités pénales.
09:11C'est une prison à l'intérieur d'hôpital.
09:13Les médecins, donc, on vous balade un service à l'autre
09:15en fonction des besoins.
09:16Donc, on me sort de cette prison
09:19pour amener un service radiologie
09:22au service urologie.
09:25Voilà.
09:26Et puis, au bout de 15-20 jours,
09:28diagnostique, un cancer de la prostate,
09:30plus ceci, plus cela, plus...
09:33Mais, d'abord, on vous soigne pour la prostate.
09:35Le reste, ça peut attendre.
09:36On ne peut pas vous soigner pour 10 maladies en même temps.
09:39En contre-cors, on ne se surpenterait pas.
09:41Quand on est en prison,
09:42et surtout dans mon cas,
09:46on a coupé du monde.
09:48Là, c'est silence absolu.
09:50Je n'ai vu personne.
09:52Juste une main qui ouvre un truc,
09:54qui me tend un verre de lait,
09:57et je ne m'en souhaite pas.
09:58Il y a des choses comme ça.
09:58Et pas tous les jours, quand il y pensait.
10:02En prison, j'étais dans un quartier
10:04de très haute sécurité.
10:07Les prisonniers n'avaient pas le droit
10:08de m'approcher.
10:09On est dans la cour,
10:11et s'ils s'approchent de moi,
10:14je pouvais discuter avec une seule personne.
10:18C'était mon co-détenu,
10:19parce qu'on est deux par cellule.
10:21La cellule fait 6 mètres carrés.
10:22On est deux.
10:23Il y a un WC, il y a un lavabo,
10:25et c'est tout.
10:26J'étais dans un quartier
10:28où il n'y a que des islamistes.
10:29Il n'y avait que lui et moi
10:30qui n'étions encore islamistes.
10:32Et parmi eux,
10:34il y a des gens qui ont fait d'âge.
10:35On avait toutes les raisons
10:37d'être inquiets.
10:38Après, c'est vrai que,
10:39si vous voulez,
10:41la visibilité
10:43que
10:45Boilem-Sensal pouvait avoir
10:48en France,
10:49du fait notamment des actions
10:51que nous menions,
10:52était un moyen aussi de le protéger.
10:54Parce qu'encore une fois,
10:56les autorités algériennes
10:57ne pouvaient pas faire n'importe quoi
10:59avec quelqu'un
11:00qui bénéficiait
11:02d'un tel soutien
11:02en Europe
11:03et même parfois
11:04au-delà de l'Europe.
11:06Quand vous êtes prisonnier,
11:08il y a une alchimie bizarre
11:09qui se passe.
11:12Tout ce qui est avant
11:13disparaît.
11:15Personne ne parle du passé.
11:16Par contre,
11:17on peut dire
11:17tu es là depuis combien de temps ?
11:19Parce que ça,
11:19ça devient important.
11:20Parce qu'il faut faire
11:21l'apprentissage de la prison
11:22très vite.
11:23Donc il vaut mieux
11:24peut-être discuter avec
11:26des gens qui sont là
11:28depuis quelques années
11:29ou quelques mois
11:31qui vous apprennent
11:32plein plein de choses.
11:33À côté de mon quartier,
11:34il y avait le quartier
11:36des condamnés à mort.
11:38Et encore,
11:39ça m'impressionnait
11:39beaucoup moins que
11:42ceux qui étaient condamnés
11:43à perpétuité.
11:44Et qu'ils vous disent
11:45quand vous discutez avec lui,
11:46ils disent
11:47« Depuis quand je suis là ? »
11:50Ça fait 38 ans.
11:54Et moi,
11:54ça fait trois jours
11:56que j'ai déjà
11:57je suis épuisé.
11:58Pour moi,
11:58c'était cinq ans.
11:59À l'âge où je suis,
12:00il me suis dit
12:01« C'est fini.
12:01Je crois que je vais mourir ici. »
12:03En plus,
12:03on trouve que j'ai plusieurs maladies.
12:05Donc mon deuil était fait.
12:08La réflexion rapide
12:09me dit
12:10« C'est fini.
12:11Je vais mourir ici. »
12:13Avec les traitements,
12:15dans une année,
12:16je vais être un squelette.
12:18Et puis peut-être
12:19qu'il vaut mieux
12:19accélérer cela.
12:21J'ai découvert
12:21que j'avais une propension
12:23à faire des grèves de la faim
12:25qui est étonnante.
12:26J'en ai fait deux
12:27et j'allais engager une troisième.
12:29Alors que j'étais sous traitement.
12:32Le professeur me dit
12:32« Vous êtes fou.
12:33C'est en radiothérapie.
12:35Vous allez faire une grève de la faim ? »
12:36Je lui dis
12:36« Oui, je vais le faire. »
12:38Il me dit
12:38« Pourquoi ? »
12:39Je lui dis
12:40« Je suis ici à l'ocytal.
12:43Quels sont mes droits ? »
12:45Mes droits de malade.
12:46Je veux connaître
12:46mes droits de malade.
12:49Si vous n'êtes pas capable
12:50de défendre mes droits,
12:51vous êtes professeur
12:52en tant que malade,
12:54c'est-à-dire
12:54me donner de vrais médicaments,
12:56un respect,
12:56me donner une vraie nourriture,
12:59pas à manger des cafards.
13:01Je lui dis
13:02« Je vais retourner en prison. »
13:03Parce que là-bas,
13:04je sais qu'il y a un règlement
13:05et que peut-être
13:06dans ce cadre-là,
13:07je peux défendre mes droits
13:08en tant que prisonnier
13:10de la République.
13:14Et je l'ai fait capituler.
13:16Et il a dit
13:17« D'accord. »
13:18Il a appelé le procureur,
13:19etc.
13:20Et finalement,
13:20ils ont signé le truc
13:21et j'ai arrêté
13:22la grave d'affin
13:23parce que je suis rentré.
13:25Retourner en prison.
13:28Et là-bas,
13:28on vous écoute.
13:30Vous êtes prisonnier,
13:31vous écrivez au directeur.
13:33C'est déjà un premier pas.
13:35Je veux...
13:35J'ai le droit,
13:36monsieur le directeur,
13:37j'ai le droit
13:37à une douche par semaine.
13:38Moi, moi, moi,
13:39j'ai pas pris de douche
13:40depuis trois semaines.
13:43Et le directeur vous répond.
13:44Oui, mais c'est que la douche
13:45est en panne.
13:48Je défends mes droits.
13:49Il faut quand même
13:50parler de mon avocat.
13:51François Zimré
13:51n'a jamais eu le visa
13:52pour venir.
13:53Près de quatre mois
13:54après son incarcération,
13:56j'attends toujours
13:57la réponse
13:58à mes deux demandes
14:00de visa
14:01et je suis obligé
14:03de me rendre
14:03au constat
14:04que je ne l'ai pas eu,
14:06que je n'ai pas pu
14:07me rendre
14:08auprès de mon client,
14:09que je n'ai pas pu
14:10accéder au cabinet
14:11du magistrat instructeur,
14:13que je n'ai pas pu voir
14:14les charges
14:15qui pèsent contre lui,
14:16que par conséquent,
14:18sa défense
14:18est aujourd'hui impossible.
14:21Donc, il n'y a pas d'avocat.
14:23Je suis peut-être
14:24le premier prisonnier
14:26en Algérie
14:27à avoir été jugé
14:28sans avocat.
14:29En appel,
14:30donc d'abord,
14:32il est arrivé
14:33sans avocat.
14:34Comme avocat,
14:34c'était tout simplement
14:35inacceptable
14:35parce que je ne pouvais
14:36pas faire mon métier.
14:37Je ne pouvais pas
14:38exercer ma profession.
14:40Et cette violation
14:41des droits
14:42de la défense,
14:43de la présomption
14:44d'innocence,
14:45pour moi,
14:45elle était inacceptable.
14:47Et ce,
14:47d'autant plus
14:48qu'il existe un accord
14:49entre la France
14:50et l'Algérie
14:52au terme duquel,
14:53un accord
14:53qui date de 1962,
14:55les avocats français
14:56peuvent,
14:58exercer en Algérie
14:59et vice-versa.
15:00Et il y a tous les jours
15:01des avocats algériens
15:02qui viennent plaider
15:03en France librement.
15:04Son premier avocat,
15:05qui est un très bon avocat,
15:07François Zimret,
15:08a été répudié,
15:10entre guillemets,
15:10par le gouvernement algérien,
15:12parce que juif.
15:13Officiellement,
15:14la réponse que j'ai eue,
15:15c'était le silence.
15:16Dans une grande lâcheté.
15:18D'un côté,
15:18on affirme sa souveraineté,
15:20on veut être respecté,
15:21on montre les muscles,
15:22on bombe le torse,
15:23mais on est d'une très grande lâcheté,
15:26en réalité.
15:27On n'a pas le courage
15:28de dire les choses.
15:29Mais en revanche,
15:30la réponse,
15:31je l'ai eue par d'autres canaux.
15:32D'abord,
15:33la presse algérienne,
15:33les réseaux sociaux,
15:34qui se sont déchaînés contre moi
15:36et qui montrent que dans ce pays,
15:38il y a une des maladies,
15:39ce n'est pas simplement
15:40l'hostilité contre la France,
15:41c'est aussi l'antisémitisme d'État,
15:44dont j'ai vu les effets.
15:45Et ça,
15:46c'est quelque chose
15:48de très violent.
15:50J'ai reçu des messages,
15:51« Zimre,
15:52il faut le saigner »
15:53ou « le rationniste,
15:55la vocationniste ».
15:56C'est comme ça que j'étais désigné
15:57dans la presse algérienne.
15:59Et puis,
16:00mes interlocuteurs,
16:01là-bas,
16:01me disaient,
16:02« Mais est-ce que vous avez
16:03vraiment le bon profil ? »
16:04Alors,
16:04ils étaient plus polis
16:05et plus indirects.
16:08C'était suggéré.
16:10Et on est vraiment désolé
16:12de cette campagne,
16:13mais est-ce que vous avez
16:15vraiment le bon profil
16:16pour le défendre ?
16:17Alors moi,
16:18j'avoue que
16:20ça a été vraiment
16:21un choc terrible
16:23parce que
16:24je n'avais jamais
16:26eu l'occasion
16:27de m'intéresser
16:28de très près
16:29à ces procès
16:30qui sont
16:30des procès
16:32de juges aux ordres.
16:33Et la présidente,
16:34et je trouve que ce moment,
16:36avec le recul,
16:38est presque
16:38fait pleurer,
16:40enfin,
16:40émeut,
16:41parce que
16:42la présidente lui dit,
16:43« Mais pourquoi
16:43est-ce que dans vos ouvrages
16:45vous mettez en cause
16:46le pouvoir algérien ? »
16:48Quelquefois,
16:49« Pourquoi vous ne dites pas
16:50de bien
16:52du pouvoir algérien ? »
16:54Mais il dit,
16:54« Mais madame la présidente,
16:56vous faites le procès
16:57de la littérature. »
16:59En emprisonnant
17:00Boalem Sansal,
17:01c'est la liberté d'expression
17:02qu'on a voulu
17:02emprisonner.
17:04« Mesdames et messieurs,
17:05je ne critique pas l'Algerie,
17:06je critique mon gouvernement.
17:08Je dis,
17:08je critique le régime,
17:10je critique l'origine
17:11de monsieur Touboun.
17:12Boalem Sansal,
17:13dans le fond,
17:15n'hésitait pas
17:16depuis plusieurs années
17:17à critiquer
17:19le régime algérien,
17:21à mettre en garde
17:23l'Europe
17:24et la France
17:25à propos
17:26des dangers
17:27de l'islamisme.
17:29Mais ce qui a été
17:30le déclencheur,
17:31c'est
17:32sa phrase
17:34sur
17:35les frontières,
17:36la frontière
17:37Algérie-Maroc,
17:38parce que c'était
17:39dans le fond
17:40remettre en cause
17:41un dogme algérien.
17:43« Dites-moi juste
17:44deux, trois mots
17:45pour que je puisse
17:47réfuter.
17:48Est-ce que j'ai été
17:49arrêté en train
17:49de trucs ?
17:50Est-ce qu'on a trouvé
17:51une bombe dans ma maison ?
17:52Vous avez perquisition
17:53de ce qu'il y a trouvé ?
17:53Mon ordinateur est chez vous,
17:55est-ce que vous avez trouvé ?
17:56Montrez-moi deux,
17:56trois trucs
17:57et j'accepte. »
17:59Donc c'était tout comme ça.
18:01En fait,
18:02c'est ce que j'ai dit
18:03à un moment donné,
18:04parce que j'écrivais
18:04à Touboun,
18:05je lui écrivais régulièrement.
18:07Et à un moment donné,
18:07je lui ai dit,
18:08non, je ne suis pas
18:08votre prisonnier,
18:09mais je suis un beau trottage.
18:10Et lorsqu'une défense
18:11est impossible,
18:13lorsque les droits
18:13de la défense
18:14sont rendus impossibles
18:16par le discrédit
18:17de l'avocat,
18:18par l'impossibilité physique
18:19faite d'exercer
18:21son métier,
18:22il ne peut pas y avoir
18:23de procès équitable.
18:25Et s'il n'y a pas
18:26de procès équitable,
18:27la détention est arbitraire.
18:29Et puisque la détention
18:30est arbitraire,
18:31nous allons saisir
18:32les organes de l'ONU,
18:34du Haut Commissariat
18:35aux droits de l'homme,
18:36chargés d'apprécier
18:37le caractère arbitraire
18:38d'une détention,
18:39chargés de dénoncer
18:41les violations des traités
18:43définissant le procès équitable.
18:45Et c'est ce que nous allons faire
18:46dès demain.
18:48Vous savez,
18:48pour les États,
18:49l'ONU,
18:50c'est un peu la cour de récréation.
18:52C'est là où tout le monde
18:52se retrouve.
18:53Et l'Algérie est une forme
18:55de chef de bande.
18:56Ils tiennent à leur image.
18:58Et ils ont des sujets
18:59sur lesquels
19:00il est important pour eux
19:02que l'ONU se prononce.
19:04Comme la question
19:05du Sahara occidental,
19:06par exemple.
19:08D'où l'idée
19:08d'aller sur le terrain
19:09onusien.
19:11Et il existe
19:12aux Nations Unies,
19:12au Haut Commissariat
19:13aux droits de l'homme
19:14à Genève,
19:15ce qu'on appelle
19:15des procédures spéciales,
19:17avec des rapporteurs spéciaux
19:19sur la liberté d'expression,
19:21sur l'indépendance
19:22des juges et des avocats,
19:23par exemple.
19:25Et nous avons saisi
19:26plusieurs rapporteurs spéciaux,
19:28nous avons informé
19:29le Conseil des droits de l'homme,
19:30et nous avons déposé
19:31une plainte très articulée,
19:33très motivée,
19:35montrant toutes les violations
19:36de ce que l'on appelle
19:38le procès équitable,
19:41montrant que
19:42les droits de l'homme
19:43n'ont pas été respectés,
19:45que les droits de la défense
19:46n'ont pas été respectés
19:47dans l'affaire de Bolem,
19:48que la liberté d'expression
19:49est entravée,
19:51qu'il n'y a aucun cadre légal
19:54qui justifie
19:55une telle arrestation,
19:56et à force de nourrir
20:00cette plainte
20:00et d'être derrière,
20:02ce que nous avons fait
20:04d'ailleurs dans une très grande discrétion,
20:06l'ensemble des rapporteurs spéciaux
20:08des Nations Unies
20:09ont mis en demeure l'Algérie
20:11de rendre des comptes
20:13s'agissant de la détention de Bolem.
20:14Et tous ceux qui connaissent l'Algérie
20:17mieux que je ne la connais,
20:19qu'il s'agisse d'écrivains
20:20ou de diplomates,
20:23m'ont dit
20:23« Ça, ça leur fait mal.
20:26Ça, c'est efficace. »
20:27Ils ne pouvaient pas le garder
20:28et le condamner à perpétuité.
20:30Ils l'ont condamné
20:32à cinq ans de prison.
20:34C'était une monnaie d'échange
20:35dans un jeu avec la France.
20:37Parce qu'il ne faut pas oublier
20:39que dès l'automne 2024,
20:41ils ont commencé d'abord
20:42à taper sur Kamel Daoud.
20:43Puis la deuxième étape,
20:45ça a été Bolem Sansal
20:47qui a été un gage
20:48et un otage
20:49et qui a été, oui,
20:51un otage
20:52dans la relation franco-algérienne.
21:01Très vite,
21:02quand j'en ai parlé
21:02au président de la République,
21:03à l'époque,
21:03il m'a parlé de l'Allemagne.
21:05D'abord parce que
21:06le président algérien,
21:08Théboun,
21:09avait été soigné
21:10dans des hôpitaux allemands.
21:12Donc il y avait une relation,
21:14notamment avec
21:15le président de la République,
21:17le pédéral d'Allemagne.
21:19Et Bolem n'était pas
21:20un inconnu en Allemagne.
21:21Il le dit d'ailleurs
21:22dans son livre
21:23puisqu'il avait obtenu
21:26il y a une quinzaine d'années
21:27un des prix littéraires
21:28les plus prestigieux.
21:30Donc on savait
21:31qu'il y avait ce créneau
21:32qui permettait
21:32au régime algérien
21:34de ne pas dire oui,
21:36si j'ose dire,
21:37à la France.
21:38En même temps,
21:39lorsqu'on lit le livre,
21:40Bolem a très mal vécu
21:41cette grâce
21:42parce qu'il considère
21:43qu'il n'a pas à être gracié.
21:44Il n'avait rien commis.
21:45La grâce,
21:46c'est quand on commet
21:47en réalité un crime,
21:48un délit, etc.
21:49Mais lui,
21:49c'était sa liberté d'expression.
21:51Et lui voulait être rejugé.
21:53Rejugé avec son avocat.
21:55Vous vous rendez compte
21:56que le régime
21:56a récusé l'avocat,
21:58le premier avocat,
21:59François Zimré,
22:00du seul fait
22:00qu'il était des Juifs.
22:02Vous avez entendu
22:03beaucoup de protestations
22:04en France,
22:05de la gauche
22:06ou d'un certain nombre
22:06d'officiels ?
22:09Lamentable.
22:09Peut-être août,
22:11par là,
22:11juillet, août,
22:14on commençait à parler
22:16de libération
22:19et puis de grâce.
22:21Je pense que Berlin
22:22est intervenu aussi
22:23parce que Paris l'a demandé.
22:24Je pense que c'était
22:25une bonne idée
22:27de faire appel
22:28à l'Allemagne.
22:30Les gens commencent à dire
22:31que je serais certainement
22:33dans la liste
22:35des graciés de cette année.
22:36Graciés dans le sens
22:37où on allait réduire
22:38ma peine
22:38d'une année
22:40ou deux années
22:41ou quelques mois.
22:42Quand à un moment donné
22:44l'idée que l'Allemagne
22:45était derrière,
22:47j'ai écrit à M. Tebboune
22:48pour le dire
22:48je ne veux pas de grâce.
22:50Je veux un nouveau procès.
22:52Moi, je veux sortir
22:53de la prison
22:53ou mort
22:55ou ce que vous voulez
22:55ou acquitté.
22:58Boilem Sansal
22:59doit sa libération
23:01il faut le dire
23:02aux autorités allemandes.
23:04La France était
23:05des autorités françaises
23:06était dans une situation
23:07telle qu'elle n'arrivait pas
23:11finalement.
23:12Non pas qu'elle ne le voulait pas
23:13mais elle n'y arrivait pas
23:14structurellement.
23:16Donc, il a fallu passer
23:17par cette médiation
23:18encore une fois
23:19de Berlin.
23:21Alors, bien évidemment,
23:22les autorités françaises
23:23ont été associées
23:25d'une certaine façon
23:26mais Boilem Sansal
23:27il atterrit à Berlin
23:28et il n'atterrit pas à Paris.
23:29Un jour,
23:30on vient
23:32le matin
23:32me dire
23:35on vient me chercher
23:36comme d'habitude
23:39ramasser les affaires
23:40et il vient.
23:42Bon, voilà
23:42je suis les gardiens
23:44c'était soit
23:46pour m'emmener au tribunal
23:47soit pour m'emmener
23:48chez ceci
23:49et cela
23:49et là non
23:50il m'emmène
23:52au greffe général
23:54on me rend mes affaires
23:57et fourouant
23:58et on part.
24:00Mais qu'est-ce que c'est que ça ?
24:02Parce que quand vous êtes
24:04grâce
24:04on vous libère
24:05on vous amène au portail
24:06on vous sortit
24:08puis c'est tout.
24:09Ma conviction
24:10d'ancien diplomate
24:12c'est que l'Allemagne
24:13a été un habillage
24:14qu'en réalité
24:15la France a été
24:16de A à Z
24:17à la manœuvre
24:18dans cette affaire.
24:18Ce n'est pas simplement
24:19ma conviction
24:19d'ancien diplomate
24:21c'est ce que j'ai vu.
24:23Je veux dire
24:23qu'à aucun moment
24:25Boilem a été
24:25abandonné
24:26ou délaissé
24:27et si l'Allemagne
24:28s'est mobilisée
24:29c'est parce que la France
24:30lui a demandé
24:30et que la France
24:32avait conscience
24:33que dans le contexte
24:35psychologique
24:36et politique
24:37qui est celui
24:38du pouvoir à Alger
24:40tout ce qui correspondait
24:41à répondre
24:42à une attente
24:43de la France
24:44et encore moins
24:45à une exigence
24:45encore plus
24:46à une exigence
24:47de la France
24:47était impossible.
24:49Donc
24:49une libération
24:51sur Paris
24:52avec un vol direct
24:54sur Paris
24:54aurait été perçue
24:56par les plus ultras
24:57du régime
24:57comme un cadeau
24:58ou comme une concession
25:00faite à la France.
25:02Et ça
25:03ce n'était pas possible
25:04dans ce contexte-là.
25:06La piste allemande
25:07c'était l'habillage
25:08d'une solution
25:09entièrement
25:11conçue
25:11par Paris.
25:13On me met
25:14dans un fourgon
25:15et le fourgon roule
25:17pendant une heure
25:18il s'arrête
25:19et je me retrouve
25:21dans une autre prison
25:22et on refait
25:23la même procédure
25:24c'est-à-dire
25:25on me donne
25:26un nouveau numéro
25:27d'écrou
25:27on me fouille
25:28et on m'amène
25:29en cellule.
25:31Mais qu'est-ce que c'est ça ?
25:33Bon
25:33ben d'accord
25:35et puis
25:36au bout d'une heure
25:38on vient me sortir
25:39ramasse des affaires
25:41bien.
25:43Très bien
25:44et je signe encore
25:46comme quoi
25:46j'ai récupéré
25:47mes affaires
25:49en ma main
25:49dans le fourgon
25:50et qu'est-ce que c'est
25:51que ça encore ?
25:53Fourgon
25:54le fourgon roule
25:55pendant une petite heure
25:56et il s'arrête
25:57où je suis
25:58à l'unité pénale
25:59de l'hôpital.
26:00Bruno Retailleau
26:01nous a beaucoup aidé
26:01et puis
26:04c'est vrai que
26:08il a quand même
26:09relayé
26:10un discours
26:11qui était le nôtre
26:13et qui est celui
26:14de Boilem
26:15qui est celui
26:15de la résistance
26:16et du fait
26:17qu'il y a des choses
26:18qu'on ne peut pas accepter.
26:19Derrière cette discussion
26:21sur quelle était
26:22la bonne ligne
26:22la fermeté
26:24le rapport de force
26:26c'était la ligne
26:27que j'ai promue
26:27c'était la ligne
26:28qu'a adopté aussi
26:29le comité de soutien
26:32ou une ligne
26:33plus mollassonne
26:34si j'ose dire
26:34plus diplomatique
26:36je pense que
26:37désormais
26:37on en a une preuve
26:38si Boilem
26:39a été libéré
26:40c'est parce qu'on a fait
26:41du bruit
26:42c'est parce qu'on est allé
26:44les uns et les autres
26:45au bout de ce que nous pouvons faire
26:46moi comme ministre
26:47de l'intérieur
26:48avec un certain nombre
26:49de mesures de rétorsion
26:50et le comité de soutien
26:53vous vous souvenez
26:54il y a quelques dizaines d'années
26:55les otages au Liban
26:56etc.
26:57chaque soir
26:58il y avait
26:59au journal de 20h
27:00on disait
27:00voilà
27:00on énumérait
27:02les nombres de jours
27:03c'était justement
27:04pour que la France
27:05les français n'oublient pas
27:06c'était pour maintenir
27:08une pression
27:08et donc je pense que
27:10leur action
27:11a été une action
27:12importante
27:13qu'il y ait en même temps
27:15des efforts diplomatiques
27:16pourquoi pas
27:17très bien
27:17je pense que
27:18cette répartition des rôles
27:20bad cop
27:21comme on dit
27:22dans un mauvais vendéen
27:23good cop
27:24était sans doute complémentaire
27:26mais
27:26quand on connaît
27:28la nature
27:28du régime algérien
27:29je distingue toujours
27:30le peuple algérien
27:31grand peuple
27:33du régime algérien
27:34et sa nature
27:36c'est de prendre la France
27:38comme un bouc émissaire
27:39donc plus on se soumet
27:41plus on est en état
27:42de faiblesse
27:43et plus le régime
27:45y voit un gain
27:46et une victoire
27:46et plus il poursuit son action
27:49je suis réhospitalisé
27:51mes affaires
27:52on m'amène en cellule
27:55et voilà
27:56je passe la nuit là-dedans
27:57et le matin
28:00je suis là
28:03je dis au gardien
28:04il n'y a rien à manger
28:05du lait
28:06non non
28:07il me dit
28:07non non
28:07il n'y a rien
28:09bon ok
28:10et puis deux heures après
28:11on vient
28:12on vient me chercher
28:14et on m'amène
28:15dans un bureau
28:19je suis questionné
28:21par quelqu'un
28:22j'imagine que ça doit être
28:24probablement
28:24soit un conseiller
28:26du président
28:26soit
28:27moi j'ai soupçonné
28:28plutôt le patron
28:29des services secrets
28:30et à la fin
28:31il me pose
28:32carrément la question
28:33il me dit
28:36dans l'hypothèse
28:37vous êtes libéré
28:38est-ce que vous allez
28:39continuer à vous attaque
28:40contre votre pays
28:41l'Algérie
28:42contre la religion
28:44je lui ai dit
28:45d'abord je ne sais pas
28:47si je vais être libéré
28:48c'est le temps
28:48si
28:49ça vous me regarde
28:51je lui ai dit
28:51moi je n'ai jamais attaqué
28:52l'Algérie
28:53je n'ai jamais attaqué
28:54l'Islam
28:54j'attaque un régime
28:56et je l'attaque
28:57pour ce que je pense
28:59je dénonce
29:01chez lui des choses
29:02la corruption
29:03la violence
29:03c'est ça
29:04je n'ai jamais attaqué
29:05l'Algérie
29:05je n'ai jamais attaqué
29:06l'Islam
29:06j'attaque ceux qui utilisent
29:08l'Islam
29:10il fait comme ça
29:11et il s'en va
29:13j'attends encore
29:15au moins 5-6 heures
29:18ou même plus
29:20ou même plus
29:20et à un moment donné
29:21on me remet dans le fourgon
29:22le fourgon roule
29:24roule
29:25et puis
29:26par un petit truc
29:27comme ça
29:27je regarde
29:28je ne devine rien
29:29quand vous êtes trop petit
29:29comme ça
29:30vous devinez
29:30mais comme
29:31à un moment donné
29:32j'ai compris
29:33qu'on n'était pas loin
29:33de l'aéroport
29:36mais il ne s'arrête pas
29:36à l'aéroport
29:38il continue
29:39il s'arrête
29:40sur une vieille piste
29:44voilà
29:44bouffée par les
29:46saletés
29:47l'herbe
29:48tout ça
29:49et je suis dans le fourgon
29:50j'attends encore une heure
29:51à l'intérieur du fourgon
29:52puis au bout d'une heure
29:53le fourgon s'ouvre
29:54je sors
29:55et qu'est-ce que je vois
29:55voir des militaires partout
29:57évidemment
29:58voir vos points
29:59comme si
29:59je ne sais pas quoi
30:01et un avion
30:02et au pied de cet avion
30:04qui m'a semblé être
30:07trois européens
30:08quoi
30:08voilà
30:09je ne sais pas
30:10deux de moins
30:10comme ça
30:11ils étaient quand même
30:11à plus de 100 mètres
30:13et on l'a attendu
30:14comme ça
30:15je suis debout
30:16dans le fourgon
30:17et à un moment donné
30:20le gardien-chef
30:21qui avance
30:24on a avancé
30:25jusqu'à mi-chemin
30:27et d'autre côté
30:29donc les allemands
30:29ont été autorisés
30:31à avancer
30:32et voilà
30:33donc
30:34il dit voilà
30:35voilà
30:36et il s'en va
30:37et je me retrouve
30:38dans l'avion
30:38qui tout de suite
30:40découle tout de suite
30:41ils étaient pressés
30:43mais j'ai dit
30:44attendez
30:44et ma femme
30:47et là
30:48il me dit
30:50on est déjà en retard
30:51nous partons sur Berlin
30:53mais l'ambassade de France
30:54s'occupe de votre épouse
30:55ils doivent être
30:57maintenant chez vous
30:57à la maison
31:00elle va passer la nuit
31:01à l'ambassade
31:02on ne veut pas
31:02qu'elle passe la nuit
31:03chez elle
31:03c'est jamais
31:05elle va passer la nuit
31:06à l'ambassade
31:06et le lendemain
31:07et demain
31:07elle sera convoyée
31:09vers Berlin
31:10via Paris
31:11voilà
31:12c'est comme ça
31:12que
31:13deux heures après
31:14j'étais à Berlin
31:14à l'hôpital militaire
31:16de Berlin
31:16où j'ai passé
31:17quatre jours
31:18de check-up
31:19de soins
31:20et ils m'ont dit
31:22qu'ils étaient
31:22vraiment très abîmés
31:24mais il m'a dit
31:25bon
31:27j'ai fait un check-up
31:28vraiment très complet
31:29et là
31:30j'ai été récupéré
31:31par l'ambassade
31:32de France
31:33j'ai logé
31:34pendant quatre jours
31:35dans la résidence
31:37de l'ambassade
31:39qui est ma femme
31:40le lendemain
31:41m'a rejoint
31:43et de là
31:45on est rentré
31:46sur Paris
31:46j'ai été très bien reçu
31:48donc de l'aéroport
31:50directement
31:50à l'Elysée
31:52Macron
31:52avec Brigitte
31:54Bride
31:55Marconte
31:55était vraiment
31:56très sympathique
31:57un accueil
31:57très chaleureux
32:01on a parlé de choses
32:02et d'autres
32:02évidemment
32:03on a parlé
32:03du régime algérien
32:05qui est ce qu'il est
32:06il faut faire avec
32:06en fait
32:07ils nous ont emmené
32:08une voiture
32:09les gens d'armes
32:10en civil
32:13et ils roulent
32:13ils roulent
32:14ils roulent
32:14et puis je comprends
32:15qu'on est en train
32:16on va vers le septième
32:18et Gallimard
32:19je suis chez mon éditeur
32:20historique
32:21des amis
32:22depuis 27 ans
32:23très bien
32:24on a fêté ça
32:28on est partis
32:28dans la grande salle
32:29où il y avait
32:29tout le personnel
32:31courtel
32:31et tout ça
32:32c'était super bien
32:34je voulais voir
32:35le comité
32:37c'était le comité
32:38parce qu'on venait
32:39me dire
32:39des interviews
32:40mais moi je dis
32:41je veux voir mes copains
32:42les gens qui sont battus
32:44pour moi
32:44pendant une année entière
32:51ah Boilem
32:52alors Boilem
32:52c'est une équation
32:53c'est très particulier
32:54alors c'est un écrivain
32:56c'est à la fois
32:57il est un scientifique
32:59il a eu des positions
33:00éminentes au ministère
33:01de l'industrie
33:02c'est un scientifique
33:03Boilem
33:03et en même temps
33:04c'est un littéraire
33:04il est amoureux
33:05de la langue française
33:07nous sommes une patrie
33:08littéraire
33:09Camus
33:09qui connaissait bien
33:10l'Algérie
33:11avait dit
33:11ma patrie
33:11c'est la langue française
33:12c'est notre identité
33:14je crois
33:14et il l'a formidablement
33:15compris
33:16ça n'est pas un français
33:17il est français
33:18complètement
33:19il n'est pas français
33:20par sa naissance
33:21il est devenu
33:22par l'encre
33:23versée
33:23si j'ose dire
33:25parce qu'il a servi
33:27magnifié
33:28notre langue française
33:29et Boilem
33:29c'est à la fois
33:30un esprit très libre
33:33il a une forme
33:34de douceur
33:34dans le langage
33:35mais en même temps
33:36de grande
33:37fermeté
33:38solidité
33:39de résilience
33:39au fond de lui
33:40parce que ce qu'il a vécu
33:42à son âge
33:43il était très malade
33:45il fallait le surmonter
33:46et il l'a surmonté
33:47donc voilà
33:48c'est à la fois
33:49une forme de douceur
33:51quand on connaît l'homme
33:52quand on l'interroge
33:53d'humanité
33:55mais en même temps
33:56de grandes forces intérieures
33:58et moi
33:59c'est ce qui m'a surpris
34:01à ce point là
34:02Boilem
34:03qu'est-ce que c'est
34:03Boilem
34:03c'est un symbole
34:04c'est un grand écrivain
34:06un dissident
34:07un opposant
34:08à une dictature
34:09qui est la dictature algérienne
34:11il est Boilem
34:13étranger
34:14partout
34:14ou alors
34:15il est de partout
34:17il est français
34:18il est algérien
34:19il est en Allemagne
34:20il est en république tchèque
34:22mais
34:23en même temps
34:24je crois que
34:25quand il dit
34:25qu'il se sent étranger
34:27partout
34:27c'est peut-être
34:29parce qu'il a le sentiment
34:30que
34:32en France
34:33il est aussi
34:34beaucoup
34:35critiqué
34:38mis en cause
34:39pour ses déclarations
34:41pour son parler
34:42extrêmement cache
34:44la vie ne se réalise
34:45que dans le malheur
34:49le bonheur
34:49c'est une absurdité
34:51totale
34:51ça ne existe pas
34:52on est déjà mortel
34:54on est dans la douleur
34:55on meurt dans la douleur
34:56donc il faut trouver
34:57il faut tirer profit
34:58du malheur
34:59qui forme
35:01c'est ça
35:02le bonheur
35:03c'est ridicule
35:04le bonheur
35:07le bonheur
35:08le bonheur
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