00:00Il ne faut pas hésiter à témoigner, il ne faut pas hésiter à se manifester à la fois auprès de
00:05la justice, des journalistes, des avocats,
00:07mais en tout cas, il ne faut pas hésiter à se manifester.
00:10Les familles ont besoin de réponses et puis nous ne savons pas si l'auteur de ces faits est toujours
00:15agissant.
00:16Donc c'est très important d'agir maintenant.
00:19Les points communs, c'est d'abord une période qui est assez réduite entre ces différents faits.
00:25C'est évidemment les lieux, mais c'est surtout les conditions dans lesquelles ces jeunes femmes ont disparu.
00:30D'abord parce qu'elles se ressemblaient, qu'elles avaient plus ou moins le même âge,
00:35qu'elles avaient plus ou moins des physiques identiques et qu'elles partent dans des conditions qui sont assez similaires.
00:41Ces trois jeunes femmes n'ont jamais pu donner de nouvelles.
00:45On n'a pas constaté de dépenses particulières ou de documents qui auraient pu apparaître lors des premières vérifications.
00:54Il y a quand même eu quelques vérifications, même si elles sont sommaires.
00:57Et puis ces jeunes femmes n'avaient pas des personnalités qui les amenaient à aller refaire leur vie sans donner
01:03de nouvelles à leur famille.
01:05C'était des jeunes femmes qui étaient bien dans leur peau, qui étaient bien dans leur famille,
01:10qui avaient envie d'avancer, qui avaient du travail pour certaines, qui avaient un environnement relativement stable.
01:17Donc il n'y avait pas de raison pour que ces jeunes femmes disparaissent plus de 30 ans sans donner
01:22de nouvelles.
01:22Il y a un moment où parfois, quand on décide de s'éloigner de sa famille, peu de temps après,
01:27on donne des nouvelles.
01:28Là, ce sont des jeunes femmes. On n'a plus de traces d'elles. Elles se sont absolument volatilisées.
01:34Il n'y avait aucune raison dans leur histoire personnelle.
01:37Il n'y a aucun élément qui laisse à penser qu'elles auraient pu se suicider, avoir un accident
01:42ou peut-être fréquenter des personnes qu'il ne fallait pas fréquenter.
01:44Ça m'a paru indispensable de transférer ces dossiers au pôle de Nanterre.
01:48D'abord, parce que je suis à l'origine de la création de ce pôle avec d'autres personnes.
01:52On a voulu ce pôle pour aider ces dossiers plus complexes, pour qu'il y ait des moyens de développer,
01:56mais aussi pour qu'on ait des magistrats qui connaissent la sérialité, qui connaissent les criminels en série,
02:02qui savent travailler des dossiers dits « call case », c'est-à-dire des dossiers où la justice a
02:07échoué pendant des années.
02:09Et eux, ils n'ont pas cet a priori qu'ont d'autres magistrats.
02:13Les magistrats du pôle « call case », ils savent qu'un des dossiers comme ça, on peut les résoudre.
02:17Et ils savent le faire, ils connaissent les chemins pour résoudre ces dossiers.
02:21Donc, c'est important de les réunir d'abord dans les mains d'un même magistrat,
02:25puis d'un magistrat expérimenté en « call case » et en sérialité,
02:29puisqu'on pense évidemment que ces dossiers peuvent être liés.
02:32On ne le sait pas, mais en tout cas, on le pense.
02:34Et puis, avec des magistrats qui ont aussi des moyens pour travailler,
02:37qui ont le temps de travailler ces dossiers et qui ont les moyens.
02:40À partir du moment où les magistrats locaux ne se sont pas intéressés à ces jeunes femmes,
02:45qui ne les ont pas recherchées, qu'on les a traitées comme rien,
02:49moi, je n'ai pas envie de remettre les dossiers dans les mains de cette justice qui ne s'est
02:53pas intéressée à elle.
02:55Je pense que cette justice de Nanterre, ce pôle « call case », bien que loin de la Réunion,
03:00va pouvoir travailler, déployer des moyens que n'utiliseront pas les magistrats locaux.
03:06L'appel à témoins, en fait, on a toujours l'impression que lorsque des faits ont 30 ou 40 ans,
03:12c'est trop tard, que les témoins sont décédés, etc.
03:14Mais non, le monde a changé.
03:16On a même des fois des images, on a des vidéos, on a des photos.
03:20À l'époque, on avait quand même déjà, je dirais, du matériel
03:24qui nous permettait de garder la mémoire des faits et de la vie de ces personnes.
03:28La deuxième raison, c'est qu'on a pu les apercevoir quelque part,
03:32on a pu les apercevoir dans un véhicule.
03:35Elles ont pu confier à des amis des éléments sur telle ou telle personne
03:40qui pouvait les inquiéter, ou est-ce qu'elles ont été suivies à un moment
03:44et elles en ont parlé à une amie, ou est-ce qu'elles se sont confiées
03:46sur des difficultés qu'elles avaient avec un collègue de travail, etc.
03:50On a forcément des personnes qui les ont vues quelque part,
03:54puisque ce sont des jeunes femmes qui prenaient le bus pour aller travailler,
03:57ou marcher pour aller à la gare, etc.
03:59Il y a peut-être des personnes qui connaissent l'auteur ou les auteurs des faits.
04:03Et il est temps qu'ils parlent, parce qu'évidemment, les personnes,
04:07elles nous disent toujours, mais nous, on pensait que c'était réglé,
04:09ou on pensait qu'on avait trouvé quelqu'un,
04:11ou on pensait que tout le monde avait abandonné,
04:13que ça n'intéressait personne, ce que j'avais à dire.
04:15Et donc, non, que le moindre petit détail peut nous intéresser.
04:18Si des personnes ont vu des ossements humains et qu'ils ne les ont pas signalés,
04:24il faut les signaler pour qu'on puisse retrouver les corps de ces jeunes femmes
04:27et qu'on puisse les rendre à leur famille,
04:29puisque ce qu'elles attendent des familles, c'est déjà de pouvoir leur donner une sépulture digne
04:33et savoir qu'elles sont là, qu'on les a retrouvées.
04:36Quel que soit ce qui leur est arrivé, c'est important de rendre ces ossements.
04:40Et des fois, on a un peu peur de le dire quand on trouve des ossements.
04:42Il faut le dire, il faut nous le dire, quitte à écrire aux journalistes,
04:46quitte à nous écrire à nous, mais il faut nous le dire si des corps ont été retrouvés.
04:51Et puis, il faut savoir aussi qu'on peut témoigner sous X,
04:53c'est-à-dire qu'on peut témoigner de façon anonyme.
04:56Et donc, il faut aussi utiliser ce vecteur-là si on a peur,
04:59si on a peur de quelque chose, mais qu'on sait des choses concernant ces jeunes femmes.
05:04On peut témoigner de façon anonyme.
05:06Le transfert a été très long parce que d'abord, il a fallu se faire entendre des magistrats
05:11qui cherchaient des procédures qu'il ne retrouvait pas,
05:14qui n'avait peut-être pas beaucoup d'intérêt pour ces dossiers.
05:16Je n'en sais rien, mais en tout cas, ça a été très long.
05:18Je n'en ai pas l'explication, mais je trouve que c'est un temps d'enquête qui est perdu.
05:23Il nous a fallu pratiquement trois ans pour arriver à cet appel à témoins.
05:26Souvent, on a un petit bout d'enquête et puis on abandonne très vite
05:29selon les convictions des enquêteurs qui sont transmis au magistrat
05:32en disant « on ne trouvera plus rien, on verra bien dans le futur, etc. »
05:36Et en fait, ce sont aussi des victimes qui n'intéressent pas grandement la justice.
05:39C'est-à-dire que toutes ces femmes, on va nous dire « elles ont refait leur vie,
05:43elles sont parties avec un copain, etc. »
05:45On minimise la situation et on laisse les familles dans le questionnement,
05:49dans la douleur et seules.
05:51Et vous savez, prendre un avocat, c'est compliqué aussi pour les familles
05:55parce que ça peut avoir un coup, mais c'est aussi difficile parce qu'on n'ose pas trop.
05:59Et puis souvent, les enquêteurs vous disent « mais non, on va tout faire,
06:02ne prenez pas d'avocat. »
06:03Si vous saviez le nombre de victimes qui m'ont dit cela,
06:05et c'est un petit peu ce qui s'est passé dans toutes ces affaires,
06:08c'est le point commun de toutes ces affaires.
06:09C'est une justice défaillante, des enquêteurs défaillants,
06:13qui n'ont pas envie de faire, qui ne savent peut-être pas comment faire,
06:15et des familles qui n'osent pas se mobiliser contre des policiers ou des juges.
06:20Les familles, elles attendent, elles pensent qu'on va leur rendre justice,
06:22qu'on s'occupe d'elles et on leur fait croire cela.
06:25Et un jour, elles se réveillent.
06:27C'est le cas à La Réunion.
06:29Un jour, elles se réveillent.
06:30Et elles se disent « mais ce n'est pas normal, ça n'est pas acceptable.
06:33Je n'accepte pas, moi qui ai vieilli aujourd'hui,
06:36je me dis « mais ce n'est pas possible ».
06:37Et voilà, c'est ce qui fait que ces affaires rebondissent.
06:40Et on les résout.
06:41On les résout grâce à ces réactions des familles.
06:44On les résout quand on a des enquêteurs.
06:46Il y a plus d'une centaine de dossiers au pôle Colquais
06:48où les juges eux-mêmes ont l'espoir de résoudre ces affaires.
06:51Il faut savoir aussi que grâce, je dirais,
06:54à toute la police scientifique et technique
06:57qui évolue vraiment beaucoup, beaucoup,
06:59qui évoluent régulièrement, les techniques évoluent.
07:02On trouve des empreintes génétiques, par exemple,
07:05sur des supports qu'on ne pouvait pas utiliser auparavant.
07:07Donc ça aussi, cette nouvelle technologie,
07:09elle va servir ces dossiers.
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