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Anne Fulda reçoit Michaël Moreau pour son livre «Sa Majesté nomme» dans #HDLivres

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Transcription
00:00Bienvenue à l'heure des livres, Michael Moreau.
00:02Bonjour.
00:03Bonjour, vous êtes journaliste, vous êtes écrivain, vous avez déjà écrit plusieurs livres, des livres d'enquête,
00:09souvent main basse sur la culture, notamment les gourous de la com ou encore les plumes du pouvoir.
00:13Et là, vous publiez un nouveau livre aujourd'hui qui s'appelle « Sa majesté nomme, enquête sur un pouvoir
00:18exorbitant »,
00:19un livre qui est paru chez Robert Laffont et c'est tout à fait passionnant.
00:22Alors ce livre, c'est le fruit d'une enquête approfondie, vous avez interrogé,
00:26comme vous le relevez, 170 personnalités de tous univers,
00:33pour enquêter sur ce processus qui permet effectivement au président de la République
00:37de nommer de manière discrétionnaire un nombre de personnalités incroyables,
00:42qui est d'ailleurs difficilement chiffrable, à peu près dans toutes les sphères de la vie publique.
00:47Alors le sous-titre évoque un pouvoir exorbitant, mais il est exorbitant en quoi, par rapport à quoi, par rapport
00:54à nos voisins aussi ?
00:56Alors déjà, exorbitant par rapport au nombre, c'est-à-dire que chaque année,
00:59le président de la République nomme des milliers de personnalités,
01:02comme vous le disiez, dans toutes les sphères de la vie publique.
01:05Comme vous le disiez, le chiffre est très, et même pas comptabilisé,
01:09c'est-à-dire que j'ai demandé à l'Élysée, j'ai demandé à Matignon,
01:12qu'on m'a fait des estimations, mais on ne m'a pas donné de chiffres très précis.
01:15J'ai des estimations qui convergeaient autour de 5 000, d'autres qui allaient jusqu'à 10 000.
01:19Même si on a des lectures juridiques très, très strictes, on peut aller au-delà.
01:24Le président nomme dans toutes les sphères de la vie publique,
01:27dans les postes à la tête des administrations centrales, les renseignements, la police, la culture,
01:33beaucoup de nominations dans la culture.
01:36Et sur beaucoup de ces postes, en fait, même quand ça passe en Conseil des ministres,
01:39en fait, c'est le président de la République qui décide,
01:41même quand ça passe en Conseil des ministres, il doit y avoir contre-signature du gouvernement.
01:44Voilà, c'est ça, il y a, dans les faits, c'est quand même le président de la République
01:51qui a la main sur tous ses postes, et tous les présidents de la République
01:54ont tenu à ce pouvoir qui est finalement assez méconnu,
01:57mais donc auquel les présidents tiennent beaucoup.
02:00Alors, c'est un pouvoir qui est méconnu, mais ils font ça,
02:03c'est tout de même, il est inscrit dans la Constitution.
02:06Exactement, c'est tout à fait conforme à la Constitution, prévu par De Gaulle, dès 58.
02:11Il n'y a rien qui est fait contre la Constitution.
02:13En revanche, la Constitution n'est pas très précise sur la manière d'effectuer ces nominations,
02:18c'est-à-dire qu'il n'y a pas de critères,
02:20et tout ça, finalement, se déroule dans une forme d'opacité,
02:24sans et surtout, notamment sous Emmanuel Macron,
02:31sans concertation.
02:32Oui, il y a beaucoup de postes sur lesquels il n'y a pas vraiment de critères,
02:38ou très peu, parfois des limites d'âge, parfois même pas.
02:43Et Emmanuel Macron a une spécificité,
02:45c'est que c'est le président de la République qui s'implique le plus dans les nominations,
02:47c'est-à-dire qu'il dirige lui-même les castings, finalement.
02:51Il va lui-même jusqu'à...
02:53Il va recevoir beaucoup des candidats en tête-à-tête
02:55pour faire les entretiens d'embauche,
02:58ce que ses prédécesseurs ne faisaient pas forcément,
03:00y compris sur des postes non régaliens,
03:02comme je parlais de la culture tout à l'heure.
03:07Il aime beaucoup ça.
03:08Tous les candidats ailleurs qui sont reçus par Emmanuel Macron
03:10ressortent en général assez persuadés qu'ils vont être nommés,
03:13donc ça provoque des déceptions, des désillusions.
03:17C'est un pouvoir considérable aussi,
03:19parce que c'est un pouvoir sur les gens.
03:21Les gens veulent être nommés,
03:22donc ça provoque des phénomènes de cours.
03:23C'est aussi pour ça que je parle de...
03:27J'ai titré sa majesté nomme parce qu'il y a une part de pouvoir monarchique.
03:30C'est un reste de pouvoir monarchique, évident.
03:32Alors, cela dit, comment vous expliquez justement
03:35cette appétence particulière qu'a Emmanuel Macron
03:38pour exercer ce pouvoir de nomination ?
03:40Et surtout jusque dans les détails.
03:42Est-ce que c'est...
03:44Et puis d'ailleurs, il y a quelque chose qu'on a vu,
03:46d'ailleurs très souvent dans les nominations,
03:48ça a été le cas pour des gouvernements,
03:49il aime bien prendre son temps,
03:51faire l'enterner,
03:52faire l'enterner les uns et les autres.
03:55Ça en est presque parfois étonnant
03:58et ça peut entraver la bonne marche du pays.
04:01Avec des vacances, des intérims.
04:03Est-ce que c'est aussi...
04:04Est-ce que c'est par incapacité de choisir
04:07ou est-ce que c'est aussi pour rappeler d'une certaine manière
04:09qu'il demeure le maître du temps ?
04:12Oui, c'est aussi pour ça.
04:14Encore une fois, c'est un pouvoir sur les gens
04:15et tant qu'on n'a pas décidé
04:19et tant qu'on n'a pas annoncé qui on allait nommer,
04:22on garde un pouvoir sur des gens
04:24qui veulent être nommés.
04:27Donc il y a une part aussi psychologique dans les nominations.
04:29Après, l'entourage d'Emmanuel Macron dit
04:31qu'il choisit aussi, qu'il essaie de choisir les bonnes personnes.
04:33Donc il prend son temps parce qu'il reçoit les gens
04:36et qu'il lit vraiment les dossiers,
04:38qu'il pose des questions techniques lors des entretiens.
04:41Mais c'est un pouvoir auquel il tient particulièrement
04:43et pour lequel effectivement,
04:46même sur des postes parfois qui paraissent plus sulbalterne,
04:50il intervient quand même.
04:51C'est-à-dire que Christophe Castaner,
04:53qui était ministre de l'Intérieur,
04:54m'a raconté qu'Emmanuel Macron lui avait bloqué
04:57des postes de sous-préfets,
04:58des nominations de sous-préfets
04:59qui ne passent même pas en Conseil des ministres.
05:01On m'a raconté comment Emmanuel Macron bloque aussi
05:05une nomination voulue par le ministère de la Culture
05:07d'une présidence de Conseil d'administration
05:11de l'École du Louvre.
05:13Donc y compris sur des postes qui paraissent moins stratégiques.
05:16Oui, c'est ça qui est très étonnant.
05:18Parce que ses prédécesseurs ont tous finalement tenu à ce pouvoir.
05:23Mais là, chez Emmanuel Macron,
05:26il l'exerce vraiment de manière incroyablement étendue.
05:31Alors, est-ce que chez nos voisins, dans d'autres pays,
05:36ce pouvoir de nomination,
05:38qui est d'ailleurs, je pense qu'il n'y a pas de pays
05:39qui est l'équivalent dans le...
05:41Non, et puis les pays en général...
05:43C'est un pouvoir présidentiel aujourd'hui.
05:45Exactement.
05:45En France, c'est devenu un pouvoir présidentiel.
05:47Alors, les pays ont des systèmes assez différents
05:50en fonction des postes et en fonction des pays.
05:52Il y a des pays où il y a un rôle accru du Parlement.
05:56Après, un rôle accru du Parlement,
05:57ça peut vouloir dire aussi,
05:58ça peut avoir un revers de la médaille.
06:00C'est-à-dire que ça peut vouloir dire aussi
06:02une politisation accrue de ces nominations
06:04et des nominations sur des critères politiques
06:06encore plus que sur des critères de compétences.
06:11Donc, il y a aussi des pays
06:13pour lesquels c'est plus décentralisé
06:15ou alors des pays où les ministères, finalement,
06:19jouent un peu plus leur rôle.
06:20Et puis, il y a des pays aussi
06:21où quand même les nominations
06:22sont aussi à la main du président,
06:27sont parfois contestées,
06:28on le voit aux États-Unis aussi.
06:32Donc, il y a un peu tous les systèmes
06:33qui peuvent exister autour de nous.
06:36Chez nous, c'est très présidentiel,
06:37très concentré autour du président de la République.
06:40Alors, vous le disiez tout à l'heure,
06:43la manière dont ce pouvoir de nomination s'exerce
06:48fait naître des...
06:50enfin, en tout cas, favorise une espèce d'esprit de cours.
06:55Donc, on voit les uns et les autres
06:57qui veulent plaire et qu'on plaire pour pouvoir être nommés.
06:59Il y a des campagnes.
07:00Voilà, il y a des campagnes.
07:02Il y a aussi parfois des batailles
07:05dont on entend plus ou moins parler en coulisses
07:07qui sont épiques.
07:10Parfois, il y a des...
07:11Vous racontez ?
07:11Parfois, il y a des premiers ministres
07:12qui ont mis leur démission en balance.
07:14Oui, il y a eu...
07:15Alors, c'est déjà arrivé,
07:17même si c'est plutôt rare,
07:18mais c'est quand même arrivé
07:20que des premiers ministres ou des ministres,
07:21des fois, disent,
07:22ne veulent pas, en fait, mettre leur contre-seint.
07:26Par exemple, je raconte la bataille d'EDF
07:30sous Jean-Pierre Raffarin
07:31où Jacques Chirac veut reconduire François Rousseli
07:34et là, Jean-Pierre Raffarin,
07:36selon plusieurs témoins,
07:37va jusqu'à mettre sa démission dans la balance.
07:40C'est arrivé aussi plus récemment
07:42qu'un ministre s'oppose à des nominations présidentielles.
07:45Gérald Darmanin, l'été 2024,
07:47on est à la fin du gouvernement Attal.
07:50Il y a tout un mouvement de préfets
07:52qui est notamment de préfets,
07:53mais aussi d'autres nominations,
07:54beaucoup de nominations qui sont prévues
07:55un mercredi en Conseil des ministres
07:57et le matin même du Conseil des ministres,
08:01donc vraiment juste avant.
08:03Gérald Darmanin refuse,
08:05qui est ministre de l'Intérieur à l'époque,
08:06refuse d'apposer sa contre-signature
08:08parce qu'il n'est pas d'accord
08:09avec nos deux nominations.
08:10Il pense qu'il n'a pas été assez mis dans la bouteille
08:12et du coup, il envoie tout le valsé.
08:14Mais il n'y a pas eu de nomination.
08:17Mais ça reste très rare
08:18que des ministres ou des premiers ministres
08:21se rebellent.
08:22Oui, et puis arrivent à emporter la mise.
08:24Et arrivent à emporter la mise.
08:25Alors parfois, en période de cohabitation,
08:27il peut y avoir des deals.
08:28Ça peut se négocier,
08:30les nominations,
08:33mais ça reste toujours
08:34un pouvoir aux mains du président.
08:36Alors vous évoquez aussi
08:37des nominations controversées
08:40qu'il y a eu,
08:40comme celle de Richard Ferrand
08:42au Conseil constitutionnel.
08:43Il y a un an.
08:44Il y a un an.
08:45Alors juste terminer là-dessus
08:47parce qu'effectivement,
08:47vous décrivez un pouvoir
08:49qui semblait,
08:50comme vous le dites,
08:51exorbitant.
08:51Un pouvoir exorbitant.
08:54Comment, en France,
08:56le contrôler
08:57ou le rendre plus transparent ?
08:59Alors il y a quelques règles
09:00qui ont été mises en place
09:01mais qui en fait sont
09:01assez minimes finalement.
09:03Par exemple,
09:04Nicolas Sarkozy
09:05avait instauré
09:06dans sa réforme des institutions
09:07pour certaines nominations
09:09des auditions devant le Parlement,
09:11devant des commissions parlementaires.
09:13Et les commissions peuvent voter
09:16si elles ne sont pas d'accord
09:17mais contre la nomination.
09:20Après, le fait est
09:21qu'il faut un vote
09:22au 3-5ème contre.
09:23Ce qui est énorme,
09:24c'est arrivé qu'une seule fois
09:25depuis 2008.
09:27Richard Ferrand est passé
09:28à une voix près.
09:29Mais il y a du coup
09:30quelques systèmes
09:32comme ça
09:33de guerre de fous
09:34qui ont commencé
09:35à se mettre en place
09:36mais pas beaucoup.
09:38Eh bien, en tout cas,
09:39merci Michael Moreau.
09:40C'était très intéressant
09:41de braquer comme ça
09:43les phares sur ce pouvoir.
09:45Votre livre s'appelle
09:46Sa Majesté Nomme,
09:47enquête sur un pouvoir exorbitant.
09:49C'est paru chez Robert Laffont
09:51et c'est à lire.
09:51Merci beaucoup.
09:52Merci à vous.
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