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Le témoignage des parents de Yanis, 17 ans, qui s'était suicidé après la libération de son agresseur, revenu vivre à seulement 3 kilomètres de chez lui.
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00:00On accueille Farid Alib et Delphine Alib. Bonsoir à tous les deux, merci d'être avec nous.
00:04Vous êtes le papa et la maman de Yanis, ce jeune de 17 ans, qui malheureusement s'est donné la
00:09mort l'an dernier.
00:09C'était en Haute-Savoie, le 30 mars 2025. C'était quelques jours avant ses 18 ans, je crois.
00:14Oui, trois jours avant ses 18 ans.
00:15Trois jours avant. Il avait appris, par hasard, la libération anticipée de celui qu'il avait agressé sexuellement,
00:20alors qu'il n'avait que 12 ans. C'était un voisin. C'est bien ça, Delphine ?
00:24Oui, tout de suite.
00:24Et je crois que c'est vous, monsieur, qui l'avez appris, cette libération, par hasard, dans une conversation.
00:28Oui, oui.
00:29Personne ne vous avait prévenu de la libération de l'agresseur de votre fils ?
00:32On avait anticipé, parce qu'on savait qu'il allait être remis en liberté incessamment sous peu.
00:36Je connais quelqu'un qui le connaît très bien, un ami très proche.
00:39Je l'ai appelé, je lui ai demandé s'il avait eu des nouvelles quant à sa remise en liberté.
00:43Et il m'a dit qu'il avait été libéré il y avait déjà deux semaines.
00:48Voilà comment on l'a appris.
00:50Pas de courrier, comme monsieur le procureur nous l'a dit.
00:53Jamais reçu, du moins.
00:55Bien sûr.
00:55En tout cas, ça, on ne l'a jamais reçu.
00:57Donc, on s'est retrouvé un petit peu...
01:00Pris de court.
01:01Oui, vraiment pris de court.
01:02Delphine, comment Yanis a réagi quand il a su que celui qui l'avait...
01:05Alors, il faut même préciser à nos auditeurs et téléspectateurs que Yanis a été agressé lorsqu'il avait 12 ans
01:10et qu'il a mis beaucoup de temps à vous en parler.
01:11C'est ça.
01:13Oui, il a mis trois ans pour nous en parler.
01:16Et avant de nous en parler, déjà, il est passé par l'association Karl, donc par Stéphie.
01:21Et à partir du moment où Stéphie l'a su, il a été obligé de nous en parler.
01:25Parce que comme il était mineur, elle a été obligée de passer par la voie judiciaire.
01:31D'accord.
01:32Donc, il n'a pas eu le choix que de nous en parler.
01:35Donc, voilà.
01:35Il nous en a parlé.
01:37L'homme a été arrêté.
01:38C'était un récidiviste.
01:39C'est ça.
01:39Multi-récidiviste.
01:40Multi-récidiviste.
01:41Prise en période probatoire.
01:42D'accord.
01:44Donc...
01:44Qui a été condamné à 5 ans fermes alors qu'il encourait jusqu'à 14 ans.
01:48Oui, il encourait jusqu'à 14 ans.
01:50La procureure a demandé 8 ans et la juge a admis 5 ans.
01:54Et sur les 5 ans, il n'a fait que 2 ans et 4 mois.
01:56Et il aurait dû avoir un an de bracelet.
01:59Et il en a eu 9 mois.
02:02Enfin, début février jusqu'à décembre.
02:05Et il vit à 3 kilomètres de votre vie.
02:08Il vit à 3 kilomètres de chez nous.
02:09On le croiserait régulièrement.
02:10Moi, je l'ai croisé au cimetière.
02:12Je pense qu'il allait au cimetière.
02:14Au cimetière sur la tombe de votre fils ?
02:15Oui.
02:16Il va sur la...
02:17Oui, oui.
02:17Et vous le croisez au cimetière ?
02:19Oui.
02:20Il nous cherche du regard.
02:22Il nous provoque.
02:23Enfin, c'est plein de choses comme ça.
02:26Parait de...
02:27C'est un lieu public.
02:28C'est un lieu public.
02:29Il faut savoir qu'en plus de ça,
02:30il a été recondamné ultérieurement
02:32après sa remise en liberté
02:33pour détention de photos pédopornographiques.
02:37Confusion des peines oblige.
02:38Il ne fait pas sa peine de 9 mois.
02:41Donc, voilà.
02:42Donc, c'est un peu...
02:43C'est un petit peu dérangeant tout ça quand même.
02:45Non, c'est pire que dérangeant.
02:46Vous voyez bien que mon épouse,
02:48je ne vais pas vous cacher que...
02:51Elle ne s'en remet pas.
02:54Clairement, depuis le mois de juin de l'année dernière,
02:56elle est sous nutrition.
02:57C'est assez compliqué.
02:58Le fait de le croiser régulièrement,
03:00ses provocations,
03:02ses sourires narquois,
03:03son ouverture de fenêtre
03:04quand il passe à côté d'elle.
03:06Voilà, il y a un moment...
03:07Dans la rue ?
03:08Oui, bien sûr, bien sûr.
03:09Mais c'est monstre.
03:10Après, oui, dans la rue,
03:11au magasin où on va faire nos courses.
03:13Il laisse passer des gens
03:14jusqu'à ce que mon épouse et ma fille se retournent.
03:17Plein, plein, plein.
03:17Mais c'est du harcèlement, en fait.
03:18Oui, mais bon,
03:19ils ne rentrent jamais en contact avec nous.
03:21Pour eux, ils ne rentrent pas en contact.
03:22Alors, c'est bien ce que je disais, déjà.
03:25Où s'arrête ?
03:25Quand est-ce qu'ils rentrent en contact avec nous ?
03:28Moi, j'estime que déjà,
03:30le fait d'attendre rien que ça,
03:32de la chercher du regard,
03:33c'est presque...
03:34C'est rentrer en contact.
03:36Quand tu vas liker une publication
03:37quand tu viens de sortir de prison
03:39qui date du procès,
03:40c'est rentrer en contact.
03:42Indirectement, certes,
03:43mais il rentre en contact.
03:44Ce n'est pas normal.
03:45Delphine, je reviens juste
03:46au moment où Yanis apprend
03:47que l'homme qu'il a agressé
03:49lorsqu'il avait 12 ans
03:50sort de prison.
03:51Comment il réagit ?
03:52Qu'est-ce qui se passe dans sa tête ?
03:53À ce moment-là,
03:54il était avec son papa.
03:55Donc, c'est Farid qui lui apprend.
03:59Il venait d'acheter une voiture
04:01pour ses 18 ans.
04:02Vas-y, je te laisse.
04:04Oui, je suis arrivé.
04:05Il était dans sa voiture
04:06en train de la préparer
04:07pour son permis de conduire.
04:09On avait dit qu'on la rénoverait.
04:11Je suis arrivé.
04:12Je lui ai dit,
04:12Yanis, il faut que je te parle.
04:13Il m'a dit oui.
04:14Je lui ai dit, je suis désolé.
04:15Il a été relâché.
04:16Sa première réaction, c'est A.
04:18Donc, nous, tout de suite,
04:19moi, tout de suite,
04:20c'est est-ce que tu veux
04:21qu'on prenne un rendez-vous
04:22avec la psy et tout ça ?
04:23Non, non.
04:24Non, c'est bon.
04:24T'inquiète pas.
04:25Je gère.
04:27Bon, ben, voilà.
04:28Il l'a géré pendant un mois et demi.
04:30Et malheureusement,
04:30après, à la suite de ça,
04:32il s'est donné la mort.
04:33Il s'est donné la mort.
04:33Oui.
04:36C'est difficile, évidemment.
04:38Pas évident.
04:40Pas évident.
04:40Vous savez,
04:41on s'en veut en tant que parent.
04:43On a l'impression
04:44qu'on a échoué à l'aider.
04:46On a fait ce qu'on a pu,
04:47du mieux qu'on a pu.
04:50Malheureusement,
04:50ça n'a pas suffi.
04:51Et de toute façon,
04:53tant qu'il était dans les parages,
04:56il n'y avait quasiment rien à faire.
04:58Malheureusement,
04:59je pense qu'on aurait beau tout essayer,
05:01si la solution ultime
05:03aurait été de déménager,
05:04mais malheureusement,
05:04en un mois et demi,
05:06c'est un peu court.
05:07Ce n'est pas possible.
05:09Et quand bien même,
05:10comme elle dit,
05:11ce n'est pas à nous déménager.
05:12Ce n'est pas à nous déménager,
05:13évidemment.
05:13Il y a eu une loi
05:14qui a été votée
05:15par l'Assemblée nationale
05:16le 12 avril dernier.
05:17Oui.
05:18Le 12 mai.
05:18Le 12 mai, pardon.
05:20Qui porte le nom d'Yannis,
05:22la loi Yannis.
05:22C'est ça.
05:23La justice devrait,
05:24si elle passe au Sénat,
05:26si elle fait tout le travail
05:27par le parcours parlementaire,
05:29la justice devrait informer maintenant
05:31les victimes de la libération
05:32de leurs agresseurs,
05:33ce qui n'était pas le cas jusqu'à présent.
05:34Est-ce que vous estimez
05:35que c'est une bonne chose
05:36et que ça va dans le bon sens ?
05:37Bien sûr,
05:37ça va dans le bon sens.
05:39C'est une histoire de logique.
05:41Je pense qu'on veut tous savoir,
05:44à un moment ou à l'autre,
05:45si on est protégé ou pas.
05:49Là, il n'y a rien eu.
05:50On n'a pas été prévenus.
05:51Et ce n'est pas un courrier simple.
05:53On ne prévient pas des gens
05:54avec un courrier simple.
05:55Il faut qu'on soit prévenus à l'avance,
05:57qu'on puisse s'organiser et anticiper.
06:01Là, il n'y a rien eu.
06:02On s'est retrouvé vraiment
06:04le bec dans l'eau.
06:05C'est le cas de le dire.
06:07Bon, après, cette loi, attention,
06:08il n'y a pas que le courrier
06:10qui est important.
06:11Il y a quand même la mesure
06:12d'éloignement avec l'interdiction
06:14de résider proche des victimes.
06:16Ça, je trouve que c'est très, très important.
06:18Et il y a aussi, bien évidemment,
06:21le fameux guichet unique
06:22qui est très important,
06:24qui sera même vital, je pense, à terme.
06:27Un guichet pour toutes les victimes,
06:29pour centraliser...
06:30Centraliser, éviter...
06:31Les démarches qu'elles doivent faire, etc.
06:33Éviter la répétition
06:34pour éviter le traumatisme.
06:36Déjà que c'est un traumatisme.
06:37On va raconter son histoire 15 fois, c'est ça,
06:39devant des enquêteurs différents.
06:40Et ce qui est terrible pour vous, Delphine,
06:42cette loi, elle est suffisante ou pas ?
06:44Pour le moment, oui.
06:45Après, il va falloir s'attaquer
06:50au quantum des peines
06:52et les peines planchées.
06:54D'accord.
06:54Ça, c'est des choses où, en fait,
06:57il n'y a pas de...
06:57À partir du moment où on est récidiviste,
06:59il n'y a pas de remise de peine
07:00ou quoi que ce soit.
07:01C'est des peines...
07:04Je pense que cette personne-là
07:07va recommencer,
07:08a déjà recommencé.
07:10Donc...
07:10C'est un récidiviste.
07:11C'est deux criminels récidivistes.
07:13Mais là, actuellement, il l'a recommencé.
07:15Oui, il a recommencé.
07:17Il a une plainte qui est en cours.
07:20Une autre plainte,
07:20depuis sa libération.
07:21Mais bon, il ne s'en est pas pris à un mineur.
07:23Cette fois, il s'est bonifié dans ses actes.
07:26Il a pris un jeune adulte.
07:26Oui, vous le dites ça avec...
07:28Tu imagines la douleur que ça provoque.
07:30Il se bonifie avec le temps,
07:32dans sa bêtise, en fait.
07:33Donc, vous êtes en colère, j'imagine,
07:35deux ans et quatre mois d'incarcération
07:37pour avoir violé votre fils de 12 ans.
07:39En fait, ce n'est pas suffisant.
07:40Pour lui, on le laisse dans le fond d'une prison
07:43et on lui coupe la tête,
07:46on lui coupe les bras.
07:47Non, on ne peut pas dire ça.
07:48La peine de mort n'existe pas.
07:50C'est quelque chose où...
07:52Je suis désolée, mais pour des personnes comme ça,
07:54on devrait remettre la peine de mort.
07:56Bon, alors ça, c'est votre avis.
08:00Écoutez, vous avez le droit d'exprimer vos opinions.
08:03Moi, je dois aussi rappeler qu'évidemment,
08:04la peine de mort est interdite dans notre pays
08:06et que c'est constitutionnel.
08:07Mais j'imagine que vous avez une grande colère,
08:09évidemment, Farid, qui vous anime chaque jour,
08:13surtout quand vous le croisez.
08:15Moi, je n'ai pas la chance de le croiser.
08:17C'est comme ça.
08:18Pour le moment, ça ne m'est jamais arrivé.
08:20Ce qu'il faut comprendre, c'est que
08:22j'ai du mal à admettre
08:23qu'un multirécidiviste comme ça
08:25se retrouve encore une fois en liberté.
08:28On sait pertinemment qu'il va recommencer,
08:30qu'il y a eu des rapports d'expertise,
08:31des psychiatres qui ont dit
08:33qu'il était à fort potentiel de récidive
08:35et qu'on le remette en liberté.
08:37Ça, je ne peux pas le concevoir.
08:38Je trouve ça inadmissible.
08:40Vous vous sentez abandonné par la justice ?
08:41Mais carrément.
08:42Voilà, on s'est carrément.
08:42Bien entendu.
08:43Quand on a vu M. le procureur,
08:44quand M. le procureur nous a gentiment dit
08:47si vous n'êtes pas content,
08:48vous n'avez qu'à déménager.
08:50Si ce n'est pas...
08:51Maintenant, c'est fini, débrouillez-vous.
08:53C'est un abandon.
08:54C'est clairement un abandon.
08:56Donc, c'est bien pour ça
08:57qu'on a voulu qu'il y ait une loi
08:59qui soit claire, net.
09:02C'est sûr, ce n'est pas assez.
09:04Il y aura des choses à refaire.
09:07Mais comme on l'a déjà dit,
09:08Rome ne s'est pas construit un un jour.
09:10C'est juste la première pierre de l'édifice.
09:13Après, il faudra faire évoluer la loi.
09:16Et pour le moment, ça va dans le bon sens.
09:18Qu'est-ce que vous demandez à Gérald Darmanin,
09:20garde des Sceaux,
09:21qui a déjà annoncé
09:21que les crimes sexuels contraires les enfants,
09:23il souhaite que ce soit imprescriptible.
09:25Qu'est-ce que vous lui demandez aujourd'hui ?
09:28D'appliquer ce qu'il a dit.
09:29Tout simplement.
09:30Tout simplement, déjà,
09:31c'est déjà un très grand pas.
09:34Vous savez, Yanis nous avait dit,
09:36à l'époque, m'avait dit personnellement
09:37que trois enfants sur dix
09:39étaient potentiellement victimes
09:40d'agressions sexuelles.
09:41Donc, dans sa classe,
09:42ça représente neuf enfants sur trente.
09:45Je vous laisse imaginer,
09:47il était le seul à avoir porté plainte.
09:49Les huit autres,
09:50ils doivent grandir avec ça,
09:52vivre avec ça toute leur vie.
09:53Je pense que se libérer
09:55à un moment ou l'autre,
09:56ça ne peut que faire du bien.
09:59C'est mon opinion.
10:00Ensuite, après,
10:02chacun sera libre de ses choix
10:03à ce moment-là.
10:04Mais au moins,
10:05on ne pourra pas dire,
10:05ah bah oui, mais maintenant,
10:06non, non, il y a prescription,
10:07on ne peut plus rien faire.
10:08Delphine,
10:09la libération de la parole
10:10des jeunes victimes,
10:11c'est important.
10:12Il a fallu que votre fils
10:13passe par le biais de l'association Karl
10:15pour que cette parole se libère.
10:17Et ça, ça a été extrêmement important.
10:19Oui, ça a été extrêmement important.
10:22C'est quelqu'un
10:22qui lui a fait découvrir l'assaut.
10:25Donc, cette personne-là,
10:26je la remercie
10:27parce que peut-être
10:28qu'aujourd'hui,
10:29il n'aurait toujours
10:29peut-être pas parlé.
10:31Donc, voilà.
10:33Mais après,
10:35il faut que les jeunes
10:37continuent à parler
10:38parce que c'est important.
10:40Il faut qu'ils...
10:42Nous, tout ce qu'on veut,
10:43c'est qu'ils parlent
10:44parce qu'on sait
10:45qu'il y en a d'autres
10:46et qu'ils n'osent pas parler.
10:49Et maintenant,
10:50il faut.
10:51Et on est à Paris,
10:53il y a un scandale
10:53dans le périscolaire
10:54qui, chaque jour,
10:55nous apprend
10:56qu'il y a des nouvelles victimes.
10:57C'est absolument terrible,
10:59cet engrenage
11:00de la pédocriminalité
11:02sur des jeunes enfants.
11:03Vous avez un livre
11:04que vous voulez nous montrer,
11:06mon frère Farid ?
11:07Ça fait partie
11:09de la collection Alerte,
11:10des éditions
11:12de l'Observatoire.
11:13C'est le livre
11:14de Stéphie Alexandrian,
11:16Les violences qui tuent l'enfance,
11:17l'enfer intrafamilial.
11:20Tous les bénéfices
11:21de ce livre
11:22sont reversés
11:23à l'association Carles.
11:24Il faut savoir
11:25que désormais,
11:26le monde associatif,
11:27c'est très compliqué financièrement.
11:28Ils ont besoin d'aide
11:30pour aider nos enfants,
11:32vos enfants,
11:33les enfants de tout le monde,
11:34qu'on soit de tous bords,
11:36de toutes origines.
11:37C'est très important
11:38et sans eux,
11:40on n'en serait certainement
11:41pas là aujourd'hui.
11:42Je lui en remercie énormément
11:43ainsi que Virginie Duby-Muller
11:46et Laure Miller.
11:47Qui ont porté le texte de l'Ouver.
11:49Oui, bien sûr,
11:49qui ont porté haut et fort ce texte.
11:53C'est une belle aventure avec eux
11:56et on sait que sans eux,
11:58on n'y serait pas arrivé.
11:59On vous écoute,
12:00Farid et Delphine,
12:01vous êtes les parents de Yanis
12:02et Éric Revelle
12:03et Jean-Michel Salvatore.
12:04On est sous le choc
12:05de ce qu'on vient d'entendre.
12:07des défaillances,
12:08de la justice.
12:09Qu'est-ce que vous voulez
12:09leur demander, Éric ?
12:10Quel adolescent était-il ?
12:13C'est-à-dire ?
12:16Quels étaient ses rêves ?
12:17Qu'est-ce qu'il voulait faire
12:18dans la vie ?
12:18Alors Yanis voulait faire médecine.
12:20Il faut savoir qu'il était
12:21en terminale
12:22quand ça s'est produit.
12:24Il s'est donné la mort.
12:25Il avait fait ses choix
12:26pour son avenir professionnel.
12:29Le parcours sup.
12:31Il a été pris partout.
12:33Dans toutes les écoles
12:34de médecine
12:35qu'il voulait faire,
12:36il était pris.
12:37C'était un enfant,
12:40à part bien sûr
12:41ce problème
12:42qu'il a profondément
12:43touché et blessé,
12:44la preuve en est,
12:46il a toujours été
12:47tourné vers les autres,
12:49toujours dans l'aide.
12:50Vous savez,
12:51encore aujourd'hui,
12:52on nous apprend,
12:53tiens oui,
12:54Yanis,
12:54qu'est-ce qu'il a pu
12:55m'aider,
12:56me soutenir
12:56pour des enfants,
12:58même des jeunes
12:59victimes adultes.
13:00Il a essayé
13:01d'aider du mieux
13:02qu'il pouvait.
13:03C'était un enfant,
13:06c'était notre fils.
13:09Jean-Michel.
13:10Moi,
13:10ce qui me choque
13:13beaucoup
13:13dans votre histoire,
13:14dans l'histoire
13:15de Yanis,
13:16c'est d'abord
13:17la condamnation
13:17du début.
13:18Parce que je trouve
13:18que quand on viole
13:19un enfant,
13:21être condamné
13:22à 5 ans,
13:22déjà,
13:23on se dit
13:23que ce n'est pas beaucoup.
13:25Et de voir
13:26que l'auteur
13:27de ce viol
13:27sort au bout
13:28de 2 ans
13:29et 4 mois,
13:30on se dit
13:31que vraiment là,
13:32il y a quelque chose
13:32qui ne va pas.
13:33Et moi,
13:34la question que je me posais,
13:34c'est de savoir
13:35si le juge
13:36qui a pris la décision
13:37de libérer
13:37ce monsieur,
13:39est-ce que vous l'avez revu
13:40et est-ce qu'il s'est senti
13:41une responsabilité
13:44dans le geste
13:45de Yanis ?
13:46Je voudrais juste
13:47revenir sur une chose,
13:48ce n'est pas un viol,
13:49c'est une agression sexuelle.
13:50On vient faire le distinguo
13:51parce que ce n'est pas du tout
13:53les mêmes peines encourues.
13:55Alors,
13:55le juge d'application
13:56des peines,
13:57on ne l'a jamais rencontrée.
13:59C'est une femme.
14:00On nous s'était dit
14:01qu'une femme,
14:02en général,
14:03c'est beaucoup plus sensible
14:04à ce genre d'affaires,
14:05à ce type d'affaires.
14:07Ma foi,
14:07pas du tout.
14:08On ne l'a jamais rencontrée.
14:09Elle n'a jamais
14:09émis le souhait
14:10de nous rencontrer.
14:11Déjà,
14:12pour rencontrer
14:12monsieur le procureur,
14:14ça a été un petit peu compliqué.
14:16Mais on n'a jamais eu de nouvelles.
14:18Jamais,
14:19jamais,
14:19jamais.
14:20C'est très compliqué.
14:21Il faut savoir
14:21que la communication
14:22avec le tribunal de Bonneville
14:23est un peu compliquée.
14:25On nous le savait.
14:26Bonneville,
14:26c'est vraiment très compliqué.
14:29Et à chaque fois
14:30qu'on s'est retrouvés,
14:31du coup,
14:32ou face aux médias
14:32ou à l'Assemblée nationale,
14:34ils ont commencé
14:35à fournir des documents
14:36qu'on réclamait entre deux.
14:37C'est-à-dire
14:38qu'à l'Assemblée nationale,
14:39par exemple,
14:39quand on est venu
14:39pour le vote,
14:42ils ont enfin donné,
14:45normalement,
14:45ils n'étaient pas obligés,
14:46mais ils ont enfin donné
14:47le rapport d'expertise
14:48pour savoir
14:50dans quelles conditions
14:51il était libéré.
14:52Voilà.
14:53Donc,
14:54ça,
14:54c'était déjà une chose.
14:55Quand on avait été
14:56à une réunion
14:58aussi à l'Assemblée nationale
14:59avec
15:00M. Diot,
15:02Virginie Duby-Muller,
15:03Laure,
15:04et d'autres parties,
15:07ils nous ont enfin envoyé
15:09un courrier
15:09pour nous dire
15:10comme quoi
15:10l'agresseur
15:11n'avait plus
15:12de bracelet électronique.
15:13Ils l'ont envoyé
15:14deux mois plus tard.
15:15Le jour même.
15:16Vous savez,
15:16on était sur la route,
15:17on nous a dit
15:17il faut absolument
15:18qu'on passe chez vous,
15:19vous donner un courrier.
15:20Non,
15:20mais il y a un moment,
15:21il y a quand même
15:21un souci.
15:23C'est très particulier.
15:24Je ne remets pas en cause
15:25notre système judiciaire
15:27encore que
15:28parce que quand on voit
15:29malheureusement...
15:29Vous auriez de quoi ?
15:30Honnêtement,
15:31vous auriez de quoi ?
15:32Et vous êtes malheureusement
15:33trop bien placé
15:33pour savoir
15:34à quoi ça peut conduire.
15:35Une question peut-être
15:35de Louis Dragnet
15:36avant de terminer.
15:37Je suis une remarque.
15:38Enfin,
15:38moi,
15:38je suis assez impressionné
15:39par ce que vous nous dites
15:40et ce que vous êtes
15:41aujourd'hui en face de nous.
15:43Ce qui est assez...
15:45Enfin,
15:45ce qui est épouvantable,
15:46c'est à la fois
15:47le drame qui s'est produit
15:49et pour vous,
15:50ensuite,
15:51qui restez sur terre,
15:52le fait de se sentir
15:53aussi démuni.
15:55C'est-à-dire que
15:55moi,
15:55ce que je trouve
15:56absolument abominable
15:57et honteux,
15:58c'est l'absence de réponse
15:59de la justice.
16:01C'est l'absence de réponse
16:01à des...
16:02Même que vous demandez
16:03des communications
16:03de documents,
16:04de pièces,
16:05de dates,
16:05d'éléments
16:06et qu'on ne vous réponde pas
16:07et que vous découvrez tout
16:08en fait par le biais
16:10de votre vie courante.
16:11Vous découvrez que le type,
16:13il est là.
16:14Alors,
16:14personne ne vous a prévenu.
16:15Et ça,
16:16c'est une honte absolue
16:17et je pense que
16:18l'intégralité des téléspectateurs
16:19et des auditeurs
16:20qui vous écoutent
16:21sont scandalisés
16:21et vous soutiennent.
16:23Et pour terminer,
16:24vous,
16:24madame,
16:25enfin moi,
16:25j'ai été assez touché
16:25par ce que vous avez dit
16:26justement sur le...
16:27Et je comprends très bien
16:29pourquoi est-ce qu'aujourd'hui,
16:30face à l'impuissance,
16:32l'inaction de l'État,
16:33vous vous dites,
16:33en fait,
16:34il faut que plus jamais
16:34ce qui s'est produit
16:35avec mon fils
16:36puisse se produire
16:37avec quelqu'un d'autre
16:37est la seule solution
16:38que vous trouvez.
16:39Et je pense que
16:40les Français qui souhaitent,
16:41je sais que c'est un débat
16:42très polémique,
16:43mais le rétablissement
16:43de la peine de mort,
16:44ce n'est pas parce qu'il y a
16:45une volonté,
16:46on voit qu'il n'y a aucune
16:47volonté de vengeance
16:48dans vos mots.
16:48Ce que vous souhaitez simplement,
16:50c'est faire en sorte
16:51que la société,
16:52la justice,
16:54puissent éviter
16:54d'autres drames.
16:56Et vraiment,
16:57c'est un débat
16:57qui est très important
16:58aujourd'hui
16:58parce qu'il faut que
17:00la justice soit efficace
17:02et c'est ça qui permet
17:03précisément d'éviter
17:04le retour
17:05de la peine de mort.
17:06Delphine,
17:06qu'est-ce que vous pensez
17:07de ce que vient de dire Louis ?
17:08C'est tout à fait ça
17:09parce qu'en fait,
17:11des personnes comme ça,
17:12on sait qu'ils vont récidiver.
17:13Donc,
17:14en fait,
17:14il ne faut pas qu'ils sortent.
17:15Il faut qu'ils restent enfermés.
17:18Voilà.
17:18Et moi,
17:19le jour où,
17:19je me dis que le jour
17:20où mon fils,
17:21mon dernier,
17:22ou mon mari
17:23vont tomber dessus,
17:25qu'est-ce qui va se passer ?
17:26Qu'est-ce qui va se passer ?
17:27Si jamais vous,
17:29Farid,
17:29vous tombez sur lui ?
17:30Je voulais que je vous dise
17:32sincèrement,
17:33j'en ai aucune idée
17:34à l'heure actuelle.
17:35Ça va dépendre
17:36de beaucoup de choses.
17:37Le contexte,
17:38dans quel état on est,
17:40le fait de tomber
17:41nez à nez
17:42quand tu ne t'y attends pas.
17:45Est-ce que je vais
17:46tout me prendre dans la figure ?
17:47Comment est-ce que
17:47je vais réagir ?
17:48Physiquement ?
17:50Verbalement ?
17:50On n'en sait rien.
17:52Et c'est là,
17:52même tout l'intérêt,
17:53je trouve,
17:54de ce courrier
17:55pour nous prévenir.
17:57Parce que
17:58on a des droits,
18:00OK,
18:00mais on a aussi des devoirs.
18:02Et il n'y a pas de souci.
18:03C'est aussi important
18:05pour lui.
18:05On ne sait pas
18:05ce qui peut se passer.
18:08Moi,
18:08je trouve ça
18:09complètement incohérent.
18:11J'ai du mal
18:12avec tout ça,
18:12en fait,
18:12mais c'est pour ça
18:14qu'on s'accroche.
18:15On va y arriver,
18:16coûte que coûte.
18:17Je persisterai.
18:18S'il faut qu'on fasse
18:19des allers-retours
18:20Hauts-de-Savoie-Paris
18:21pour aller voir...
18:22Vous ferez les bienvenus
18:23à chaque bateau.
18:24Merci beaucoup.
18:25Mais non,
18:26on s'accroche
18:27et on ne lâche rien.
18:28Il y a beaucoup trop
18:29d'enfants,
18:30d'avenir d'enfants
18:31qui sont en jeu.
18:33L'actualité
18:34nous en parle
18:35tous les jours.
18:36Tous les jours,
18:36on voit des drames.
18:38Ce n'est pas possible.
18:39Ça ne peut plus durer.
18:41Ça ne peut plus durer.
18:41Je reprends les mots
18:42de votre fils
18:43quand il a appris
18:45qu'il est posté,
18:46je crois,
18:46sur les réseaux sociaux.
18:48Savoir que l'homme
18:49qui m'a enlevé
18:49trois ans de ma vie
18:50soit deux en liberté
18:51à même pas trois kilomètres
18:52de chez moi
18:52me répugne tellement.
18:53J'ai envie de crier,
18:54pleurer, casser.
18:54Cet homme m'a brisé,
18:55détruit, sali.
18:56Aujourd'hui,
18:57c'est pour sa mémoire
18:57que vous vous battez
18:58et pour tous les enfants
18:59en danger dans ce pays.
19:01On rappelle le numéro
19:01de téléphone,
19:02le 119, évidemment.
19:03Oui, bien sûr.
19:04Pour ceux qui sont agressés,
19:06le numéro confidentiel
19:08est gratuit.
19:09C'est toujours sur 7,
19:0924h sur 24.
19:10Merci beaucoup
19:10d'être venus à tous les deux.
19:11Merci de nous avoir reçus.
19:13Et sachez que nous soutenons
19:15évidemment toutes vos démarches
19:18dans cette terrible épreuve.
19:19Merci à vous d'être venus.
19:20Merci beaucoup.
19:22Merci beaucoup.
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