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  • il y a 1 an
Diffusée sur France 5 le 6 décembre 2017, cette émission spéciale rend hommage à Johnny Hallyday, disparu la veille. À travers témoignages et analyses, "C à vous" revient sur le parcours unique de l’idole des jeunes et sur la passion qu’il a suscitée en France pendant plus de cinq décennies.

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Musique
Transcription
00:00:00Générique
00:00:00Bonsoir à toutes et à tous. Nous attendons vos questions SMS, Internet et réseaux sociaux pour alimenter notre discussion.
00:00:16Ces chansons sont devenues des hymnes nationaux. C'est aujourd'hui tout un pays qui s'arrête pour pleurer une icône de la chanson française.
00:00:24Johnny Hallyday est mort à 74 ans. Sa disparition n'est pas une surprise, on le savait malade, mais c'est un choc.
00:00:30Il a accompagné l'histoire de France des années 60 à aujourd'hui en chantant le rock'n'roll, en suivant les changements de la société française, en écrivant la bande-son de chacune de nos vies.
00:00:40Depuis ce matin, l'homme de la rue, comme l'ensemble de la classe politique, salue l'artiste, célèbre l'idole des jeunes, devenu monument.
00:00:47Dans le monde entier, la presse s'arrête sur ce destin français. Le président ému a évoqué sa vie de courageux, celle d'un de ses héros dont le pays a besoin.
00:00:58Johnny, une passion française, c'est le titre de cette émission. Avec nous pour en parler ce soir, Vincent Perrault.
00:01:03Vous êtes journaliste à RTL, RTL partenaire depuis 25 ans de tous les disques et spectacles de Johnny Hallyday.
00:01:08Vous étiez un ami proche du chanteur depuis 30 ans. Laurent Lavige, vous êtes journaliste, animateur de radio depuis 1977.
00:01:14Vous êtes l'auteur d'une biographie, Johnny Hallyday, notre icône, chez Hugo et compagnie.
00:01:19Apparaître votre dernier livre, Johnny Hallyday, chez le même éditeur.
00:01:22Olivier Royan, vous êtes directeur de la rédaction de Paris Match.
00:01:25Paris Match qui va publier ce week-end un dossier spécial de 80 pages sur Johnny Hallyday.
00:01:30Le chanteur qui a été à plus de 80 reprises à la une de votre journal.
00:01:35Nous y reviendrons naturellement.
00:01:36Claude Veil, vous êtes journaliste, vous êtes éditorialiste politique à Nice Matin et Var Matin.
00:01:40Je rappelle que vous avez été directeur de la rédaction du Nouvel Obs.
00:01:43Bonsoir à tous les quatre. Merci de participer à ce C'est dans l'air en direct, ce C'est dans l'air un peu particulier.
00:01:49Le président de la République, dans son tout premier communiqué cette nuit, a eu cette phrase.
00:01:52Il a dit « On a tous quelque chose en nous de Johnny ».
00:01:55Alors je vais commencer par un petit tour de table.
00:01:57Si on a tous un petit quelque chose de Johnny, qu'est-ce que vous avez vous, Vincent Perrault ?
00:02:01Écoutez, on a bien compris le clin d'œil.
00:02:04C'est vrai que cette formule est déclinée un petit peu à toutes les sauces actuellement.
00:02:07C'est également le titre de l'album « Hommage à Johnny Hallyday », célébré par la jeune génération.
00:02:13J'irais un tout petit peu plus loin.
00:02:14Je dirais, moi, qu'on doit tous même un petit quelque chose à Johnny.
00:02:19Tellement il a apporté, quel que soit le niveau dans nos vies, des choses importantes, parfois même beaucoup.
00:02:25On va peut-être voir pourquoi tout à l'heure.
00:02:26Bonsoir.
00:02:28Bonsoir.
00:02:29Moi, je pense qu'on a tous quelque chose de Johnny.
00:02:31Ça me fait penser à la phrase de M. Montebourg, le « Made in France ».
00:02:36Pour moi, on a tous quelque chose de Johnny.
00:02:37Oui, parce que Johnny, c'est quelqu'un de notre famille.
00:02:40J'ai le premier souvenir qui me vient à l'esprit.
00:02:43C'est ma petite personne, il y a à l'âge de trois ans.
00:02:47Et je regarde la chambre qui est tapissée de tous les posters de Johnny, dont un qui est grand d'or nature.
00:02:53C'est mon grand frère qui avait installé ça dans la chambre, puisqu'il était un fan de Johnny.
00:02:57Un fan, un vrai fan.
00:02:57Et la nuit, dans mes nuits blanches un peu envoûtantes, le portrait de Johnny me rassurait.
00:03:04Donc, on a tous quelque chose en nous de Johnny.
00:03:06Et ça, c'est obligatoire.
00:03:07Olivier Royan, quand on est à la tête de Paris Match, c'est pas rien.
00:03:10Johnny, ça a jalonné l'histoire du journal.
00:03:13Et est-ce que ça a jalonné la vôtre aussi en particulier ?
00:03:15C'est important depuis ce matin, à la machine à café, dans les bureaux.
00:03:19Tout le monde se dit, c'est quoi ta chanson préférée ?
00:03:21C'est quoi ton Johnny à toi ?
00:03:22Est-ce que tu l'aimes ?
00:03:23On a tous un souvenir personnel de Johnny.
00:03:26Moi, c'était un dîner avec Johnny.
00:03:27Puis, je me parle d'une tournée en 1964.
00:03:31Et la première couverture de Paris Match, c'est le mois de ma naissance.
00:03:35Donc, Johnny, c'est 55 ans d'histoire des Français.
00:03:38On a tous un souvenir collectif, le Stade de France, 2009.
00:03:41Cette espèce de communion qu'il a avec le public, avec Gabriel, ou Allumer le feu,
00:03:47ou avec toutes ses chansons.
00:03:48Absolument prodigieux.
00:03:49Un rapport qu'il a cultivé pendant 55 ans.
00:03:523 250 concerts, il va à la rencontre des Français.
00:03:55Mais avec chacun d'entre nous ?
00:03:57Vous le diriez comme ça ?
00:03:58Est-ce qu'il a cultivé ce rapport-là avec chacun d'entre nous ?
00:04:00Quand on parle de Johnny, on parle beaucoup de ses fans qui ne l'ont jamais suivi.
00:04:03Et pourtant, aujourd'hui, au moment où tout s'arrête, qu'on les aime ou pas, qu'on les suive ou pas,
00:04:08on a tous un petit bout de chemin avec nous.
00:04:10On parlait tout à l'heure de Johnny, de Bruce Springsteen, on parle d'une chanson qui vous a marquée.
00:04:16Je pense que le cheminement avec Johnny, c'est un peu le même cheminement qu'avec Bruce Springsteen.
00:04:19Il parle de la société française, il parle de certains héros, et on se reconnaît dans une chanson.
00:04:22Et à un moment donné, cette chanson-là, c'est notre vie aussi.
00:04:24Vous savez, j'ai posé la question à Johnny Hallyday à plusieurs reprises, au sujet de sa longévité.
00:04:29Parce que c'est quand même un phénomène français tout à fait exceptionnel.
00:04:32Et à plusieurs reprises, je lui disais, mais comment est-ce que tu vis ta célébrité ?
00:04:36Et surtout, comment est-ce que toi, tu expliques cette longévité ?
00:04:40Les années 60, les années 70, les années 2000, les enfants, des enfants, des enfants.
00:04:45Et il me disait, j'ai un secret, c'est la perspicacité, j'essaie de les avoir à l'usure, disait-il avec ensuite un grand sourire.
00:04:52Mais c'était ça.
00:04:53C'est-à-dire que je crois que même si on n'est pas un fan inconditionnel de Johnny, on a écouté les chansons,
00:04:58elle nous rentre dans la tête, on est allé voir un spectacle.
00:05:00Et en conclusion de ça, il m'avait dit, tu sais, l'essentiel, c'est d'être là, c'est d'occuper le terrain, c'est d'occuper l'espace.
00:05:08Alors il me disait, quand je suis là dans la vie de tous les jours, on m'accepte, on est bien obligé, j'occupe le terrain.
00:05:13Mais là où je suis plus fort, c'est que sur scène, on ne m'accepte pas.
00:05:17Là, on me respecte.
00:05:19Et ça, c'était sa grande fierté.
00:05:21Claude Veil.
00:05:23C'est un personnage à Facette qui s'est recréé en permanence.
00:05:26C'est une espèce de phénix qui n'a pas cessé de se reconstituer sous nos yeux.
00:05:29Il a inventé, en 50 ans, 50 Hallyday.
00:05:32On pourrait presque les décliner.
00:05:34Il y avait un Hallyday par an qui est arrivé avec un nouveau look, des nouvelles chansons, de nouveaux auteurs, quelquefois une nouvelle femme, etc.
00:05:40Et donc, tout le monde trouve dans cette énorme auberge espagnole qui est Hallyday, quelque chose qui lui ressemble.
00:05:46C'est pourquoi j'inverserais volontiers la proposition de Macron.
00:05:49Ce n'est pas qu'on a tous en nous quelque chose d'Hallyday, c'est qu'il y a en Hallyday quelque chose de chacun de nous.
00:05:55Chacun de nous peut s'identifier à quelque chose de l'œuvre, de la vie, de la carrière, de ce qu'a projeté Johnny Hallyday,
00:06:05de la représentation qu'il a donnée de sa génération, de ce qu'est-ce que c'est qu'être français, de ce qu'est-ce qu'être au monde aujourd'hui.
00:06:12C'est une représentation très, très large en réalité.
00:06:15C'est comme l'équipe de France de football, il y a plus de 60 millions de sélectionneurs.
00:06:20Avec Johnny, c'est pareil, il y a plus de 60 millions membres de sa famille, tout simplement.
00:06:24Alors, ça prend une ampleur colossale. Je le disais en débutant cette émission, personne n'a été surpris, on le savait malade.
00:06:30Il y a eu quelques rumeurs qui étaient parties de manière très désordonnée la semaine dernière, démenties par l'AFP.
00:06:36Ça prend une ampleur colossale. Tous les médias français ont cassé leurs antennes depuis ce matin.
00:06:42Il y a eu des articles dans la presse étrangère. On a vu un président de la République, un Premier ministre,
00:06:47des parlementaires au garde-à-vous pour faire une minute de silence, rendre hommage à un rockeur, à un chanteur.
00:06:53Vous imaginez que ce serait... On n'est pas encore dans le deuil national. On va voir quelle forme ça va prendre.
00:06:59Ce n'est pas encore acté. Est-ce que ce sera un hommage national, etc. ?
00:07:02Mais est-ce que vous attendiez à ce que ce pays, finalement, se mette à l'arrêt ?
00:07:06J'en étais sûr.
00:07:06Vous en étiez sûr.
00:07:07Non seulement je redoutais ce jour. J'ai été très désagréablement réveillé sur le coup de 3h du matin en me disant
00:07:14« Viens vite à la radio, viens vite à RTL, ça ne va pas, c'est le bas de combat. Il faut qu'on imagine de tout changer. »
00:07:20On doit rendre hommage. C'est-à-dire que notre idole nationale, notre monument historique, nous fait faubons aujourd'hui.
00:07:29Et comme si le respect était tel qu'on se devait d'amener, de rendre compte, de retrouver les souvenirs
00:07:36et que chacun puisse apporter sa petite pierre à l'édifice de celui qui vient de nous fausser compagnie.
00:07:41C'est comme quelqu'un de... Encore une fois, j'aime bien ce mot « famille ».
00:07:45C'est-à-dire que Johnny, c'est comme un cousin éloigné. On ne le voit pas souvent, mais il est là.
00:07:52Il a beau faire les plus belles bêtises, les plus grandes bêtises, on va lui pardonner.
00:07:55Et en fait, il y a les paroles et les actes. Les paroles, on en a eu beaucoup ces derniers temps.
00:08:01Même les fake news sur l'état de santé de Johnny. C'était même... C'était très très limite.
00:08:07Sauf qu'il fallait aussi les écouter et écouter les silences et les actes.
00:08:12Et les actes, eh bien, ce sont quoi ? Les actes, c'est Johnny... C'est personnel ce que je vais vous dire.
00:08:17Johnny vit aux Etats-Unis. Il vit à Los Angeles dans sa famille.
00:08:22Los Angeles, on connaît tous le climat exceptionnel de Los Angeles.
00:08:25Et tout d'un coup, Johnny arrive en France, à Paris, à Marne-la-Coquette, dans un pays, dans une ville où il fait froid, où c'est la grisaille.
00:08:34On se demande vraiment pourquoi. En fait, ce que je pense, et j'en suis entièrement persuadé,
00:08:38c'est que Johnny est revenu en France pour poser sa valise, poser un genou à terre, et dire au revoir, et mourir auprès des siens.
00:08:47Et quand je dis des siens, c'est aussi bien sa famille, son cercle intime, mais aussi ses fans, son public.
00:08:54Parce qu'il est né avec ce public, on a grandi avec lui, et je pense qu'il a décidé de mourir avec nous pour son public.
00:09:01En France.
00:09:02Il y a dans la déclaration d'Emmanuel Macron à Alger, une expression qui est très forte dans la bouche d'un président.
00:09:09Johnny est un héros national.
00:09:10Héros national, on a l'habitude de voir des militaires, des généraux.
00:09:15Là, c'est un chanteur.
00:09:17Et ça prouve que cette génération de baby-boomers, finalement, qui découvre Johnny quand ils ont 16, 17 ans,
00:09:23parce qu'il faut avoir quelqu'un, il faut un poster pour mettre sur le mur de sa chambre,
00:09:27il découvre le pouvoir de la musique.
00:09:28Et alors, nous, on a Johnny Hallyday, en Jamaïque, c'est Bob Marley.
00:09:32Au Brésil, ça a été Chico Buarque.
00:09:34Des gens qui, avec la musique, finalement, ont apporté un sens, à la fois une sorte de...
00:09:39On fédérait des gens qui étaient d'horizons très différents,
00:09:42et qui ont eu, au bout d'un moment, un pouvoir sur la société.
00:09:45Là, il fédère le pays.
00:09:46Oui.
00:09:47On a l'impression de faire nation, comme l'avait dit en son temps.
00:09:49C'était François Hollande qui avait utilisé cette expression-là.
00:09:53Le pays, il est uni, là, aujourd'hui.
00:09:55Et puis, à plusieurs reprises, on lui a posé, je ne sais pas si Vincent l'a fait,
00:09:58mais on lui a posé la question de son identité française.
00:10:01Johnny dit, j'ai découvert mon identité française,
00:10:04non pas parce que je suis citoyen, non pas parce que je suis chanteur,
00:10:08mais j'ai découvert mon identité au service militaire.
00:10:10Tout d'un coup, il fait le service militaire,
00:10:12alors que les jeunes, à l'époque, il a de bon goût d'échapper à la conscription.
00:10:15Là, Johnny, lui, il fait le service militaire.
00:10:17D'ailleurs, il va faire les corvées.
00:10:19Bon, son général, son colonel va le laisser enregistrer les disques, etc.
00:10:22Mais il fait ça.
00:10:24Et puis, quand il part à Los Angeles, il y a une interview,
00:10:26on lui demande la question.
00:10:27Alors, il y a l'exil, il y a la question d'exil.
00:10:28Ça y est, Johnny nous quitte.
00:10:29Il va en Suisse, il part à Los Angeles.
00:10:31Il dit, non, je suis français, ma ville, c'est Paris.
00:10:34Donc, il y a toujours, Johnny a voulu cet attachement à la France.
00:10:37J'écris ces mots sans y croire, et pourtant, c'est bien cela, mon homme n'est plus.
00:10:41C'est par ce communiqué émouvant que Laetitia, l'épouse de Johnny,
00:10:44a annoncé au pays la triste nouvelle depuis ce matin très tôt.
00:10:47L'émotion touche toute la France.
00:10:49C'est fan, mais bien au-delà le monde politique,
00:10:51celui de la musique, du cinéma, de la scène en général.
00:10:54C'est une nation qui se rassemble pour dire adieu à son rockeur.
00:10:58Clotilde Mravko, Lucie Lémar et Maxime Léogier.
00:11:00Même le New York Times lui rend le plus américain des hommages.
00:11:09Johnny, pour eux, c'est carrément l'Elvis Presley de la France.
00:11:15De New York à Marne-la-Coquette.
00:11:18Sous le choc, ils sont des milliers à se souvenir, à le pleurer,
00:11:23ce rockeur qui les a fait vibrer comme aucun autre.
00:11:26J'ai du chagrin, j'ai du chagrin.
00:11:30Ça coule tout seul.
00:11:32Ça représentait un compagnon de vie, un modèle, une voix, une voix, une voix d'exception.
00:11:40Et puis le rock'n'roll.
00:11:42Quand on aime le rock'n'roll, c'est le rock'n'roll à Tichy.
00:11:45On aime Johnny, son humour.
00:11:48J'aimais bien sa beauté, j'aimais tout chez lui.
00:11:51On était un être généreux.
00:11:52On le sentait.
00:11:53Quand on allait le voir sur scène, il donnait tout.
00:11:56On le prenait en pleine figure.
00:11:58On sentait son souffle.
00:12:00Devant la maison du chanteur, entre les journalistes et les policiers, les fans se faufilent.
00:12:08J'emmène des roses rouges pour notre idole.
00:12:12Qui va nous manquer, on aura sa voix.
00:12:15Des admirateurs, comme une famille soudée dans la douleur, qui ont accouru en pleine nuit de toute la France.
00:12:24Moi, j'ai été prévenu par mon frère à 3h du matin en me disant que, donc, Johnny était décédé.
00:12:29Je vais monter dans ma voiture et je le suis venu directement, quoi.
00:12:33Parce que moi, Johnny, il compte énormément pour moi.
00:12:36C'est par un communiqué, un peu avant 3h du matin, que sa femme, Laetitia, a annoncé son décès.
00:12:44J'écris ces mots sans y croire.
00:12:47Et pourtant, c'est bien cela.
00:12:48Mon homme n'est plus.
00:12:50Il nous quitte cette nuit comme il aura vécu tout au long de sa vie, avec courage et dignité.
00:12:54Réaction immédiate à commencer par celle du monde politique.
00:12:59Depuis l'Algérie, le président salue l'homme derrière la star.
00:13:03Il fait partie de ces hommes qui auraient dû mourir 100 fois par la vie qu'ils ont menée,
00:13:08par les excès qui ont été leurs, par les combats qui ont été les siens.
00:13:12Et ils n'étaient jamais tombés.
00:13:14Et donc, je crois que ce qui est dur ce matin, c'est pas seulement sa disparition.
00:13:20C'est qu'on croyait qu'il était invincible.
00:13:22Aujourd'hui, même s'il y a beaucoup de douleurs, je pense à sa famille, à son épouse, à ses enfants,
00:13:28il y a aussi cette certitude qu'il sera toujours avec nous à travers sa musique et ses chansons.
00:13:35Un hommage relayé jusque dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale cet après-midi.
00:13:39En disant qu'à l'image des Françaises et des Français, nous avons tous en nous quelque chose de Johnny Hallyday.
00:13:46Des applaudissements chez les députés à Paris.
00:13:49Des airs mythiques sur toutes les lèvres, partout, on est marqué par celui qui a fait danser toutes les générations, et même en famille.
00:14:00On a trop donné qu'un avant l'envie, j'ai oublié, rire et merci, toutes ces choses qui avaient un prix.
00:14:07Oui, j'ai versé ma larme ce matin, c'est ma génération en plus, donc je ne suis pas fan, mais j'admire son travail.
00:14:16Qui font l'envie de vivre et le plaisir, et le plaisir aussi, qu'on me donne l'envie, l'envie d'avoir envie.
00:14:23Sylvie Vartan, sa première femme, Michel Polnareff, ses deux complices, Claude Lelouch et Edi Mitchell.
00:14:33Ils sont des dizaines d'artistes à pleurer leur amie.
00:14:36Celle qu'il a lancée, Lynn Renaud, en parle encore au présent.
00:14:39Il est très intelligent, Johnny, il a un instinct, en ce qu'il conserve en tout cas, unique.
00:14:46En plus, c'est quelqu'un qui, il est gentil, j'entends jamais dire du mal.
00:14:51Et puis, ce respect du public, jamais tricher, faut pas tricher.
00:14:57Le gouvernement dit réfléchir à un hommage digne de la rockstar.
00:15:00Et cette question, pour reprendre notre discussion, ce qu'on a très bien vu dans ce reportage,
00:15:21comment expliquer que tant de Français soient aussi touchés par la mort de l'artiste ?
00:15:24On entendait dans le reportage, un monsieur qui disait, je suis pas fan, mais j'ai versé ma larme.
00:15:28Parce qu'il y avait du respect. Parce qu'on voyait, depuis 50 ans, un artiste qui, dans tous les sens du terme, mouillait sa chemise.
00:15:36C'est-à-dire un artiste qui ne venait pas, un soir, en concert, faire le service minimum, chanter pendant une heure et demie,
00:15:41s'arrêter parce qu'il avait trop chaud. Non.
00:15:43On voyait un artiste sué, sang et eau, avoir la chemise trempée, qu'on pouvait tordre.
00:15:49Et on sentait tellement le respect du public, il reconnaissait tellement que s'il était là,
00:15:53c'était parce que ce public le suivait fidèlement depuis tant d'années,
00:15:57que je crois que ça forçait le respect.
00:15:59Et que, même si on n'était pas fan, on devait respecter un artiste qui faisait aussi bien son métier dans ces conditions-là.
00:16:05On allait voir le show parce qu'il fallait aller le voir, même si on n'aimait pas forcément le répertoire.
00:16:09Vous savez, j'ai vu à peu près 50 fois Johnny sur scène.
00:16:13J'ai été de toutes les tournées depuis 30 ans et plusieurs fois chaque spectacle de la tournée.
00:16:17Et je me suis toujours amusé à emmener avec moi, la plupart du temps, des personnes qui ne l'avaient jamais vue.
00:16:22Des jeunes, des moins jeunes, un jeune caméraman, un collaborateur, une petite amie, etc.
00:16:27Et souvent, des jeunes qui disaient, ouais, bon, Johnny, c'est quand même un peu la musique de mes parents,
00:16:31c'est quand même un peu la musique varieuse, le rock variété français.
00:16:34Et à la fin, dans 100% des cas, c'était, ah ouais, quand même, ah ouais.
00:16:41Le respect, on en revient toujours à ça.
00:16:43Le respect.
00:16:43Mon avis ?
00:16:44En fait, je vais vous avouer quelque chose.
00:16:47Allez-y, c'est le moment.
00:16:48Puisqu'on est entre nous.
00:16:49C'est le moment.
00:16:50J'ai voulu faire de la radio parce que quand j'étais enfant et très jeune, j'étais quelqu'un de très timide.
00:16:56Et j'ai voulu faire de la radio, j'en avais pendant 27 ans, à France Inter et ailleurs.
00:17:00Et j'ai voulu faire de la radio pour deux raisons.
00:17:02pour pouvoir rencontrer deux idoles, deux.
00:17:07La première, c'était Johnny Hallyday, parce que je voulais lui serrer la main et voir son regard.
00:17:12Et le deuxième personnage, c'était Bruce Springsteen.
00:17:15Parce qu'entre ces deux-là, il y a la même envie.
00:17:19C'est-à-dire que quand ils chantent une chanson sur scène, ils remettent leur carrière en jeu à chaque fois.
00:17:23Les deux patrons.
00:17:24C'est les deux patrons.
00:17:25Les deux boss.
00:17:26Tout à l'heure, pendant le reportage, je traînais un secret.
00:17:29Après, vous disiez que c'est important que le président de la République ait utilisé le mot d'invincible et non pas immortel.
00:17:34Ça fait référence aussi à ce que disait à l'instant Vincent Perrault.
00:17:36C'est-à-dire cette idée qu'on pensait qu'il pouvait tout surmonter parce qu'il avait cette espèce de rage, de force.
00:17:41C'est ça ?
00:17:42Oui, c'est ça.
00:17:42Et puis parce que, je n'ai pas envie de parler de mythologie, le côté immortel.
00:17:46Il a le côté invincible parce que pour moi, c'est un guerrier.
00:17:49J'aime bien dire des femmes que j'aime, ce sont des femmes debout.
00:17:53Mais Johnny était un homme debout aussi.
00:17:56Et le fait d'avoir fait de la radio, c'était pour rencontrer ces deux personnages.
00:17:59Et le jour où j'ai rencontré Johnny Hallyday, j'ai compris pourquoi les gens l'aimaient profondément.
00:18:04C'est parce que je me faisais une idée du personnage d'une star énorme, incroyable, avec un charisme, etc.
00:18:12Et j'ai rencontré un homme humble, d'une sensibilité, d'une sincérité.
00:18:19Quelqu'un parfois un peu maladroit, mais qui fait beaucoup de timidité.
00:18:24C'est-à-dire qu'on n'osait pas se regarder trop.
00:18:27Et j'ai trouvé que ça, c'est le français type, en fait, tout simplement.
00:18:30Pourquoi ? Qu'est-ce qu'il y a de français type dans cette attitude-là ?
00:18:32Parce que pour moi, un français, c'est quelqu'un qui peut être très prétentieux, comme rempli de doutes.
00:18:37C'est quelqu'un qui peut voter à droite et puis voter à gauche après.
00:18:39C'est quelqu'un qui se pose des questions.
00:18:41Et puis, pour moi, c'est Johnny.
00:18:43C'est Johnny. Olivier Royan.
00:18:45Alors, je les ai vus, le chiffre exact, c'est 77 couvertures de Johnny.
00:18:48Alors, je les ai passées en revue, je m'en souviens, je suis au journal depuis très longtemps.
00:18:52Et puis, ce qu'on voit, c'est que, tout d'un coup, on a l'impression que, dès le début,
00:18:55la première couverture de match, il est cravaté, il est très sage, il a les yeux bleus.
00:19:00Ce n'est pas le rocker qui casse les guitares, etc.
00:19:04Mais il y a quand même, on sent quelque chose, il va passer avec les Français une sorte de pacte.
00:19:08Et un pacte de vérité.
00:19:09C'est quelqu'un qui va venir dire la vie telle qu'elle est.
00:19:12Ce qui est rare.
00:19:13On est dans un point où il y a toujours, où quelqu'un, un artiste, a toujours quelque chose à vendre.
00:19:17Il a à vendre un film, il a à vendre un livre, il a à vendre un disque.
00:19:21Johnny va raconter sa vie.
00:19:22Et il y a des hauts et des bas.
00:19:24Claude disait tout à l'heure que c'était quelqu'un, un phénix qui se reconstitue en permanence,
00:19:27mais il passe par des moments très très bas, la période 68-72.
00:19:31Il faut qu'il se reconstitue.
00:19:32Alors il se reconstitue physiquement, il se reconstitue sentimentalement, psychologiquement.
00:19:36Et en même temps, il vient raconter sa vie.
00:19:38Et je pense que les Français sont en adéquation avec lui parce que c'est la vraie vie.
00:19:44C'est la vie telle qu'elle est.
00:19:45Il raconte toute sa vie avec une façon de raconter aussi ses amours, ses enfants,
00:19:51avec l'idée non pas de mettre...
00:19:52L'abandon des parents, c'est quelqu'un qui cherche l'amour toute sa vie, c'est quelqu'un qui a été abandonné,
00:19:57c'est le vagabond, c'est l'enfant de la balle qui, l'âge de 5 ans, est dans un cirque.
00:20:01Mais on raconte, on essaie de détricoter ensemble le lien qu'il y a entre Johnny et ce Français.
00:20:07C'est que la vie est dure, la vie c'est des hauts et des bas.
00:20:10Et c'est pour ça que la phrase « invincible », on le croyait invincible, est aussi forte parce que ça retrace toute sa vie.
00:20:14Ce que je voulais dire, c'est qu'il n'y a pas de mise en scène.
00:20:17Non.
00:20:17Il donne, c'était ça ? En fait, il donnait sa vie.
00:20:19Il partage, il partage, il n'y a pas de mise en scène, il n'y a pas de plan média, il n'y a pas de séquence.
00:20:25Parfois, il fait rire.
00:20:26Johnny est en couverture de match en Père Noël.
00:20:28Il a fait ça ?
00:20:29Il souhaite Noël aux Français en Père Noël.
00:20:33Johnny vient en costume 3 pièces.
00:20:34Bon, c'est la mode du costume 3 pièces, il passe à travers une mode.
00:20:37Bon, c'est comme ça, il partage et il le fait.
00:20:39Alors, au fil des années, ce qui est incroyable, c'est que les intellos moqueurs ont été beaucoup moins nombreux.
00:20:43Parce qu'on l'a beaucoup moqué, Johnny.
00:20:45En plus, il est un peu handicapé, il s'est toujours senti un peu, il est très timide, un peu handicapé du langage.
00:20:51Il a certaines expressions qui font rire.
00:20:53La marionnette de Johnny Oguignol lui a fait du mal.
00:20:55Ça lui a fait du mal.
00:20:56Et pourtant, ce n'est pas grave, on lui pardonne tout parce qu'il nous ressemble.
00:21:00On va y revenir parce que j'aimerais y revenir sur un mot qu'a dit Lille Renaud dans le reportage.
00:21:03Il est intelligent.
00:21:04Mais Claude Veil sur cet aspect-là, ce lien avec les Français qui est, je vous donne ma vie, je vous donne mes amours, je vous donne mes emmerdes.
00:21:10Et je vous raconte tout sans filtre et sans mise en scène.
00:21:13– Il y a une mise en scène, mais il y a beaucoup plus fort.
00:21:16Il y a évidemment une mise en scène.
00:21:17Son métier était de mettre les choses en scène.
00:21:19Ses choses étaient extrêmement mises en scène.
00:21:22Mais il y a beaucoup plus fort que la mise en scène, il y a la mise à nu.
00:21:24C'est-à-dire que c'est un homme qui vient devant nous et qui partage avec nous ses doutes, ses angoisses, son insécurité liée à l'enfance, l'absence du père et tout ce qu'on connaît.
00:21:33Mais il y a une légende à la Hector Malot, mais qui est une légende vraie.
00:21:37C'est la vraie histoire de Johnny Hallyday, de Jean-Philippe Clerc, Ousmet, né à Paris en juin 1943, etc., parti avec sa tante à Londres.
00:21:47Enfin, cette vie de saltimbanque à partir de l'âge de 3-4 ans qui fait qu'il a très peu fréquenté l'école, qu'il a un problème avec les mots.
00:21:54Et que ce qu'il n'arrive pas à exprimer par les mots, il l'exprime par sa musique et il l'exprime par cette voix incroyable, voix de chanteur de flamenco,
00:22:01qui n'est pas du tout une voix classique de variété, qui est capable de modulation, qui donne la chair de poule.
00:22:07Et c'est tout ça, les gens l'aiment parce qu'il partage.
00:22:10Il a partagé ce qui est le sort de tout le monde, c'est-à-dire des souffrances, des moments de joie, de bonheur.
00:22:15Et du coup, c'est parce qu'il a partagé qu'on lui a pardonné tout, y compris l'alcool, la drogue, les infidélités, tout ce qui a construit la légende du rockeur.
00:22:25– Les hauts et les bas.
00:22:26– À aucun moment, il n'oublie d'où il vient. Il vient des bas quartiers. Il vient de cette France difficile.
00:22:31– Je suis né dans la rue. – Je suis né dans la rue.
00:22:33Et Daniel Rondeau me citait une anecdote. – L'écrivain.
00:22:37– Johnny, chez les mineurs. Un jour, il fait, à Thionville, cadeau de son cachet aux mineurs.
00:22:43Alors, comment vont-ils réagir ? Ça peut paraître un geste un peu mégalo.
00:22:48Le lendemain, les mineurs sont là, lui font une haie d'honneur avec leurs lampes.
00:22:53Et Johnny, regarde, il appartient un peu au même monde qu'eux.
00:22:57Et c'est ce contact-là, il ne faut jamais l'oublier.
00:22:59Il a creusé un sillon dans la France. Il est toujours dans les petites villes, les villes moyennes.
00:23:03Il y a les grands stades, il y a les grands shows.
00:23:05Mais il y a ces 30 années de contact physique avec les Français.
00:23:08– Il n'était pas un people hors sol qui avait oublié ses racines.
00:23:12C'est ça que vous nous expliquez.
00:23:14– Je pense que c'est… En tout cas, les Français ont compris d'où il venait.
00:23:17Et il n'a jamais oublié d'où il venait. Il ne s'en est jamais caché.
00:23:20– Tout à l'heure, Claude Veil disait quelque chose d'important.
00:23:21Vous disiez, il a du mal avec les mots. Je reviens à ce que disait Léline Renaud.
00:23:24Il était intelligent.
00:23:26Et ce qu'il voulait exprimer, il l'exprimait par sa musique et par ses images
00:23:30et par cette vie qu'il racontait aux Français.
00:23:32Ça veut dire qu'il était complexé par le fait qu'il n'ait pas fait d'études ?
00:23:37– Mais bien sûr. Bien sûr. Vous savez, ça ne commençait pas très très bien pour lui.
00:23:40L'affaire n'était pas vraiment gagnée. Le côté familial est extrêmement douloureux.
00:23:44L'école, il faut bien reconnaître que ce n'est pas vraiment son truc.
00:23:47C'est un autodidacte complet. Il s'est vraiment fait lui-même.
00:23:51Et il est arrivé au plus haut niveau.
00:23:53C'est une success story qui inspire le respect de ses fans et des autres.
00:23:56Mais il a toujours eu, c'est vrai, étant donné qu'il est assez timide et introverti,
00:24:04il fallait, et moi je l'ai remarqué souvent dans les interviews,
00:24:06plus on se connaissait, plus les interviews étaient bonnes, meilleures.
00:24:10– Il n'avait pas les interviews.
00:24:11– Non, il avait une peur bleue de la caméra finalement.
00:24:13De toute façon, c'est un homme qui n'était en gros heureux que sur scène
00:24:16et à la fin de sa vie avec sa famille.
00:24:18Mais c'est-à-dire que pour compenser ce complexe de ne pas maîtriser
00:24:22la façon dont il va falloir accorder le verbe et le bon mot
00:24:26pour donner la bonne idée, se réfugier derrière de grands sourires.
00:24:30Mais quand il avait confiance en vous, à partir du moment où il était détendu,
00:24:33quand vous l'aviez un peu apprivoisé, il devenait beaucoup plus naturel
00:24:37et tout d'un coup parlait tout à fait normalement.
00:24:40Mais c'est un homme qui avait un trac fou, sauf pour monter sur scène,
00:24:44ce qui peut paraître tout à fait paradoxal.
00:24:44– Il n'avait pas le trac pour aller sur scène.
00:24:46– Dans les paroles de Lynn, Renaud, il y a un mot qui est important, c'est l'instinct.
00:24:49Dans les portraits qui ont marqué notre histoire,
00:24:53il y a un portrait de Jean Cour en 78 qui accompagne Johnny sur les routes de France.
00:24:57Il dit, chez ce type, il n'y a pas de calcul, il n'y a pas de ruse, il n'y a que de l'instinct.
00:25:02Et l'instinct, c'est muet. Et je pense que c'est ça.
00:25:05L'instinct, c'est muet et Johnny ne peut pas…
00:25:08C'est vrai qu'il y a une peur bleue dans les interviews,
00:25:09il ne peut pas exprimer le fond de sa pensée.
00:25:11C'est quelqu'un d'intelligent, timide, c'est quelqu'un de très informé.
00:25:15Il lit tout Johnny, il lit les journaux, il est en contact avec les médias,
00:25:18il regarde la télévision, il lit des livres.
00:25:20C'est quelqu'un de très informé, très cultivé.
00:25:22Quand est-ce que ça s'est renversé ?
00:25:23Quand est-ce qu'on est passé de la caricature faite par les guignols de l'info
00:25:27à ce Johnny qui était redevenu un peu à la mode,
00:25:33avec des gens comme Fabrice Lucchini qui rendait hommage à son talent,
00:25:37à la force de son talent ?
00:25:38Il y a eu des moments où il était raillé, c'était ringard, on va le dire,
00:25:43et par une forme d'intelligentsia française qui trouvait que ce n'était pas assez bien.
00:25:46Oui, vous avez raison, et si le fait de ne pas faire d'études, on est des crétins,
00:25:52c'était un peu ça.
00:25:53C'était un peu ça, voilà, vous l'avez mieux dit que moi.
00:25:55Je trouve que Johnny avait une vraie intelligence de vie.
00:25:58C'est quelqu'un qui a toujours su s'entourer, à part à quelques moments de sa vie,
00:26:02mais il a toujours su s'entourer de femmes, d'hommes,
00:26:05mais aussi il avait, comme disait Vincent, une très grande culture,
00:26:08il était toujours curieux des autres.
00:26:10Et donc, oui, c'est un personnage, pour moi, qui est d'une très grande intelligence de vie, tout simplement.
00:26:16Et ça aussi, ça parle aux Français, cette vie de courageux,
00:26:18qu'a évoquée Emmanuel Macron dans l'intervention qu'on vient d'entendre.
00:26:21Vous voulez dire un moment de vie très vite ?
00:26:22Oui, je ne voudrais pas l'écraser sous les références,
00:26:24le mot christique est beaucoup trop galvané,
00:26:26mais c'est vrai qu'à l'idée, c'est un homme qui tombe et qui se relève.
00:26:29Et ça, ça me paraît essentiel pour comprendre sa popularité,
00:26:32y compris dans les milieux intellectuels que vous dites.
00:26:34C'est-à-dire qu'on l'a vu tomber dix fois, on l'a vu tomber dans des abîmes,
00:26:38on l'a vu manquer mourir dans des accidents de voiture ou de moto,
00:26:42on l'a vu tenter de se suicider et revenir avec noir, c'est noir, etc.
00:26:46C'est le type qui toujours se redresse.
00:26:49Et ça, c'est quelque chose qui, évidemment, a fini par marquer les esprits.
00:26:53On y reviendra peut-être, mais c'est vrai que, d'une certaine façon,
00:26:57comme Piaf, il est un des rares artistes qui ont effacé la frontière très brutale
00:27:04entre milieux savants, milieux intellectuels, milieux chics et milieux populaires.
00:27:09Moi, quand j'étais étudiant, ça remonte au 19e siècle, au 20e siècle,
00:27:15dans mon milieu, on aimait Ferra, Ferré, Barbara,
00:27:20et on aimait John Bez et Bob Dylan.
00:27:23Si vous disiez, j'aime Hallyday, vous étiez le dernier des ploucs,
00:27:27c'était la honte, c'était la honte, personne n'aimait Johnny Hallyday,
00:27:30en fac, dans les années 60, 70, même.
00:27:33Et puis, maintenant, les choses ont complètement changé.
00:27:35Et bien, on y va dans les années 60.
00:27:36J'ai vu tout cet après-midi, dans une vidéo, qu'Emmanuel Macron,
00:27:39c'était en 2015, donc, il n'était même pas président de la République,
00:27:42danser avec sa femme à un concert d'Hallyday.
00:27:44Ça s'éprouve que...
00:27:45Il y a une notion, il n'est pas...
00:27:46Il n'est pas la société transgénérationnelle.
00:27:48Il n'est pas la société transgénérationnelle.
00:27:48On va poursuivre cette conversation.
00:27:5157 ans de carrière, plus de 110 millions de disques vendus.
00:27:54Johnny Hallyday était une star hors norme.
00:27:56L'idole de plusieurs générations a commencé par celle des 60's.
00:28:00Dans les années 60, la jeunesse française découvre le rock.
00:28:03Dans la France de De Gaulle, le succès de Johnny ne se démentira plus.
00:28:06Retour sur la naissance d'une icône.
00:28:08Damien Fleurette et Christophe Roquet.
00:28:09Timide, Johnny Hallyday, en tout cas pas avec une guitare.
00:28:35C'est sa première télévision,
00:28:36et dans la France du Général de Gaulle, on n'avait jamais vu ça.
00:28:39Avril 1960, Johnny sort son premier disque.
00:28:46L'attitude du chanteur sur scène booste les ventes.
00:28:49Et très vite, 100 000 exemplaires sont écoulés.
00:28:52Johnny reprend en français le rock'n'roll anglo-saxon.
00:29:03La critique la doube en 1962,
00:29:06avec Retient la nuit, écrite par Charles Aznavour.
00:29:08Reconnu comme un vrai chanteur,
00:29:11il est l'idole des jeunes.
00:29:21Ce sont les années yé-yé.
00:29:24La jeunesse française se passionne pour Johnny Hallyday.
00:29:28Comme Elvis Presley aux Etats-Unis,
00:29:30la caméra le suit partout,
00:29:32jusque pendant son service militaire,
00:29:34et même là, Johnny fait le show.
00:29:41À la ville,
00:29:42ils forment un couple glamour
00:29:43avec une autre idole des jeunes,
00:29:45Sylvie Vartan,
00:29:46qu'ils retrouvent le temps d'une permission
00:29:48pour fêter ses 21 ans.
00:29:49L'événement de la semaine,
00:30:00en avril 65,
00:30:02c'est le mariage du couple de stars,
00:30:03à l'Oconville.
00:30:04Monsieur et madame Smet
00:30:05ont mis presque 20 minutes
00:30:06pour rejoindre leur voiture.
00:30:08Sylvie a manqué périr étouffée.
00:30:10Johnny a failli perdre son calme.
00:30:12Mais rapidement,
00:30:17Johnny est épuisé par les tournées.
00:30:20Le rockeur manque la naissance
00:30:21de son fils David,
00:30:23et la relation avec Sylvie Vartan
00:30:25n'est pas au beau fixe.
00:30:27C'est la face sombre du succès.
00:30:30En 1966,
00:30:32Johnny tente de se suicider dans sa loge.
00:30:34Au début des années 70,
00:30:53Johnny se frotte au cinéma.
00:30:54Il retrouve le sourire,
00:30:56aux côtés de Lino Ventura,
00:30:57d'Aldo Macione et de Jacques Brel.
00:30:59La caméra de Claude Lelouch
00:31:00pour L'Aventure, c'est l'aventure.
00:31:04Johnny Hallyday incarne dans ce film
00:31:07Johnny Hallyday.
00:31:09Oui.
00:31:10Alors qu'est-ce qui vous arrive
00:31:10un petit peu à raconter une autre ?
00:31:12C'est-à-dire que je me fais enlever.
00:31:14Dans quel but ?
00:31:15Dans le but de toucher une rançon.
00:31:21Pour son retour à la musique,
00:31:23Johnny Hallyday abandonne les reprises.
00:31:26Son tube La musique que j'aime,
00:31:27il l'écrira lui-même.
00:31:32Une exception pour le chanteur
00:31:33qui, tout le reste de sa carrière,
00:31:35va s'entourer d'auteurs
00:31:36et de compositeurs
00:31:37qui écriront pour lui.
00:31:46Johnny prend une autre envergure.
00:31:49Il se produit au Palais des Sports de Paris,
00:31:51passe par le chant contestataire
00:31:52pour finalement rester
00:31:53sur un rock'n'roll apolitique.
00:31:56Mature qui tient du blues,
00:31:58il gagne en standing
00:31:58et perd en violence.
00:32:06En 1979,
00:32:09Johnny clôt la décennie
00:32:10avec Ma Gueule,
00:32:12énorme tube.
00:32:12La gueule de Johnny Hallyday.
00:32:21Les Français la connaissent
00:32:22maintenant depuis 20 ans.
00:32:25Une génération
00:32:25agrandie avec le rockeur
00:32:27qui deviendra bientôt
00:32:29la plus grande star française.
00:32:30Qu'est-ce qu'elle a ma gueule ?
00:32:35Qu'est-ce qu'elle a ma gueule ?
00:32:37Qu'est-ce qu'elle a ma gueule ?
00:32:41Incroyable titre.
00:32:42Cette réaction d'une téléspectatrice
00:32:44ou d'un téléspectateur
00:32:44de C'est dans l'air.
00:32:45Moi, pour des personnalités,
00:32:46j'ai seulement pleuré
00:32:47pour De Gaulle et Johnny.
00:32:50C'est intéressant
00:32:51que ce De Gaulle et Johnny,
00:32:52parce que c'est une histoire
00:32:53très particulière
00:32:54entre De Gaulle et Johnny.
00:32:55Quand De Gaulle voit débarquer Johnny,
00:32:58il n'achète pas tout de suite.
00:32:59Mais non, mais c'est normal.
00:33:00Il faut se resituer
00:33:01au début des années 60.
00:33:03En général,
00:33:03quand une nouvelle musique arrive
00:33:05et quand des nouvelles idoles arrivent,
00:33:07c'est rarement la musique
00:33:08de vos parents.
00:33:09C'est exactement ce qui se passe
00:33:10quand il arrive.
00:33:10On commence à casser les chaises,
00:33:12il y a des guitares électriques.
00:33:13Ça ne plaît pas aux parents
00:33:14de la jeunesse.
00:33:15Bon, ça, c'est un fait normal.
00:33:17Et là où c'est vraiment particulier
00:33:18Johnny Hallyday,
00:33:19et il est quasiment le seul
00:33:20avec peut-être Eddie Mitchell,
00:33:22c'est que la génération suivante arrive,
00:33:25c'est toujours la génération des parents,
00:33:27mais c'est aussi la musique de leurs enfants.
00:33:30Et les enfants,
00:33:30des enfants continuent à écouter Johnny
00:33:32pendant que les arrières-grands-parents
00:33:34continuent aussi à écouter Johnny.
00:33:36Vous voyez ?
00:33:36C'est-à-dire qu'il n'y a pas de cassure.
00:33:38Comme il n'y a pas de mode
00:33:39dans la musique de Johnny,
00:33:40elle ne se démode pas.
00:33:41Vous ne l'avez pas entendu
00:33:42chanter du disco,
00:33:43vous ne l'avez pas entendu
00:33:44chanter du reggae,
00:33:45vous ne l'avez pas entendu
00:33:46chanter du rap.
00:33:47Il est intemporel.
00:33:48Donc, il n'y a pas de raison
00:33:49que ça ne suive pas
00:33:50toutes les générations.
00:33:52Dans les années 60,
00:33:53Sur De Gaulle,
00:33:54c'est quand même
00:33:54la phrase de De Gaulle
00:33:55est étonnante.
00:33:56De la même façon
00:33:56que Nixon ne savait pas
00:33:57qui était Elvis,
00:33:59De Gaulle dit
00:34:00si ce jeune homme
00:34:01a une énergie débordante,
00:34:02allez lui faire casser
00:34:03des cailloux.
00:34:04Et c'est étonnant
00:34:05parce que c'est vraiment
00:34:06le personnage,
00:34:07je pense que,
00:34:07je ne parle pas sous votre contrôle,
00:34:09mais qu'il a plus fasciné,
00:34:10il est fasciné par De Gaulle.
00:34:12En même temps,
00:34:12ça ne l'empêche pas
00:34:12d'aller fréquemment jouer
00:34:13à la fête de l'humanité.
00:34:15On en parlera tout à l'heure.
00:34:16Mais c'est De Gaulle
00:34:17qui le marque.
00:34:19Je ne sais pas,
00:34:19on n'a pas trouvé de photo
00:34:20de lui avec Le Général.
00:34:21On cherche là,
00:34:22mais on n'a pas trouvé jusqu'à ce moment.
00:34:24Mais en plus,
00:34:25il a,
00:34:25je trouve,
00:34:26ce que vous dites,
00:34:28Vincent,
00:34:28est très juste
00:34:29par rapport à l'évolution
00:34:30de la musique de Johnny.
00:34:32En fait,
00:34:32on dit,
00:34:32il n'a pas fait de disco,
00:34:33il n'a pas fait de,
00:34:34il a toujours été au niveau
00:34:36du rock,
00:34:36de la country,
00:34:37du blues,
00:34:38il est revenu à la variété.
00:34:39Sauf que,
00:34:40il a toujours su
00:34:41s'entourer des meilleurs paroliers
00:34:42et des meilleurs compositeurs
00:34:44pour adapter ses musiques.
00:34:46Et c'est vrai
00:34:47que dans les années 60,
00:34:48il faisait appel
00:34:49à des paroliers français
00:34:50qui adaptaient
00:34:51les chansons
00:34:52outre-Atlantique
00:34:54car Elvis Presley
00:34:55dit Cochrane,
00:34:56Chuck Berry,
00:34:56Fats Domino
00:34:57et il est réadapté
00:34:58à la sauce française.
00:34:59Donc ça,
00:34:59c'était l'époque
00:35:00des yéyés,
00:35:00du rock,
00:35:01etc.
00:35:01Sauf qu'à la fin
00:35:02des années 60,
00:35:03il a très vite compris
00:35:04que s'il continuait
00:35:05dans son registre-là,
00:35:06il allait passer
00:35:06pour un has-been.
00:35:07Et c'est là
00:35:08toute la force
00:35:08et l'intelligence de vie
00:35:09de Johnny,
00:35:10c'est qu'à un moment donné,
00:35:11il s'est dit
00:35:11il faut que je change.
00:35:12À la fin des années 60,
00:35:13début 70,
00:35:14il y a un artiste majeur
00:35:16dans l'histoire de la musique
00:35:17qui apparaît
00:35:17qui s'appelle Marvin Gaye
00:35:19et qui crée un album
00:35:19What's going on
00:35:20sur l'écologie.
00:35:21C'était le premier album
00:35:22où on commençait
00:35:23à parler de la planète
00:35:23et de l'écologie.
00:35:25Ce qu'a fait Johnny Hallyday,
00:35:26il a contacté
00:35:27Philippe Labreau
00:35:27que Vincent connaît bien.
00:35:29Philippe Labreau,
00:35:30journaliste et mérite,
00:35:31grand écrivain
00:35:31et il lui a demandé
00:35:32d'écrire des chansons
00:35:33mais sous un regard
00:35:34journalistique
00:35:35du début des années 70,
00:35:36un regard sur l'humain,
00:35:39sur la planète.
00:35:40Et puis en osant des choses
00:35:41parce qu'il lui écrit
00:35:41quand même
00:35:42Jésus-Christ est un hippie
00:35:43avec des chansons
00:35:45interdites à la radio.
00:35:47Juste pour un petit plaisir,
00:35:48retrouvons les extraits
00:35:49du journal Le Monde
00:35:50qui écrivait
00:35:51sur les premiers pas
00:35:52de Johnny Hallyday
00:35:53parce qu'aujourd'hui
00:35:54évidemment on retrace ça
00:35:55avec tout ce qu'on sait
00:35:56mais à l'époque
00:35:57c'était vraiment
00:35:58la rencontre
00:35:58de deux sociétés,
00:36:00deux mondes
00:36:00et Le Monde écrivait,
00:36:02il parlait des soubresauts,
00:36:04des convulsions
00:36:05de ce grand Flandrin
00:36:06rose et blond
00:36:06qui s'était expédié
00:36:08en quelques lignes
00:36:08à la fin d'un article.
00:36:10Je rappelle qu'aujourd'hui
00:36:10Le Monde fait naturellement
00:36:11ça une sur la mort
00:36:12de Johnny Hallyday.
00:36:13Parce qu'avant de devenir
00:36:14consensuel,
00:36:14parce que d'abord
00:36:15cette génération-là
00:36:16qui avait 15-20 ans
00:36:17à l'époque,
00:36:18elle a aujourd'hui 65
00:36:19ou 70 ans,
00:36:20avant de devenir
00:36:20consensuel et transgénérationnel,
00:36:22ça a d'abord été
00:36:22extrêmement clivant.
00:36:25C'était la musique
00:36:26des blousons noirs,
00:36:29c'était les fortifs,
00:36:31c'était la jeunesse
00:36:32des fortifs,
00:36:33c'était les anti-bourgeois,
00:36:34c'était des gens
00:36:35qui faisaient peur aux bourgeois.
00:36:36Souvenez-vous qu'à l'époque
00:36:37en Angleterre,
00:36:38il y avait des bagarres
00:36:38entre les mods et les rockers,
00:36:40des blousons noirs.
00:36:41Moi, dans ma petite ville,
00:36:43c'était des images
00:36:44de chiennes à vélo,
00:36:44de machin,
00:36:45c'était assez inquiétant.
00:36:46C'était assez inquiétant.
00:36:47Et l'idée était en même temps
00:36:50celui qui réconciliait.
00:36:52Tout à l'heure,
00:36:52il a été dit,
00:36:53moi ça m'a beaucoup frappé ça,
00:36:55dès l'époque,
00:36:56vous savez qu'il a habité
00:36:58chez Aznavour,
00:36:58c'est-à-dire que ce type
00:36:59qui incarnait
00:37:00une rupture générationnelle
00:37:01radicale,
00:37:02était en réalité
00:37:03dans la continuité.
00:37:04C'était,
00:37:05on le sait maintenant,
00:37:06mais il ne le disait pas,
00:37:06il ne l'affichait pas tellement,
00:37:07c'était un fan
00:37:08de Maurice Chevalier,
00:37:09de Georges Brassens,
00:37:10il sera ami de Jacques Brel,
00:37:11il vivait chez Aznavour,
00:37:13il a habité chez Aznavour
00:37:14et c'est pour ça
00:37:15qu'Aznavour lui a écrit
00:37:15cette chanson.
00:37:16C'est-à-dire qu'il y avait
00:37:17déjà chez Hallyday
00:37:18à la fois un ancrage
00:37:19dans la tradition française
00:37:21et l'idée qu'il pouvait
00:37:22réconcilier à la fois
00:37:24la chanson française
00:37:25dans ce qu'elle a
00:37:26de plus traditionnel
00:37:27et cet imaginaire américain
00:37:29dont il était totalement imprégné,
00:37:32voire cette image improbable
00:37:34de chef Sioux ou Mohican.
00:37:37C'était en 1978,
00:37:38pavillon de Paris.
00:37:39Il incarne cette France
00:37:40qui rêve de l'Amérique.
00:37:42C'est vraiment ça ?
00:37:44Une Amérique fantastique.
00:37:45Une Amérique fantasmée en plus.
00:37:45Une Amérique qui n'a jamais existé.
00:37:46L'Amérique d'Ali-Dé
00:37:47c'est un libre d'image.
00:37:49Ça fait partie
00:37:49du dépoussiérage
00:37:52du début des années 60.
00:37:53Tout d'un coup
00:37:53les barons du gaullisme
00:37:56à la fin de la 4ème république
00:37:57même les débuts de la 5ème
00:37:58sont d'une tristesse terrible.
00:37:59Il y a une américanisation
00:38:00de la société.
00:38:01Les regards des jeunes
00:38:02se portent vers l'Amérique.
00:38:04Et Johnny va regarder
00:38:05cette Amérique
00:38:05que vous disiez tout à l'heure
00:38:07son école c'est la route.
00:38:08Et à la manière de Kerouac
00:38:09il va être fasciné
00:38:10par les diners,
00:38:11par la route américaine,
00:38:13par les grands espaces,
00:38:14par tout ce qui fait
00:38:15le mythe américain.
00:38:18Mais à ce moment-là
00:38:19il ne connaît pas l'Amérique.
00:38:20Il rêve l'Amérique.
00:38:20Alors il y va très tôt.
00:38:21Il y va en 60.
00:38:22J'ai trouvé des...
00:38:24On parle des gens
00:38:25qui l'attendent
00:38:25à Philadelphie en 61.
00:38:27Je ne sais pas
00:38:27qui étaient ces gens
00:38:28qui attendaient Johnny Hallyday
00:38:29en 61 à Philadelphie.
00:38:30En tout cas,
00:38:30on entend parler de lui
00:38:31à New York
00:38:31à Philadelphie
00:38:32très très tôt.
00:38:33Mais en fait
00:38:34il est dans le fantasme.
00:38:36Il est dans le fantasme
00:38:37de l'Amérique.
00:38:37L'American Dream,
00:38:38on l'a tous.
00:38:39Il faut savoir
00:38:39que dans les années 60,
00:38:42avant Johnny,
00:38:43c'est quand même...
00:38:44Il se passe quoi
00:38:44musicalement parlant
00:38:46sur scène,
00:38:47dans les music halls ?
00:38:47À part Gilbert Bécaud
00:38:49qui mettait un peu le feu
00:38:50mais dans des chansons
00:38:52plutôt très classiques.
00:38:53Il y avait Marcel Hamon,
00:38:54il y avait ce genre d'artiste.
00:38:55Tout d'un coup,
00:38:55Johnny arrive,
00:38:56met de l'électricité
00:38:57dans son ampli,
00:38:59joue à moitié de la guitare
00:39:01et se met à genoux
00:39:02et se déhanche
00:39:03devant des jeunes filles en fleurs.
00:39:05Vous imaginez le contexte
00:39:07et le bang que ça peut faire
00:39:09dans notre société ?
00:39:10Dans son Amérique,
00:39:11il y a évidemment...
00:39:12Les Américains,
00:39:12le New York Times
00:39:13a parlé d'Elvis,
00:39:14mais son Amérique,
00:39:15c'est aussi James Dean.
00:39:16Il rentre,
00:39:17il a découvert l'Amérique
00:39:19dans les magazines
00:39:19à travers les acteurs américains.
00:39:21Et Marlon Brando
00:39:22qui est extrêmement important,
00:39:23il m'en a parlé souvent
00:39:24parce que pourquoi a-t-il dit
00:39:26qu'il a toujours eu envie
00:39:27de faire du rock'n'roll
00:39:28mais aussi être acteur,
00:39:29faire de la comédie ?
00:39:30Parce qu'il est très partagé
00:39:31entre Elvis Presley
00:39:32qui lui tourne de mauvais films
00:39:34mais qui est un très bon chanteur
00:39:36et Marlon Brando
00:39:36qui est un très mauvais chanteur
00:39:37mais un excellent acteur.
00:39:39Et du coup,
00:39:41ça lui donne des ailes,
00:39:43il a envie de fantasmer tout ça.
00:39:45Et moi,
00:39:45j'ai un souvenir particulier
00:39:47de nos très longues discussions
00:39:48de cinéma,
00:39:49souvent le soir,
00:39:50mais particulièrement
00:39:50d'un hommage à Elia Cazan
00:39:52à la Cinémathèque française
00:39:53il y a quelques années
00:39:54qui était son idole.
00:39:55Sur les quais
00:39:56reste son film de chevet
00:39:58pendant 50 ans
00:39:59et il décide
00:40:01d'aller assister
00:40:02à l'hommage
00:40:03à Elia Cazan
00:40:03à la Cinémathèque
00:40:04sauf que Johnny,
00:40:06sous son blouson,
00:40:07a le livre de mémoire
00:40:08d'Elia Cazan
00:40:09et me dit
00:40:09« Tu crois que je peux aller
00:40:11lui demander un autographe ? »
00:40:13Il va voir Elia Cazan
00:40:14et il dit
00:40:14« Excuse me,
00:40:15can I have an autograph ? »
00:40:17« Please,
00:40:17I am Johnny Hallyday,
00:40:18French singer »
00:40:19« But I know you,
00:40:20je vous connais ! »
00:40:21et il demande timidement
00:40:23un autographe à Cazan.
00:40:24On ne l'imagine pas
00:40:25avec cette casquette-là
00:40:26et c'est bien
00:40:27que vous nous le racontiez
00:40:27aujourd'hui comme ça aussi.
00:40:29Ça raconte aussi
00:40:29ce lien avec le pays,
00:40:30avec ce qu'il aimait
00:40:31du cinéma,
00:40:32avec la littérature.
00:40:34Il avait peut-être
00:40:35du mal à répondre
00:40:36aux questions
00:40:36dans les interviews
00:40:37mais il était cultivé,
00:40:38il se cultivait,
00:40:39il lisait beaucoup,
00:40:40il allait au cinéma,
00:40:41il aimait le cinéma d'auteur ?
00:40:42Absolument.
00:40:43Vous savez,
00:40:44il a fait une de ses
00:40:45grandes rencontres au cinéma,
00:40:46c'est évidemment
00:40:46Jean-Luc Godard,
00:40:47le fameux film détective
00:40:49grâce à Nathalie Baye
00:40:50mais Nathalie Baye
00:40:51a fait quoi ?
00:40:52Elle ne s'est pas amusée
00:40:53à faire un mariage
00:40:54assez improbable
00:40:55sur le papier,
00:40:56elle a bien senti
00:40:57que des grands taiseux
00:40:58ça avait beaucoup
00:40:59de choses à se raconter
00:41:00et que Godard
00:41:02qui intériorise
00:41:03et intellectualise
00:41:04ses films
00:41:04et Johnny Hallyday
00:41:05qui intériorise
00:41:06sa personnalité,
00:41:07sa culture,
00:41:08ces deux-là
00:41:09avaient quelque chose
00:41:09à se dire
00:41:10et d'ailleurs
00:41:10sur le tournage
00:41:12de Détective,
00:41:13Godard passait son temps
00:41:14à dire à Nathalie Baye
00:41:15et à Claude Brasseur
00:41:16aux autres
00:41:16« Regardez,
00:41:17vous êtes des comédiens,
00:41:19vous êtes des comédiens
00:41:20professionnels,
00:41:21ayez l'instinct de Johnny
00:41:23et lui les montrez,
00:41:24il le montre en modèle. »
00:41:25On a l'impression
00:41:25que les Français
00:41:26justement ne l'autorisent pas
00:41:27à être acteur,
00:41:28c'est-à-dire qu'il dit
00:41:30qu'il veut être acteur
00:41:31à plusieurs reprises,
00:41:32il veut tourner des films
00:41:34entre deux tournées,
00:41:35c'est son rêve
00:41:35parce que c'est un de ses rêves
00:41:36d'adolescent
00:41:37et en même temps
00:41:38on a l'impression
00:41:38que ces Français
00:41:39lui disent
00:41:40« Non, tu es chanteur,
00:41:41tu vas monter sur scène,
00:41:42c'est des grandes tournées
00:41:43et le cinéma,
00:41:44on verra. »
00:41:45On disait tout à l'heure
00:41:46qu'il a accompagné
00:41:46les grandes évolutions
00:41:47de la société française.
00:41:48Il était où en mai 68 ?
00:41:49Il était au Cameroun,
00:41:51je crois,
00:41:52d'ailleurs ça s'est mal passé,
00:41:53il a été expulsé du Cameroun
00:41:54à la suite d'une bagarre
00:41:55avec des officiels locaux.
00:41:58Il est totalement passé
00:41:59à côté de mai 68,
00:42:00comme mai 68
00:42:01est passé à côté de lui d'ailleurs.
00:42:02Là on est dans deux univers parallèles.
00:42:06Il faut bien voir
00:42:07que Johnny incarne
00:42:08une génération,
00:42:08d'abord les milieux populaires
00:42:09au départ,
00:42:10et une génération
00:42:11qui n'a pas encore
00:42:12mis les mots de la politique
00:42:13sur sa révolte,
00:42:15son mal-être au monde.
00:42:19Le nom de James Dean
00:42:20a été prononcé tout à l'heure
00:42:21par vous.
00:42:22Le titre anglais
00:42:23de la fureur de vivre
00:42:25c'est
00:42:25« Rebelles sans causes ».
00:42:26« Rebelles sans causes ».
00:42:27Johnny Hallyday
00:42:28est exactement significatif
00:42:30de ce qu'on appelait à l'époque
00:42:31les rebelles sans causes.
00:42:32Il était en colère
00:42:33contre la société,
00:42:34mais il ne savait pas
00:42:35très bien pourquoi.
00:42:36On n'avait pas encore
00:42:36inventé le maoïsme,
00:42:37le marxisme,
00:42:38léninisme
00:42:38ou le situationnisme.
00:42:40C'était une colère
00:42:40à blanc comme ça.
00:42:41Et l'idée incarne
00:42:43cette colère-là
00:42:44qui n'a pas
00:42:44de débouchés politiques.
00:42:46Ce qui fait qu'avec
00:42:46le mouvement étudiant
00:42:47qui lui est hyper politisé,
00:42:49il ne se rencontre pas du tout.
00:42:51Eh bien justement,
00:42:52on va en parler,
00:42:52on va en dire un mot
00:42:53de la politique
00:42:54et de ses liens
00:42:54avec les politiques
00:42:56parce qu'il les a vus passer
00:42:56les présidents.
00:42:5730 ans après son premier passage
00:42:58à la télévision,
00:42:59Johnny a été
00:43:00le premier chanteur
00:43:01à remplir le Stade de France,
00:43:02le succès,
00:43:03ne faiblit pas Jean-Jacques Goldman,
00:43:04Michel Berger,
00:43:05la crème des compositeurs
00:43:07collabore avec lui,
00:43:08chanteur, acteur,
00:43:08personnage public.
00:43:09Il a été l'ami
00:43:10de Jacques Chirac,
00:43:11de Nicolas Sarkozy.
00:43:12Il a adoré Pompidou.
00:43:14Il a appris à connaître
00:43:14Emmanuel Macron.
00:43:15Il a chanté
00:43:16à la fête de l'humanité.
00:43:17L'icône n'a jamais cessé
00:43:18de parler
00:43:19à tous les Français.
00:43:20Damien Fleurette,
00:43:21Christophe Roquet.
00:43:28Au début des années 80,
00:43:30Johnny Hallyday a 40 ans,
00:43:32un statut d'icône nationale
00:43:33et un public toujours fidèle.
00:43:36Ça représente notre jeunesse
00:43:38à nous personnellement.
00:43:39Jeunesse ?
00:43:39Vous l'avez vu débuter ?
00:43:41Ah oui, on l'a vu débuter.
00:43:42Hallyday, c'est qui pour vous ?
00:43:44Un phénomène.
00:43:45C'est-à-dire ?
00:43:46C'est-à-dire une super idole,
00:43:50une génération,
00:43:52deux générations.
00:43:53Je pense qu'il n'y a pas de limite
00:43:54en phénomène Hallyday
00:43:57ou bien d'autres,
00:43:58que ce soit les Rolling Stones
00:44:00ou d'autres.
00:44:01Je crois que c'est la même époque.
00:44:03Tous ces gens-là resteront.
00:44:04Tantôt Payette,
00:44:07tantôt Mad Max,
00:44:08les concerts sont minutieusement
00:44:09mis en scène.
00:44:11Les shows sont grandioses.
00:44:14C'est-à-dire qu'avec un décor comme ça,
00:44:16des lumières comme ça,
00:44:17les peaux de bêtes,
00:44:18enfin tout,
00:44:19quand je monte sur scène,
00:44:20j'ai l'impression
00:44:21d'être un acteur
00:44:23et de tourner un public.
00:44:23Et le grand écran,
00:44:25justement,
00:44:26Johnny le retrouve en 84
00:44:27avec Jean-Luc Godard,
00:44:29le film détective
00:44:30présenté à Cannes.
00:44:31Va chercher tes affaires.
00:44:34Je t'appelle à 10.
00:44:35Il est à l'écran
00:44:36avec celle qui partage sa vie,
00:44:38Nathalie Baye.
00:44:39Ensemble,
00:44:39ils auront une fille.
00:44:40La comédienne Laura Smet.
00:44:44Au même moment,
00:44:46pour la première fois,
00:44:47Johnny se fait composer
00:44:48tout un album
00:44:49par un artiste de renom.
00:44:51Michel Berger
00:44:52lui écrit Rock'n'Roll Attitude.
00:44:56On a pensé à la scène
00:44:57quand on a fait ce disque.
00:44:59Et très souvent,
00:45:01on fait des disques
00:45:01en pensant aux disques
00:45:02et on oublie un petit peu la scène
00:45:04et puis après,
00:45:05on a des problèmes
00:45:05pour faire les mêmes chansons
00:45:07pour les reproduire sur scène.
00:45:09Et là,
00:45:09on a fait un disque
00:45:10en pensant aussi
00:45:11à avoir un matériel de scène.
00:45:13Toutes les plumes françaises
00:45:14se pressent maintenant
00:45:15pour Johnny Hallyday.
00:45:17En 1986,
00:45:19c'est au tour de Jean-Jacques Goldman
00:45:20de prendre les rênes.
00:45:22Pour Johnny,
00:45:23il écrit l'envie
00:45:24ou encore je te promets
00:45:25deux énormes tuer.
00:45:26Je te promets le sel
00:45:28au baiser de ma bouche
00:45:30Je te promets le miel
00:45:33à ma main qui te touche
00:45:35En moins de deux semaines,
00:45:37l'album gang
00:45:37et disque de platine.
00:45:39Je te promets le sel
00:45:41au baiser de ma bouche
00:45:43Je te promets le miel
00:45:45A ma main qui te touche
00:45:47En moins de deux semaines,
00:45:49l'album gang et disque de platine.
00:45:51distinguer.
00:45:52En mai 1985,
00:45:53il reçoit des mains
00:45:54de Jacques Chirac
00:45:55la médaille du millénaire
00:45:56de la ville de Paris.
00:45:57Les deux hommes sont amis
00:45:58et le restera.
00:46:00Je viens de m'aider
00:46:01cette chanson à Jacques Chirac.
00:46:04Nous avons tous en nous
00:46:06quelque chose de Jacques Chirac.
00:46:07Pendant la campagne présidentielle
00:46:09de 1995,
00:46:10Johnny chantera
00:46:10pour Jacques Chirac.
00:46:12En janvier 1997,
00:46:13il reçoit la légion d'honneur
00:46:14remise par le président Chirac.
00:46:16Au milieu des années 90,
00:46:19Johnny Hallyday épouse
00:46:20Laetitia Boudou.
00:46:21C'est un certain Nicolas Sarkozy,
00:46:23alors mère de Neuilly
00:46:24qui les marie.
00:46:26Johnny s'affichera régulièrement
00:46:27avec l'homme politique
00:46:28mais continue de se produire
00:46:30à la fête de l'Huma.
00:46:31Le chanteur parle
00:46:32à toutes les frances.
00:46:34Le rocker remplit désormais
00:46:36les stades.
00:46:37En 1993,
00:46:38il traverse la foule
00:46:39au Parc des Princes.
00:46:40Mick Jagger en personne
00:46:41commentera l'entrée en scène
00:46:42du chanteur.
00:46:43En 1998,
00:46:45il arrive en hélicoptère
00:46:46sur le toit
00:46:47du Stade de France
00:46:48piloté par Michel Drucker.
00:46:50C'est alors
00:46:50le plus grand spectacle
00:46:52jamais organisé en France.
00:46:54La suite
00:46:55sera de la même des mesures.
00:47:02Dix ans s'écoulent
00:47:03et la popularité
00:47:04du chanteur
00:47:05reste intacte.
00:47:06Même lorsqu'il s'installe
00:47:07en Suisse en 2006
00:47:08pour payer moins d'impôts.
00:47:10La polémique
00:47:10qui suivra
00:47:11sur sa supposée évasion fiscale
00:47:12ne fâchera pas les fans.
00:47:14C'est plutôt la santé
00:47:16du chanteur
00:47:16qui les inquiète.
00:47:17En décembre 2009,
00:47:19Johnny Hallyday
00:47:19est hospitalisé
00:47:20d'urgence à Los Angeles.
00:47:22Des complications
00:47:23post-opératoires.
00:47:24Le chanteur
00:47:25est très affaibli.
00:47:26Les questions
00:47:26sur son état de santé
00:47:28font les unes
00:47:28de la presse.
00:47:29Mais Johnny
00:47:30ne se mure pas
00:47:30dans le silence.
00:47:31Il garde le lien
00:47:32avec ses fans.
00:47:33Quelques mois plus tôt,
00:47:34il avait annoncé
00:47:35qu'il s'était remis
00:47:36d'un petit cancer du côlon.
00:47:37En mars dernier,
00:47:38c'est bien plus sérieux.
00:47:39Le chanteur
00:47:40l'annonce lui-même
00:47:40sur Twitter.
00:47:41Il est atteint
00:47:42d'un cancer du poumon.
00:47:44Johnny Hallyday
00:47:45aura enregistré
00:47:46plus de 1 000 titres,
00:47:47sorti 50 albums
00:47:48et vendu
00:47:49110 millions de disques.
00:47:51On est venu
00:47:52à bout de la bête
00:47:53et des nuits
00:47:55qui devaient
00:47:56rétrécir.
00:47:58Cette question,
00:47:59Johnny est une
00:47:59icône nationale.
00:48:01Mais était-il connu
00:48:01à l'étranger,
00:48:02notamment aux Etats-Unis,
00:48:03lui qui était
00:48:03si amoureux d'Elvis ?
00:48:04Vous l'avez suivi
00:48:05aux Etats-Unis ?
00:48:05Oui, il n'était pas
00:48:06si connu que ça.
00:48:07Il était très connu
00:48:08de la communauté française
00:48:09aux Etats-Unis.
00:48:10Mais je pense
00:48:11qu'il est impossible
00:48:12de se dire rocker
00:48:14et de venir rivaliser
00:48:15avec Bruce Springsteen
00:48:16ou avec les autres.
00:48:17Ce n'était même pas le but.
00:48:18Je pense que de toute façon,
00:48:20autant il était fier
00:48:21d'aller retrouver
00:48:21tous ses potes,
00:48:22toute sa communauté,
00:48:23d'aller chanter,
00:48:24de dire
00:48:24je vais chanter
00:48:25à Las Vegas,
00:48:27j'emmène mes fans
00:48:28par avion entier
00:48:29avec des avions
00:48:30qui portent
00:48:30des titres
00:48:31de mes chansons.
00:48:32Ça, c'était
00:48:32une vraie fierté.
00:48:33Mais jamais il s'est dit
00:48:34je vais faire une carrière
00:48:35aux Etats-Unis.
00:48:36Ça n'a jamais été son but.
00:48:37Johnny, était-il de droite ?
00:48:39Il le disait,
00:48:41oui, je crois
00:48:41qu'il ne s'en cachait pas.
00:48:42Il le disait ?
00:48:42Il le disait,
00:48:43mais je crois
00:48:43que ça allait au-delà de là.
00:48:45Johnny était,
00:48:45comme vous le disiez,
00:48:46un animal,
00:48:47un instinctif
00:48:48et du coup,
00:48:49un homme de bon sens.
00:48:51Donc je pense que
00:48:52quand il ressentait
00:48:53du bon sens
00:48:53dans le discours politique
00:48:55de Jacques Chirac
00:48:56ou de François Mitterrand
00:48:58avec lequel il était
00:48:59très proche également.
00:49:00J'étais proche de François Mitterrand.
00:49:00Oui, oui.
00:49:01Eh bien, je crois
00:49:02que c'est le bon sens
00:49:03qui l'emportait
00:49:04et tout d'un coup,
00:49:05on avait en lui
00:49:07quelque chose
00:49:08d'un ou de l'autre.
00:49:09Il était proche de Jacques Chirac.
00:49:09En même temps, Jacques Chirac,
00:49:12un homme de droite,
00:49:13de centre-droite,
00:49:14de centre,
00:49:14parfois un peu de gauche,
00:49:16quelqu'un qui a semblé un peu...
00:49:18Non, mais on l'a suivi
00:49:19très proche de Nicolas Sarkozy.
00:49:20Nicolas Sarkozy
00:49:21l'a marié.
00:49:22En préparant cette émission,
00:49:23je me suis dit,
00:49:23en réalité,
00:49:24c'est un peu comme
00:49:24la reine d'Angleterre.
00:49:26Les premiers ministres britanniques
00:49:27passent,
00:49:27la reine reste.
00:49:28Les présidents français
00:49:29sont passés
00:49:30et tous,
00:49:31à un moment donné,
00:49:32ont peut-être souhaité
00:49:33s'afficher
00:49:34aux côtés de Johnny Hallyday.
00:49:36Oui, bien sûr.
00:49:37Je pense que chez Johnny,
00:49:38notre dimension légitimiste,
00:49:39il est extrêmement respectueux
00:49:41du pouvoir.
00:49:43Ce que vous écoutez tout à l'heure,
00:49:44sa disruption,
00:49:45sa révolte,
00:49:46elle vient de la musique,
00:49:47elle vient de la jeunesse,
00:49:48sans vraiment y mettre
00:49:49un programme politique.
00:49:50Il n'était pas engagé.
00:49:51Ce n'était pas un chanteur engagé.
00:49:52D'ailleurs,
00:49:52la lisibilité politique
00:49:54de l'œuvre de Johnny,
00:49:54elle est très difficile.
00:49:57On ne la classe pas,
00:49:57on ne peut pas le classer
00:49:58dans les chanteurs engagés.
00:50:00En même temps,
00:50:01il les connaît,
00:50:02il chemine avec eux.
00:50:04Il n'est pas engagé,
00:50:05mais il est là
00:50:06quand on a besoin de lui.
00:50:08C'est-à-dire qu'il est toujours
00:50:08à l'écoute,
00:50:09comme vous le disiez,
00:50:10il s'informe en permanence.
00:50:12Il aime son pays,
00:50:13il aime ses racines,
00:50:14il part pour avoir
00:50:15encore mieux envie de revenir.
00:50:17Mais à un moment donné,
00:50:18quand on lui dit
00:50:18Johnny, on a besoin de toi,
00:50:20après les attentats,
00:50:21regardez comme sa présence
00:50:23je le revois encore
00:50:25en train de faire
00:50:26le signe de croix
00:50:27sur les lieux des drames.
00:50:28Regardez comme ça
00:50:29a touché la France,
00:50:30c'est comme il avait envie
00:50:31d'être là,
00:50:32comme il a chanté
00:50:33avec cœur
00:50:34le jour où tout le monde
00:50:36a communié,
00:50:36où tout le monde s'est réuni.
00:50:38Johnny devait être là,
00:50:39il était là.
00:50:40Il est là quand on en a besoin.
00:50:41C'est vrai que cette question
00:50:42de l'exil de Johnny,
00:50:44l'exil fiscal de Johnny
00:50:45aurait pu porter
00:50:47à une grosse polémique.
00:50:48En fait,
00:50:48on se rend compte
00:50:48assez rapidement
00:50:49que tout le monde
00:50:49lui pardonne,
00:50:50il donne une interview,
00:50:50il se justifie
00:50:52et puis il dit
00:50:52non, je suis français.
00:50:53Et on lui pardonne
00:50:54parce que probablement
00:50:55qu'on applique
00:50:56à notre idole
00:50:58ou à notre icône nationale
00:50:59des critères différents
00:51:00à des candidats
00:51:00ou à des chefs d'entreprise,
00:51:02on lui pardonne tout
00:51:04et puis lui,
00:51:04c'est son rêve,
00:51:05on considère que son rêve
00:51:06c'est d'aller en Amérique.
00:51:07Alors, il va habiter
00:51:08Hollywood
00:51:09mais il va habiter
00:51:10Pacifique-Palissade
00:51:11et en même temps,
00:51:12il nous dit
00:51:12je suis quand même français.
00:51:13Quand il va à Stade,
00:51:13c'est moins un rêve.
00:51:14Voilà, alors ça,
00:51:15quand il va à Stade,
00:51:15va-t-il vraiment à Stade
00:51:16et il reste-t-il vraiment
00:51:18et combien de semaines
00:51:19il reste-t-il ?
00:51:19Parce qu'il s'est ennuyé.
00:51:20Aujourd'hui,
00:51:21on parle de Marne-la-coquette.
00:51:22On parle d'un village français.
00:51:24Pour revenir,
00:51:25Claude Veil,
00:51:26un mot sur la politique quand même
00:51:27parce que c'est pas rien
00:51:27de le voir
00:51:28avec l'ensemble
00:51:29des présidents français.
00:51:30Il a chanté, pardon,
00:51:31on a dans des archives
00:51:33qu'on a revues
00:51:33ces derniers jours,
00:51:34Georges Marchais
00:51:34qui lance l'arrivée de Johnny
00:51:37à la fête de l'humanité.
00:51:38À ce niveau de notoriété,
00:51:40quand vous avez un public
00:51:42aussi large,
00:51:42vous ne pouvez pas vous permettre
00:51:43d'être très engagé politiquement
00:51:44dans les combats électoraux.
00:51:47Les personnes du showbiz
00:51:50qui s'y sont aventurées
00:51:51en général l'ont regretté après
00:51:52parce que vous avez
00:51:53des clients partout.
00:51:55Est-ce qu'il était de droite ?
00:51:57Il est compliqué politiquement.
00:51:59D'abord, il n'est pas très politique.
00:52:02Il est légitimiste,
00:52:04comme le disait Olivier Royan.
00:52:05Ça, c'est absolument sûr.
00:52:06Donc, il a trouvé Hollande
00:52:07très bien
00:52:08et Macron très bien
00:52:09et Sarkozy, il l'adorait.
00:52:11Parce que les relations personnelles
00:52:13pour lui comptaient plus
00:52:14que les idéologies.
00:52:16En matière d'économique
00:52:18et sociale, je dirais,
00:52:19il a les positions d'un type
00:52:20qui a gagné beaucoup d'argent
00:52:22et qui trouve qu'il y a toujours
00:52:23trop d'impôts,
00:52:24que les 35 heures,
00:52:25c'est de la folie,
00:52:26que les gens devraient bosser plus
00:52:27et râler moins
00:52:28et qu'il y a trop de grèves
00:52:28dans ce pays, etc.
00:52:29C'est un discours conservateur
00:52:31de gens qui ont de l'argent.
00:52:34Mais en matière de mœurs,
00:52:35par exemple,
00:52:35sur les sujets sociétaux,
00:52:36vous ne l'avez jamais entendu
00:52:37tenir des propos réactionnaires.
00:52:39Il est plutôt libéral
00:52:40en matière sociétale
00:52:41sur les questions
00:52:42qui touchent à tout ce qui touche
00:52:44à ce trait aux mœurs, etc.
00:52:46Moi, je ne le crois pas
00:52:47très, très politique.
00:52:48Il est surtout rock'n'roll.
00:52:50Et être rock'n'roll,
00:52:51c'est très difficile
00:52:52de le réduire
00:52:53à des catégories politiques.
00:52:55Vous pouvez être aussi rock'n'roll
00:52:56que Paul McCartney
00:52:58plutôt de droite
00:52:59et aussi rock'n'roll
00:53:00que John Lennon
00:53:01clairement à l'extrême-gauche.
00:53:03Et ça ne les empêche pas
00:53:04de chanter ensemble.
00:53:06Être rock'n'roll,
00:53:07c'est une attitude dans la vie
00:53:08que je trouve très difficile,
00:53:10encore une fois,
00:53:11à plaquer sur le classement politique.
00:53:13de Bruce Springsteen
00:53:14et de Johnny Hallyday.
00:53:16Mais il y a eu quand même
00:53:16cette phrase inoubliable
00:53:17de Barack Obama
00:53:18qui dit
00:53:18« J'ai décidé d'être président
00:53:19des États-Unis
00:53:19le jour où j'ai compris
00:53:20que je ne serais pas
00:53:20Bruce Springsteen. »
00:53:21C'est-à-dire que ce parti
00:53:23du rock'n'roll,
00:53:24ce parti de la musique
00:53:25est un parti qui domine
00:53:26et je pense que c'est
00:53:28la génération des baby-boomers,
00:53:30ceux qui ont 17 ans,
00:53:3118 ans, 20 ans,
00:53:33en 1962,
00:53:34commencent à être,
00:53:36amènent le parti de la musique.
00:53:38Mais il y a une fascination
00:53:39plus des politiques
00:53:40pour le parcours
00:53:40de Johnny Hallyday
00:53:41que l'inverse.
00:53:42Oui, je me souviens très bien
00:53:44d'un concert à Bercy.
00:53:46Ça s'appelait
00:53:46« Dans la chaleur de Bercy ».
00:53:48C'est-à-dire que vraiment,
00:53:49ça voulait tout dire.
00:53:50C'était avant allumer le feu.
00:53:51Et à un moment donné,
00:53:52j'entends à côté de moi
00:53:53quelqu'un qui hurle
00:53:54sur la chanson « Gabriel ».
00:53:56C'était Jean-Pierre Raffarin
00:53:57qui était en train.
00:53:59Mais fan de la première heure
00:54:00de ses gosilliers
00:54:01comme un adolescent
00:54:03qui s'éclatait
00:54:04à voir le chanteur
00:54:05qui était son idole.
00:54:07Mais dans ses interviews,
00:54:08il n'évoquait jamais la politique.
00:54:09Il a dit, moi j'ai lu
00:54:10deux, trois extraits
00:54:11dans lesquels il disait
00:54:11qu'il avait été déçu
00:54:12de Nicolas Sarkozy.
00:54:14Vous nous disiez,
00:54:14Olivier Royan,
00:54:15qu'il lisait beaucoup.
00:54:16Il s'intéressait beaucoup
00:54:17à la vie de son pays,
00:54:18à la vie politique,
00:54:19aux médias.
00:54:21Il en parlait très peu
00:54:22pour ne pas segmenter,
00:54:23comme disent
00:54:24les gens du marketing.
00:54:25Il en a parlé,
00:54:26il l'a regretté après.
00:54:27Ah bon ?
00:54:28En général,
00:54:28il l'a regretté.
00:54:29Il a dit,
00:54:29quand je parle politique,
00:54:31je parle toujours trop.
00:54:32On n'a pas intérêt
00:54:32à se lancer là-dedans.
00:54:33Je ne suis pas un homme politique.
00:54:34Je n'y connais rien.
00:54:35Ce n'est pas mon boulot.
00:54:35Et puis, il va toujours échapper
00:54:36à l'étiquette
00:54:36vieux con,
00:54:37vieux blasé.
00:54:37C'est-à-dire qu'il ne va pas
00:54:39aller sur des polémiques
00:54:40parfois dans lesquelles
00:54:41certains chanteurs
00:54:42ont pu se retrouver.
00:54:43Je pense par exemple
00:54:44à des mauvais procès
00:54:46qui ont pu être faits
00:54:46à Michel Sardou
00:54:47ou à des gens
00:54:47qui se sont retrouvés
00:54:48finalement à tenir
00:54:49un discours
00:54:50très conservateur,
00:54:52très réactionnaire
00:54:53par rapport à ce qu'a été
00:54:53leur vie
00:54:54et par rapport à
00:54:54la teneur de leur art
00:54:57ou de leur chanson.
00:54:58Johnny ne tombe jamais.
00:54:59Je pense que c'est aussi
00:55:00parce qu'il fréquente
00:55:01beaucoup des artistes,
00:55:05une nouvelle génération.
00:55:06Il est en permanence
00:55:06en contact
00:55:07avec des créateurs
00:55:08et je pense que ça lui donne
00:55:09une ouverture
00:55:10sur la société.
00:55:11Il est au-dessus de cela.
00:55:14Déjà, c'est un homme
00:55:14très pudique.
00:55:16S'engager dans la parole
00:55:17politique,
00:55:18ce n'est pas son truc
00:55:18encore une fois.
00:55:20Et c'est lui,
00:55:21il ne parle que de musique.
00:55:24Parce qu'il ne se sentait
00:55:24pas autorisé
00:55:25à parler de politique
00:55:25à votre avis ?
00:55:26Je pense qu'il a
00:55:27une vraie pensée politique
00:55:28mais en même temps,
00:55:30sa pudeur l'en empêche.
00:55:31Il a une conscience économique.
00:55:33J'ai remarqué souvent
00:55:34que Johnny avait une conscience
00:55:35de l'argent.
00:55:37Connaître la misère
00:55:38pour mieux respecter
00:55:38l'argent,
00:55:39chante-t-il.
00:55:40Enfin, c'est Jean-Jacques Goldman
00:55:41qui l'a écrit
00:55:41mais ça lui ressemble bien
00:55:42parce que je me souviens
00:55:43qu'à plusieurs moments
00:55:44quand je lui disais
00:55:45mais là tu vas faire
00:55:46cette tournée
00:55:46mais repose-toi
00:55:47un petit peu.
00:55:48Il disait
00:55:48mais non,
00:55:49d'abord une tournée
00:55:49ça me tient debout
00:55:50et puis il me dit
00:55:50moi je suis un chef
00:55:51d'entreprise
00:55:51je fais travailler
00:55:52des gens
00:55:53je génère des choses
00:55:54j'ai une responsabilité
00:55:56vis-à-vis de mes machinaux
00:55:58de mes musiciens
00:55:59de mes techniciens
00:56:00de tous les gens
00:56:01il a fait vivre
00:56:02beaucoup de monde
00:56:03dans ce pays
00:56:03de Johnny Hallyday.
00:56:04Une réponse très rapide
00:56:04si vous le pouvez
00:56:05est-ce qu'il part
00:56:06à la tête d'un empire
00:56:07après autant de millions
00:56:09de disques vendus ?
00:56:11Certainement beaucoup plus
00:56:12qu'à une certaine période
00:56:13où il a tellement dépensé
00:56:14où il a été ruiné
00:56:15c'est probablement la période
00:56:17où il a le plus d'argent
00:56:18maintenant
00:56:19parce que tout ça
00:56:19a été rationalisé
00:56:21enfin.
00:56:22Nous passons maintenant
00:56:23à vos questions.
00:56:28Chacun dans leur domaine
00:56:29Jean Dormeson
00:56:30et Johnny
00:56:30ne doivent-ils pas
00:56:31leur célébrité
00:56:32à leur aptitude
00:56:33à s'adresser
00:56:34à toutes les générations ?
00:56:36Si, si, absolument
00:56:37ce sont deux personnalités
00:56:38assez caméléonesques
00:56:39et qui ont réussi
00:56:41par leur talent
00:56:44à représenter
00:56:45toutes les générations
00:56:46et à être reconnés
00:56:48par toutes les classes sociales
00:56:49il y a une chose
00:56:50qui est très frappante
00:56:51ce que je vais dire
00:56:53n'est pas original
00:56:53parce que je crois
00:56:54que la remarque
00:56:54a déjà été faite
00:56:55c'est qu'à 24h d'écart
00:56:57les deux meurent
00:56:58le rocker national
00:56:59et l'écrivain national
00:57:00comme étaient morts
00:57:01à 24h d'écart
00:57:02Edith Piaf
00:57:03la chanteuse nationale
00:57:04et Jean Cocteau
00:57:05qui était à l'époque
00:57:05le poète national
00:57:06il y a une espèce
00:57:07de parallélisme
00:57:07Et à l'époque
00:57:08les obsèques d'Edith Piaf
00:57:09avaient rassemblé
00:57:10300 000 personnes
00:57:11dans les rues de Paris
00:57:12ça avait un peu éclipsé ?
00:57:14Ah probablement
00:57:14mais là
00:57:15ça va être
00:57:17l'enterrement de Victor Hugo aussi
00:57:18ça va être l'enterrement de Victor Hugo
00:57:20si les choses sont organisées
00:57:22de cette manière là
00:57:23vous allez voir
00:57:24un déferlement dans la rue
00:57:25incroyable
00:57:25Beaucoup de français
00:57:26ont un deuil à faire
00:57:26depuis ce matin
00:57:27beaucoup de français
00:57:28sont malheureux
00:57:30on vive une journée noire
00:57:31et je pense que
00:57:33les fans
00:57:34et même les moins fans
00:57:35ont besoin de ça
00:57:37en se retrouvant
00:57:38ils ont besoin de se parler
00:57:39ils ont besoin de se regarder
00:57:40de se dire qu'ils l'aimaient
00:57:41je pense que le deuil
00:57:42se fera comme ça
00:57:43parce que voilà
00:57:44alors c'est intéressant
00:57:45c'est pas juste
00:57:45qui disait
00:57:46moi je suis pas fan
00:57:47mais ils enterrent aussi
00:57:47leur jeunesse
00:57:48ils enterrent aussi leur jeunesse
00:57:49c'est important
00:57:49dans le cadre de cette émission
00:57:50on a grandi
00:57:51enfin on a grandi avec
00:57:53il a grandi avec nous
00:57:54depuis la naissance
00:57:55jusqu'à aujourd'hui
00:57:56je trouve que c'est quand même
00:57:58incroyable
00:57:58on perd
00:57:59on a tous une petite mort en nous
00:58:01je pense
00:58:01aujourd'hui
00:58:03la vie sans Johnny
00:58:04on ne sait pas
00:58:04on ne connait pas
00:58:05on ne connait pas
00:58:05on ne connait pas
00:58:05il y a que lui
00:58:07qui sait
00:58:07à quoi ressemblerait
00:58:09un monde sans Johnny
00:58:10pourquoi Johnny Hallyday
00:58:11hystérise-t-il à ce point
00:58:12c'est nombreux fans
00:58:13on n'en a pas suffisamment parlé
00:58:15peut-être pendant cette émission
00:58:16sur le lien
00:58:17tellement particulier
00:58:18qu'il a
00:58:20il suffit d'aller à un concert de Johnny
00:58:21pour voir à quel point
00:58:22il y a de l'amour entre eux
00:58:23alors ça je peux
00:58:24moi je peux vous répondre
00:58:25personnellement
00:58:25à l'âge de 14 ans
00:58:27je me suis retrouvé
00:58:28dans un concert
00:58:28c'était un cadeau
00:58:29que mes parents me faisaient
00:58:30parce qu'on était
00:58:31tellement fan de Johnny
00:58:32et ils nous ont balancé
00:58:33en plein après-midi
00:58:34au pavillon de Paris
00:58:35c'était en 78
00:58:3679
00:58:36et tout d'un coup
00:58:38je me souviens
00:58:39parce que j'étais gamin
00:58:40on s'est dit
00:58:40quel concert
00:58:41quel concert
00:58:42quel concert exceptionnel
00:58:43et tout d'un coup
00:58:44on s'est aperçu
00:58:44que l'homme
00:58:45qui était en face de nous
00:58:46c'était une vraie machine de guerre
00:58:47et il a laminé le monde
00:58:49en fait il a happé les gens
00:58:51et je pense que le public de Johnny
00:58:52a compris une chose
00:58:53c'est que Johnny
00:58:53il est dans la vie
00:58:55quelqu'un de très sensible
00:58:56et très timide
00:58:57et quand il monte sur scène
00:58:57il happe
00:58:58et je pense qu'il y a
00:59:00ce côté fascination
00:59:01c'est le seul
00:59:01qui a ce lien-là
00:59:02avec ses fans
00:59:03il y a quelque chose
00:59:04de singulier
00:59:04dans leur relation
00:59:05parfois les fans de Johnny
00:59:07on voit
00:59:07ils ressemblent à Johnny
00:59:08ils s'habillent comme Johnny
00:59:08ils se tatourent
00:59:09comme Johnny
00:59:10j'ai l'exemple d'un fan
00:59:12qui un jour a demandé
00:59:13un autographe à Johnny
00:59:14sur son bras
00:59:15le garçon est revenu
00:59:16il ne s'est pas lavé le bras
00:59:17pendant trois jours
00:59:17il est allé se faire tatouer
00:59:19la signature sur l'autographe
00:59:20on arrive à des choses
00:59:22qui ont pu sembler
00:59:22peut-être un peu extrêmes
00:59:24mais l'hystérie
00:59:25ça s'est beaucoup calmé
00:59:26ça c'était 13 années 60-70
00:59:28et j'allais dire
00:59:29que plus Johnny a grandi
00:59:31plus ses fans de la première heure
00:59:33ont grandi
00:59:33ils se sentent assagis
00:59:35et ont vieilli avec lui
00:59:36et les autres l'ont pris
00:59:38avec un peu plus de recul
00:59:39de l'admiration
00:59:40de l'envie
00:59:41mais un peu moins d'hystérie
00:59:42Johnny c'est le petit Rémy
00:59:44de sans famille
00:59:45toute la France l'a adopté
00:59:47et nous sommes tristes
00:59:48il y a ce côté
00:59:49des gavroches aussi
00:59:50des gavroches
00:59:51c'est plutôt Tintin
00:59:52pour moi voyez
00:59:52c'est plutôt Tintin
00:59:54on disait qu'on le lisait
00:59:55de 7 à 77 ans
00:59:56on l'écoute
00:59:57de 7 à 77 ans
00:59:58on suit ses aventures
01:00:00la notion d'adoption
01:00:01est importante
01:00:02Johnny toute sa vie
01:00:04va chercher l'amour
01:00:04il va chercher l'amour
01:00:05qu'il n'a pas eu
01:00:05dans son enfance
01:00:06c'est quelque chose
01:00:07et donc il y a ce lien
01:00:08cette bienveillance
01:00:08vis-à-vis de lui
01:00:09parce qu'il revient
01:00:11dans les interviews
01:00:11toujours sur ce problème
01:00:13ces deux étrangers
01:00:14qui ont été dans sa vie
01:00:15ses parents
01:00:15sa mère et son père
01:00:16il a dit
01:00:17j'ai attendu 55 ans
01:00:18pour pouvoir dire maman
01:00:18il l'a retrouvé son père
01:00:20à un moment donné
01:00:21son père il le retrouve
01:00:22au service militaire
01:00:23qui a vendu
01:00:24dans des conditions difficiles
01:00:25puisque je crois
01:00:26qu'il a vendu
01:00:26l'exclusivité
01:00:27de la rencontre
01:00:28et puis sa mère
01:00:29il la rencontre
01:00:3055 ans plus tard
01:00:31au baptême
01:00:32de ses filles
01:00:34son père
01:00:34on vient lui dire
01:00:34à la caserne
01:00:35il y a un monsieur
01:00:36à l'entrée
01:00:37qui dit être ton père
01:00:39il y va
01:00:39c'est effectivement son père
01:00:41il lui offre un petit truc
01:00:43ils se font une bise
01:00:43en fait c'était pour faire
01:00:44des photos pour un journal
01:00:45il y a quand même
01:00:47le côté son famille
01:00:48elle était juste
01:00:48une vidéo
01:00:49qui m'a beaucoup frappé
01:00:50un journaliste
01:00:51lui demande
01:00:52Johnny Hallyday
01:00:53est-ce que c'est votre vrai nom
01:00:54ou est-ce que c'est un pseudonyme
01:00:55et il répond
01:00:56c'est mon vrai nom
01:00:57et j'ai regardé cette bande
01:00:58en me disant
01:00:59est-ce qu'il est en train
01:01:00de mentir
01:01:00et je crois pas qu'il ment
01:01:01je crois qu'il est en train
01:01:02de dire
01:01:02j'ai décidé qui je suis
01:01:04et je veux créer moi-même
01:01:06les seules racines sont
01:01:07évidemment au premier degré
01:01:08c'est un mensonge
01:01:08mais au second degré
01:01:09c'est très intéressant
01:01:10de dire à partir du moment
01:01:11d'aujourd'hui
01:01:12j'ai créé un personnage
01:01:14qui s'appelle
01:01:14Johnny Hallyday
01:01:15qui est moi
01:01:16et qui m'appartient
01:01:17une sorte de double
01:01:17comme Gainsbourg et Gainsbard
01:01:19pour nous qui avons eu 20 ans
01:01:21dans les Ores
01:01:22Johnny a été
01:01:23notre rayon de soleil
01:01:24oui
01:01:26c'est l'époque
01:01:27de l'immortel
01:01:28western camargué
01:01:31d'où viens-tu Johnny ?
01:01:32il y a un mot
01:01:32qu'on ne va pas prononcer
01:01:33c'est l'homme
01:01:33c'est Daniel Philippe Aki
01:01:34l'émission d'Europe 1
01:01:36où Johnny est carrément
01:01:38invité d'honneur
01:01:39le grand concert de la nation
01:01:40c'est quand même
01:01:40tout d'un coup
01:01:41un choc
01:01:43alors c'est un petit peu
01:01:45les Ores
01:01:45c'était avant
01:01:46mais incontestablement
01:01:48il rentre
01:01:49oui
01:01:49c'est l'âge d'or de la radio
01:01:51c'est la radio
01:01:51qui arrive
01:01:52qui amène la musique
01:01:54chez les gens
01:01:55et chez les mêmes personnes
01:01:56qui ont ce poster
01:01:58dans leur chambre
01:01:58parler de Johnny
01:01:59pardon
01:02:00vous voulez
01:02:00non seulement ça
01:02:02mais Johnny s'impose
01:02:03tout de suite
01:02:04on parlait de son charisme
01:02:05on parlait de son côté animal
01:02:07la photo de Salut les Copains
01:02:09souvenez-vous
01:02:10toutes les idoles sont là
01:02:12Jean-Marie Perrier
01:02:13organise sa photo
01:02:14tout le monde est à peu près
01:02:15au même niveau
01:02:15sauf
01:02:16qui est derrière
01:02:18en hauteur
01:02:19sur une échelle
01:02:19et domine la situation
01:02:21c'est déjà Johnny Hallyday
01:02:22parler de Johnny
01:02:23c'est bien
01:02:23parler des chansons
01:02:24c'est mieux
01:02:25que sait-on
01:02:26de quelque chose
01:02:27de
01:02:27est un hymne
01:02:28à Tennessee
01:02:29William
01:02:29est-ce qu'on peut parler
01:02:31de quelque chose
01:02:32en nous de Tennessee
01:02:33qu'est-ce qu'elle raconte
01:02:34cette chanson
01:02:35elle raconte
01:02:36sa fascination
01:02:36et son immense admiration
01:02:38pour l'écrivain
01:02:38Michel Berger
01:02:40le savait
01:02:41vous parliez tout à l'heure
01:02:43de l'intelligence
01:02:44de Johnny
01:02:44et des paroles
01:02:45de ses chansons
01:02:46j'irai même
01:02:47un petit peu plus loin
01:02:48c'est-à-dire que
01:02:48non seulement
01:02:49il choisit
01:02:50de très bons paroliers
01:02:51Pierre Billon
01:02:52Philippe Labreau
01:02:54mais surtout
01:02:55il choisit
01:02:56ces paroliers
01:02:57qui vont eux
01:02:58écrire leur vision
01:03:00de Johnny Hallyday
01:03:01c'est pour ça
01:03:01qu'on a l'impression
01:03:02qu'il chante
01:03:02beaucoup de chansons
01:03:03autobiographiques
01:03:04mais en fait
01:03:05c'est pas lui
01:03:05qui les écrit
01:03:06mais il les choisit
01:03:07il les choisit
01:03:08parfaitement bien
01:03:09et c'est leur vision
01:03:09à eux
01:03:10de Johnny Hallyday
01:03:11pour sortir de la détirante
01:03:12il a aussi chanté
01:03:13des conneries
01:03:14bien sûr
01:03:14le souvenir
01:03:16à des cantés
01:03:16il a chanté
01:03:18en gros
01:03:18de Hitsi Bitsi
01:03:19Petit Bikini
01:03:19jusqu'à la Vé Maria de Schubert
01:03:21donc c'est très c'est large
01:03:22chacun notre chanson
01:03:23de Johnny Hallyday
01:03:24c'est la fin de cette émission
01:03:25qui sera rediffusée
01:03:26ce soir à 22h45
01:03:27on se retrouve demain
01:03:2817h50
01:03:29pour un nouveau C'est dans l'air
01:03:29tout de suite
01:03:30c'est à vous
01:03:30belle soirée
01:03:31sur France 5
01:03:31les mots ne sont jamais les mêmes
01:03:38pour imprimer
01:03:41ce qu'est le bleu
01:03:42j'y mets mes joies
01:03:45moi j'y mets mes peines
01:03:46et tout ça
01:03:48ça devient le bleu
01:03:50je le sens autant
01:03:53que je l'aime
01:03:54et je le chanterai
01:03:57tout le jour

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