00:00Sur Inter, Benjamin Duhamel, vous recevez les auteurs d'une enquête sur le casque du Louvre.
00:05Comment une petite bande de copains d'Aubervilliers ont-ils réussi à faire disparaître les joyaux de la couronne ?
00:10Le cambriolage rancambolesque du Louvre a-t-il été commis par des petits caïds ou des arsène lupins du XXIe
00:16siècle ?
00:16Pour le savoir, il faut lire cette enquête événement main basse sur le Louvre aux éditions Flammarion,
00:21publiée par nos invités Jean-Michel Décugis et Nicolas Charles Torrent.
00:24Bonjour et merci d'être avec nous sur France Inter.
00:28Jean-Michel Décugis, grand reporter aux Parisiens et rédacteur en chef à Paris Match.
00:31Avec Jérémy Famlet, votre co-auteur, vous nous faites vivre de l'intérieur la traque des bijoux volés.
00:36C'est absolument passionnant.
00:37Jean-Michel Décugis, je voudrais commencer avec vous.
00:39Vous avez cette expression qui m'a beaucoup plu.
00:41Vous décrivez des voleurs présumés qui sont au fond comme des voyous du dimanche
00:46et vous dites qu'ils sont rentrés dans l'histoire par la fenêtre.
00:49En fait, il y a une sorte de décalage stupéfiant entre des profils assez ordinaires
00:53et un casque du Louvre qui là pour le coup est tout à fait extraordinaire.
00:56Oui, ils sont rentrés par une fenêtre, une fenêtre pas plus épaisse qu'une vitre de maison de campagne
01:04avec un monte-charge.
01:06Le scénario, le mode opératoire est insensé.
01:10Ils vont voler un butin qui est inestimable, les joyaux de la couronne.
01:15Et en même temps, ce sont des potes de cité.
01:20Comme on l'a dit, ils ont grandi ensemble.
01:22Ils ont même fréquenté quasi le même bac à sable.
01:25Ils se connaissent depuis 25 ans.
01:27Ils ont arrêté l'école très vite.
01:29Puis ils ont été aspirés par l'économie souterraine.
01:31Et puis, ils sont devenus des pères de famille.
01:34Ils ont fait beaucoup de prisons.
01:35Ils se sont forgés leur identité dans la délinquance, dans le banditisme.
01:39Et puis, aujourd'hui, le vol d'œuvres d'art, ce n'est plus réservé aux spécialistes.
01:51On voit que maintenant, ce sont des voyous ordinaires qui peuvent s'en prendre au musée,
01:56qui sont devenus très vulnérables et qui sont plus faciles à attaquer que des banques
01:59ou des fourgons blindés.
02:02Et on voit bien effectivement la vulnérabilité du Louvre.
02:04Nicolas Charlton, l'autre paradoxe, c'est que ce sont à la fois des voleurs sinon professionnels,
02:10mais du moins expérimentés, parce qu'ils réussissent quand même à une sorte de casse
02:13avec une forme de brio.
02:15Et en même temps, ils font beaucoup d'erreurs.
02:18Ils font beaucoup d'erreurs.
02:20En fait, oui, c'est comme disait Jean-Michel, ces quatre potes qui...
02:24En fait, quand on découvre le casse, les premières heures, on se dit, c'est des pros.
02:28Même Nunez dit...
02:31C'est une équipe chevronnée, le ministre de l'Intérieur dit ça à votre antenne, il me semble.
02:35Et puis, quelques jours après, on découvre les premières interpellations.
02:39Donc, c'est Guélamala et Doudou, le fameux Doudou.
02:43Et en fait, là, on réalise que non, pas du tout.
02:46Ce n'est pas une équipe chevronnée.
02:47En revanche, on découvre qu'ils ont très bien préparé le coup.
02:51Et donc là, on se dit, c'est quand même bizarre.
02:53C'est les braqueurs du dimanche, mais ils sont très pros.
02:55Et puis, comment on les a trouvés ?
02:57Parce qu'ils ont laissé traîner leur ADN un peu partout.
03:00Donc, ils sont très pros, mais ils laissent traîner leur ADN.
03:02Et donc, le truc du Arsène Lupin, c'est sorti de là.
03:06Parce qu'en fait, on s'attendait à ce que ce soit Arsène Lupin.
03:08Le Louvre, pour être à la hauteur du Louvre, il faut être Arsène Lupin en France.
03:12Et donc, quand on n'est pas Arsène Lupin, il y a un truc qui cloche.
03:14Et ça crée ce décalage.
03:16Vous parliez de Abdoulaye, Doudou Crosbitum,
03:19qui apparaît à la lecture de ce livre comme le chef présumé.
03:23Le cerveau, en quelque sorte, de ce cadre.
03:26Mais parce que c'est plus flamboyant, c'est celui qui a du panache.
03:31D'abord, dans un premier temps, on se moque un peu de lui, beaucoup même.
03:35Il faut expliquer pourquoi Doudou Crosbitum.
03:37Parce qu'il fait des vidéos de rodéo urbain.
03:39Il a une réputation.
03:41Mais en fait, Doudou Crosbitum, en 2006, je crois, il inaugure sa chaîne YouTube.
03:45En 2006, il faut se rendre compte que YouTube s'est inauguré en 2005.
03:49Donc, c'est un pionnier.
03:51C'est un des premiers influenceurs de France, en fait.
03:53Et sur sa bécane, il fait le tour de Paris en roue arrière sur le périph.
03:56Et donc, quand on découvre ça le 25 octobre, tout le monde se moque de lui.
04:02Mais en fait, Arsène Lupin, si Maurice Leblanc l'avait inventé aujourd'hui,
04:06il aurait probablement les traits de Doudou Crosbitum.
04:08Parce que c'est un mec flamboyant qui fait jouer les enfants,
04:11qui fait rire les mamans, qui porte les courses des vieilles dames à Aubervilliers.
04:14Tout le monde l'adore.
04:15Les rappeurs parlent de lui dans les chansons.
04:19Voilà, c'est un mec flamboyant.
04:20Jean-Michel Décu, la vraie valeur ajoutée de votre livre,
04:23c'est qu'on est littéralement au cœur des auditions entre les suspects et les policiers.
04:27Vous décrivez ça, ça se lit comme un dialogue de film.
04:31Et il y a notamment ce moment formidable où le fameux Doudou Crosbitum,
04:34après avoir refusé de parler aux policiers,
04:36il explique aux policiers qu'il a en face de lui
04:38qu'il y a sans doute un commanditaire
04:40et que lui, en arrivant en bas du Louvre,
04:42ne savait pas qu'il s'apprêtait à cambrioler le Louvre.
04:45C'est complètement rocambolesque.
04:47Personne ne le croit, et surtout pas les enquêteurs.
04:50Il faut dire qu'au départ, il chique,
04:52comme on dit dans le jargon policier.
04:53Il ment.
04:54Ça veut dire mentir.
04:55Au début, il ment.
04:55Et puis, à la quatrième audition, il dit, je vais parler.
04:58Et là, il y a le patron de la BRB qui descend pour l'entendre.
05:01Parce qu'il va dire, qu'est-ce qu'il va dire ?
05:03Et finalement, il va dire des idiophies.
05:07Il va dire qu'effectivement, deux jours avant,
05:10le casque, il a rencontré des types dans un parc
05:14où il achetait du site et qu'on lui a proposé le marché.
05:18Et qu'effectivement, il ne savait même pas qu'il allait au Louvre.
05:21Il ne savait même pas ce qu'il allait braquer.
05:24Mais les flics avaient mis exprès les deux voyous.
05:31Donc, il était avec son...
05:34Avec Guélamala.
05:34Avec Guélamala, voilà.
05:35Et donc, ils ont parlé.
05:37Il y a eu une interception.
05:40Et là, il dit à Guélamala,
05:43écoute, j'ai fait comme on avait dit au quartier.
05:48J'ai dit qu'on nous avait forcé et que je ne savais même pas que c'était de Louvre.
05:50Et c'est là qu'il y avait une entente entre les deux suspects.
05:54Nicolas Charles Torrent, sur l'hypothèse sur laquelle travaillent les enquêteurs,
05:57c'est donc qu'il n'y aurait vraisemblablement pas de commanditaire,
06:01contrairement à ce qui pouvait être envisagé initialement.
06:03À l'heure où on se parle, il n'y a pas l'ombre du début d'une preuve qu
06:08'il y ait un commanditaire.
06:08Ils ont tout épluché, à notre connaissance.
06:12Les appels, les messages, les SMS, absolument tout.
06:15Ils ont même épluché l'application de rencontre sur laquelle le dernier suspect arrêté
06:20a passé la journée, la veille du braquage.
06:23Il passe la journée sur une appli de rencontre.
06:25Et ce n'est pas complètement idiot parce que chez les terroristes, par exemple,
06:29il y a eu beaucoup d'affaires où ils allaient recruter des nouveaux terroristes.
06:33Sur des forums de jeux vidéo.
06:35Exactement.
06:35Et donc, pourquoi pas un site de rencontre pour héberger les conversations avec un commanditaire ?
06:40En fait, pas du tout.
06:41Il a passé la journée sur un site de rencontre à parler avec des personnes.
06:45Donc, vraisemblablement, pas de commanditaire.
06:48Ce qui est aussi formidable dans votre livre, c'est qu'on suit minute par minute l'enquête.
06:52La façon dont les filatures sont menées, dont les balises sont posées sous les voitures des suspects.
06:59Et puis, il faut nous raconter la Nicolas Charles Torrance qui se joue dans ce parking à Aubervilliers.
07:03Pourquoi c'est à la fois essentiel et génial à lire et en même temps tellement frustrant pour les enquêteurs
07:09?
07:09C'est terriblement frustrant.
07:11Alors, il faut expliquer, il y a trois véhicules au Louvre.
07:16Donc, il y a le fameux camion nacelle qui a permis de monter sur le balcon.
07:19Et il y a deux scooters.
07:20Et puis, quand les flics font le film de la fuite par caméra de surveillance interposée,
07:27d'une caméra à l'autre, ils regardent la fuite et ils se rendent compte que sur les berges de
07:33Seine,
07:33les deux scooters qui ont pris la fuite s'arrêtent sur une zone de stationnement
07:37et que deux des voleurs sur quatre montent à bord d'un véhicule utilitaire blanc, un berlingot Citroën.
07:46Et donc, l'équipe se sépare en deux.
07:48Il y en a deux qui prennent les scooters, qui remontent à Aubervilliers par les petites routes de l'Est
07:51parisien.
07:52Et ce fameux berlingot, qui n'apparaissait pas au départ, qui part dans le vexin.
07:58Et donc, c'est là que d'abord se situe la fourche.
08:03Donc, est-ce que les bijoux partent avec les scooters vers Aubervilliers
08:06ou est-ce que les bijoux partent avec le berlingot dans le vexin ?
08:09Ça, c'est la première chose.
08:10Et après, tout le monde se retrouve à Aubervilliers.
08:12Donc, les scooters arrivent en premier.
08:13Et c'est la dernière fois qu'on voit sur des caméras de surveillance.
08:16Et donc, à ce moment-là, on voit sur les caméras de surveillance le diadème de génie.
08:21Et donc, ça, c'est les deux premiers qui viennent d'arriver.
08:23Ceux qui sont dans le berlingot ne sont pas encore là.
08:24Et quand ils arrivent, le diadème de génie n'est plus là.
08:28Donc, la question, c'est est-ce qu'ils ont séparé le butin en deux ?
08:31Et donc, il y a une partie dans le parking et une partie dans le vexin.
08:35Est-ce que tout est dans le parking ?
08:36Est-ce que tout a été vendu ?
08:37À quel moment ?
08:38Aujourd'hui, on n'en sait rien.
08:40Et on suit tout ça comme un polar.
08:41Jean-Michel Décuisse, ils sont où les bijoux ?
08:43C'est quoi les... Pardon, je ne sais pas, vous n'allez pas nous donner la réponse.
08:46Mais l'hypothèse, ça crée une sorte de folie dans le studio.
08:50Est-ce que le plus probable est qu'ils soient encore en France ?
08:52En Belgique, peut-être ?
08:53Les quatre protagonistes le savent eux.
08:55Ça, c'est sûr.
08:56Il y a deux hypothèses.
08:58La première hypothèse, c'est qu'ils sont toujours à Aubervilliers ou pas loin d'Aubervilliers, en France en tout
09:03cas.
09:04Et là, pourquoi ? Parce qu'ils ont été interpellés très vite.
09:09Six jours après, ils ont été interpellés par la police.
09:11Ils étaient mis sous surveillance avant.
09:12Donc, peu de temps pour écouler les bijoux.
09:16Deuxième hypothèse, mais qui aujourd'hui tient la corde, c'est que les bijoux sont partis à l'étranger via
09:21une filière d'écoulement de diamants.
09:24Et que, possiblement, ils peuvent être en Belgique, par exemple.
09:27Auquel cas, ce serait difficile de les retrouver.
09:29D'un mot très court, Nicolas Charles-Torrent.
09:30Là, en ce moment, il y a de nouvelles auditions, des suspects qui pourraient peut-être aboutir à des révélations.
09:35En fait, ils risquent 15 ans de prison à cause de l'association, de la bande organisée.
09:39En fait, ça fait passer de 5 ans à 15 ans.
09:41En fait, ils ne s'attendaient pas à ça, les mecs.
09:43Ils sont tous paires de famille, ils ont envie de voir leurs gosses, ils sont comme nous.
09:465 ans, ça passe.
09:4715 ans, c'est beaucoup.
09:48Et donc là, ils essayent de dealer.
09:50Ok, on vous dit où sont les bijoux, mais il faut réduire la peine.
09:52Et donc, ils ont demandé des auditions pour ça.
09:54Donc, hier, aujourd'hui, et notamment, une audition importante, le 2 juin.
09:57C'est passionnant.
09:58Merci beaucoup, Nicolas Charles-Torrent et Jean-Michel Décuvis.
10:00Main base sur le Louvre.
10:01Les secrets du casse, c'est aux éditions Flammarion.
10:03Merci beaucoup, Nicolas Charles-Torrent et Jean-Michel Décuvis.
Commentaires