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  • il y a 8 heures
Le nouveau film du réalisateur iranien Asghar Farhadi, "Histoires parallèles", est présenté à Cannes en compétition officielle, jeudi, jour de sa sortie nationale en salles. Isabelle Huppert interprète une romancière qui espionne ses voisins, dont fait partie le personnage joué par Virginie Efira. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-7h50/l-invite-de-7h50-du-jeudi-14-mai-2026-2245803

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Transcription
00:00Nos invités, deux immenses actrices qui vont connaître dans quelques heures un moment forcément toujours particulier,
00:05même si elles y sont habituées, une montée des marches, une projection en compétition officielle à Cannes
00:11pour l'un des films les plus attendus de cette quinzaine.
00:14Isabelle Huppert et Virginie Effira, bonjour à toutes les deux.
00:17Bonjour.
00:18Merci, on est ravis d'être avec vous en duplex depuis la croisette.
00:21Ce film, c'est Histoire parallèle, film français d'un grand réalisateur iranien, Ashghar Faradhi,
00:27qui sort d'ailleurs en même temps ce film en salle aujourd'hui dans toute la France.
00:31Dans un appartement parisien, une romancière en panne d'inspiration, c'est vous Isabelle Huppert,
00:36et puis ses voisins, vous Virginie Effira ainsi que Vincent Cassel et Pierre Ninet,
00:40pour nourrir sa prochaine histoire.
00:42Jusqu'à l'arrivée d'un jeune homme qui est interprété par Adam Bessa,
00:44qui va faire exploser la frontière entre fiction et réalité.
00:49Et à ce stade, j'évite d'en dire plus sur l'intrigue.
00:51C'est un film sur le pouvoir de la fiction et sur ses conséquences.
00:55Ce que l'on comprend, c'est qu'être artiste, cinéaste, romancier, c'est être un peu voleur.
01:01C'est ne pas avoir peur de piller la vie des autres.
01:04Est-ce que ce sont des questions que vous vous posez, ces questions morales, éthiques ?
01:08Vous, Isabelle Huppert, par exemple, en tant qu'artiste.
01:12Je ne me les pose pas dans ces termes, non.
01:14Je ne pense pas que je vole la vie de personne.
01:18De toute façon, je pense que je m'observe surtout moi-même.
01:22Je ne suis pas sûre que je m'inspire tant des autres que ça.
01:25Bien que j'aime et que j'ai la curiosité de les observer, de les regarder.
01:29Et de ce point de vue, je me retrouve très facilement dans la position de la romancière que je suis
01:35dans le film,
01:36en observatrice du monde, par intérêt, par curiosité, beaucoup aussi.
01:42Mais je ne pense pas que finalement, ça me nourrisse dans ma pratique de comédienne.
01:47Je vous pose la question en ces termes parce que je trouve que le film a un regard assez cruel
01:52sur la création artistique,
01:55parfois un peu méchante.
01:57Est-ce que vous avez ressenti aussi, Virginie Effira ?
02:00Non, moi j'ai l'impression qu'il y a forcément un pillage, mais comme une sorte de pillage inconscient
02:04en fait.
02:04On est nourri par différentes choses.
02:07Je suis d'accord avec Isabelle que c'est à la fois quelque chose de très introspectif,
02:11le fait de créer quelque chose à partir de sa propre matière.
02:14Mais j'ai l'impression que nous-mêmes, on est remplis de plein d'autres destins qu'on croise,
02:19de choses qu'on a vues, d'images, d'un certain schéma politique qui nous entoure,
02:23d'une personne, d'une sensibilité.
02:25Moi, il y a plein de films, par exemple, que j'ai ingurgités et dont certains sont restés en moi
02:29et façonnent aussi des choses que je suis.
02:31Et donc le film pose aussi la question de cette réalité, de cette fiction.
02:34Est-ce que nous-mêmes, quelque part, on ne se raconte pas quelque chose aussi ?
02:37Je sais bien qu'on est à toutes les deux là et qu'on est bien réels, vous aussi.
02:40Mais qu'il y a une partie de fiction qu'on se raconte aussi.
02:44Et même quand on vit, je ne sais pas, une histoire d'amour, par exemple,
02:47les deux personnes n'ont pas la même idée de cette histoire.
02:50Et il y a aussi ce qu'on se fictionne dans le réel.
02:53Dans ce film, la fiction vient complètement bousculer la vie des personnages,
02:58dont le vôtre Virginie Firas.
03:01Est-ce que vous vous dites, je reviens sur cette question Isabelle Huppert,
03:04mais parfois vous faites un métier dangereux que les histoires que vous racontez
03:08peuvent s'imposer dans la vie des gens, de manière parfois un peu brutale ?
03:13Alors je ne crois pas qu'on fasse un métier dangereux.
03:15Je crois que le cinéma est un art finalement suffisamment verteux dans le meilleur des cas.
03:24On sait bien qu'il va y avoir un cinéma qui s'aventure sur des terrains plus dangereux,
03:28comme vous dites, est plus peut-être moins digne d'être vu à ce moment-là.
03:35Mais je crois d'une manière générale, la fiction, le roman,
03:39même quand le cinéma s'aventure dans les zones les plus complexes,
03:43les plus ambiguës, les plus noires, c'est les miroirs qui nous sont tendus.
03:46Et c'est une manière aussi d'exorciser justement ces pensées les plus inavouables,
03:51les plus inconscientes, et que toute la matière fictionnelle,
03:55elle est faite pour ça, pour notre plus grand bien depuis la nuit des temps.
04:00Si vous partez depuis la tragédie grecque, par exemple,
04:03qui traite vraiment avec les passions les plus sombres et les plus inavouables de l'âme humaine,
04:09c'est dans ça qu'on se projette et qu'on a plaisir à se projeter dans toutes les formes
04:14de fiction,
04:15que ce soit la littérature, le cinéma, la peinture, la musique.
04:20On sent que vous avez pris en tout cas beaucoup de plaisir, Isabelle Huppert, à jouer ce personnage.
04:25Vous l'avez dit vous-même en interview, un peu sorcière, cette romancière un peu sorcière dans son antre,
04:30ce grand appartement comme ça.
04:32Oui, parce que Asga Faradhi n'hésite pas à travers ce personnage et ce qu'elle est en train de
04:37filmer
04:37et ce qu'il nous donne à voir à passer de la position d'observatrice assez innocente
04:44à peut-être celle d'espionne, peut-être qu'elle est tout autant innocente dans cette posture-là,
04:50mais sans peut-être même le savoir.
04:53C'est vrai qu'elle regarde à travers un télescope.
04:56Il y a une frontière peut-être qui est un peu franchie entre la simple observation,
05:01le simple regard et puis quelque chose de plus intrusif.
05:05En parlant du caractère intrusif parfois de l'art et de la création,
05:10vous avez en partie répondu à cette question Virginie Effira,
05:13mais c'est aussi une allégorie de ce qu'est qu'être un acteur, une actrice.
05:18C'est accepter de voir sa personnalité, son être, son corps colonisé pour les besoins de la création.
05:26Moi non plus, je n'ai pas le sentiment d'être colonisé à chaque tournage.
05:33Oui, c'est vrai que le film charrie ça, il charrie plein d'autres dimensions du cinéma.
05:40Il joue sur ses différentes images, l'impression qu'on donne, ce qu'on est réellement, tout ça.
05:46Et puis, il évoque d'autres endroits du cinéma.
05:49Moi, dans le film, par exemple, je suis bruiteuse.
05:51C'est un métier qu'on va assez peu représenter.
05:55Il y a un personnage qui se prétend écrivain.
05:57Là aussi, on retrouve l'écriture.
06:00Enfin, on retrouve vraiment l'idée du cinéma et des histoires qu'on raconte et qu'on s'invente.
06:04Et qui sont, même dans le film, là aussi, comme l'a dit Isabelle tout à l'heure,
06:07une sorte de miroir tendu de soi.
06:09Et quelque part, il y a aussi dans ce film quelque chose qui me touche beaucoup.
06:12C'est la fiction qui permet de voir mieux le réel.
06:16C'est-à-dire que quand, tout d'un coup, ces personnages se retrouvent avec une fiction qui a été
06:23faite sur eux,
06:23ça change leur propre dynamique interne.
06:27Et peut-être que ces choses-là étaient là avant, en fait.
06:29Mais ça agit comme un révélateur.
06:32Vous parlez du métier de bruiteuse de votre personnage, Virginie Fiera.
06:36Il y a de très belles scènes dans lesquelles on vous voit reproduisant à la main, de manière artisanale,
06:42le bruit des pas dans le sable, les battements d'elle d'un oiseau.
06:46C'est aussi une ode à l'artisanat.
06:48Même deux liens qui combattent.
06:49Oui, voilà.
06:51Elle bruite avec ses collègues Vincent Casselle et Pierre Ninet un film animalier.
06:55C'est une ode à l'artisanat aussi, ce film.
06:58Il y a aussi le personnage d'Isabelle Huppert qui tape son roman à la machine.
07:02On sait que l'intelligence artificielle et les questions qu'elle engendre sont au cœur de ce festival de Cannes.
07:09Il faut défendre l'artisanat.
07:11C'est aussi ce que dit ce film ?
07:14Bien sûr, oui.
07:15Il faut le défendre.
07:16En même temps, l'artisanat, l'artisanat, c'est un phénomène qui est là, qui existe.
07:21C'est difficile de lutter contre.
07:23Donc, il faut trouver les meilleurs moyens pour prendre ce qu'il y a de meilleur
07:27et essayer de lutter contre ce qu'il peut y avoir de pire.
07:30C'est vraiment une réponse médiane que je vous fais.
07:34Mais je pense que c'est la seule que je peux trouver pour le moment.
07:37Je reviens à votre personnage assez truculent, Isabelle Huppert.
07:41Notamment dans une scène absolument savoureuse avec Catherine Deneuve qui joue votre éditrice.
07:46Vous avez pris beaucoup de plaisir à la retrouver face à face.
07:50Oui.
07:51Nous n'étions pas retrouvés depuis huit femmes.
07:54Huit femmes de François Ozon.
07:56Et on a une fois de plus un face à face assez agressif.
08:04Vous dites à chaque fois qu'on se voit au cinéma, on s'engueule.
08:06Oui, c'est vrai.
08:09Il me reste à explorer autre chose.
08:11En tous les cas, c'était merveilleux de la retrouver dans cette scène qui était vraiment savoureuse.
08:17Il y a beaucoup de scènes comme ça dans le film qui sont très bien.
08:19Parce qu'il y a un ton qui est annoncé dès le début du film.
08:23Mais Asgard Faradhi varie constamment de ce ton.
08:26Et il y a des scènes dans toute la partie.
08:28Nous, on se rencontre très peu avec Virginie.
08:30On est très contentes d'être l'une à un côté de l'autre.
08:32Moi, en tout cas, parce qu'on se croise simplement dans le film.
08:35Et donc, j'avais le plaisir de retrouver Catherine Deneuve dans cette scène longue et d'un ton un peu
08:47différent du reste du film.
08:49Dans cette scène, d'ailleurs, votre personnage, Isabelle Huppert, a un peu de mal à supporter la critique.
08:54Dans quel état d'esprit êtes-vous ?
08:55Puisque dans quelques heures, c'est ce qui va vous arriver.
08:57Le verdict du public, en tout cas le premier public au Palais des festivals après cette projection officielle.
09:04Et le verdict de la critique, Virginie Effira, dans quel état vous êtes à quelques heures ?
09:07Moi, assez sereine.
09:08Les choses, elles sont faites.
09:10On n'y peut rien, en fait.
09:11Les choses, elles sont faites.
09:13Moi, j'ai l'impression de vivre intensément le film au moment du tournage.
09:16Et après, j'aime assez bien que ce soit les gens qui en disposent.
09:19Et qu'ils pensent absolument ce qu'ils veulent.
09:20Et tout m'intéresse, en fait.
09:22Vraiment.
09:23Donc, oui.
09:26Assez sereine.
09:27Et pas avec cette idée d'un verdict.
09:29Parce qu'il n'y a pas une vérité sur un film.
09:31De nouveau, on revient.
09:33Mais il y en a plein.
09:34Et ça m'intéresse d'avoir celle de différentes personnes.
09:36Et ce qui est formidable, et Isabelle connaît ça bien mieux que moi,
09:39c'est tout d'un coup une réception de différents continents, de différentes sensibilités.
09:43Ça, c'est assez passionnant quand même.
09:44Vous avez présenté...
09:45Oui, je crois qu'on peut beaucoup apprendre.
09:47Que Virginie a dit très justement en entendant des commentaires sur le film.
09:52Y compris peut-être les commentaires, forcément pas les plus positifs.
09:54Mais on apprend à...
09:55Voilà.
09:56Un film, c'est fait pour ça.
09:58Au fond, chacun le reçoit d'une manière unique.
10:01Chacun a sa propre réponse à un film.
10:03Et c'est vrai qu'à Cannes, c'est un peu un concentré de la multiplicité de toutes ces réponses
10:08dans un temps donné très court.
10:10Et vous êtes bien placé pour le savoir, puisque vous avez présenté, vous Isabelle Huppert, plus de 25 films en
10:14compétition.
10:15Vous avez été...
10:16J'ai entendu que c'était un record.
10:17Oui.
10:18Membre du jury, présidente du jury.
10:21Vous, 10 films.
10:22Virginie et Fira, vous avez été maîtresse de cérémonie.
10:24Ça vous fait toujours quelque chose, malgré tout, de gravir les marches, d'être sur le tapis rouge.
10:29C'est fini.
10:30Oui, oui.
10:31Ben oui, évidemment.
10:33Bien sûr.
10:33Oui.
10:34Même en arrivant ici tout à l'heure, quoi.
10:36Oui, oui.
10:37À la fin, on est très excités.
10:38Et en même temps, l'excitation, ça peut revêtir différentes couleurs.
10:43Oui, non, c'est une chance.
10:44La chance, Virginie et Fira, d'être même dans deux films en compétition.
10:48Soudain, de Ryusuke Hamaguchi, qui est également dans la sélection officielle cette année.
10:54Ce sont deux films français, tournés en France.
10:57Deux grands réalisateurs étrangers, iraniens pour Asghar Faradhi, japonais pour Hamaguchi.
11:02Qu'est-ce que ça dit de la France ?
11:04Ça reste...
11:05C'est une immense fierté, en fait, d'avoir un système de financement du cinéma qui permet que des films
11:10singuliers, précis, exigeants,
11:14d'une grande beauté et qui se défont complètement des schémas du strict rendement commercial puissent exister.
11:21Et je pense qu'on peut tous être fiers de ça.
11:23Et que la France soit une terre d'accueil à la fois pour Faradhi, et ça a déjà été le
11:28cas,
11:28et pour quelqu'un comme Ryusuke Hamaguchi, qui a fait un film, je pense, pour 10 yeux, aussi, quoi.
11:33C'est merveilleux.
11:35Et il faut continuer à défendre ce modèle de financement, malgré les remises en cause de plus en plus prégnantes
11:44?
11:44J'ai l'impression que, moi, les remises en cause, elles viennent surtout d'endroits où...
11:49Parfois, il est complexe, ce système de financement.
11:51Tu as l'impression que, du coup, c'est de l'argent public.
11:55Mais il faut le remettre, il faut évidemment le défendre à tout prix.
11:58Le défendre à tout prix, mais peut-être que ceux qui ne le défendent pas, c'est parce qu'ils
12:01ne le comprennent pas.
12:02Alors, il faut mieux leur expliquer.
12:03Voilà, il vaut mieux leur expliquer.
12:04Il faut leur expliquer que c'est grâce à ce système que nous envient bon nombre de pays.
12:09Il y a un pays au monde qui a le même système qu'il y a la Corée, par exemple.
12:12Enfin, surtout sur ce qui concerne notre avance sur recettes, par exemple,
12:15qui est un système complètement verteux, parce que les recettes d'un film vont au financement d'autres films.
12:24Et voilà, il ne faut pas que ce système change.
12:28C'est grâce à ça que, comme disait Virginie très justement,
12:32le cinéma français se trouve impliqué dans un nombre très, très grand de coproductions avec d'autres pays.
12:39Et qui permettent un règlement international et qui permettent de faire des œuvres réellement singulières.
12:45Des œuvres comme ce film, Histoire parallèle d'Ajgar Faradhi,
12:48film sur le pouvoir de l'imaginaire, surtout, avec notamment Isabelle Huppert,
12:52je n'en dis pas plus, la métaphore du canard et de la bouteille.
12:55Mais en tout cas, un film sur la puissance de l'imaginaire à une époque où la réalité est de
13:03plus en plus difficile à supporter.
13:05Voilà, un bon programme.
13:07Histoire parallèle d'Ajgar Faradhi en projection ce soir, donc, en compétition officielle à Cannes
13:13et dans le même temps, en salle dans toute la France.
13:15Merci à toutes les deux, Isabelle Huppert et Virginie Effiera.
13:18Merci.
13:18Merci.
13:19Merci.
13:19– Sous-titrage FR 2021
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