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  • il y a 21 heures
Siri Hustvedt, écrivaine, poétesse et essayiste américaine, autrice de “Ghost Stories” (Gallimard). Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/le-grand-portrait/le-grand-portrait-du-mardi-19-mai-2026-2441552

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00:00Bonjour Siri Hutzbeth, bonjour, merci d'être venue à Paris, merci d'être venue à la maison de la radio.
00:08Alors ce livre, ce sera le premier de vos livres que Paul Auster ne va pas relire.
00:14Oui, c'est vrai.
00:17Même les poèmes que j'ai publiés en 1983, Paul et moi, on les a tous.
00:30Ils ont passé une revue ensemble, même si je les avais écrits avant de le rencontrer.
00:34Et j'aimerais dire qu'en fait, toute la prose de Paul a été éditée par moi.
00:42Mais absolument.
00:44Écoutez, je vous fais écouter la voix de votre mari, je vous fais écouter la voix de Paul Auster.
00:49Il parle français, il était au micro France Culture et il parle de vous.
00:55Je lis à haute voix à Siri.
00:57Elle me donne sa réponse initiale.
01:01Elle a toujours raison.
01:03Après 37 ans, elle n'a jamais eu tort.
01:08Quand elle dit, ça ne marche pas, elle a raison.
01:12En 30 ans, 35 ans, j'avais eu peut-être une dizaine d'éditeurs différents.
01:19Mais Siri est constante, elle est toujours là.
01:22Et j'ai beaucoup plus de confiance en elle.
01:25Parce que d'abord, elle est plus intelligente que tous les éditeurs.
01:29Et elle-même, je vis avec un vrai génie.
01:35Voilà.
01:37Je vis avec une vraie génie.
01:41Il m'a aimé vraiment.
01:45Il m'aimait vraiment.
01:47Il vous aimait vraiment.
01:49Et d'ailleurs, avec votre fille, Sophie, que vous avez eue ensemble, vous vous dites parfois
01:55« Mais qui va parler de nous de manière aussi dithyrambique, maintenant qu'il n'est plus là ? »
02:04Elle m'a dit en anglais « Maman, qui va nous louer de cette façon-là ? »
02:14Et je n'ai pas pu lui faire une réponse malhonnête.
02:20Je lui dis « Sophie, il va falloir qu'on fasse ça et qu'on se le dise qu'on
02:27a eu.
02:27On a eu ces mots et qu'on l'a eu. »
02:31Alors, ce livre est quand même une histoire de fantôme.
02:39Donc, vous racontez que Paul vous dit « Désirer être un revenant. »
02:46Que Paul vous dit qu'il va revenir vous voir terminer votre prochain livre.
02:53Oui, il l'a dit plusieurs fois.
02:57Il a dit « Je veux être un revenant. »
03:00Quand il se savait en train de mourir.
03:03Et je me suis demandé
03:07si, en disant cela,
03:11ce n'était pas une façon de déclencher sa présence en moi le jour de son enterrement.
03:18Je ne sais pas quel rôle jouent les mots
03:25dans les fantômes
03:27tels que le système nerveux peut les produire.
03:30mais j'ai le sentiment que c'était peut-être une forme de catalyseur.
03:36Et vous dites aussi
03:37que, en fait, des fantômes,
03:40vous en avez fréquenté
03:42et vous en avez senti
03:43depuis que vous êtes une enfant.
03:49Oui, c'était
03:52vraiment au tout début de la puberté.
03:54Quand j'étais petite,
03:58dans la maison de famille,
03:59il y avait une présence
04:01qui allait et venait
04:05en dessous des escaliers
04:06dans cette maison.
04:08Ça a duré au moins deux ans.
04:10Mais c'était une présence effrayante, menaçante.
04:20Et je ressentais un mélange de peur
04:23et un même temps de compréhension irrationnelle
04:29parce que je savais bien,
04:32rationnellement, justement,
04:33qu'il n'y avait rien là.
04:36Mais j'ai énormément travaillé
04:38sur la question de la présence
04:40en neurosciences.
04:41Et donc, quand j'ai senti celle de Paul,
04:43je n'ai pas été surprise du tout.
04:45Et je sais que le deuil
04:47produit souvent cette présence chez des gens.
04:49Alors, c'est que vous êtes peut-être
04:51sensible aux maisons,
04:53tout simplement,
04:54à cette maison dans laquelle vous avez grandi,
04:56à cette maison que vous avez habitée
04:58avec Paul Auster pendant 30 ans
05:00à Brooklyn.
05:03Exactement.
05:06Je crois que,
05:08une partie de ma petite théorie
05:09que j'expose dans le livre
05:11sur ce qui se passe,
05:13je crois que la réalité,
05:16la perception de la réalité
05:18qu'a une personne,
05:19la phénoménologie du quotidien,
05:22ce que Maurice Marleau-Ponty
05:24appelle le corps habitus,
05:28quand une personne disparaît,
05:32le paysage qu'est la maison
05:35change de façon drastique.
05:38Je m'éveillais avec cet homme,
05:40on prenait notre petit-déjeuner ensemble,
05:42ensuite on se mettait au travail,
05:43je l'entendais travailler.
05:47Sa présence physique quotidienne,
05:50elle faisait partie de ma phénoménologie.
05:52Et quand quelque chose
05:54d'aussi fondamental
05:57disparaît,
06:01le système nerveux a tendance,
06:03avec sa grande sensibilité,
06:06à stimuler
06:08et à simuler
06:09la chose qui manque.
06:10même si vous n'avez pas touché
06:12aux objets,
06:13même si vous n'avez pas touché
06:15à ses stylos,
06:16même si vous n'avez pas touché
06:17à sa machine à écrire,
06:18même si les objets sont toujours là,
06:20le paysage est quand même changé.
06:25Les objets dans la maison,
06:28je crois,
06:31en particulier aujourd'hui,
06:34me rassurent et me réconfortent énormément.
06:39Marcher dans cette maison
06:41qu'on a bâtie ensemble,
06:42Paul et moi,
06:42au fil des années,
06:43de nombreuses années,
06:44et regarder ces objets,
06:46c'est quelque chose
06:47qui me réconforte.
06:50Mais la presse,
06:51c'est complètement autre chose.
06:55Je suis consciente
06:57des sentiments que j'ai
06:59quand je regarde un tableau,
07:01par exemple,
07:01qu'il a amené chez nous,
07:03que moi,
07:03j'ai installé chez nous avec lui,
07:05quand je regarde sa machine à écrire,
07:07un objet extrêmement émouvant pour moi.
07:13Mais là,
07:14c'est une production inconsciente
07:16de quelque chose de très précis.
07:18C'est pour ça que j'ai cité
07:20William James,
07:21qui a passé du temps
07:23à parler justement
07:23de ces questions de présence.
07:26Moi,
07:27ce n'était pas justement
07:28les sens qui jouaient.
07:29C'est ça qui a intéressé James
07:31dans ce passage en particulier
07:32que je cite
07:34dans le livre
07:35sur la variété
07:35des expériences religieuses.
07:38Il y a...
07:41Quel âge vous avez
07:42quand vous rencontrez Paul Auster ?
07:44J'avais 26 ans.
07:47Je venais d'avoir 26 ans
07:514 jours avant de le rencontrer.
07:52Donc, j'étais jeune.
07:55Mais ce qui est très joli,
07:57c'est que vous dites
07:58qu'il était plus âgé que vous.
08:01Oui,
08:018 ans de plus.
08:02C'est ça.
08:03Il avait 8 ans de plus.
08:04Il était marié,
08:05il avait déjà un petit garçon,
08:07Daniel.
08:08Mais ce que vous dites,
08:08c'est qu'en réalité,
08:10ce qui vous manque
08:11très cruellement,
08:12ce n'est pas le jeune
08:13Paul Auster
08:14que vous avez rencontré
08:15quand vous aviez 30 ans.
08:17C'est l'homme
08:17avec qui vous aimiez vieillir.
08:19Oui.
08:20Oui.
08:23C'est effectivement
08:24le magie qui me manque.
08:27Et je crois que c'est parce
08:29qu'il y a autre chose
08:30que je souligne aussi
08:31dans ce livre
08:34que j'appelle
08:34la fin.
08:39Parce que,
08:40que j'appelle, pardon,
08:40le « et »
08:41le « et » majuscule.
08:42Parce que Paul me manque,
08:44mais Siri et Paul me manquent.
08:46Ce qui me manque,
08:47c'est la dynamique
08:49entre nous,
08:49et c'est la relation
08:51qu'on a inventée
08:53et qui a changé
08:54et évolué
08:54au fil de ses 44 ans.
08:57Donc celui qui me manque,
08:58c'est le vieux.
08:59Celui qui est mort
09:00et que j'aimais encore
09:02si profondément,
09:03c'est lui qui me manque.
09:04Et alors,
09:05votre fille, Sophie,
09:06a eu un bébé
09:08quatre mois
09:09avant la mort de Paul.
09:10C'est le petit Miles.
09:12Quel âge il a,
09:13le Miles ?
09:14Il a deux ans
09:18et quatre mois.
09:18Et Paul,
09:20se sachant malade
09:21et se sachant condamné,
09:22lui a écrit
09:23moins d'une dizaine
09:25de lettres
09:25qu'il lui a adressées
09:27pour raconter
09:29qui vous étiez,
09:30vous sa grand-mère,
09:31qui était sa mère,
09:32qui il était lui,
09:33son grand-père.
09:36Il a eu cette idée
09:40d'écrire
09:41un court texte,
09:42un court livre
09:43qui s'appellerait
09:43« Lettre à Miles ».
09:47Pas adressée
09:48au bébé
09:48de quatre mois
09:51qui existait
09:52qu'il vivait
09:53au moment de sa mort,
09:54mais pour un Miles
09:55imaginaire,
09:56un Miles futur
09:57qui pourrait lire
09:58l'histoire
09:59de ses parents,
10:00de ses grands-parents.
10:02Et je sais
10:02qu'il voulait
10:03remonter encore
10:04plus loin
10:05dans le récit
10:06sur les deux
10:08volets,
10:09les deux versants
10:10de la famille de Miles
10:11dans les deux branches
10:12et il n'a pas pu
10:13achever ce projet.
10:14Après sa mort,
10:17je ne savais pas du tout
10:18encore que j'allais
10:19écrire ce livre.
10:22Je me suis dit
10:23que je ne pouvais
10:24écrire sur rien d'autre
10:26et j'ai pensé
10:27à ces 35 pages
10:30qui avaient écrit
10:31et je me suis dit
10:32« Publier un livre
10:34avorté,
10:35un projet avorté,
10:36ce ne serait pas
10:36aussi bien
10:37que si je pouvais
10:38peut-être le tisser
10:39dans un livre
10:40qui parlerait de Paul,
10:42de Paul et moi,
10:43de notre famille
10:43et qui lui permettrait
10:46de parler
10:48en son nom,
10:49d'entendre la voix
10:51de Paul
10:51et que le lecteur
10:52puisse comprendre
10:57ce que moi,
10:58je pense
10:59de notre mariage.
11:01Mais lui aussi,
11:02les deux voix
11:02sont dans le livre,
11:03c'est comme un long dialogue.
11:06Quand j'ai compris,
11:08je me suis dit
11:08que c'était ça
11:09de projet.
11:10Je voulais qu'il soit
11:12dedans
11:12et qu'il parle
11:13en son nom.
11:14Et alors,
11:15Paul Auster
11:15dit à son petit-fils
11:17que vous avez
11:20tous les deux
11:21en commun,
11:21vous et Paul,
11:23d'avoir décidé
11:24très très jeune
11:25de devenir écrivain.
11:27Il dit
11:27que vous,
11:29vous avez décidé
11:30à l'âge
11:30de 13-14 ans
11:31que votre vie
11:33serait consacrée
11:34à l'écriture,
11:35vous qui êtes né
11:36dans une famille
11:36norvégienne
11:38et qui avait
11:39grandi dans le
11:39Minnesota.
11:41Oui,
11:42j'avais 13 ans.
11:44J'étais en Rejavik
11:47avec ma famille.
11:49Mon père étudiait
11:51les sagas.
11:56et j'étais capable
11:58de lire des textes
11:59en petit caractère.
12:01J'étais en train
12:01de prendre conscience
12:02que je pouvais lire
12:03des livres qui,
12:03avant,
12:04m'étaient inaccessibles.
12:05Des livres de grandes personnes ?
12:07Et je lisais
12:07David Copperfield.
12:09J'ai lu Jane Austen,
12:12j'ai lu beaucoup
12:12de romans anglais.
12:13Mais j'ai aussi lu
12:17une version abrégée
12:18du Comte de Monte Cristo.
12:19Je tiens à le faire savoir.
12:20Cet été-là.
12:21j'étais en plein
12:21David Copperfield.
12:25Il ne me fait donc
12:26jamais nuit.
12:26Il était en Islande.
12:27J'avais du mal
12:27à m'endormir.
12:28Et donc,
12:29je veillais
12:29et je lisais.
12:30J'étais vraiment émue
12:31par ce livre.
12:33Et je me souviens
12:34être allée à la fenêtre,
12:36avoir remonté
12:36le volet,
12:38avoir regardé
12:39ce paysage
12:41surnaturel,
12:42complètement immobile,
12:44mais éclairé
12:44de Rick Javis
12:45la nuit.
12:46Et je me suis dit
12:46tiens,
12:47si les livres
12:48peuvent faire ça,
12:48je veux faire ça
12:49moi aussi.
12:50Et j'écrivais
12:53des choses idées
12:54à l'époque,
12:56très mauvaises.
12:58Mais j'ai continué.
12:59Mais est-ce que
13:01pour Paul Auster,
13:02les livres,
13:03c'était aussi
13:03une présence physique ?
13:05Parce que vous dites
13:06Sirius Vett
13:07qu'il a demandé
13:08à mourir
13:09dans la bibliothèque
13:10de la maison.
13:12Oui,
13:13il voulait mourir
13:14dans la bibliothèque.
13:20Je crois que Paul était
13:24tellement clair
13:25sur ce qu'il voulait
13:27pour sa mort.
13:29Et je crois
13:30qu'il était très clair
13:32là-dessus
13:32avant même
13:32de tomber malade.
13:33Il a toujours voulu
13:35mourir chez lui,
13:36mourir dans sa bibliothèque.
13:39Et il voulait
13:40que les gens
13:40qu'il aimait le plus
13:41au monde
13:41soient auprès de lui.
13:43et c'est exactement
13:44comme ça
13:44qu'il est mort.
13:46Malheureusement,
13:47il s'est produit
13:48un événement tragique
13:49dans votre famille
13:51quelques années
13:52avant sa mort.
13:54Daniel,
13:55son fils aîné,
13:56qui avait trois ans
13:57quand vous l'avez rencontré,
14:00qui a vécu
14:01un très long
14:02martyr
14:03d'addiction,
14:04de drogue,
14:07a été jugé responsable
14:08de la mort
14:09d'un bébé
14:09de dix mois
14:10qui était sa petite-fille,
14:11Ruby,
14:12a été incarcéré
14:13en prison
14:14et puis ensuite
14:14est mort lui-même
14:15d'overdose.
14:17Donc,
14:18ni Daniel,
14:19ni Ruby
14:19n'ont accompagné
14:20Paul Auster
14:21jusqu'à la fin
14:21de sa vie.
14:24Et vous vous dites
14:25je ne saurais jamais
14:26à quel point
14:27ce drame
14:29a joué
14:30dans la maladie
14:32et dans la mort
14:33de Paul Auster.
14:37Oui,
14:38j'ai eu
14:38le sentiment
14:40très fort
14:40quand j'écrivais
14:42ce livre
14:42que c'était
14:43important
14:44d'inclure
14:46ce que Paul
14:47appelait
14:47les choses
14:48horribles.
14:49La mort
14:49de Ruby,
14:51l'arrestation
14:52de Daniel
14:53en lien
14:54avec cette mort
14:55plus tard
14:55et puis
14:56sa propre
14:57mort
14:58par overdose.
14:59Je crois
15:00que Paul
15:02lui-même
15:03pensait
15:08que ces choses
15:09horribles
15:09avaient joué
15:10un rôle
15:10dans son cancer.
15:11Il y a un lien
15:13dans la littérature
15:17médicale
15:18que je mentionne
15:19dans le livre
15:19et qui remonte
15:19en fait au grec.
15:21Un lien fait
15:22entre les émotions
15:23les plus fortes
15:25et les plus violentes
15:26en particulier
15:27la rage
15:28et le chagrin
15:29il y a un lien
15:33entre ces émotions
15:36et les tumeurs.
15:37Il y a une influence
15:38la littérature
15:40médicale
15:41contemporaine
15:42à une position
15:44mitigée
15:45sur le sujet.
15:48Mais on sait
15:49que le système
15:49immunitaire
15:50qui joue un rôle
15:51extrêmement important
15:52dans les cancers
15:53est sensible
15:54très sensible
15:55au stress.
15:57Donc
15:57l'hypothèse
15:59c'est que
15:59ces choses
16:00horribles
16:01ces décès
16:02et la responsabilité
16:06involontaire
16:07de Daniel
16:07dans la mort
16:08de son propre enfant
16:09ont joué un rôle
16:10dans le développement
16:11de ce cancer.
16:14C'est bien sûr
16:15une facette
16:16un élément
16:17un facteur
16:18mais je le pense.
16:19Paul Auster
16:20vous a demandé
16:21à ce qu'un
16:22kadish
16:23soit dit
16:24au moment
16:25de son enterrement
16:26et je me suis
16:27demandé
16:27quel rôle
16:28jouait la tradition
16:29juive
16:30et le judaïsme
16:31dans sa vie.
16:33Paul était un juif
16:36laïc
16:36il n'était pas
16:39particulièrement
16:41intéressé
16:43par la religion
16:45par le fait
16:45d'être lui-même
16:46religieux
16:47mais il sentait
16:49vraiment
16:49que son identité
16:50en tant que juif
16:51était importante
16:52et il voulait
16:53qu'un kadish
16:53soit prononcé
16:54il a été
16:56enterré
16:57dans un cercueil
16:57de pain
16:58avec une étoile
17:00juive
17:00sur le couvercle.
17:01Il est donc mort
17:05dans la tradition
17:06juive
17:06il n'a pas été
17:07embaumé
17:09et il a été
17:10enterré
17:10très rapidement
17:13et tout ça
17:14je savais
17:15que c'était
17:16ce qu'il voulait
17:16ses voeux
17:17ont été accomplis
17:20mais ce n'est pas
17:21parce qu'il avait
17:22la foi
17:23il m'a dit
17:24plusieurs fois
17:28je veux
17:28que mon corps
17:30nourrisse
17:30la terre
17:31et vous
17:32vous avez été
17:33élevée
17:33dans quelle
17:33tradition ?
17:37Moi j'ai grandi
17:38dans l'église
17:39protestante
17:41luthanienne
17:41je suis vraiment
17:42protestante
17:43pur jeu
17:44et ça a fait partie
17:46de mon éducation
17:50mais Paul et moi
17:51ont discuté
17:52pas mal
17:53de religion
17:53de théologie
17:54et des différentes
17:55traditions
17:56et il me disait
17:57souvent
17:58que la conception
18:03chrétienne
18:03de l'amour
18:04que l'on porte
18:05à son voisin
18:05aimer son voisin
18:06comme soi-même
18:06c'était quelque chose
18:08de très difficile
18:09à faire
18:09dans la tradition juive
18:11on aime son voisin
18:17ce qui signifie
18:19ne fais pas aux autres
18:21ce que tu ne veux pas
18:21que les autres te fassent
18:22et c'est une approche
18:23un peu plus simple
18:25en tout cas
18:26une règle plus facile
18:27à respecter
18:29vous dites
18:30Siri Usved
18:31que
18:32la mort de Paul
18:34vous rend presque
18:35plus fragile
18:36et plus vulnérable
18:38face à la bascule
18:40de l'Amérique
18:40à la bascule
18:41trumpiste
18:42de l'Amérique
18:43comme si
18:44vous étiez
18:45désemparé
18:46sans lui
18:46pour pouvoir
18:47penser
18:48ce qui est en train
18:49de se passer
18:49en Amérique
18:50depuis l'élection
18:51de Donald Trump
18:52il y a deux aspects
18:54à ça
18:55c'est absolument vrai
19:00ce que j'ai ressenti
19:01en portant
19:02le deuil
19:03de Paul
19:05et en regardant
19:06en même temps
19:06les élections
19:09et le président
19:10le 47ème président
19:11revenir
19:12ce que j'ai senti
19:15c'est que ma vie
19:16intérieure
19:17se refléter
19:20dans ce qui se passait
19:22je portais également
19:23le deuil
19:24de la République
19:25des Etats-Unis
19:28mais le mois de juin
19:30après la mort
19:31de Paul
19:31j'ai donné
19:32une conférence
19:33à Palerme
19:34sur le corps
19:35fasciste masculin
19:36dans le fascisme
19:38du 20ème siècle
19:38et dans l'idéologie
19:40maga
19:40aux Etats-Unis
19:42idéologie trumpiste
19:43et donc très rapidement
19:45après la mort
19:46de Paul
19:47je travaillais
19:49sur le proto-fascisme
19:51auquel on assiste
19:52l'avènement
19:53du proto-fascisme
19:53aux Etats-Unis
19:54et j'écrivais dessus
19:56ma vie intellectuelle
19:57n'a pas réellement souffert
19:59j'ai donné une autre conférence
20:01à laquelle je fais allusion
20:02dans le livre
20:06sur le lien
20:07ombilical
20:08et la gestation
20:10fétale
20:11et l'importance
20:12philosophique
20:13que cela peut avoir
20:15pour moi
20:15donc je continue
20:17à penser clairement
20:18ce qui m'a choquée
20:21c'est la physiologie
20:23l'aspect physiologique
20:24du chagrin
20:27j'arrive à lire
20:29à écrire
20:30des essais
20:34mais j'avais du mal
20:36à garder le contact
20:38avec la réalité quotidienne
20:40j'avais des douleurs
20:42j'avais des douleurs
20:44dans les côtes
20:45terribles
20:47je perdais aussi
20:48toute notion du temps
20:49donc je crois
20:50que ce qui a été affecté
20:54avant tout
20:56c'est mon corps habitus
20:58c'est mon inconscient
21:01la façon dont j'affronte
21:03mon quotidien
21:04là ça a été
21:05complètement perturbé
21:06après ça
21:06et est-ce que vous arrivez
21:07à regarder
21:10un match de baseball
21:11sans Paul Auster
21:13parce que
21:14est-ce qu'il y a
21:14un écrivain américain
21:16qui aime plus le baseball
21:17que Paul Auster
21:18non
21:19et je dois avouer
21:24que quand j'entends
21:27les nouvelles
21:30sur le baseball
21:31les comptes rendus de groupe
21:32en particulier sur les Mets
21:34qui était l'équipe de Paul
21:35ça me fait encore mal
21:38je ne sais pas pour quelles raisons
21:42mais pour moi
21:43le baseball
21:43c'est Paul
21:44il y a d'autres choses
21:46des restaurants
21:47on est retourné
21:48avec des amis
21:49et je suis encore capable
21:50d'aller
21:51mais le baseball
21:54ça fait encore mal
21:55bah oui
21:58et la France
21:59alors
22:00parce que
22:01Paul Auster
22:02parle un français
22:03si délicieux
22:06et les lecteurs français
22:08sont si attachés
22:10à ces livres
22:13Paul et moi
22:15et Sophie et Spencer
22:18on est venus ici
22:20l'été 2022
22:22c'était avant qu'il tombe malade
22:26Spencer c'est votre gendre
22:29c'est le mari de Sophie
22:30oui Spencer c'est
22:33notre beau-fils
22:35et Paul et Spencer
22:37s'adoraient
22:38et
22:38revenir à Paris
22:44pour la première fois
22:45depuis sa mort
22:46aujourd'hui
22:47toute la ville
22:49sent
22:50l'odeur de mon mari
22:53je suis déjà venue ici
22:55sans lui
22:56je n'étais pas toujours
22:57accompagnée de Paul
22:58mais je crois que son lien
23:00avec la France
23:02son lien avec cette ville
23:04en particulier
23:05il adorait Paris
23:08je me sens vraiment
23:10complètement envahie
23:12par les souvenirs
23:13les souvenirs
23:14de nous deux ici
23:17parfois on venait tout seul
23:18et pas forcément
23:19en affaires
23:21et on logait
23:23à l'hôtel de Busson
23:26on allait à l'Action Christine
23:27on est juste au coin
23:28de la rue
23:29et on regardait
23:30des vieux films américains
23:31et c'est vrai
23:31je me promène ici
23:35avec une sensation
23:37très intense
23:44de souvenirs qui sont
23:45à la fois poignants
23:46mais qui ne sont pas
23:49douloureux
23:50au sens où
23:50c'est quelque chose
23:51qui me touche énormément
23:52et bien vous voyez
23:53j'ai réussi à ne pas pleurer
23:55mais là on n'est pas loin
23:58merci infiniment
23:59merci beaucoup
24:01et si Paris a l'odeur
24:03de Paul Auster
24:04je peux vous dire
24:05que Paris va verser
24:06des larmes
24:06et pleurer des rivières
24:08en lisant votre livre
24:09qui paraît chez Gallimard
24:11dans cette très très belle collection
24:13merci infiniment
24:14merci à vous
24:15merci à vous
24:15merci à vous
24:15merci à vous
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