- il y a 4 heures
Képi et silhouette militaire, Simon Abkarian est le général de Gaulle dans "La Bataille de Gaulle", un film en deux parties, réalisé par Antonin Baudry et présenté hors compétition au Festival de Cannes. La première partie sort en salles le 3 juin, la deuxième le 3 juillet. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-du-mercredi-20-mai-2026-8298450
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00:00France Inter, Benjamin Duhamel, Florence Paracuelos, La Grande Matinale.
00:05Comment raconter De Gaulle au cinéma, au-delà des livres d'histoire et du symbole de la France libre ?
00:12Voici un film qui nous montre l'homme du 18 juin comme on ne l'a jamais vu dans sa
00:16traversée de la guerre,
00:18déterminé mais solitaire, héroïque et dépressif, souvent méprisé par les alliés dans la bataille De Gaulle.
00:25C'est tout cela qui nous est donné à voir, Benjamin.
00:28C'est l'un des films-événements du Festival de Cannes porté par nos deux invités.
00:32Bonjour Antonin Baudry.
00:34Bonjour.
00:34Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter.
00:37C'est vous qui réalisez ce film en deux parties.
00:39Le premier volet s'appelle L'âge de fer et il sera en salle le 3 juin.
00:43À côté de vous et pour incarner le général, un immense acteur de cinéma et de théâtre.
00:48Bonjour Simon Abcariant.
00:49Bonjour.
00:50Merci d'être avec nous ce matin.
00:51Vous êtes tous les deux en direct du grand studio de France Inter à Cannes où votre film sera projeté
00:55ce soir.
00:56Pour commencer, Antonin Baudry, vous n'êtes pas le seul à vous être intéressé à la seconde guerre mondiale cette
01:01année.
01:02Pas moins de quatre films à Cannes sur cette période.
01:04Le moulin de Laszlo Nemes, celui d'Emmanuel Mars sur Vichy et votre De Gaulle.
01:09Pourquoi est-ce que la guerre, la résistance, la collaboration infusent autant le cinéma français en ce moment ?
01:15Qu'est-ce qui vous parle à vous dans cette histoire ?
01:19Moi, ce qui me parle surtout, c'est la figure de De Gaulle et des quelques personnes de la France
01:24Libre qui l'ont rejoint,
01:25qui est le fait qu'ils étaient avant tout porteurs d'un espoir.
01:31Et qu'ils ont placé leur imaginaire avant la réalité de leur temps, qui était celle de la capitulation, celle
01:38de l'occupation.
01:39Et que leur rêve à eux, c'était celui de la France Libre.
01:42Qui, au départ, semblait n'avoir aucune chance d'exister autrement qu'à travers une chimère.
01:48Et qui, à force, effectivement, d'obstination, de lutte contre tous les obstacles possibles, d'humiliation,
01:55à travers le fait de tenir son rêve, ont réussi finalement à incarner quelque chose
02:01qui, ensuite, a changé le destin, non seulement le leur et ceux de beaucoup de personnes, mais ceux d'un
02:06pays entier.
02:07Voilà, c'est cette figure-là, moi, qui m'a frappé.
02:09Donc, vous parlez de rêveurs déterminés, mais est-ce que cette histoire de résistance, elle a encore des choses à
02:15nous dire aujourd'hui ?
02:18Bien sûr, enfin, je veux dire, ça a des choses à nous dire à toutes les époques.
02:23Donc, ce n'est pas vraiment la question, puisque pour moi, la question était plus celle de, effectivement, tenir un
02:32rêve quoi qu'il arrive.
02:34Et après, il y a des questions de personnes qui sont derrière.
02:38C'était des écorchés vifs.
02:39C'était des gens qui ne pouvaient pas accepter l'occupation allemande.
02:43Il y a beaucoup de facteurs qui ont joué.
02:46Mais voilà, ce que je trouve très beau, c'est d'arriver à se lancer dans une cause, même si
02:51elle est perdue d'avance,
02:52ce qui était dans le présent, ce qui leur apparaissait, même s'ils sont condamnés à mort dans leur pays,
02:57même si leurs familles peuvent être inquiétées, de se lancer dans une cause qui paraît perdue.
03:01C'est quelque chose que je trouve extrêmement émouvant quand on regarde les choses de près.
03:04Oui, et ce qu'on voit effectivement très bien dans votre film, la solitude de De Gaulle.
03:08On va en parler dans un instant, mais juste pour rester sur cette question, Simon Abcarihan,
03:12sur le fait que le cinéma français revienne de façon récurrente, et en particulier cette année, sur cette période-là.
03:18Florence parlait des quatre films qui traitent ce sujet à l'occasion du Festival de Cannes.
03:22Le débat culturel s'est enflammé ces dernières semaines aussi autour du film « Des rayons et des ondes »
03:26de Xavier Giannoli sur la collaboration.
03:29Qu'est-ce qui obsède le cinéma français ?
03:33Pourquoi cette période obsède autant le cinéma français ?
03:37Je pense que manifestement, il y a encore des choses à découvrir en ce qui concerne cette époque.
03:42Moi, je suis marié à une Lorraine, ma femme est Lorraine, et c'est vrai que c'est un sujet
03:47assez délicat.
03:49Mon beau-père, qui est décédé maintenant, avait peine à en parler, non pas qu'il cachait quoi que ce
03:54soit,
03:54mais c'était pour eux quelque chose d'encore vif et difficile à redire.
04:01Je pense que si on connaît bien notre histoire, on sait qui on est dans notre présent actuelle.
04:07Je pense que l'époque est la même, on est toujours dans la cinquième, même si avant 40, ce n
04:11'était pas la cinquième.
04:13Je pense que l'époque est la même, c'est le langage qui a glissé quelque peu, même beaucoup, et
04:18donc la pensée.
04:19Je pense qu'il est important de savoir comment s'est constitué ce pays d'aujourd'hui,
04:26la prospérité relative dans laquelle elle continue à vivre grâce à ces âmes et à ces femmes qui, au péril
04:33de leur vie, ont continué.
04:34Alors, peut-être que j'enfonce des portes ouvertes, mais je pense que connaître son histoire, c'est vital pour
04:40continuer à construire ce qui a été entamé au sortir de la guerre.
04:45– Simon Abkarian, c'est vous qui incarnez De Gaulle, et on se dit que ça doit être vertigineux pour
04:50un acteur,
04:51on se dit que ça doit paraître extrêmement difficile de se confronter à cet homme,
04:56de s'approprier ce personnage qui est un peu la grande histoire à lui tout seul.
05:02– Oui, c'est difficile, c'est-à-dire que l'image, l'aspect iconique du général De Gaulle,
05:09il fallait qu'on la rende humaine, qu'on lui rende soufflé cher, à travers le travail d'acteur,
05:16ça ferait l'art de jouer.
05:17C'est vertigineux, évidemment, c'est vertigineux parce que tout le monde pense le connaître,
05:23et je pense que ce n'est pas tout à fait le cas, moi j'ai découvert personnellement beaucoup de
05:26choses
05:27au fur et à mesure que je tournais ce film, des événements qui avaient eu lieu, dont j'ignorais l
05:32'existence.
05:35Oui, c'est une responsabilité, si vous voulez, quoi qu'il arrive, même pour les autres choses que j'ai
05:40faites avant
05:40et que je ferai après, j'aurai toujours cette, comment dire, cette grande appréhension
05:46en ce qui concerne ma responsabilité de représenter un humain ?
05:50Mais comment on trouve le ton juste ?
05:52Comment on fait pour ne pas être théâtral alors que le personnage de Gaulle est éminemment théâtral ?
06:00C'est ça, ça a été tout le travail qu'on a fait avec Antonin, mais ça part de l
06:05'écriture en fait.
06:06La première chose qui m'a, moi, nourri et saisi, c'est le scénario, ses discours,
06:13parce qu'il y a quatre ou cinq, quatre discours dans le film, cinq discours,
06:17qui ont été un petit peu les piliers de notre travail, de mon travail, celui d'Antonin.
06:22Et évidemment, on cherche le corps, la silhouette étant ce qu'elle est, on la connaît,
06:26le képi, l'uniforme, le corps, sa physicalité, mais c'est surtout sa voix, la chose la plus difficile.
06:34Quelle était notre marge de manœuvre en ce qui concerne son phrasé, son éloquence, sa théâtralité ?
06:40Comment on la trouve cette voix ? Est-ce qu'on s'entraîne ? Est-ce qu'on écoute des
06:45discours ?
06:46Comment on trouve ce phrasé ?
06:49C'est d'abord écouter des discours, les lire, les écouter, avoir accès aux archives,
06:56jusqu'à s'en détacher.
06:57Moi, assez vite, j'ai décidé que je me détacherais des images réelles du général de Gaulle
07:06et essayer de faire appel un petit peu à ce qui constitue mon travail, c'est l'imaginaire, l'imaginer.
07:11Je crois que c'est important, c'est d'être dans...
07:13Nous, on a décidé avec Simon de ne pas être dans l'imitation et d'être dans l'incarnation.
07:18Parce que si on essaie d'imiter geste par geste, mouvement par mouvement, etc.,
07:22en fait, finalement, ça finit par être absurde, même robotique.
07:26Ce qui compte, c'est ce qu'il y a à l'intérieur, en fait.
07:28Et c'est ça que Simon a trouvé, à mon sens.
07:30Justement, Simon, sur ce qu'il y a à l'intérieur, vous avez eu des mots à la télévision
07:34qui ont beaucoup ému sur ce que de Gaulle incarnait pour vous, sur ce rapport à la patrie,
07:39ce mot que vous revendiquez.
07:42Vous revendiquez également des identités multiples, françaises, arméniennes, libanaises.
07:45Vous qui avez connu la guerre au Liban, intimement, ce qu'incarne le général de Gaulle
07:52pour la France, pour la France libre.
07:54Comment est-ce que vous avez géré ce rapport-là à ce personnage de l'histoire ?
08:01Il faut imaginer la sidération de voir son pays envahi.
08:07Il faut l'imaginer, ça.
08:09Et je pense qu'il n'y a pas besoin de l'avoir vécu.
08:12Bon, il se trouve que moi, je l'ai vécu deux fois, en tant qu'Arméen, en tant que Libanais.
08:16Mais il faut imaginer ça, cette sidération-là.
08:19Et voir, tout d'un coup, comment on se retrouve...
08:23Qu'est-ce que c'est que cet État-là ?
08:25Surtout la France, qui est une des puissances militaires les plus importantes de l'époque.
08:32Qu'est-ce que c'est que cette solitude-là ?
08:34À un moment donné, on se retrouve seul.
08:35Et moi, ce qui m'a sauvé, c'est son souffle, c'est son écriture, c'est son érudition, c
08:39'est sa détermination, son héroïsme.
08:44Et je trouve que de Gaulle n'est pas seulement un héros français, c'est un héros international, comme Churchill
08:50d'ailleurs.
08:52Il n'y a pas Churchill, il n'y a pas de Gaulle, il n'y a pas de Gaulle,
08:54il n'y a pas de Gaulle, il n'y a pas cette victoire-là, comme on la connaît aujourd
08:57'hui, sur les forces nazies.
09:01Et justement, j'ai lu que vous étiez allé à Colombay, les deux églises, vous recueillir sur la tombe du
09:05général de Gaulle, pour convoquer ses manes.
09:07Qu'est-ce que vous lui avez dit quand vous y êtes allé ?
09:11Ça a été un long silence, c'était un dialogue très silencieux, mais si vous voulez, j'avais besoin de
09:19m'inventer un rituel,
09:20parce que je pense qu'il fallait que je donne une dimension sacrée à ce travail-là, d'arriver à
09:29trouver la résonance qui pour moi est sacrée.
09:37Parce que c'est un lignage, il vient d'un lignage de Gaulle, il ne sort pas de la fente
09:41d'un mur, c'est quelqu'un qui est le fils d'eux, le fils d'eux, le fils d
09:44'eux, voilà.
09:46Il y a cette phrase des mémoires du général qui reflète assez bien ce que vous avez voulu faire, Antonin
09:54Baudry, il dit
09:55« Seul et démuni de tout, je me faisais l'effet de quelqu'un qui prétend traverser l'Atlantique à
10:00la nage ».
10:01Et c'est vraiment ce qui nous frappe dans votre film, c'est la façon dont vous avez mis l
10:06'accent sur la solitude du général.
10:08Personne ne croit en lui, ni les Anglais, ni les Français autour de lui, jusqu'à penser que son appel
10:13du 18 juin va résonner dans le vide.
10:17Oui, c'est vrai, il faut se remettre dans le présent, personne ne le connaît, il n'incarne rien.
10:23Et puis c'est quelqu'un qui, le lendemain de la capitulation française, va voir Churchill dans son bureau,
10:31qui est le seul chef d'État à se battre encore contre le nazisme qui a conquis toute l'Europe.
10:37Et donc au lendemain de la capitulation française, il lui explique que la France n'a pas capitulé et ne
10:41capitulera pas.
10:42Donc il y a un côté qui confine presque à une forme de folie, vu de l'extérieur.
10:48Et puis cette folie-là, finalement, s'avère être juste.
10:52Et c'est ça qui est aussi fascinant.
10:53Vous disiez tout à l'heure, vous parliez de la détermination du rêveur.
10:58Mais ce que vous montrez aussi dans ce film, c'est un De Gaulle quasi dépressif.
11:03Il est pétri de doutes.
11:04Il y a cette scène où il espère rallier l'armée française à Dakar.
11:07Il échoue et il est là, au bord du bateau.
11:10Il semble hésiter à se jeter à la mer.
11:14C'est un trait de caractère qui est peut-être moins connu des Français,
11:16mais qui est aussi essentiel pour comprendre le personnage.
11:20Oui, tout à fait.
11:21Mais je pense, vous savez, que quand on porte ce genre de rêve jusqu'au bout, envers et contre tous,
11:26c'est aussi un fardeau considérable pour un être humain.
11:30Simon Abkariant, sur ce trait de personnalité, si j'ose dire, de caractère,
11:34qui est peut-être moins connu des Français,
11:36puisqu'on héroïse évidemment à raison le général De Gaulle,
11:40sur sa très grande fragilité, fragilité de quasi dépressif à certains moments,
11:45grande fragilité aussi par rapport à sa famille, à sa vie personnelle.
11:49Comment est-ce que vous avez envisagé là ce trait de caractère ?
11:52C'est-à-dire dans son intimité ?
11:54Oui, dans son intimité, oui.
11:56Encore une fois, je me suis référé, moi, au scénario,
12:01et au travail avec mes partenaires et la vision et la direction d'Antonin.
12:06Je pense qu'au moment où il est en train d'agir,
12:09De Gaulle ne sait pas qu'il va entrer dans l'histoire.
12:12Lui, il agit dans son présent.
12:15Donc il a fallu que je me détache aussi de ce que je savais,
12:19du fait de l'histoire, et je me détache de ça.
12:22Il se trouve que j'ai cru comprendre qu'il aimait,
12:26que c'était un homme de famille, c'était un homme de foi, c'était incroyant.
12:30Et toutes ces additions-là, on fait que.
12:33C'est-à-dire que, quand il retrouve sa famille à Londres,
12:37moi, j'ai été séparé de la mienne après la guerre du Liban.
12:41Et les retrouvailles sont toujours délicieusement douloureuses,
12:46ou douloureuses et délicieuses, je ne sais pas comment dire,
12:48mais cette séparation, on est tous peut-être des pères de famille,
12:53des mères de famille, on a des enfants,
12:55on a été les enfants de nos parents,
12:57et les séparations sont d'autant plus...
13:01Les retrouvailles, je veux dire, sont d'autant plus terribles
13:04parce que la séparation l'a été aussi, du fait de la guerre.
13:08La guerre, c'est quelque chose qui révèle, qui sépare, qui détruit,
13:10mais qui révèle aussi, et qui confirme aussi,
13:13les amours et les engagements, malheureusement.
13:16L'histoire de l'humanité, c'est écrit de guerre en guerre aussi.
13:18Je suis navré de le constater, mais c'est comme ça.
13:20Il y a des dialogues savoureux dans ce film,
13:24qui sont ceux des face-à-face entre De Gaulle et Churchill,
13:27et on sent à chaque fois l'ambivalence entre les deux hommes,
13:31on sent de l'acconnivence, de la défiance, de l'admiration,
13:35c'est assez mélangé.
13:38Ça, ça a été difficile à écrire et à montrer ?
13:42Difficile, je ne sais pas, ça a été un grand plaisir,
13:44à la fois à écrire et à la fois à diriger
13:47deux extraordinaires comédiens sur des scènes comme ça,
13:49ça a été un grand bonheur, parce que c'est vrai
13:50que dans le fond, cette relation est vraiment intéressante.
13:53C'est-à-dire que Churchill soutient De Gaulle
13:55à un moment où son intérêt, c'est vraiment de faire le contraire.
14:00Il faut rappeler que le danger à cette époque-là,
14:02c'est une invasion allemande de l'Angleterre.
14:04C'est un danger très réel et que Churchill, pour ça,
14:06a besoin que la flotte française ne tombe pas dans la main des Allemands.
14:09Soutenir De Gaulle à ce moment-là,
14:10c'est prendre encore plus un risque à ce niveau-là.
14:13Et finalement, il choisit de le soutenir.
14:14Et il s'en mord les doigts, après tout le long,
14:17du fait de beaucoup de choses.
14:20Mais il y a une relation d'amour,
14:22une relation père-fils,
14:23il y a quelque chose de très complexe dans cette relation.
14:25Et c'est vrai que c'est un des...
14:27Comment dirais-je ?
14:29Une des choses assez...
14:32Un des selles du film.
14:33Il le lâche, Churchill lâche De Gaulle
14:35à un moment donné.
14:37On pense qu'il doit lui-même penser
14:40qu'il va être carrément écarté du jeu.
14:41Parce qu'il tient tête aux Britanniques,
14:43parce qu'il agace énormément
14:45les Américains qui ne lui font pas confiance.
14:46Donc c'est aussi un homme
14:48qui, à un moment donné,
14:49voit son rêve se déchirer.
14:53D'une certaine manière.
14:54Mais en même temps, il tient.
14:55Il tient.
14:56C'est-à-dire qu'il ne fait jamais de compromis.
14:58Et c'est parce qu'il ne fait jamais de compromis
15:00qu'il arrive.
15:00Alors des fois,
15:01on peut penser que c'est des erreurs.
15:03D'ailleurs, sur le coup, il fait des erreurs.
15:05Mais à force de persévérer dans ses erreurs,
15:06ça devient aussi des coups de génie.
15:08Et évidemment, ça agace extraordinairement de Churchill.
15:10Mais les deux ont une vision assez romantique,
15:12en fait, assez sentimentale.
15:14Par opposition à d'autres personnages
15:16comme Roosevelt, par exemple,
15:17qui sont beaucoup plus rationnels.
15:20C'est vrai que De Gaulle et Churchill
15:21ont quelque chose de romantique.
15:23Et je crois que ça joue beaucoup
15:24dans leurs décisions.
15:25Simon Abcariot, c'est très beau de voir
15:27depuis le début de cet entretien
15:28les parallèles que vous pouvez faire
15:30avec ce que dit l'histoire de De Gaulle de vous.
15:32Et c'est vrai que dans cette relation
15:33avec Churchill, il y a cette croyance
15:36qui parfois dans le film frise presque
15:39avec la façon dont De Gaulle est persuadé
15:41d'incarner la France, d'être la France.
15:44Et ce rapport à la patrie,
15:45et ce rapport à la langue.
15:47Comment est-ce que vous, vous avez...
15:49Qu'est-ce que vous avez aimé ?
15:50Qu'est-ce que vous gardez de ça aussi
15:51encore aujourd'hui ?
15:55Cette folie-là,
15:56cette folie-là, pétrie de son érudition,
16:00de la connaissance de sa littérature,
16:03de sa langue, de son souffle,
16:06et de son entêtement.
16:10Vous savez, dans le film,
16:11à un moment donné,
16:11quelqu'un lui dit
16:12mais en général,
16:14si vous aviez été au moins élu quelque part,
16:16même dans un tout petit village,
16:17ça aurait changé la donne.
16:18Et lui répond à Cotac
16:19que Jeanne d'Arc n'a jamais été élu.
16:22Et les gens font les gérons
16:23en face de lui, quoi.
16:24Et c'était Loïc...
16:26Oui, Loïc Parberie,
16:27qui joue René Pleven.
16:29Et il a fallu que je me morde la langue
16:31pour ne pas éclater de rire,
16:32parce que vraiment,
16:34c'était...
16:35C'est assez loquace,
16:36mais en même temps,
16:37c'est vrai.
16:38C'est quoi aujourd'hui
16:39être à la hauteur
16:40du combat de De Gaulle ?
16:42Est-ce que le mot de résistance
16:43c'est toujours d'actualité ?
16:45Et à quoi,
16:46à qui,
16:47faudrait-il résister ?
16:49Une attitude d'intérieur,
16:51moi, je crois.
16:52C'est...
16:53Il n'y a pas de recette magique.
16:56Simon Abkarian ?
16:57Je crois que si on...
17:00D'abord,
17:01reconnaît sa douleur,
17:02parce que la résistance
17:03vient d'une souffrance,
17:04qu'elle soit mentale
17:05ou physique,
17:09reconnaître sa souffrance,
17:10en nommer l'origine
17:11et combattre l'origine
17:13de cette souffrance.
17:14Et la combattre,
17:15ça veut dire résister.
17:17Je pense que parfois,
17:18on attend que le couteau
17:19ait atteint l'os
17:20pour pouvoir comprendre
17:21qu'on est dans une difficulté extrême
17:23et qu'il faut réagir assez vite
17:25afin de ne pas perdre
17:27ce qu'il nous reste de vie, quoi.
17:28Il y a beaucoup aujourd'hui,
17:30Antonin Baudry et Simon Abkarian,
17:31de responsables politiques
17:33qui revendiquent
17:34l'héritage du général de Gaulle,
17:36y compris quand ils appartiennent
17:37à des partis
17:38qui ont été fondés
17:39par des fervents antigaullistes.
17:41On pense notamment
17:41au Rassemblement National.
17:43Cette invocation-là,
17:45permanente,
17:46dans le débat public
17:46du général de Gaulle,
17:48quel regard est-ce que vous portez
17:51là-dessus ?
17:52Moi, j'ai essayé de m'en abstraire
17:53complètement pour créer ce film.
17:56Après, le fait que, disons,
17:59qu'il y a un travail de prédation,
18:01de réappropriation,
18:02de récupération
18:03de la figure de de Gaulle
18:06dans la France d'aujourd'hui,
18:07c'est une réalité.
18:08Et très sincèrement,
18:09je ne peux rien faire contre,
18:10mais je ne vais pas non plus l'aider.
18:11Non, mais Simon Abkarian,
18:13quand vous entendez
18:14ces responsables politiques-là,
18:15il faut me dire les choses
18:16du Rassemblement National
18:17d'Extrême-Droite,
18:19revendiquer les mannes
18:19du général de Gaulle
18:20aller parfois en pèlerinage,
18:22comme vous l'avez fait
18:22à Colombais-les-Deux-Églises,
18:24quand on sait leur histoire.
18:25Ce qui fait défaut,
18:26c'est vous qui venez
18:27de faire allusion,
18:28c'est qu'ils disent.
18:30Et de Gaulle ne faisait pas
18:32que dire.
18:33De Gaulle avait du souffle.
18:35De Gaulle avait une vision
18:36qui était très claire
18:37en ce qui concerne la France.
18:40Et les forces qu'il a combattues
18:41sont les forces qu'il a combattues.
18:43Mais vous savez,
18:45c'est comme être certains gaullistes
18:48de la dernière heure.
18:49C'est comme les chrétiens
18:50de la dernière heure.
18:51C'est-à-dire qu'ils se réclament
18:52de la chrétienté,
18:53mais ils ne sont pas du tout
18:54au fait des préceptes
18:57du Christ.
18:59Et je pourrais donner
19:00d'autres exemples
19:01en ce qui concerne
19:01d'autres idéologies.
19:05Mais le gaullisme,
19:06ça part d'un homme.
19:07Ça part d'un homme
19:08qui vient d'où il vient,
19:09l'érudition qu'il a
19:10et l'éducation qu'il a.
19:13C'est-à-dire qu'il sait
19:14ce que c'est que 1815,
19:15il sait ce que c'est que 1870,
19:17il a fait 14-18.
19:19Donc c'est un soldat,
19:21c'est un officier
19:22qui sort de Saint-Cyr.
19:24Et puis il a cette faculté
19:27de voir au-delà
19:29de son temps présent.
19:30C'est-à-dire,
19:31si aujourd'hui il était là,
19:32je suis sûr qu'il parlerait
19:32des drones, etc.
19:33C'est un militaire
19:34qui connaît son métier
19:35et qui sait qu'à l'époque,
19:36l'inmaginot ne suffira pas
19:38à contenir
19:40l'invasion allemande.
19:43Pour terminer, messieurs,
19:45et sans faire de parallèles
19:46hasardeux, évidemment,
19:48ce mot de résistance,
19:49on l'entend beaucoup
19:50à Cannes cette année
19:51où vous êtes tous les deux
19:53avec la tribune
19:54de plus de 2000 professionnels
19:55du cinéma maintenant
19:56contre Vincent Bolloré.
19:57La réponse du patron de Canal
19:58plus qu'il ne veut plus
19:59travailler avec les pétitionnaires,
20:01le gouvernement
20:02qui tente de calmer le jeu.
20:03Quel regard ?
20:05Est-ce que vous portez-vous
20:06sur cet affrontement politique
20:08au cœur du cinéma français ?
20:10Je pense que Canal plus
20:11est une pièce maîtresse
20:12du dispositif du cinéma
20:15en France
20:15et que la France est un pays
20:18qui rayonne par son cinéma
20:19dans le monde.
20:21Il est vrai qu'il y a beaucoup de...
20:23La diversité du cinéma français,
20:25c'est quelque chose
20:25qu'il faut revendiquer
20:27et protéger.
20:28Donc je comprends
20:29qu'on soit par nature inquiet
20:30sur l'avenir
20:32de ce qui permet
20:35au cinéma français
20:36d'être riche, fort
20:37et de rayonner
20:38dans le monde entier.
20:38Simon Abcariant,
20:39sur cette même question
20:41et sur ce qu'a dit
20:42le patron de Canal plus
20:43de ne pas vouloir travailler
20:44avec ceux
20:45qui ont signé
20:46cette pétition
20:47qui, je le rappelle,
20:48dénonçait l'emprise
20:49de Vincent Bolloré
20:50sur le cinéma français.
20:51Alors,
20:52j'ai toujours pensé
20:53que ça fait longtemps
20:54que je le pense,
20:55ça fait une trentaine d'années
20:55que je l'écris dans mes pièces
20:57et que dans certaines tribunes
20:59que j'ai pu écrire,
21:01je pense que
21:02l'ultime champ de bataille
21:03sera celui de l'imaginaire.
21:05Donc, je comprends
21:07que certaines personnes
21:09et forces voudraient
21:11se l'approprier
21:13et je pense,
21:16comme dit Antonin,
21:17il est important
21:18parce qu'il y a beaucoup
21:19de gens,
21:19notamment à droite,
21:20qui parlent d'amour
21:22de la France.
21:22Parlons-en.
21:24l'amour de la France
21:25et aussi son rayonnement,
21:27sa langue
21:27qui résonne à travers le monde
21:30de par le cinéma,
21:31de par sa littérature,
21:32de par son théâtre,
21:33de par ses philosophes,
21:36etc.
21:36Mais parlons de cinéma.
21:38Moi, je viens du Moyen-Orient,
21:39je sais l'impact
21:41que la France a pu avoir
21:42sur les différents pays
21:43que j'ai pu fréquenter.
21:45Et si on aime tant la France,
21:47il faut défendre
21:48non seulement le cinéma français,
21:49mais aussi ses artistes
21:51et aussi le CNC
21:54et arriver à trouver
21:57un endroit
21:58où on puisse se rencontrer.
21:59Maintenant,
22:00quand vous parlez de résistance,
22:02un acte de résistance,
22:03c'est aussi de faire un film
22:04comme on a essayé de le faire.
22:07C'est ça aussi,
22:08c'est de penser
22:09au monde qu'on défend,
22:10au mode de vie qu'on défend.
22:13Voilà, moi, je pense que,
22:15comme je l'ai dit souvent,
22:17la France, pour moi,
22:18c'est sa langue.
22:20C'est sa construction
22:21à travers sa langue,
22:22à travers les âges,
22:23dans sa langue.
22:24Et si on veut que cette langue
22:25continue à résonner
22:26à droite et à gauche,
22:27il va falloir qu'on réfléchisse
22:29à ce qu'on veut faire
22:30de l'argent dont on dispose
22:32et des artistes
22:32qui font le cinéma français.
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