00:03Johnny Hallyday, François Zardy, Jacques Dutronc ou les Beatles, la liste est encore longue.
00:09Toutes ces stars sont passées devant l'objectif de notre invité.
00:12Ils publient une somme pharaonique avec ses plus belles photos et certaines même inédites
00:17et s'interrogent sur la persistance de l'esprit des années 60.
00:21Bonsoir Jean-Marie Perrier.
00:22Bonsoir.
00:23On ne vous présente plus, vous êtes le photographe des générations yéyées.
00:28Vous sortez un album photo magnifique qui s'intitule « Sobrement 1960-1970 ».
00:35Comment est-ce qu'on fait Jean-Marie Perrier quand on a autant d'archives que vous pour faire une
00:40sélection dans cet album ?
00:42On passe par Instagram, c'est ça que j'ai fait.
00:46Parce que Stabo est un truc de jeune, mais en réalité c'est un formidable outil de sondage.
00:50Parce que vous savez quand je fais des livres ou des émissions ou des expositions,
00:54ce n'est pas pour montrer mon immense talent, c'est pour faire plaisir aux gens.
00:58Puisque c'est leur jeunesse.
00:59Alors comment vous avez utilisé un album ?
01:00Je mets une photo par jour avec un texte.
01:02S'il y en a 500 qu'il aime, bon ben très bien, je la garde pour moi.
01:05Et s'il y en a 5000, je la mets dans le livre.
01:07Très bien.
01:08Et c'est comme ça que vous avez fait ce choix.
01:10Absolument.
01:10Le romancier Patrick Modiano a préfacé votre livre.
01:14Il écrit « Les années 60 n'existent plus, je le sais, je les ai vécus ».
01:18Il a raison de dire ça.
01:19Là, vous vous dites carrément « la fête est finie ».
01:22Oui, c'est d'ailleurs…
01:24Il y a Robin Williams aussi, l'acteur américain, qui disait ça.
01:26Il disait « si vous vous souvenez des années 60, c'est que vous ne les avez pas vécues ».
01:30Oui, parce que ça allait très vite, puis il y avait des fumées, tout ça.
01:33Vous êtes nostalgique de cette époque ?
01:35Évidemment.
01:36Non, attendez, tous les mecs de mon âge qui vous disent qu'ils ne sont pas nostalgiques,
01:39c'est des menteurs.
01:41Le côté « moi, je ne regarde pas en arrière, seul aujourd'hui compte ».
01:45Moi, je trouve qu'aujourd'hui, je me marque quand même beaucoup moins qu'à 25 ans.
01:49Et l'avenir me semble un peu court.
01:51Donc, si vous voulez, oui, j'ai la nostalgie de cette période.
01:54Qu'est-ce qui était si magique à vos yeux ?
01:55D'abord, j'étais jeune et beau.
01:57Et ensuite de ça, je pouvais faire ce que je voulais.
01:58Il n'y avait absolument aucun problème pour photographier tous ces jeunes gens qui étaient jeunes et beaux.
02:04et il n'y avait personne entre eux et moi, parce qu'on avait tous le même âge.
02:07C'était une histoire de gamin, tout ça.
02:09Alors que quand je vois aujourd'hui la moindre photographie,
02:12il faut que ce soit prévu, il faut me retoucher là,
02:15il y a des mecs autour partout, des conseilleurs.
02:18Ça n'a plus aucun intérêt.
02:21À l'époque, c'était en prise directe.
02:23Je pouvais dire à n'importe qui, Mac Cartney, qu'est-ce que tu fous la semaine prochaine ?
02:26Je pourrais qu'il fasse huit pages.
02:28Tu n'as qu'à venir jeudi.
02:29Ça se passait vraiment comme ça.
02:311962, une année clé.
02:32Et pour vous, vous rejoignez l'aventure « Salut les copains ».
02:35Vous racontez que le fondateur du magazine vous donne une seule consigne.
02:39Voilà ce qu'il vous dit.
02:39Tout ce que je te demande, c'est que tes photos déplaisent aux parents.
02:42C'est une idée formidable pour quelqu'un qui fait un journal pour les adolescents.
02:48Et alors là, évidemment, par exemple, la photo de Johnny Hallyday,
02:51quand il était à l'armée, je le mets devant le drapeau français en militaire.
02:55On est sous De Gaulle à l'époque.
02:56On la voit à la photo.
02:57On est sous De Gaulle.
02:59Là que ça ne rigole pas.
03:00Je peux vous dire que ça a été un scandale.
03:01Alors que bon…
03:02Un Belge devant un drapeau français.
03:03Oui, mais vous ne pouvez pas savoir ce que les…
03:05Autant d'ailleurs les adultes que les journalistes, que les parents,
03:08tout le monde a dit du mal de ces jeunes gens qui voulaient simplement faire danser et chanter.
03:13C'est tout.
03:13En 1966, vous réalisez une photo qui va devenir culte.
03:16On la surnomme d'ailleurs la photo du siècle.
03:19Voilà, on la voit à l'écran.
03:21Elle regroupe toutes les vedettes yéyées de l'époque.
03:24Il y a tout le monde.
03:25Oui, mais ça a été très facile.
03:27En fait, ça a pris trois semaines.
03:28On les a appelés.
03:29On leur a dit tel jour que ça.
03:30Bon, voilà, ils sont arrivés.
03:31Et puis, voilà, au dernier moment, j'avais laissé cette petite échelle derrière
03:35parce qu'en fait, je voulais que Johnny soit un peu plus haut que les autres.
03:37Et on voit effectivement, en haut à droite de la photo,
03:39que Johnny est effectivement un peu plus haut que les autres.
03:41Oui, parce que, vous savez, tout ça a commencé par lui et grâce à lui.
03:45Donc, je voulais qu'il soit au-dessus et je ne me suis pas trompé
03:47puisqu'il a été au-dessus toute sa vie.
03:48Ça a été plus simple que ça ne le serait aujourd'hui d'organiser une telle photo.
03:53Un très grand journal français m'a demandé de faire la même…
03:57Qui ça, pour ne pas le citer ?
03:58Paris Match.
03:59Je m'avais demandé en 2004 de faire la même photographie,
04:02mais avec les gens actuels.
04:04Nous, ça a pris trois semaines.
04:05Eux, ça a pris sept mois.
04:06Et encore, il n'y avait pas tout le monde.
04:08Vous avez été très proche de Johnny, vous le disiez.
04:10Oui, bien sûr.
04:11Plus de 50 ans d'amitié.
04:13Il a une très grande place, d'ailleurs, dans votre album.
04:15Absolument.
04:16Lui et Sylvie Vartan, parce qu'en fait, pour moi, c'est indissociable
04:18puisque ces mômes-là, qui, à eux deux, représentaient tous les jeunes français
04:22pendant un moment, alors que c'était deux émigrés, d'ailleurs, je vous signale.
04:25Et qu'en plus, ils s'aiment et en plus, ils se marient.
04:29Et quand ils se marient, ils me prennent pour témoin,
04:30ce qui est quand même très gentil.
04:32Mais en plus de ça, ils partent en voyage de noces
04:34et ils m'emmènent avec eux.
04:35Vous voyez, c'est ce genre de rapport que je vois difficilement aujourd'hui
04:38avec Mylène Farmer et son mari.
04:41Est-ce que Johnny a été le même devant l'objectif et à côté, derrière ?
04:48Est-ce qu'il jouait un rôle en mode James Dean ?
04:51Non, mais il jouait tout le temps.
04:53En fait, c'était un acteur.
04:54D'ailleurs, c'était ça qu'il voulait faire au départ.
04:56Et en réalité, je l'ai vu changer plusieurs fois par jour de rôle
05:02en fonction de la personne qui est en face.
05:04Son boulot, à lui, c'était de vous en mettre plein la vue sur scène.
05:08Donc, il n'existait que s'il était en face de quelqu'un
05:12ou de plusieurs personnes.
05:14Alors, quand il y en a 100 000, bien sûr, évidemment, c'est plus facile.
05:17Mais c'était ça, son rôle.
05:19C'était d'être celui que vous, vous voulez qu'il soit.
05:25Et je l'ai vu changer de rôle tout le temps, comme ça, dans la même journée.
05:28Ça le faisait marrer, ça.
05:29Vous parlez de cette grande, et on la sent, cette grande proximité
05:32que vous aviez à l'époque avec ces vedettes.
05:35Et vous dites que c'est une question de confiance, finalement.
05:37Comment est-ce qu'on l'acquiert, cette confiance ?
05:39Comment vous l'avez obtenue ?
05:40Mais non, mais d'abord, n'oubliez pas que c'était le seul journal,
05:42au début, quand on a commencé en 1962,
05:44c'est le seul journal en Europe du genre.
05:46Donc, quand je...
05:47Les Beatles, la première fois, ça semble insensé à dire,
05:50mais leur manager veut qu'il soit dans ce journal.
05:54Et pas ailleurs.
05:54Et non pas le contraire.
05:55Bon, si vous voulez, c'est étonnant.
05:56Mais à l'époque, pour moi, c'est pas les Beatles
05:58avec un grand B.
05:59C'est juste un groupe de mecs qui font de la musique sympa.
06:02Vous racontez d'ailleurs une anecdote sur eux.
06:05Notamment une anecdote assez inattendue.
06:07Vous dites qu'ils vivaient totalement à l'envers.
06:09Ah oui, ça, c'était formidable.
06:10D'ailleurs, pratiquement tous.
06:11Moi, j'ai vécu vraiment avec eux dans une tournée.
06:13Ils se levaient à 7h du soir.
06:15Ensuite, ils prenaient le petit déjeuner.
06:17Ils allaient travailler sur scène.
06:18À 2h du matin, il y avait un déjeuner.
06:21Ensuite, ils visitaient la ville.
06:23On leur ouvrait des cathédrales ou des boîtes de nuit.
06:26Et puis après, ils allaient se coucher, finalement, assez tôt.
06:28À 10h.
06:29Vous avez une anecdote aussi sur Mick Jagger
06:32qui montre cette proximité que vous aviez avec les artistes.
06:35En plus, alors lui, Mick, il m'a beaucoup aidé
06:37parce que c'est lui qui m'a permis de rentrer dans l'histoire du groupe,
06:39ce qui n'est pas simple au départ quand même.
06:41Bon, là, je n'ai pu les suivre pendant 10 ans grâce à lui.
06:43Pendant 10 ans.
06:44Le jour où je fais cette photo-là,
06:47lui, il ne sait pas que ça va être ça, cette photo.
06:49Moi non plus.
06:50Non, je l'ai appelé.
06:50Je lui ai dit, écoute, je vais faire des photos,
06:52mais je ne sais pas ce que j'en ferai.
06:53Tu peux venir en une après-midi.
06:54Il est venu avec une grande troupe, avec des fringues et tout.
06:57Il a posé.
06:58Il ne savait absolument pas, quand je faisais la photo,
07:00et moi non plus,
07:01qu'il finirait assis sur une glace à la fraise.
07:04Je n'en savais rien.
07:05Mais vous, attendez, c'est en 72.
07:07C'est-à-dire qu'il n'a plus besoin de moi du tout, du tout.
07:09Lui, en 72, c'est la plus grande star du monde.
07:11Vous voyez ?
07:12Donc, il fait ça vraiment par plaisir et gentillesse.
07:14Ce qui est très marquant dans votre livre,
07:16Jean-Marie Perrier, c'est la place de l'Amérique également.
07:18Notamment, cette place qu'elle occupe dans la vie
07:20ou dans l'imaginaire des artistes.
07:22On était tous des rêveurs d'Amérique, forcément.
07:24Et alors, vous racontez une anecdote à dormir debout.
07:27C'est Eddie Mitchell qui passe ses vacances.
07:29On est en France, dans un petit village provençal,
07:31à se déguiser en cow-boy.
07:32Oui, mais Eddie Mitchell est un personnage très intéressant
07:35parce que c'est la seule personne au monde que j'ai rencontrée
07:37qui soit passée dans une vie du premier degré au second.
07:40Parce qu'aujourd'hui, c'est quand même un type
07:41avec beaucoup de recul, d'humour, de cynisme, voire.
07:44À l'époque, c'est vrai que je suis allé retrouver
07:46dans un endroit où ils passaient ses vacances
07:48dans un village où il y avait des Français moyens
07:49qui étaient habillés en cow-boy,
07:51qui faisaient semblant de se battre
07:52avec leurs femmes en indienne
07:54qui disaient aux gosses, laisse papa jouer tranquille.
07:56C'était comme ça.
07:57Et c'était un tel rêveur d'Amérique
07:59que j'ai dit au journal,
08:00mais attendez, il faut l'emmener là-bas.
08:01Ce n'est pas possible.
08:02Et on a fait notre premier voyage là-bas.
08:04Et il était déçu, il ne pouvait pas savoir.
08:06Ah, c'est vrai, pourquoi ?
08:07Parce qu'il croyait qu'il serait au pays de John Ford.
08:09Et voilà, il voyait des...
08:11La réalité ?
08:11La réalité, les bonnes femmes péroxydées
08:13avec des codabox devant des Indiens
08:14avec des faux slips et tout, c'était affreux.
08:16Alors, on parle d'Amérique, justement.
08:17Deux rencontres qui vous ont marquées,
08:19l'une avec Chuck Berry et l'autre avec James Brown.
08:21Vous avez suivi ces deux immenses artistes en tournée.
08:23Et vous avez constaté à chaque fois
08:25leur soif de revanche, on pourrait dire.
08:28Il ne faut pas oublier que ça se passe en 1965 et 1966.
08:32À l'époque, les Noirs, ils sont à l'arrière du bus.
08:35Donc, eux, ils arrivaient en haut de l'affiche,
08:37tout à coup.
08:38Donc, oui, ils avaient une revanche à prendre.
08:40C'est normal.
08:40Et bon, James Brown, c'était absolument extraordinaire
08:44parce qu'il était le roi.
08:46Il était absolument le roi de la musique.
08:49Être un roi noir en couverture de life à l'époque,
08:51quand même, il faut le faire.
08:52Il faisait l'aller-retour entre chez lui et ses concerts.
08:54C'est ça, toute l'Amérique ?
08:56Oui, il faisait tous les jours l'aller-retour du Connecticut,
08:58enfin de Long Island, à la tournée qui était à demi-kilomètre.
09:01Parce que tous les matins, il y avait un type qui lui tirait sur les cheveux
09:04avec de la graisse noire pour que ses cheveux soient raides comme ceux des blancs.
09:08Donc, comme le type...
09:09Je lui dis, mais pourquoi tu ne prends pas une chambre d'hôtel ?
09:12Ah non, ce n'est pas possible parce que le type, il ne veut pas voyager.
09:14Donc, tous les jours, il faisait l'aller-retour.
09:16Voilà l'avis des stars.
09:19Vous n'aimez jamais les sixties, Jean-Marie Péry.
09:22On le voit là, évidemment, ça transpire de votre livre.
09:24C'est une déclaration d'amour.
09:25Mais vous dites aussi, il ne faut pas croire tout ce qu'on raconte sur les années 60.
09:30Est-ce que c'est une façon de tendre le coup aussi aux idées reçues,
09:33de dire non, tout n'était pas non plus permis dans ces années-là ?
09:37Si vous aviez été une femme à cette époque,
09:38vous auriez vu que ce n'était pas idéal pour tout le monde.
09:41Alors, le côté « c'était mieux avant », non.
09:42Ce n'était pas mieux avant, c'était mieux avant pour moi.
09:44C'est ça, parce que vous avez commencé l'émission en disant
09:46« si, c'était mieux avant quand même ».
09:47Pour moi, parce que je ne me marrais plus à 25 ans qu'à 80.
09:52Mais pour les autres, non, il y avait plein de gens dans le pétrin,
09:54comme en ce moment.
09:55Et ça transpire vos photos également ?
09:57C'est quelque chose, c'est un travail sur lequel,
09:59vous avez eu envie d'aller aussi ?
10:01Tout ce côté moins optimiste ?
10:04Non, mais moi, de toute façon, je ne montrais pas la réalité.
10:08Moi, ce que je voulais, c'est faire rêver,
10:09parce que c'était fait pour être sur les murs des chambrettes des adolescents.
10:12Donc, c'était fait pour les faire rêver.
10:13Donc, quand on a la chance d'avoir quelqu'un comme François Zardy,
10:16qui a la beauté même, qui ne s'aime pas en plus,
10:18elle n'aime pas son visage,
10:20et vous pouvez la mettre partout sur les murs,
10:22comme ça, c'est extraordinaire.
10:23Vous avez réussi à nous faire rêver, évidemment.
10:26Jean-Marie Perrier, merci, avec cet album, 1960.
10:301970, c'est aux éditions Loin de Paris.
10:33Je vous remercie.
10:33Merci d'être venu sur notre plateau.
10:35Tout de suite, c'est dans l'air.
10:36N'hésitez pas à poser toutes vos questions
10:37par Internet ou par SMS au 41555.
10:39Bonne émission à vous.
10:41Sous-titrage Société Radio-Canada
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