00:00Elle évoquait, Noemi, les banques rue Montaigne, il y a des banques iraniennes avenue Montaigne, il n'y a personne
00:05dans ces banques ?
00:06Ces banques, elles ne sont pas beaucoup utilisées en fonction...
00:09C'est des vitrines pour l'instant ?
00:10C'est plutôt des vitrines pour l'Iran, mais vous avez vu qu'elles sont quand même extrêmement bien placées.
00:16Elles datent de l'époque avant le char, et c'est des bâtiments qui appartiennent à l'Iran.
00:22Mais par exemple, juste une question supplémentaire Sébastien, Iran Air, qui est sur les Champs-Elysées aussi, il n'y
00:26a personne dans les locaux ?
00:27C'est une vitrine pour eux, ils vont garder ces bâtiments, parce qu'historiquement, ils détiennent ça depuis très longtemps.
00:35C'est pareil pour toutes les ambassades dans le monde, détiennent, si vous voulez, des bâtiments dans chaque pays, et
00:42puis les conservent le plus longtemps possible.
00:44Mais les avoirs iraniens, oui, c'est ça, qu'est-ce que ça concerne ?
00:46Ça concerne les réserves en devise, les obligations de l'or, des créances pétrolières, des comptes bancaires, des sociétés commerciales,
00:55immobilières,
00:55des investissements étrangers, des partissements patients détenus dans les entreprises étrangères.
01:01Donc tous ces éléments-là font partie des avoirs iraniens, et ça se compte en centaines de milliards d'euros.
01:07Ces avoirs iraniens, ils appartiennent à qui ? Au gardien de la révolution, au genre du pouvoir, à qui ?
01:14Officiellement au gouvernement, mais officiellement au État.
01:16À l'État.
01:17Non, non, officiellement c'est le gouvernement, officiellement, et officiellement c'est les gardiens de la révolution islamique.
01:22On le sait très très bien.
01:24Donc, il faut entrer dans les détails, mais rapidement pour comprendre ce qui se passe.
01:30Lorsqu'ils nous disent qu'il y a du progrès à la fois sur l'Eau des Trois-Dormos et
01:35sur les avoirs, c'est pas vrai.
01:37Il y a zéro progrès dans la négociation concernant les deux points.
01:41On n'aborde même pas le programme atomique, balistique, etc.
01:45Les deux points-là, l'Eau des Trois-Dormos et les avoirs gelés, il y a zéro progrès.
01:51Mais pourquoi ? Parce que tout simplement, en 2023, les Iraniens ont accepté que les Qataris aient la main sur
01:59la gestion des 6 milliards de dollars qui étaient dégelés par les Américains.
02:03Ils l'acceptaient parce qu'ils se sentaient très très fragiles.
02:06Aujourd'hui, les Américains ont posé deux conditions.
02:09La première condition, d'accord, on va dégelés au moins 12 milliards de dollars qui se trouvent au Qatar.
02:17Mais à condition, la première condition, ce n'est pas vous, les gardiens de la révolution, il y a la
02:21main, mais ce sont les Qataris qui gèrent votre argent.
02:24Les gardiens, ils ont dit non.
02:26La deuxième condition, les Américains ont dit qu'on met en place un mécanisme.
02:30Si jamais vous ne respectez pas les termes de l'accord, on bloque immédiatement.
02:34Les Iraniens ont dit non.
02:36Et parce que les Iraniens ont dit non, les Américains demandent la réouverture de Détroit d'Hormuz.
02:41Et les Iraniens nous disent, je sais que vous voulez me poser la question.
02:44Oui, laissez-moi finir.
02:45Oui, oui, mais parce qu'en fait, je voudrais juste déjà savoir qui les bloque, ces avoirs, en fait, pour
02:49qu'on comprenne bien de quoi on parle.
02:50C'est les Américains qui bloquent absolument tout.
02:52Donc, le feu vert ne viendra que de...
02:54Aucune banque à l'échelle internationale ose traiter avec les Iraniens sans passer par le filtre iranien.
03:03Mais laissez-moi juste finir ça.
03:05L'eau des Détroit d'Hormuz, on dit qu'il y a un vrai progrès, on est optimiste.
03:10Mais en réalité, il y a zéro progrès.
03:12Pourquoi ?
03:12Parce que comme les Américains bloquent, avec les doux conditions, les avoirs gelés Iraniens ou Qatar,
03:19et bien les Iraniens nous disent, nous aussi, on bloque le Détroit d'Hormuz,
03:23acceptez la réouverture, mais à condition que tout se passe par notre filtre.
03:29Donc, faut-il comprendre que tant qu'on n'aura pas débloqué la question financière, le reste ne bougera pas
03:33?
03:33Ben voilà, c'est... je te tiens, tu me tiens par la barbichette.
03:35C'est le serpent qui se met en la queue.
03:37Toute la question est là, enfin c'est dans toutes les...
03:39Le pognon, c'est toujours le nerf de la guerre.
03:41Voilà, c'est le nerf de la guerre.
03:42Et d'ailleurs, c'est ce que le président Pézechian vient de dire.
03:45C'est-à-dire qu'ils ont détourné le problème militaire vers une guerre économique.
03:50Et en fait, c'est guerre économique contre guerre économique, blocage contre blocage,
03:54à voir contre Détroit d'Hormuz.
03:55Mais pardon, on parle de 12 milliards, mais c'est rien à l'échelle d'un État.
03:58Si, c'est beaucoup parce que c'est le premier pas.
04:01Si, c'est beaucoup parce que les Iraniens ont besoin même à 1 million de dollars.
04:06Parce que là, il n'y a aucune rentrée en fait, à ce moment.
04:07Il y a zéro.
04:08Tout est bloqué à l'intérieur.
04:09Les quelques bateaux qui passent et qui payent le péage à Roux.
04:11Oui, mais ce n'est pas ça.
04:13Les Iraniens ont besoin pour reconstruire leur pays, détruire pendant cette guerre,
04:18avec une somme de 1250 milliards de dollars annoncés par le gouvernement de Pézechian.
04:24Ce n'est pas avec quelques bateaux qui passent qu'ils peuvent reconstruire leur pays.
04:28Et donc, je répète encore une fois, zéro progrès dans la négociation.
04:32Imaginons que ça se débloque, 12 milliards là.
04:34Ça servait à quoi ?
04:36Alors évidemment, à acheter peut-être des biens.
04:38Mais ça peut aussi relancer les programmes d'armement, nucléaire, non ?
04:42Non, non.
04:42C'est des signaux.
04:43Je pose des questions.
04:44C'est des signaux.
04:45C'est-à-dire obtenir de l'adversaire une concession.
04:49C'est le début, c'est un premier pas.
04:51Si vous voulez, pour avancer, il faut marcher sur deux jambes.
04:54C'est le premier pas qui sera versé.
04:56Mais évidemment, c'est une question extrêmement sensible.
04:58Parce que les Américains ont dit que les Iraniens ne respectent pas les accords.
05:01Les Américains n'ont depuis très longtemps jamais respecté le moindre accord vis-à-vis de l'Iran.
05:07Donc, il y a une défiance évidemment terrible.
05:09Et il faut absolument tout contrôler dans les moindres détails.
05:12Mais vous avez absolument raison de poser cette question-là.
05:14Parce que les Américains ont peur que cet argent, les 12 milliards de dollars,
05:18soit servi pour le programme atomique, pour l'uranium.
05:21Et surtout pour les organisations militiennes.
05:24C'est pourquoi ils veulent mettre en place un mécanisme géré par le Qatar.
05:29Une tutelle en fait.
05:30Exactement. Votre argent, c'est sous-tutelle.
05:32Vous acceptez, c'est comme ça, soit.
05:35Si vous n'acceptez pas, l'argent reste au Qatar.
05:37Question de Sofiane, c'est notre monsieur argent à nous.
05:38Oui, parce que la dernière fois en 2023, vous parliez de Joe Biden
05:41qui avait dégelé les avoirs pour 6 milliards.
05:43Mais il y avait la condition justement que cet argent aille à des fins humanitaires.
05:47Est-ce qu'on sait ce qu'est devenu cet argent ?
05:48Est-ce qu'il est vraiment allé à des fins humanitaires ?
05:50Et donc, deuxième question,
05:51est-ce que les Américains peuvent mettre la même condition
05:54pour ces 12 ou 24 milliards d'avoir ?
05:56Non, les Iraniens n'ont jamais eu accès à cet argent-là.
05:59Cet argent est resté au Qatar.
06:01Pourquoi ? Parce qu'à cause ou grâce,
06:03ça dépend comment on voit les choses,
06:05il faut rester objectif de ce mécanisme.
06:07Les Iraniens n'ont pas eu accès
06:09et n'ont pas pu utiliser cet argent.
06:11C'est pourquoi ils veulent refuser catégoriquement
06:13ce mécanisme et la mâche du Qatar sur l'argent.
06:16Sébastien, globalement, les avoirs iraniens bloqués,
06:18c'est combien, on sait, ça ?
06:19Entre 100 et 120 milliards.
06:21C'est très simple, si vous voulez,
06:23un pays pétrolier, lorsqu'il vend du pétrole au Japon,
06:26à la Corée, etc.,
06:27il ouvre un compte dans chacun de ces pays
06:29pour recevoir les recettes du pétrole qui a été vendu.
06:33Et ils ont beaucoup d'argent en Chine,
06:34beaucoup d'argent au Japon, en Corée,
06:36vers les pays vers lesquels ils vendent du pétrole.
06:39Du coup, on a plus de mal à comprendre
06:40pourquoi un pays comme la Chine
06:42ne débloque pas ses avoirs,
06:44que les Américains bloquent, on comprend,
06:45mais pourquoi les Chinois ?
06:46C'est là où la Chine a un levier sur cette question.
06:49Parce qu'eux, c'est un des rares pays au monde
06:51qui est indépendant des États-Unis.
06:53C'est-à-dire que la pression, elle vient des États-Unis
06:56sur les autres pays pour les empêcher
06:58d'envoyer de l'argent vers l'Iran.
07:01Si même la France voulait envoyer de l'argent vers l'Iran,
07:04les États-Unis auraient des outils de rétorsion
07:08contre la France.
07:09C'est une question de souveraineté, toujours.
07:10Parce que les banques chinoises,
07:12comme toutes les banques à l'échelle internationale,
07:15sont rattachées au système qu'on appelle SWIFT.
07:18Et le système SWIFT,
07:20si jamais une banque chinoise transgresse cette règle,
07:24directement, cette banque sera...
07:25C'est le système par lequel on paye tous les échanges commerciaux.
07:28Exactement, cette banque sera dit automatiquement bloquée.
07:31Question.
07:32Est-ce qu'il y a de l'argent sale dans ces 100 milliards ?
07:34Alors, ça dépend de ce qu'on appelle argent sale, évidemment.
07:37Mais alors, tout ce qui touche, par exemple, au terrorisme, etc.,
07:41ce sera évidemment impossible pour l'Iran
07:44de récupérer cet argent.
07:47Mais oui, ça passe beaucoup aussi par des plateformes offshore.
07:50Ils ont des fonds cachés, en fait.
07:52Oui, des fonds cachés partout.
07:53Sous des prêts de nom.
07:53Et c'est toujours des pays qui sont, évidemment,
07:56qui pratiquent un secret bancaire.
07:58Il y a tous ces pays-là, d'ailleurs,
08:00tous les pays pétroliers disposent...
08:02Regardez, les trafiquants de drogue d'Amérique du Sud,
08:04ils ont tous leurs avoirs aux Émirats Arabes Unis.
08:08C'est pareil pour l'Iran.
08:09Est-ce qu'on peut imaginer quelle sera la première utilisation
08:12de ces sommes débloquées pour l'Iran ?
08:13Est-ce que ça va servir à reconstruire
08:16les installations pétrolières détruites,
08:18les sites détruits,
08:19ou ce sera pour la population ?
08:20Parce qu'on oublie un peu la population, évidemment.
08:23Ça va d'abord injecter de l'argent
08:25dans l'économie qui en a besoin.
08:26Ça, c'est ta langue de bois, ça, ça ne veut rien dire.
08:28Ça ne veut rien dire.
08:29Quand l'inflation est aussi forte,
08:32quand la monnaie est devenue aussi faible,
08:34ça permet de relancer aussi le cours de la monnaie.
08:38Mais donc concrètement, c'est le gouvernement
08:39qui prendrait cet argent pour le distribuer, lui ?
08:42L'Iran a aussi un système,
08:44tout un système de redistribution.
08:45C'est d'ailleurs là-dessus qu'il tient.
08:47C'est-à-dire que c'est un pays très socialisant
08:50dans le sens étatique du terme.
08:52C'est-à-dire qu'il redistribue aux classes
08:55les plus populaires, celles qui soutiennent le régime.
08:59Par exemple, l'argent et l'essence
09:01est subventionnée en Iran.
09:03C'est-à-dire que c'est 17 centimes d'euros le livre.
09:08C'est-à-dire que quand vous mettez de l'argent
09:09dans votre voiture,
09:10il y a l'État qui vous donne de l'argent
09:12pour pouvoir en mettre.
09:15Ça, c'est le récit d'un gouvernement
09:18responsable de son peuple.
09:20C'est le récit d'un État
09:22qui donne la priorité à sa population.
09:26Or, en Iran, on sait très bien
09:27que la priorité, d'où toutes les priorités,
09:30ce n'est pas la population.
09:31C'est le régime.
09:32Et pour protéger le régime,
09:34il faut renforcer les infrastructures militaires
09:38qui ont protégé le régime.
09:40À savoir les drones,
09:41à savoir les missiles balistiques,
09:43à savoir toutes les infrastructures militaires.
09:46Et donc, d'abord le régime,
09:47ensuite la population.
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