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00:00Sans toute réunion de guerre, les armes armées armées ont attaqué la tradition de la Sоюза.
00:20Depuis le début de la guerre en Ukraine en 2022, vous avez probablement vu ou entendu dans différents podcasts
00:27des experts et des analystes parlaient de l'art opératif soviétique.
00:32Seulement le problème, c'est que la plupart ne prennent jamais la peine de l'expliquer réellement
00:37en se contentant de le définir comme étant une échelle intermédiaire entre l'échelle stratégique et l'échelle tactique.
00:45Donc aujourd'hui, nous allons tenter dans cette vidéo introductive d'expliquer quels sont les fondements de l'art opératif,
00:52comment est-il né et en quoi est-il indispensable pour comprendre les conflits contemporains,
00:59notamment les conflits de haute intensité.
01:01Avant la première guerre mondiale, et de manière encore plus prononcée avant les guerres napoléoniennes,
01:07la réflexion stratégique au niveau militaire se déployait autour de deux échelles ou de deux niveaux,
01:12le niveau stratégique et le niveau tactique.
01:15Et cela suffisait amplement, pour différentes raisons.
01:18Premièrement parce que les armées de l'époque, qu'il s'agisse de la Renaissance, du Moyen-Âge ou de
01:22l'Antiquité,
01:23étaient en général des armées de métier épaulées par des mercenaires.
01:28Et donc ça pouvait aller de quelques centaines de combattants à quelques milliers
01:32et une armée de 20 000 ou de 30 000 combattants était considérée comme une armée énorme et colossale.
01:38Et avec de tels effectifs, l'idée de francs se déployant sur des centaines ou des milliers de kilomètres
01:43comme durant la Deuxième Guerre mondiale était tout simplement inimaginable.
01:47Ajoutant à cela la lenteur de la communication de l'époque,
01:50tant la vitesse était limitée à celle du cheval qui transportait le message ou du pigeon,
01:55faisait que toute coordination entre différentes armées sur un théâtre d'opération vaste était là encore inimaginable.
02:03La plupart des stratégies de l'époque se résumaient à la recherche d'une bataille décisive.
02:09Et donc par des manœuvres audacieuses et des phénomènes de concentration locales,
02:13on cherchait à livrer bataille de telle manière à ce que la victoire puisse permettre d'obtenir des effets stratégiques
02:19immédiats.
02:20Et il n'est pas rare de voir dans l'Antiquité, dans le Moyen-Âge ou dans la Renaissance,
02:25des batailles décisives mettre fin à un conflit ou obtenir une trêve extrêmement favorable à l'un des deux belligérants.
02:33On peut, dans l'Antiquité, par exemple, invoquer la bataille de Gogaméles, remportée par Alexandre le Grand.
02:39Et la défaite des Perses à Chéménides va provoquer l'effondrement de l'Empire à Chéménides,
02:44donc un effondrement qui s'est opéré en une bataille, suivie d'une exploitation de cette bataille et plusieurs autres
02:51batailles mineures.
02:51Mais la bataille de Gogaméles a mis fin à l'Empire à Chéménides.
02:56Donc les effets stratégiques étaient immédiats.
02:59Au niveau du Moyen-Âge, par exemple dans la guerre de Cent Ans, on peut citer la bataille de Poitiers,
03:03la bataille de Crécy, la bataille d'Aguincourt,
03:06la guerre de Trent Ans, on peut citer la bataille de Rocroi, entre la France et l'Espagne, dans les
03:11Ardennes,
03:11et ainsi de suite.
03:13Donc une bataille décisive pouvait obtenir ou permettre à l'un des belligérants d'obtenir des effets stratégiques majeurs,
03:21positifs pour le vainqueur et catastrophiques pour le perdant.
03:24Seulement avec la Révolution française et les guerres et les campagnes napoléoniennes,
03:30on a commencé à rentrer dans un nouveau paradigme.
03:33Parce que la dimension révolutionnaire et idéologique a permis aux armées de l'époque
03:39d'atteindre des effectifs jamais atteints jusque-là.
03:43L'idée de nation était née à cette époque.
03:46Et la nation est une nation armée.
03:48Et donc quand on parle de la grande armée de Napoléon, on parle d'un demi-million de soldats.
03:55Jamais dans l'histoire, une armée ne pouvait même espérer rêver d'un tel effectif.
04:01Ajoutons à cela le développement de l'artillerie,
04:03qui va offrir à ces armées une puissance de feu et une capacité d'annihilation jamais atteinte auparavant,
04:09et on obtient un théâtre d'opération beaucoup plus large que par le passé,
04:13ce qui permet par exemple à Napoléon de se projeter jusqu'en Russie, de se projeter en Italie, en Espagne,
04:20grâce aux effectifs et à l'efficacité technique et militaire octroyée par l'artillerie.
04:26Mais on n'est toujours pas dans une logique de guerre positionnelle avec des francs.
04:31On est encore dans une guerre de mouvement et dans une quête permanente de la bataille décisive,
04:36un peu comme la bataille d'Osterlitz ou inversement la bataille de Waterloo,
04:42qui mettra fin au règne de Napoléon Bonaparte.
04:45Un second sol qualitatif va être opéré durant la guerre franco-prussienne,
04:49durant laquelle von Moltke va réaliser un plan impliquant différentes armées en mouvement,
04:56coordonnées entre elles, efficaces avec une artillerie de pointe,
05:00qui permettront au final d'atteindre la bataille de Sedan,
05:04qui marquera la défaite définitive de la France et de Napoléon III.
05:09Donc on a d'importants effectifs, on a l'artillerie,
05:12et on a la coordination entre différentes armées qui opèrent des mouvements
05:17et qui vont livrer différentes batailles de manière coordonnée avec un objectif final.
05:22Donc là on se rapproche le plus de ce que les soviétiques vont appeler l'art opératif.
05:29Finalement, ce sera la première guerre mondiale qui servira de laboratoire conceptuel et empirique,
05:37qui verra la naissance de ce qu'on appellera, quelques années après la fin de la première guerre mondiale,
05:42l'art opératif.
05:43Pourquoi ?
05:44Premièrement parce que le développement technique du 19e siècle,
05:48avec le développement des chemins de fer,
05:50avec les révolutions technico-militaires à travers l'artillerie,
05:55qui servira autant d'armes offensives que d'armes défensives,
05:59vont rendre possible, combinés à des effectifs de plus en plus importants grâce à la mobilisation de masse,
06:05de développer et de tenir un franc extrêmement large,
06:09pouvant s'étendre à plusieurs centaines, voire à plus de mille kilomètres.
06:14Dans ce nouveau contexte, nous ne sommes plus dans une guerre de mouvements,
06:17d'enveloppement ou d'encerclements,
06:18mais dans une guerre positionnelle à travers une logique de tranchée,
06:23renforcée par des armes hautement destructrices, comme l'artillerie,
06:26et où la recherche d'une bataille décisive est tout simplement impossible.
06:30Dans ce schéma, les batailles ne sont pas menées en fonction d'un objectif stratégique,
06:35mais sont menées par opportunisme tactique,
06:38c'est-à-dire qu'on livre bataille ou on mène une attaque là où c'est possible.
06:43Et toujours dans le contexte de la Première Guerre mondiale,
06:46l'idée de franc est née avec deux dimensions majeures qu'il est important d'évoquer ici
06:52et que les penseurs et théoriciens de l'art opératif ont longuement développé
06:56dans leur ouvrage et œuvres théoriques.
06:58Le franc a premièrement une largeur.
07:02Effectivement, il peut s'étaler en suivant la topographie
07:05ou en ne suivant pas la topographie sur plusieurs centaines de kilomètres
07:09avec une occupation effective tout au long du franc,
07:13rendue possible par l'importance des effectifs mobilisables
07:16dans le cadre de la mobilisation générale,
07:19mais également par les nouvelles lignes de ravitaillement,
07:21notamment les chemins de fer,
07:23qui permettent d'approvisionner en permanence
07:25une masse aussi importante sur un franc extrêmement large.
07:29Mais le franc a acquis également une profondeur.
07:33Cette profondeur va de la première ligne jusqu'aux usines loin du franc
07:38qui produit les munitions, les armes,
07:41mais également les villes qui fournissent les hommes, les effectifs,
07:44les champs agricoles qui permettent de nourrir les soldats.
07:48Donc tous ces éléments, c'est-à-dire toute la nation,
07:50devient une profondeur dans l'extrémité et la ligne de contact,
07:55mais dont l'étendue peut englober la nation toute entière.
08:00Autre élément important, dans le contexte toujours de la Première Guerre mondiale,
08:03c'est que le fait d'opérer une percée au niveau d'une partie du franc
08:08ne signifie pas automatiquement l'effondrement du franc ou une défaite.
08:13Pour une raison très simple, c'est que les nouvelles capacités
08:15à mobiliser des troupes, à constituer des réserves,
08:18grâce à la mobilisation générale et à la démographie de l'époque,
08:21ajoutant à cela la capacité industrielle à produire rapidement
08:25des munitions pour remplacer celles qui ont été utilisées
08:28et des armes pour remplacer les armes détruites,
08:31font que même percée, un franc peut rapidement être recomposé plus en amont.
08:36Donc, dans ce nouveau paradigme de la guerre moderne de l'époque,
08:40c'est-à-dire de la Première Guerre mondiale,
08:42puis un peu plus tard de la guerre civile qui va naître en Russie
08:45suite à la révolution bolchevique,
08:47des théoriciens militaires soviétiques comme Alexander Svietschin,
08:52Tukhachevsky, Triandafilov,
08:53vont ressentir la nécessité d'introduire un troisième niveau de réflexion
08:59et une troisième échelle.
09:01Et c'est l'échelle opérative qui se situe entre la tactique et le stratégique.
09:06Parce qu'il paraissait évident que dans ce contexte-là,
09:10la tactique ne suffit plus à réaliser les objectifs stratégiques.
09:14On peut remporter une pluralité de batailles
09:17avec des pertes extrêmement importantes
09:19et elles peuvent en même temps qu'on les remporte,
09:21nous éloigner des objectifs stratégiques fixés par le politique et par l'état-major.
09:26Donc maintenant, on se retrouve avec trois échelles
09:29ou trois niveaux de réflexion au niveau militaire.
09:32Le niveau stratégique, le niveau opératif et le niveau tactique.
09:36Prenons un exemple concret pour comprendre à quoi correspondent les trois niveaux.
09:40Prenons la Deuxième Guerre mondiale.
09:42L'objectif stratégique du point de vue de l'Union soviétique
09:45est la défaite totale et définitive de l'Allemagne
09:49avec pour point final la prise de Berlin.
09:52Cet objectif est formulé par le politique, par Staline.
09:55Et il revient à l'armée de le réaliser par la voie militaire.
10:01Donc l'état-major va devoir développer une pluralité d'opérations,
10:07coordonnées les unes avec les autres,
10:09en vue de nous rapprocher et d'atteindre l'objectif stratégique fixé par le politique.
10:14Et puis chaque opération va devoir être déclinée
10:18en une pluralité de manœuvres tactiques,
10:21de batailles localisées en vue de réaliser les objectifs de l'opération.
10:26Donc l'opération a toujours un objectif intermédiaire.
10:29Elle vise à rapprocher ou à réaliser ou à contribuer à réaliser l'objectif stratégique.
10:36Autre élément qui nous permet de distinguer entre les trois niveaux de réflexion,
10:39les trois échelles, c'est le théâtre d'opération.
10:42Au niveau tactique, le théâtre d'opération est la ligne de contact,
10:46la première ligne de l'adversaire,
10:48qu'il s'agit de percer, de désarticuler ou d'annihiler.
10:52Par contre, au niveau opératif,
10:55le théâtre d'opération acquiert une profondeur.
10:58Et il s'étend également à la logistique de l'ennemi,
11:02aux lignes de communication de l'ennemi,
11:04aux entrepôts, aux stocks de munitions,
11:08ou peut-être à des unités de production qui alimentent directement cette partie du front.
11:13Et donc on introduit toutes les dimensions dans une approche systémique
11:17qui rende possible la première ligne de l'ennemi au niveau de cette fraction du front.
11:22Et donc l'objectif au niveau opératif ne va pas être uniquement le fait de percer cette partie du front,
11:28comme c'est le cas de la tactique,
11:31mais ça va être non seulement de percer,
11:33mais d'exploiter simultanément la percée
11:37en empêchant l'adversaire de reconstituer le front en amont.
11:42Et donc c'est une pression continue,
11:45avec une vitesse importante,
11:47sur tous les éléments du théâtre d'opération propre à l'opératif.
11:51Et donc on attaque frontalement le front,
11:54on se projette à l'intérieur, au-delà de la percée,
11:58et à l'aide de l'aviation ou des chars,
12:00on va chercher à cibler les centres de commandement,
12:03les dépôts de munitions,
12:04les lignes ferroviaires,
12:05les lignes de communication afin de désorganiser totalement l'adversaire
12:09et l'empêcher de recomposer un front.
12:12Si on ne le fait pas et qu'on se limite uniquement à la percée du front,
12:15naturellement on ne fait que déplacer le problème
12:17et le front va pouvoir se recomposer immédiatement.
12:21Donc la vitesse au niveau opératif est extrêmement importante,
12:25mais également la simultanéité de la démarche.
12:27Donc en même temps on attaque le front,
12:29en même temps on prépare l'exploitation
12:32qui va découler de l'ouverture ou de la percée réalisée au niveau d'une partie du front.
12:38Et donc le théâtre d'opération de l'opératif s'exprime en profondeur,
12:43là où le théâtre d'opération de la tactique s'exprime par le contact direct
12:50et par la nécessité de réaliser un objectif immédiat.
12:53Par exemple la percée du front, le fait de prendre telle colline,
12:58le fait de traverser telle rivière, ça c'est du tactique.
13:01Il n'y a pas d'approche systémique.
13:03Dès qu'on entre dans l'opératif, on est dans le systémique.
13:06On ne s'attaque pas uniquement à la ligne de contact ou à la première ligne de l'ennemi,
13:09mais on s'attaque en même temps à la capacité de l'ennemi
13:13à recomposer une nouvelle ligne après avoir percé la première ligne.
13:17Dans cette perspective, pour les théoriciens soviétiques,
13:21deux armes représentent ce qu'ils appellent des instruments opératifs,
13:26qui le sont encore aujourd'hui d'ailleurs.
13:28De moins en moins pour le premier, mais toujours d'actualité pour le deuxième.
13:32Il s'agit du char et de l'aviation.
13:34Car le char, de par sa capacité de projection et sa vitesse,
13:39peut, au moment de la percée, se projeter en profondeur
13:42jusqu'à atteindre les différents facteurs
13:45qui pourraient permettre à l'adversaire de recomposer un nouveau franc en amont.
13:49Donc les chars vont pouvoir atteindre les dépôts de munitions,
13:52vont pouvoir atteindre les centres de commandement,
13:54vont pouvoir atteindre les lignes de communication,
13:57les nœuds ferroviers, en vue de désarticuler l'ennemi
14:00et de le déposséder des moyens de recomposer un franc.
14:04Pareil pour l'aviation, qui peut se projeter encore plus rapidement que les chars.
14:08Et donc si on prend par exemple l'opération Bagdation durant la Deuxième Guerre mondiale
14:13qui a permis la libération de la Biélorussie,
14:16on voit qu'il y a une pluralité d'armées qui ont été impliquées dans cette opération.
14:21Ces armées ont attaqué dans des endroits différents.
14:25Par exemple, une est allée en direction de Minsk,
14:28l'autre en direction de la Roumanie,
14:30dans la finalité d'obliger l'ennemi à redéployer une partie des réserves
14:34de manière lointaine par rapport au vrai objectif de l'opération.
14:39Mais en même temps, ça vise à priver l'armée allemande des champs pétrolifères roumains.
14:44Et donc on voit bien que plusieurs opérations, coordonnées entre elles,
14:48chacune contribuant à la réalisation de l'objectif de l'opération,
14:52vont permettre la désarticulation de l'armée allemande qui occupait la Biélorussie.
14:57En même temps que l'aviation russe bombardait systématiquement
15:00toutes les lignes de ravitaillement, tous les dépôts de munitions,
15:04sachant qu'à l'époque, l'Union soviétique avait la suprématie aérienne au niveau de la Biélorussie
15:09puisque l'Allemagne a rapatrié la plupart de ses avions de chasse en Allemagne
15:13afin de contrer les bombardiers anglais et américains qui ciblaient les villes allemandes.
15:19Là, le but de l'épisode n'est pas de prendre un cas particulier et de l'analyser en détail.
15:23On pourra le faire ultérieurement.
15:24Mais c'est juste un peu pour illustrer un peu l'idée de la dimension opérative,
15:29celle de l'opération qui vise à nous rapprocher de la réalisation de l'objectif stratégique.
15:35Maintenant, de ce point de vue, du point de vue opératif,
15:38est-ce que toutes les batailles sont bonnes à mener ?
15:40Est-ce que les batailles que l'on peut gagner doivent systématiquement être livrées ?
15:44Pas du tout.
15:45Du point de vue opératif, une victoire brillante tactiquement
15:49peut être néfaste du point de vue opératif
15:53parce qu'elles vont nous provoquer des pertes inutiles
15:58qui vont ralentir notre capacité à réaliser l'opération
16:02et atteindre l'objectif de l'opération
16:04parce qu'elle va nous retarder.
16:06Et on avait dit que le tempo et la vitesse au niveau opératif sont fondamentaux
16:11et donc on ne peut pas se permettre un détournement des effectifs et du potentiel
16:16même en obtenant une victoire si cela nous ralentit par rapport à l'opération.
16:22Et donc une bataille opportuniste qui ne s'inscrit pas dans le cadre de l'opération
16:27peut casser le rythme de l'opération et épuiser inutilement les effectifs.
16:33Et au final, non seulement l'objectif opérationnel risque de ne pas être atteint
16:37mais cela nous éloignera davantage de l'objectif stratégique.
16:42Prenons par exemple rapidement le cas du conflit en Ukraine.
16:44L'armée ukrainienne, qui ne peut pas du fait de son organisation en brigade
16:49opérer au niveau opératif, a réalisé des victoires tactiques extrêmement brillantes
16:55mais qui n'ont eu aucun effet stratégique positif.
16:59Bien au contraire, ça n'a fait qu'empirer la situation stratégique de l'armée ukrainienne.
17:04Prenons par exemple l'incursion dans la région russe de Kursk
17:07et l'occupation d'une partie de la région de Kursk pendant des mois et des mois.
17:11Au niveau tactique, effectivement, c'est brillant.
17:14On ne peut pas discuter.
17:15Mais au niveau stratégique, ça a été une catastrophe.
17:18Parce que pour le faire, il a fallu prélever des réserves d'autres parties du front
17:24où l'armée ukrainienne subissait une pression importante de la part de l'armée russe
17:28afin de pouvoir constituer un corps militaire capable de prendre cette partie de la région de Kursk
17:35et de la garder.
17:37Donc non seulement cela a affaibli d'autres parties du front
17:40mais cela s'est avéré finalement totalement stérile
17:44puisque les Ukrainiens vont finalement être chassés de cette région-là.
18:13La finalité première de l'occupation de cette partie du territoire russe
18:17n'obéissait pas à un impératif stratégique mais obéissait à un impératif communicationnel et diplomatique
18:23puisqu'il fallait montrer à l'Occident que son aide était bien utilisée,
18:27qu'on est capable de déplacer le conflit sur le territoire russe.
18:30Et à l'époque, on parlait de négociations et donc il fallait venir autour de la table
18:34avec une position avantageuse afin de pouvoir troquer cette partie du territoire russe
18:39contre une partie du territoire ukrainien.
18:41Cela à aucun moment ne touchait la dimension stratégique ou la dimension opérative.
18:48Et au final, cela n'a fait qu'affaiblir d'autres parties du front
18:51où les russes ont pu réaliser des avancées et des percées.
18:55Donc pour revenir à la dimension opérative,
18:57la dimension tactique est subordonnée à l'opératif
19:01et par conséquent, on ne mène que les batailles ou les manœuvres tactiques
19:06qui sont de nature à nous aider à réaliser l'opération et les objectifs de l'opération.
19:12Et d'autres opportunités qui pourraient apparaître ne doivent pas être exploitées
19:17parce qu'ils n'auront aucun effet opératif et encore moins un effet stratégique
19:22et ne feront que casser le rythme et épuiser les réserves de notre armée
19:27impliquées dans le cadre de l'opération.
19:28Autre élément important, contrairement à la dimension tactique
19:31où l'officier prend une décision en fonction des effectifs
19:34dont il dispose immédiatement, des réserves de munitions immédiates,
19:39au niveau opératif, la décision se prend à une échelle plus grande
19:43qui est celle de la profondeur opérative,
19:45autant celle de l'adversaire que la nôtre.
19:48C'est-à-dire que pour mener une opération à bien,
19:51il faut avoir la garantie de posséder un système d'approvisionnement,
19:56une logistique efficace, capable de tenir le rythme pendant des mois
20:00si l'opération dure plusieurs mois,
20:02afin de ravitailler et de soutenir l'effort de guerre
20:05de plusieurs armées impliquées dans une même opération.
20:09Ça doit prendre également en compte la capacité de mobilisation des troupes.
20:12Est-ce qu'elle est en déclin ? Est-ce qu'elle est en ascension ?
20:14Est-ce qu'elle stagne ? Le moral des troupes ?
20:17Est-ce qu'il est haut ? Est-ce qu'il est faible ?
20:19Est-ce que les troupes sont démoralisées ? Etc.
20:21Et puis plus globalement, la capacité de l'économie
20:24à soutenir la campagne le temps qu'il faudra.
20:27Donc c'est plusieurs éléments qui doivent être pris en compte
20:30et c'est ce qu'on appelle la profondeur opérative.
20:33Et donc une opération se gagne autant si ce n'est davantage en amont qu'en aval.
20:40C'est-à-dire qu'elle se joue principalement au niveau de la profondeur opérative,
20:45c'est-à-dire de la logistique, des capacités productives
20:48et des capacités de mobilisation,
20:50sans lesquelles les généraux les plus brillants tactiquement
20:54ne pourront pas réaliser la victoire ou atteindre les objectifs de l'opération.
20:59Tout à l'heure, on a parlé de la temporalité de l'opération
21:02et du fait qu'elle doit être menée avec une vitesse importante
21:06et un tempo important afin d'empêcher l'ennemi
21:10de pouvoir reconstituer un franc en amont.
21:13Et donc on attaque simultanément la ligne de contact,
21:17la première ligne de l'ennemi,
21:18mais également tous les autres facteurs dans la profondeur opérative
21:22qui pourraient permettre à l'ennemi de reconstituer un franc.
21:26Mais il y a un autre élément en rapport avec la temporalité,
21:29c'est quand entamer une opération.
21:31On ne l'entame pas quand on veut et comme on veut.
21:34Elle dépend de plusieurs facteurs.
21:36Premièrement, il dépend des facteurs qu'on a évoqués tout à l'heure,
21:38c'est-à-dire la logistique, les réserves stratégiques,
21:40la capacité de mobilisation,
21:42mais également on peut ajouter la topographie,
21:44le climat, la période de l'année,
21:46ce qu'on amène en hiver, en printemps,
21:47le moral des troupes.
21:49Donc tout cela entre en jeu.
21:50Mais au niveau du moment, du momentum,
21:53quand commencer l'opération,
21:55eh bien là on peut parler de la courbe de tension stratégique.
21:59Que veut dire la courbe de tension stratégique ?
22:01C'est une manière imagée d'exprimer les différentes phases
22:04traversées par votre profondeur opérative et stratégique
22:08durant la guerre.
22:09C'est que la guerre n'est pas linéaire,
22:11n'est pas une courbe ascendante du début jusqu'à la fin.
22:14Par exemple, au niveau de la production industrielle,
22:16il y a des phases dans la guerre où on peut avoir un creux industriel,
22:21une baisse du niveau de production,
22:23parce qu'on a perdu des territoires où l'on disposait du nickel
22:27ou d'autres métaux importants pour les alliages,
22:30pour développer des blindés,
22:32parce que le moral de la population n'est pas de nature
22:36à pouvoir soutenir une mobilisation importante,
22:38comme au début de la guerre.
22:39Et donc, il y a des phases de baisse de l'intensité stratégique
22:43et puis des phases hautes dans cette intensité stratégique
22:46et puis également des phases de stagnation.
22:49Donc, naturellement, pour avoir les chances les plus grandes
22:53de réaliser adéquatement une opération,
22:57c'est de la réaliser au moment où on se situe au top
23:01de la courbe de tension stratégique,
23:03c'est-à-dire là où tous les ingrédients sont favorables
23:05à la réalisation de l'opération.
23:07Et cela devrait optimalement coïncider avec un creux
23:12dans la courbe de tension stratégique de l'adversaire,
23:15c'est-à-dire que ses capacités à reformer le front
23:19sont amoindries parce qu'il est dans un creux
23:23au niveau de la courbe,
23:24parce que le moral de la population est au plus bas,
23:27la mobilisation devient de plus en plus compliquée,
23:29sa production industrielle est faible,
23:31au même moment où notre capacité à tous ces niveaux-là
23:34est à son maximum.
23:36Naturellement, on n'obéit pas toujours à cette règle-là,
23:39il y a d'autres impératifs qui rentrent en jeu,
23:40mais là, c'est le schéma optimal,
23:42c'est une manière imagée d'exprimer qu'il y a des phases
23:45où il vaut mieux être sur la défensive
23:47plutôt que de mener des opérations,
23:49alors qu'on n'en a pas les moyens,
23:51on n'a pas les moyens de l'exploiter,
23:53on peut effectivement réaliser une percée,
23:54mais une fois la percée réalisée,
23:56on n'a pas les moyens, les réserves stratégiques
23:59ou les réserves opératives nécessaires
24:02pour pouvoir exploiter adéquatement
24:04la profondeur opérative qui s'ouvre à nous
24:06du fait de la percée tactique que l'on a réalisée.
24:09Donc autant préserver les troupes,
24:11le temps d'avoir toutes les conditions réunies
24:14en vue de mener une opération.
24:15Donc quand on voit dans la guerre en Ukraine,
24:17par exemple, la retraite de Kersone,
24:19qui a été vivement critiquée par plusieurs blogueurs militaires
24:23et plusieurs analystes,
24:24si on l'analyse du point de vue opératif,
24:28effectivement, l'armée russe aurait pu rester
24:30et défendre la ville de Kersone.
24:32Mais quel est l'intérêt opératif de la défense de Kersone,
24:36qui peut être un intérêt tactique ?
24:38Effectivement, la Russie avait des avantages,
24:40devant elle, il y avait des plaines,
24:42donc pour l'artillerie russe,
24:43c'est plus facile de stopper une avancée de chars ukrainien,
24:46mais au niveau opérationnel,
24:48elle ne s'inscrivait dans le cadre d'aucune opération.
24:50Donc le fait de défendre Kersone coûte que coûte
24:54ne s'intégrerait à aucun moment
24:57dans aucune opération au niveau du plan opératif.
25:00Et donc du point de vue de l'armée russe,
25:01il valait mieux opérer une retraite
25:05en abandonnant la ville de Kersone
25:07et en se repliant dans l'autre rive
25:09afin de préserver le potentiel tactique et opératif
25:13de l'armée russe dans cette région-là
25:14afin de pouvoir penser une opération
25:17et l'intégrer dans une opération.
25:19Donc ce retrait, naturellement,
25:21n'est pas un retrait qui a été fait de banqueur
25:23et avec joie, naturellement,
25:25il y avait la pression de l'armée ukrainienne,
25:26il y avait différents facteurs
25:27qui rendaient le fait d'être présent
25:29dans la ville de Kersone
25:30de plus en plus compliqué et coûteux,
25:32mais c'est surtout l'absurdité au niveau opératif
25:35de défendre à tout prix la ville de Kersone
25:37qui a amené l'armée russe
25:38à décider un retrait
25:40afin de préserver le potentiel
25:43en vue d'une future opération.
25:44Toujours dans le cadre de l'art opératif,
25:47les théoriciens soviétiques,
25:49notamment Aleksandr Svietschin,
25:51ont opéré une distinction fondamentale
25:54entre deux formes de guerre
25:56ou deux manières de mener la guerre.
25:58Premièrement, la guerre de destruction
26:00qui est rapide,
26:01qui se fonde sur une percée,
26:03un encerclement,
26:03une destruction de l'armée,
26:05mais également une exploitation rapide
26:07de la profondeur opérative
26:09consécutive à la percée,
26:10c'est-à-dire la destruction
26:11ou la désorganisation
26:12de tous les facteurs
26:13permettant à l'ennemi
26:14de recomposer ses forces.
26:17La deuxième forme de guerre
26:19ou le deuxième type de guerre,
26:20c'est la guerre d'usure
26:22ou la guerre d'attrition,
26:24qui est beaucoup plus lente,
26:25qui se fonde sur des opérations limitées,
26:28économes,
26:29et qui cherche avant tout
26:30à obtenir la fatigue économique
26:32de l'ennemi,
26:33l'effondrement du moral des troupes
26:36et de la population,
26:37et, in fine,
26:39un effondrement du front.
26:41Donc, ces deux modalités
26:42totalement différentes
26:43qui, au niveau opératif,
26:44vont déterminer la nature
26:45de l'opération.
26:46Est-ce qu'il s'agit
26:47d'une opération rapide
26:48ou de plusieurs opérations rapides
26:50parce qu'on en a les moyens
26:51ou est-ce qu'il s'agit
26:52d'une guerre d'usure
26:53qui, la plupart du temps,
26:54est souvent imposée
26:55par les facteurs
26:57dont dispose autant l'adversaire
26:59que notre propre nation
27:01et armée ?
27:02Car il est rare
27:02de voir une armée
27:03choisir volontairement
27:05de mener une guerre d'attrition,
27:07une guerre d'usure
27:07là où elle aurait les moyens
27:09de mener une guerre
27:10de destruction
27:11à travers des opérations rapides
27:13de désorganisation
27:14de la profondeur opérative
27:15de l'ennemi,
27:16d'encerclement
27:17et de destruction.
27:18En réalité,
27:19ce sont les facteurs premiers
27:20au moment de l'enclenchement
27:22du conflit
27:22qui vont déterminer
27:24la forme de la guerre.
27:25Si on n'a pas les moyens
27:26de constituer
27:27des réserves stratégiques
27:28importantes,
27:29si on n'a pas les moyens
27:29de se projeter en profondeur
27:31et d'exploiter
27:31la profondeur opérative
27:33de l'adversaire,
27:34naturellement,
27:34on est condamné
27:35à mener une guerre d'attrition.
27:37Ce qui n'est pas le cas
27:37quand on a largement
27:38les moyens d'opérer
27:40autrement.
27:41Ce que je veux dire par là,
27:42c'est que du point de vue opératif,
27:43il ne faut jamais attaquer
27:44juste pour attaquer.
27:45Il ne faut jamais réaliser
27:46une percée brillante
27:47juste parce qu'on va réaliser
27:49une percée brillante
27:49qui peut être
27:50à une valeur
27:51informationnelle,
27:52médiatique,
27:53mais qui du point de vue
27:54opérationnel
27:54peut s'avérer être
27:55un échec total
27:56et se traduire
27:57même par une défaite
27:58par la suite.
27:59Parce que si vous faites
27:59une percée
28:00et que vous n'avez pas
28:01en amont
28:01les moyens de l'exploiter
28:02au niveau de la profondeur opérative,
28:05éventuellement,
28:05ça peut même se traduire
28:07par une perte inutile
28:08des effectifs,
28:09des moyens,
28:10un allongement
28:11des lignes de ravitaillement
28:13et on n'a pas les moyens
28:14de les soutenir
28:15et de les défendre
28:16et de les protéger.
28:17Ça pourrait s'avérer
28:18être un échec opératif
28:20voire même stratégique
28:21majeur par la suite.
28:22Et si on prend par exemple
28:23le cas actuel
28:24de la guerre en Ukraine,
28:26on est en face
28:27d'une guerre
28:28d'attrition classique
28:29du point de vue
28:30de l'art opératif.
28:31Le début de l'opération
28:33militaire spéciale
28:34était fondé
28:34sur une logique
28:35de destruction
28:36avec des mouvements,
28:37des manœuvres,
28:38une logique d'opération
28:39avec plusieurs armées
28:41coordonnées entre elles,
28:42une qui pénètre
28:42le territoire ukrainien
28:43par le Donbass,
28:44une autre par la Crimée
28:45et puis une autre
28:46par la Biélorussie.
28:47Donc là,
28:48on est typiquement
28:48dans le cas
28:49d'une opération
28:50propre à l'art opératif
28:52mais qui s'est avéré
28:53être un échec
28:54parce qu'on n'a pas
28:55le temps d'entrer
28:55dans le détail
28:56mais parce que
28:57la Russie misait
28:59davantage sur un
29:00effondrement psychologique
29:01de l'adversaire
29:02et éventuellement
29:03un coup d'État à Kiev,
29:04un régime change
29:06plutôt que sur une guerre
29:07prolongée face à laquelle
29:09elle n'était pas préparée
29:10en amont
29:10au niveau de la logistique,
29:12au niveau de la capacité
29:12de mobilisation, etc.
29:14Donc la Russie
29:15s'est retrouvée
29:17obligée de mener
29:18une guerre
29:19qu'elle ne voulait pas.
29:20Donc une opération
29:20est devenue une guerre.
29:22Et donc la Russie
29:23s'est retrouvée
29:23dans un contexte
29:24où ses capacités
29:26de mobilisation
29:27et de constitution
29:28de réserve stratégique
29:30sont limitées
29:31en raison de l'impopularité
29:33de la mobilisation,
29:34en raison du marché
29:35du travail
29:36qui est extrêmement tendu
29:37avec un taux de chômage
29:38très faible
29:39et retirer du marché
29:40du travail
29:40300 000 ou 400 000 soldats
29:42pourraient provoquer
29:43une hyperinflation.
29:44Et donc dans l'incapacité
29:46de constituer
29:47d'importantes réserves stratégiques,
29:48la Russie est condamnée
29:49à mener
29:50une guerre d'attrition
29:51lente, patiente,
29:53minutieuse,
29:54avec des petits gains,
29:55mais un ensemble
29:56de petits gains
29:57qui doivent s'intégrer
29:59dans le cadre
30:00d'une opération.
30:00Et c'est le travail
30:01de la dimension opérative
30:04de choisir
30:05sur quel segment du franc
30:07opérer de petites avancées
30:09de manière coordonnée
30:10en vue d'atteindre
30:11un objectif,
30:12par exemple
30:12prendre la ville
30:13de Slavyansk
30:14et de Klamatorsk.
30:15Pour prendre ces deux villes,
30:16il faut mener
30:17plusieurs opérations
30:18d'ordre tactique
30:19mais qui doivent s'inscrire
30:21toutes de manière
30:21coordonnée et cohérente
30:23dans le cadre
30:24de la réalisation
30:25de l'objectif
30:26de l'opération
30:26Slavyansk-Klamatorsk.
30:28Du côté ukrainien,
30:29on est à peu près
30:30dans le même problème.
30:31Une impopularité
30:32de la mobilisation
30:33avec une mobilisation forcée.
30:356 millions d'Ukrainiens
30:37mobilisables se cachent
30:39ou bien par la corruption
30:41contournent et évitent
30:42la mobilisation
30:42et donc l'armée ukrainienne
30:44se retrouve également
30:44dans une incapacité
30:46à constituer
30:47des réserves stratégiques
30:48ou opératives
30:49de nature
30:49à obtenir
30:50un phénomène
30:51de concentration
30:52dans une partie du front
30:53et opérer une percée.
30:54Et même si la percée
30:55est réalisée,
30:56elle n'a pas les moyens
30:57de se projeter
30:58dans la profondeur opérative
30:59russe
30:59et de l'exploiter.
31:00Pareil pour les Russes.
31:02Demain,
31:02ils réalisent une percée
31:03dans un segment du front.
31:04Ça ne veut pas dire
31:05systématiquement
31:06qu'ils ont les réserves
31:07pour l'exploiter pleinement
31:09et empêcher
31:09l'adversaire
31:10de reconstituer
31:11le front
31:12plus en amont.
31:13Donc la guerre
31:13d'attrition
31:14est en général
31:16subie davantage
31:16que choisie.
31:18Là où la guerre
31:18de destruction,
31:19quand elle est menée
31:20à bien
31:21parce que préparée
31:22en amont
31:22à tous les niveaux
31:23économiques,
31:24industriels,
31:25logistiques,
31:26communicationnels,
31:26eh bien naturellement
31:27est toujours privilégiée
31:28parce qu'elle est rapide,
31:30moins de pertes,
31:30plus efficace
31:31en vue d'atteindre
31:32des objectifs opératifs
31:33et donc par conséquent
31:34des objectifs stratégiques.
31:37Donc pour récapituler,
31:38l'art opératif
31:39est né
31:40du fait
31:41d'une nouvelle réalité
31:42militaire
31:43qui s'est imposée
31:44avec la première guerre mondiale
31:45où la guerre
31:47ne se mène pas
31:47par une guerre
31:48de mouvements
31:48et de manœuvres
31:49mais par une guerre
31:51positionnelle
31:51extrêmement lente
31:53qui implique
31:53des pertes
31:54extrêmement importantes
31:55et où le front,
31:57l'idée de front
31:57apparaît.
31:58Et un front
31:59avec deux qualités
32:01ou deux caractéristiques,
32:02une largeur
32:03et une profondeur.
32:05Si la tactique
32:06peut s'attaquer
32:07à la largeur
32:09du front
32:09par des assauts directs
32:10ou par des opérations
32:11de subversion,
32:13l'art opératif
32:14s'intéresse
32:15autant à la largeur
32:16du front
32:16qu'à la profondeur
32:18du front.
32:19Car cette nouvelle réalité
32:20dans laquelle on est
32:21encore aujourd'hui
32:22fait que le front
32:23ne se limite pas
32:24à la première ligne
32:25ou à la ligne de contact
32:26mais se prolonge
32:28dans toute la profondeur
32:29opérative
32:30et stratégique
32:31en englobant
32:32le capital
32:32productif,
32:34industriel,
32:35financier,
32:37démographique,
32:38etc.
32:38qui rendent possible
32:40le maintien
32:41du front
32:41ou la capacité
32:42à recomposer
32:43le front
32:44si jamais il est percé
32:45en un endroit donné.
32:47Parce qu'on a
32:48les capacités productives
32:49pour produire en permanence
32:50et remplacer
32:51les appareils détruits,
32:52les munitions utilisées,
32:54remplacer les combattants
32:55tués par la mobilisation
32:56générale,
32:57etc.
32:58Et donc quand on raisonne
33:00au niveau de la profondeur
33:01opérative,
33:02on est dans l'art opératif.
33:04Et donc toutes les batailles
33:05qui vont être menées
33:06ou toutes les manœuvres
33:07tactiques qui vont être menées
33:08doivent s'inscrire
33:10dans ce nouveau paradigme,
33:11dans ce nouveau théâtre
33:12d'opérations
33:13qu'est la profondeur opérative
33:16à travers des opérations
33:18profondes.
33:18Seulement l'exploitation
33:20de la percée
33:20au niveau de la profondeur
33:22opérative
33:22n'est pas quelque chose
33:23qui s'improvise
33:24après la percée.
33:25C'est-à-dire on opère
33:26la percée
33:26et puis on voit comment on exploite.
33:28Non, c'est planifié en amont
33:30avec toute une planification
33:32au niveau de la logistique,
33:33au niveau de la production,
33:35au niveau des effectifs.
33:36Et quand la percée est réalisée,
33:39au fait, tout est planifié
33:40et tout est mobilisé
33:41en termes de facteurs opératifs
33:43en vue d'exploiter
33:45adéquatement toute la profondeur
33:46opérative
33:47et désarticuler
33:48ou empêcher l'ennemi
33:50de pouvoir recomposer
33:51les forces
33:52et le front
33:53en un endroit en amont.
33:54Donc, du point de vue opératif,
33:55la percée n'est pas tout.
33:57Il ne suffit pas
33:58d'opérer une percée.
33:59Il faut également
33:59se donner les moyens
34:00dans le cadre
34:01d'une campagne opérative
34:03de pouvoir exploiter
34:05de manière rationnelle
34:07et cohérente
34:08la percée réalisée
34:10au niveau tactique.
34:12Autre élément
34:13important à rappeler
34:14pour conclure,
34:15c'est le tempo
34:16et la dimension
34:17de la temporalité.
34:19C'est que quand on est
34:20dans la dimension opérative,
34:22non seulement
34:22tout est planifié
34:23à l'avance
34:24et tout est mobilisé
34:25en termes de facteurs
34:25de réussite à l'avance,
34:27mais la vitesse
34:28est également
34:29extrêmement importante
34:31parce que c'est la vitesse
34:32qui va permettre
34:33d'empêcher l'adversaire
34:35de pouvoir recomposer
34:36ses forces rapidement
34:37et refaire front rapidement.
34:40Donc, une exploitation
34:41lente de la percée
34:43est de nature
34:44à permettre à l'adversaire
34:45de recomposer ses forces,
34:46d'opérer une retraite stratégique,
34:48de gagner en épaisseur
34:49parce qu'une retraite stratégique
34:51permet à la première ligne
34:52de contact
34:52de rejoindre la seconde ligne,
34:54le second échelon
34:54et puis éventuellement
34:56le troisième échelon.
34:57C'est que plus la retraite
34:57est faite,
34:58plus le front gagne
34:59en épaisseur
35:00tandis que l'attaquant,
35:01plus il avance,
35:02bien naturellement,
35:03plus ces lignes
35:03de ravitaillement
35:04s'étirent,
35:06deviennent fragiles
35:06et subissent des pertes
35:08puisque celui qui attaque
35:09subit par la règle élémentaire
35:12plus de pertes
35:13que celui qui défend.
35:13On est dans un rapport
35:14en général de 1 à 3,
35:16un rapport qui peut être
35:16nuancé par le différentiel
35:18de puissance de feu
35:19mais globalement,
35:20celui qui attaque
35:21prend plus de risques,
35:22le fait à découvert
35:23et donc plus il avance,
35:24plus il perd des effectifs.
35:25Et celui qui opère
35:26des retraites stratégiques,
35:27plus il le fait,
35:28plus par une logique
35:29d'accumulation et de strates,
35:31il accumule
35:32avec les autres échelons
35:33en amont
35:34et gagne en épaisseur
35:35au niveau du front
35:36et peut même
35:36contre-attaquer
35:37et détruire l'armée
35:38qui avance
35:39parce qu'elle n'a pas préparé
35:41au niveau opératif
35:42ce qui vient immédiatement
35:44après la percée,
35:45voire même en même temps
35:46que la percée.
35:48Donc la vitesse
35:49est extrêmement importante
35:50dans le cadre
35:52de l'exploitation
35:53qui est
35:54concomitante
35:55à la percée.
35:56Donc le front
35:56devient une profondeur,
35:58il devient une masse
35:59qu'il faut approcher
36:00de manière systémique.
36:01On ne s'attaque pas
36:02uniquement à des garnisons
36:03qui tiennent un front,
36:04mais on s'attaque également
36:05aux dépôts de munitions
36:06qui les approvisionnent.
36:07On s'attaque également
36:08aux usines
36:09qui leur fabriquent
36:10les munitions,
36:11aux champs agricoles
36:12qui les nourrissent,
36:13aux morales de la population
36:14qui les soutiennent,
36:15aux morales des troupes
36:17qui permettent
36:17de ne pas jeter les armes
36:18et de fuir le champ de bataille
36:19ou de déserter.
36:20Et donc c'est une approche
36:22systémique
36:23au niveau d'un théâtre
36:24d'opérations large,
36:26inférieur à celui
36:27de la dimension stratégique
36:29qui peut englober
36:30un pays tout entier.
36:31Mais c'est un théâtre d'opérations
36:32qui est beaucoup plus grand
36:33que celui de la tactique
36:35dont la finalité
36:36est beaucoup plus topique
36:37et beaucoup plus immédiate
36:38comme le fait
36:39d'occuper les hauteurs,
36:40traverser une rivière,
36:42prendre une position fortifiée.
36:44Mais tout cela
36:45doit s'intégrer
36:46dans une logique
36:46beaucoup plus grande
36:47qui est celle
36:48de la dimension opérative.
36:50Donc naturellement,
36:51cet épisode
36:51est un épisode introductif.
36:53Donc l'idée
36:54est d'un peu
36:54de vous acclimater
36:56avec ce concept
36:57d'art opératif
36:57ou d'échelle opérative.
36:59Mais par la suite,
37:00il y aura d'autres épisodes,
37:01éventuellement également
37:02avec des invités
37:03pour parler
37:04d'opérations concrètes
37:06comme l'opération
37:07Bagdadsyon
37:07au niveau de la Biélorussie,
37:09comme des conflits contemporains.
37:11On peut avoir
37:11la guerre d'Irak
37:12de 2003
37:12ou la guerre
37:13d'Ukraine actuelle
37:14pour pouvoir faire
37:15des travaux pratiques
37:16en partant
37:17de tous les acquis théoriques
37:19qu'on a tenté
37:21de réaliser aujourd'hui
37:22avec cet épisode-là.
37:23Donc je vous remercie
37:24infiniment
37:25de m'avoir suivi
37:26et je vous donne rendez-vous
37:27très prochainement
37:28pour un nouvel épisode
37:29de décryptage stratégique.
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