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Anne Fulda reçoit Marc Dugain - « Submersion » dans #HDLivres

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00:00Bienvenue à l'heure des livres, Marc Dugain. Alors, pas besoin de vous présenter, on vous connaît.
00:06Écrivain, réalisateur, vous avez déjà écrit de nombreux succès, La Chambre des Officiers, La Malédiction d'Edgar, plus récemment Tsunami.
00:13Là, vous publiez Submersion, un livre qui est paru chez Albin Michel et un livre qui, comme nous le montre
00:19la couverture,
00:20où on voit un homme face au palais d'Elysée, se place à nouveau au cœur du pouvoir.
00:28Décidément, c'est vrai que le pouvoir, les coulisses du pouvoir, ce qui s'y passe, c'est quelque chose
00:33qui vous fascine depuis longtemps.
00:34La Malédiction d'Edgar, c'était déjà ça. Comment vous expliquez cet attrait comme ça pour tout ce qui tourne
00:42autour des ressorts du pouvoir ?
00:44Probablement parce que je ne suis pas moi-même un homme de pouvoir. Je n'ai jamais imaginé que j
00:53'exercerais le pouvoir.
00:54On l'exerce toujours. L'écrivain exerce d'une certaine façon le pouvoir, mais le pouvoir politique me fascine parce
01:00qu'il conditionne notre sort.
01:02Et en fait, tout ça est parti de, j'allais dire, de la Chambre des Officiers, de mon enfance parmi
01:08les gueules cassées.
01:10Et je n'ai pas réalisé à quel point ça m'avait traumatisé de vivre au milieu de ces gens
01:16défigurés, qui étaient tous amochés, par centaines autour de moi.
01:23Et je pense que j'ai pris conscience, peut-être inconsciemment, donc c'est un peu paradoxal, que c'était
01:31le pouvoir qui décidait de ces choses-là.
01:33Et c'est pour ça que j'ai toujours fait des livres avec la petite histoire dans la grande histoire,
01:37la tragédie des Kennedy.
01:41Et ça me fascine assez. Et là, je trouvais que c'était très intéressant pour moi de me mettre.
01:45Moi, j'aime bien me mettre à la première personne et me mettre à la place d'un président.
01:51Qu'est-ce que c'est qu'un président aujourd'hui ?
01:54C'est cet homme dont la presse est la personne dont la presse parle le plus et qui, par ailleurs,
02:05est à la fois aimé, vilipendé et qui est le centre de convergence de 70 millions de problèmes.
02:16Donc, c'est quoi sa vie ? C'est quoi sa vie au jour le jour ? Comment les crises
02:19arrivent les unes derrière les autres ?
02:21Il n'y a pas le temps de respirer, il a l'impression d'avoir réglé un problème.
02:24Il y en a un autre qui arrive, comme la gardienne, le prix du pétrole qui monte.
02:28Il faut tout le temps gérer.
02:31Et évidemment, il faut avoir une vie privée à côté, ce que j'essaye aussi de rembourser.
02:36Et comment, qu'est-ce qu'on fait de cette vie privée ?
02:40Est-ce qu'on s'en sert à des fins politiques ou pas ?
02:45C'est une expérience qui est assez amusante, parce que quand j'étais dans l'aviation, j'aimais beaucoup être
02:51dans les simulateurs de vol,
02:52parce que les simulateurs de vol, vous faites ce que vous voulez.
02:55Je me souviens, j'avais craché un 747 comme ça à JFK et il n'y avait pas de conséquences.
03:01Et là, c'est pareil, je m'installe dans le poste de pilotage à la place du président et ça
03:05n'a pas de conséquences, à part sur mes lecteurs, évidemment.
03:09Et je trouve que c'est un exercice extrêmement intéressant, assez difficile.
03:13Parce que j'ai écrit une première fois le livre, je l'ai jeté à la poubelle et je l
03:18'ai réécrit une deuxième fois complètement.
03:20Ça ne m'était jamais arrivé.
03:21Parce que ce qui est intéressant, c'est que là, on pourrait se dire, bon, se mettre dans la peau
03:24d'un président, c'est grisant, exaltant.
03:27Et en fait, on entre aussi dans les affres de la réflexion d'un président qui est certes au milieu
03:32d'une époque qui est tourmentée, agitée par ce qui se passe à l'international,
03:36mais aussi dans le propre pays, agitée aussi par l'influence de plus en plus forte des réseaux sociaux et
03:42des géants de la tech qui impriment leur marque de plus en plus prégnante sur la vie de tous les
03:50jours.
03:50En fait, mais finalement, on pourrait dire pour ceux qui se disent être président de la République, finalement, c'est
03:59un privilège, une vie faite de privilèges.
04:02Mais c'est compliqué, c'est extrêmement complexe.
04:06Ah oui, c'est un parcours du combattant.
04:08Et c'est vrai qu'on le perçoit pas mal dans votre livre, c'est-à-dire que vous...
04:12Oui, oui, surtout à ce moment assez historique en France où nos ennemis, entre guillemets, ont identifié que la France
04:20était le maillon faible de l'Europe
04:22et en même temps une puissance nucléaire et qu'à l'Ouest comme à l'Est, il y a une
04:30tentative qui est, de mon point de vue, assez évidente de déstabilisation de la France.
04:34Donc comment... Pardon. Comment un président prend conscience de cette menace et comment il la gère ?
04:44C'est-à-dire qu'il y a quand même aujourd'hui beaucoup d'intérêts qui souhaiteraient que la France
04:49trébuche et que, par voie de conséquence, l'Europe trébuche.
04:56Et donc la prise de conscience de ce rôle, c'est-à-dire de faire en sorte que la France
05:00ne tombe pas, ça c'est une vraie responsabilité.
05:05Et c'est une responsabilité qu'il ressasse seul parce que je crois qu'il faut pas...
05:11On a souvent parlé, moi j'ai toujours été fasciné par la solitude du pouvoir, je me souviens de Mitterrand,
05:16la fin de son règne, entre guillemets.
05:21Mais il y a aussi la solitude de l'impuissance.
05:24C'est ça.
05:25C'est-à-dire de se dire, je peux pas, d'abord je peux pas parce que les Français sont
05:29pas d'accord, je peux pas parce qu'à l'extérieur...
05:32Et je trouve que c'est assez fascinant comme expérience, j'imagine.
05:37Et je peux pas parce que j'ai de moins en moins de pouvoir, parce que le pouvoir réel d
05:41'un président, depuis des années, il est grignoté de tous les côtés,
05:45par l'Europe, d'une certaine façon, par les grands intérêts économiques, par l'omniprésence des réseaux sociaux, l'air
05:54de rien, par...
05:55Voilà, donc...
05:56Alors, c'est un président fictif, vous mettez dans la peau d'un président fictif, après 2027.
06:05Néanmoins, il a des petits traits qui font penser à Macron, lorsque vous le décrivez comme un produit politique nouveau,
06:11qui n'a pas fait de longues carrières politiques, dont l'émergence a été permise, notamment grâce à la civilisation
06:19numérique.
06:19Il y a un peu d'incrédients de Macron, quand même.
06:23Un peu au sens où avant, pour être président, c'était la conclusion d'une carrière, d'une certaine façon.
06:30Mitterrand, il faut voir d'où il venait, quand même, le parcours qui a été le sien, qui est invraisemblable
06:35et qui est éminemment romanesque,
06:37et il devient président, il y a une sorte de... Ouf !
06:42Aujourd'hui, on est dans une autre époque, qui ressemble plus à ce que j'appelle l'époque du surgissement.
06:47C'est-à-dire, d'un seul coup, il y a quelqu'un qui sort, on ne s'y attend
06:50pas,
06:51et c'est ce que j'ai voulu caractériser avec mon personnage, c'est-à-dire qu'il a fait
06:57fortune dans la tech,
06:59dans des recherches qui sont intéressantes, enfin, dans une direction qui est intéressante,
07:06et comme souvent, il a fait fortune assez rapidement dans la tech,
07:09et comme il a une espèce de complexe que lui a donné son père, sa femme,
07:14de celui qui a réussi financièrement, mais qui ne le méritait pas totalement,
07:19parce que c'était son associé, le vrai génie, il se dit, pourquoi maintenant que j'ai de l'argent,
07:24pourquoi je ne serais pas président ?
07:25Et il y arrive, il y arrive parce qu'il a l'aide, justement, des gars-femmes, des géants de
07:31la tech,
07:32et puis après, ce qui est intéressant, c'est qu'il se rend compte de la réalité, de ce que
07:36c'est.
07:38Et finalement, à la différence de Macron, il n'a pas les codes.
07:45Macron, il est dans le cursus, je dirais, il a le dossier scolaire.
07:49Il a joué la transgression, mais il avait les codes.
07:53Inspecteur des finances, il a joué la transgression, mais il venait du serail.
07:58Il avait été secrétaire général adjoint de l'Elysée, il a été ministre, il avait quand même déjà une expérience,
08:05même si elle était courte.
08:06Mais là, mon président, non, il n'a aucune expérience.
08:10Et ça pourrait être demain, moi, souvent, je dis ça, ça pourrait être un astronaute, par exemple,
08:14qui est, pourquoi pas pesquer ?
08:16Quelqu'un comme ça, qui devient subitement président.
08:20Et ce n'est pas inintéressant, parce que la fonction se prête, en fait, à des surgissements,
08:26c'est-à-dire des gens qui ont une certaine hauteur par rapport à leur expérience et par rapport au
08:33pays.
08:33Et ça s'explique aussi par le fait qu'aujourd'hui, on ne voit pas de personnalité très forte qui
08:40émerge,
08:40et qu'il y a une forme de lien avec les Français qui semblent ne plus exister.
08:46Et qui n'existe pas plus, d'ailleurs, avec des...
08:48Enfin, il y a peut-être des codes d'amour pour un pesquet ou des gens comme ça,
08:53mais de là à en faire un président, c'est encore autre chose.
08:56Après, tout dépend jusqu'à quel point on revient dans la Ve République ou pas.
09:01C'est-à-dire l'idée non pas d'un président opérationnel qui est une sorte de Premier ministre bis,
09:07le chef du Premier ministre, dont le Premier ministre aurait été le collaborateur,
09:11si ça vous rappelle quelque chose, mais quelqu'un qui voit loin,
09:16qui a de la hauteur, qui voit loin et qui a un lien direct avec les Français
09:19et qui est capable de dire, bon, le Parlement, ils n'arrivent pas à se mettre d'accord,
09:23il n'y a pas de problème, moi j'ai le référendum, voilà, je vous soumets le référendum,
09:26et si vous n'êtes pas content, je pars, ce qu'a fait De Gaulle,
09:30qui a été quand même extraordinaire, et plus personne n'a osé de le faire depuis,
09:33de mettre son mandat en balance.
09:36On l'a vu récemment.
09:36Et donc, en fait, là vous avez raison, c'est qu'on attend une personnalité forte,
09:41on attend une incarnation, c'est une incarnation.
09:43Forcément, De Gaulle a été un exemple mortifère pour les autres,
09:46parce qu'il y avait une telle réussite dans le personnage,
09:49et aujourd'hui, je pense que c'est ce que les Français attendent d'un président,
09:54c'est d'avoir une personnalité à la fois au-dessus des partis,
09:57et qui voit loin, et qui les prépare au monde de demain qui arrive extrêmement vite,
10:01qui est le monde du numérique, de l'intelligence artificielle.
10:03Sur lequel vous insistez, on n'a plus le temps d'en parler,
10:05mais vous insistez quand même pas mal sur l'influence de ce monde-là,
10:09et plutôt de néfaste d'ailleurs.
10:11En tout cas, merci beaucoup Marc Dugain,
10:13et donc je conseille de lire ce livre,
10:15Submersion, c'est paru chez Albin Michel.
10:17Merci beaucoup.
10:17Merci.
10:18Merci.
10:19Sous-titrage Société Radio-Canada
10:21Sous-titrage Société Radio-Canada
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