00:00Daphné Burki et sa nouvelle tête.
00:02Oui, puisqu'il est 9h50 en direct dans le studio de la grande matinale de France Inter.
00:06Ma nouvelle tête ce matin s'appelle Claire Schuste.
00:09Elle est comédienne, elle a grandi dans la vallée de Chevreuse entre une mère institutrice et un père astrophysicien.
00:14Elle n'a pourtant pas trouvé sa vocation en regardant les étoiles,
00:17mais grâce à un professeur qui emmène sa classe voir la cantatrice chauve au théâtre.
00:21La révélation, ce sera comédienne, direction la Sorbonne, le conservatoire, puis les écrans.
00:26Le grand public la découvre d'abord dans la série à succès scène de ménage, en tant que Leslie, c
00:31'est elle,
00:32avant qu'elle n'apparaisse au cinéma chez Eric Judord en Problemos.
00:35Elle se balade entre la toile et les écrans.
00:37Et c'est assez beau parce qu'aujourd'hui, dans le nouveau film d'Agnès Jaoui, l'objet du délit,
00:42Claire Schuste joue justement celle qui tente de faire le lien entre deux mondes.
00:46Dans ce film, plus précisément, les anciennes façons de faire dans les milieux artistiques
00:51et ce que l'époque post-MeToo cherche désormais à réinventer.
00:54Claire Schuste a beaucoup de qualités et un super pouvoir qu'aucune de mes nouvelles têtes n'avait eu jusqu
01:00'à présent.
01:00Elle peut accrocher n'importe quel cadre, parfaitement droit, sans aucun niveau.
01:05Et dans ce monde bancal, croyez-moi, c'est un super pouvoir.
01:08Bonjour Claire Schuste, bienvenue sur France 1.
01:10Bonjour Daphné, je suis ravie.
01:12Moi aussi, comment avez-vous découvert ce don ?
01:14Est-ce qu'il y a eu un premier cadre dans votre vie ?
01:16Est-ce qu'il y a eu une révélation murale ?
01:18Il y a eu un premier cadre où j'étais fascinée, je me suis dit non mais c'est pas
01:23possible, je l'ai vraiment bien mis.
01:24J'ai testé le niveau, c'était parfait.
01:28Plus difficile, il fallait mettre un cadre au-dessus, donc double parallèle.
01:31Et c'est là que ça devient bancal normalement.
01:33Et non, c'était parfait.
01:35Bravo Claire.
01:35Je peux accrocher n'importe quel cadre.
01:37Vous pourriez venir chez moi.
01:38Si vous voulez.
01:39Peut-être qu'aujourd'hui on va parler d'un autre événement.
01:42Vous filez au Festival de Cannes parce que vous êtes à l'affiche du nouveau film qu'on a beaucoup
01:46aimé, je dois dire, d'Agnès Jaoui, présenté hors compétition dans quelques heures.
01:49Et c'est toujours un événement quand Agnès Jaoui, multicesarisée, fait un film et nous tend à chaque fois un
01:55miroir légèrement cruel mais très utile.
01:57Ça fait quoi de décrocher un rôle dans un film d'Agnès Jaoui ?
02:00Ça fait pleurer.
02:03Après le casting, quand elle m'a appelée pour m'annoncer que j'étais sa petite Mirabelle, mon personnage, j
02:08'étais tellement émue.
02:10Un peu stressée aussi parce qu'Agnès, elle m'impressionne.
02:14Donc forcément j'avais peur de ne pas être à la hauteur, peur de ne pas lui donner ce qu
02:18'elle voulait.
02:19Mais c'est un honneur inouï.
02:22L'objet du délit, ça se déroule dans les coulisses d'une production des Noces de Figaro.
02:26L'opéra doit se monter lorsqu'une accusation d'agression sexuelle vient fissurer tout le monde.
02:31Les égaux d'abord, bien évidemment, mais aussi les certitudes et les rapports de pouvoir à l'affiche Agnès Jaoui,
02:37Daniel Auteuil et Ia Aidera.
02:39Et vous, Claire Juste, bande annonce.
02:43C'est les Noces, c'est joyeux.
02:45Ça doit être religieux, ça doit chuchouter.
02:48Et puis après ça explose !
02:50Oui, c'est la première fois pour tout le monde, c'est parfait.
02:52C'est parfait, c'est la preuve que ça va bien se passer.
02:55Non mais on ne peut pas continuer comme ça, il faut qu'il soit remplacé, c'est tout.
02:57Il y en a quelques jours de la première.
02:59Moi j'ai les yeux fixés sur mon conducteur, donc je n'ai rien vu.
03:02C'est à cause de MeToo que les mecs n'osent plus conclure.
03:05À cause de qui ?
03:08Le vieux monde est mort, il faut s'y faire, voilà.
03:14Vous êtes donc Mirabelle, l'assistante mise en scène.
03:17Votre personnage, il est en prise à la question des agressions sexuelles à double titre.
03:21Elle est à la fois harcelée par ce producteur de l'opéra qui veut coucher avec elle
03:25et en même temps elle se sent coupable de ne pas avoir pu empêcher une agression sexuelle
03:29qui se produise sur son plateau.
03:31Vous êtes désarmante de drôlerie.
03:34Parce qu'on sent que vous essayez de faire tenir ensemble en effet l'ancien monde et le nouveau.
03:39Est-ce que vous avez calculé le nom de foi Mirabelle où Mirabelle dit pardon dans ce film ?
03:44Je crois que j'ai eu le casting grâce à ça.
03:48Agnès me demandait d'avoir une toute petite voix aiguë et polie et de m'excuser de tout.
03:56Chaque respiration, chaque Mirabelle, elle s'excuse d'exister.
04:00Il y a Mirabelle qui est en train d'arriver dans le studio, je le sens.
04:03Ah si c'est drôle, c'est drôle, j'adore que Mirabelle soit là.
04:06Au contraire, au contraire, à peu près 2000 fois pardon.
04:10Parce que oui, Mirabelle, elle s'est construite avec cette idée qu'une femme doit rester agréable,
04:14calme, polie pour être aimée et acceptée et ça devient un piège.
04:17Est-ce que vous avez connu vous-même ce moment où il faut désapprendre de s'excuser d'exister,
04:21le moment où il faut en fait taper sur la table ?
04:24Je suis encore en train d'apprendre, j'ai encore peur de taper sur la table.
04:30Je ne parle pas au nom de toutes les femmes, mais personnellement, je me suis construite
04:34avec l'idée qu'il fallait être sage, polie.
04:37On est dans un monde où le pouvoir et les ressources, elles sont beaucoup données aux hommes.
04:42Donc nous, en tant que femmes, on essaie de s'épatouiller avec ça et trouver notre place.
04:46Donc forcément, on ne va pas tout de suite taper du point.
04:48C'est facile de taper du point quand on a pris le pouvoir, de pouvoir dire après...
04:53C'est très juste.
04:53C'est ce qu'on a dit de plus juste dans la matinale de France Inter depuis ce matin.
04:58C'est très vrai, Sonia n'arrête pas de haucher la tête, c'est vrai.
05:01Agnès Jaoui, elle n'a pas cherché des monstres simples.
05:04Tout le monde se débat avec sa morale, sa lâcheté, sa peur de mal faire ou de parler trop tard
05:09aussi.
05:10Et vous, vous représentez la nouvelle génération qui parle de féminisme, de sororité,
05:14qui culpabilise de ne pas avoir réussi à créer suffisamment un safe place.
05:19Est-ce que le film vous a aidé finalement, vous aussi, à réfléchir différemment à notre manière collective de gérer
05:24les violences sexuelles ?
05:25Oui, il m'a fait du bien.
05:28Il m'a fait du bien parce que même avant le tournage, maintenant, on a ce qu'on appelle des
05:32formations VHSS.
05:34On parle des agressions, on parle sur un tournage, comment on va régler les conflits, le harcèlement.
05:42On pose le cadre de respect.
05:44Et c'était intéressant de voir chaque personne son ressenti, les débats qu'il y a encore,
05:50les endroits où on a besoin de discuter, on n'a pas encore les solutions, on n'est pas encore
05:54tous d'accord.
05:55Et arriver à créer un peu un dialogue avec tout ça, moi, ça m'a fait du bien.
05:59Et comme le film est plein de nuances et donne la parole à un peu tout le monde,
06:04ça m'a permis, moi aussi, dans la vie, de m'interroger sur mes paradoxes.
06:09Je ne suis pas parfaite comme tout le monde et je pense que des fois je suis radicale, des fois
06:13moins.
06:14Et c'est ça qui est intéressant, ça bouge, quoi.
06:15C'est particulièrement bien illustré dans l'objet du délit, ce film d'Agnès Jaoui.
06:19Mais ce matin, je vous ai proposé une carte blanche et vous avez choisi un poème.
06:23Oui, de Sylvia Platt.
06:25Est-ce que vous voulez bien nous lire ce poème ?
06:27Parce qu'il dit plein de choses aussi.
06:31Le micro de France Inter est à vous.
06:33J'ai choisi un poème de Sylvia Platt qui s'appelle « La chanson de la putain ».
06:38La gelée blanche envolée et tous les rêves verts de quatre sous, après un maigre jour de boulot,
06:45vient l'heure de cet infecte pute, dont l'approche emplit notre rue,
06:50jusqu'à ce que chaque homme, qu'il soit roux, blond ou brun, suive sa croupe.
06:55« Regardez, mais regardez cette bouche faite pour la violence,
07:01cette face marbrée de rougeurs, de coups, de balafres, infligés au fil des années sombres.
07:07N'y a-t-il pas là un seul homme, capable de retenir son souffle pour marquer au fer rouge
07:13de l'amour
07:13ce masque répugnant qui, sortant d'une flaque noire, d'un caniveau, d'une coupe,
07:20dans mes yeux très sages, révulsés, se plonge. »
07:24« C'est Patti Smith qui vous a fait découvrir ? »
07:27« C'est Patti qui m'a fait découvrir. »
07:30« Elle était au micro de Sonia il y a très peu de temps. »
07:32« Oui, on devrait. »
07:33« Alors, elle pourrait l'appeler Patti, pas vous. »
07:35« Ah là là ! »
07:36« Et Sylvia Platt, c'est quand même de toute l'histoire de la littérature,
07:38la femme la plus désespérée du monde. »
07:40« Mais elle me touche tellement. »
07:42« Aïe, aïe, aïe. »
07:43« On va travailler sur la joie, ma chère. »
07:45« Mais si on écoutait un peu de Patti Smith. »
07:47« Ah oui. »
07:59« Elle est incroyablement sensible, libre et électrique cette Patti Smith. »
08:04« Mais qu'est-ce qu'elle vous apporte ? »
08:04« C'est mon phare. »
08:05« Pourquoi est-ce que c'est votre figure de référence ? »
08:07« C'est un phare. »
08:08« Absolue. »
08:09« C'est une figure féminine, une figure d'artiste, une figure de femme libre, une poétesse. »
08:18« J'ai une valise, j'ai accroché plein de petits autocollants et j'ai mis un petit autocollant avec
08:23écrit
08:23« Quand je doute, je pense à Patti Smith. »
08:25« Parce qu'à chaque fois que j'ai un dilemme dans la vie, où je me dis que je
08:28ne suis pas sûre d'avoir bien réagi,
08:30ou je suis peut-être immature là-dessus, je me dis qu'est-ce qu'elle aurait dit Patti Smith.
08:33»
08:33« Qu'est-ce qu'elle aurait fait Patti Smith ? »
08:34« Et généralement, ça remet les cadres droits. »
08:37« Moi, je pense que c'est ce que j'allais dire, que ça a très bien marché,
08:40parce qu'il y a quelque chose de clair dans votre vie, parce que c'est que déjà vous vous
08:44appelez Claire,
08:44que vous êtes au tout début de votre carrière, que vous êtes une nouvelle tête,
08:48ce qui veut dire aussi que vous pouvez écrire votre légende à tout moment.
08:52C'est-à-dire que vous pouvez ajouter une ligne à votre mythe personnel et lancer une rumeur.
08:57J'adore faire ça au Kino de France Inter. »
08:59« Donc si on devait lancer une rumeur. »
09:00« Mais en fait, c'est une vraie info sur vous, ce serait ? »
09:03« Alors, il faudrait que vous sachiez que tous les matins, je me réveille,
09:06clope au bec et je prends une guitare électrique
09:10et je joue Europa de Santana, les yeux fermés, easy. »
09:20« Voilà, maintenant vous connaissez un peu mieux Claire Chuste. »
09:22« Je voulais que cette vérité soit... »
09:24« Je vous ai dit qu'elle avait tous les talents, cette Claire Chuste. »
09:27« Et il y a un million et demi de personnes qui viennent de l'entendre. »
09:29« Qui viennent d'entendre que le matin, les yeux fermés, elle joue du Santana. »
09:32« Et elle est aussi dans le film. »
09:34Dania Jaoui, l'objet du délit qui sort en salle le 27 mai 2026.
09:38Sous-titrage Société Radio-Canada
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