00:00On revient en France. L'affaire des disparus de Lyon a-t-elle livré tous ses secrets ?
00:04Plus de 50 ans après les premiers crimes d'Émile Louis, de nouvelles fouilles ont débuté hier
00:07dans ce qu'on appelle le cimetière du tueur en série près d'Auxerre.
00:11Bonjour Michel Fine.
00:12Bonjour.
00:12Merci d'être avec nous. Vous êtes journaliste et spécialiste des faits divers.
00:15Vous avez travaillé sur l'affaire. Vous avez aussi interviewé Émile Louis. On va y venir.
00:19Émile Louis, ce nom, il fait encore frémir aujourd'hui.
00:22D'abord, est-ce que vous pouvez nous rappeler en quelques phrases ce qu'est cette affaire des disparus de
00:27Lyon ?
00:27Émile Louis, c'est un des plus grands tueurs en série de France.
00:30C'est quelqu'un de très intéressant parce que c'est un des rares, ou le seul tueur en série
00:35français
00:36qui ait parlé à des journalistes, qui ait donné des interviews.
00:40C'est le tueur des disparus de Lyon.
00:43Les disparus de Lyon, c'était des jeunes femmes qui étaient des pupilles de la DAS, de l'assistance publique,
00:48qui étaient placées dans des écoles, dans des foyers.
00:51Émile Louis était chauffeur de bus. Il amenait ces jeunes femmes du foyer jusqu'à l'école.
00:57Et c'était un peu leur père de substitution. C'était des familles qui avaient été éclatées.
01:04On ne savait plus où était le père, la mère, où étaient les frères, les sœurs.
01:07Donc Émile Louis, il était un peu l'ami de ces jeunes filles.
01:15Il était avec elles dans le bus.
01:17Il les prenait en charge.
01:18Il faisait confiance.
01:20Et petit à petit, plusieurs de ces jeunes filles ont disparu.
01:23Et à la fin des années 70, un gendarme, qui lui-même était pupille de la DAS,
01:28qui s'appelait le gendarme Jean-Bert, a fait une enquête.
01:31Et il s'est rendu compte que six jeunes filles avaient disparu
01:35et que toutes ces jeunes filles avaient un lien avec Émile Louis.
01:38L'enquête a été enterrée.
01:39Elle est repartie en 1996 grâce à une émission de télé perdue de vue
01:45et grâce à un président d'association.
01:47Émile Louis a été interpellé.
01:49Il était en liberté depuis des décennies.
01:53Il vivait tranquillement dans le sud de la France.
01:55Personne n'était allé le chercher.
01:57Alors que la première enquête du gendarme a été refermée.
02:00Il a donc été interpellé.
02:02Il pensait que les dossiers étaient prescrits.
02:05La prescription à l'époque en matière de meurtre était de 10 ans.
02:09En quoi il se trompait.
02:10Comme il pensait que c'était prescrit, il a dit au gendarme
02:13« Je vais tout vous dire, je vais tout vous révéler ».
02:15Il a tout avoué.
02:16Et non seulement il a tout avoué, mais il a enné tout le monde
02:20là où il avait enterré les corps.
02:22Une petite rivière dans Lyon, à côté de chez lui,
02:26où il pêchait et qui était son cimetière personnel.
02:29On a retrouvé deux corps.
02:32Il manque encore cinq corps.
02:34Et on pensait à l'époque que l'affaire était refermée.
02:37Sauf que ?
02:38Sauf que, en 2018, décembre 2018,
02:43un chasseur revient dans cette zone, du côté du Serein,
02:46et retrouve un bout de crâne.
02:49Et il va voir les autorités.
02:51À l'époque, on est en pleine fouille, non pas sur Émile-Louis,
02:53on a complètement oublié Émile-Louis,
02:55on est en pleine fouille sur l'affaire Fourniret.
02:57Parce qu'il se trouve que les deux tueurs en série,
03:00à dix ans de distance, se sont croisés dans le même secteur.
03:03Ils ont même eu un peu les mêmes victimes de l'assistance publique.
03:07Et donc, on trouve ce crâne,
03:10on isole un ADL dans ce crâne,
03:12et on va regarder si ce n'est pas une victime de Fourniret.
03:16La réponse est non.
03:17On va regarder si ce n'est pas une des victimes connues d'Émile-Louis.
03:19La réponse est non.
03:20Et là, les gendarmes vont faire une recherche
03:23qui va prendre plusieurs années.
03:25Ils vont faire ce qu'on appelle une recherche en parentèle.
03:28C'est-à-dire qu'ils vont se dire
03:30peut-être que quelqu'un de la famille de cette personne qui a disparu
03:34est quelque part dans le fichier des empreintes génétiques.
03:36Et il se trouve que la fille d'une dame
03:39était fichée au FNAEG,
03:41au fichier des empreintes génétiques.
03:43Et c'est comme ça qu'ils sont remontés
03:45jusqu'à Marie-Jeanne Ambroisine-Coussin,
03:49qui avait 40 ans,
03:51qui avait une dizaine d'enfants.
03:52Les enfants ne savaient même pas que leur mère avait disparu,
03:54tellement ses familles avaient été éclatées.
03:58Et ils ont découvert à la fois...
04:01Enfin, ils ont découvert la mort de leur mère en 2023,
04:06quand on a pu l'identifier.
04:08Voilà, c'est la seule photo qu'on ait.
04:10C'est assez typique des photos des disparus.
04:12C'est des vieilles photos,
04:14c'est des petites photos d'identité un peu effacées.
04:17Est-ce que d'autres photos pourraient un jour apparaître ?
04:18C'est-à-dire que ces fouilles,
04:19est-ce qu'elles pourraient permettre de trouver
04:22d'autres potentielles victimes d'Émile Louis ?
04:25Beaucoup de gens le pensent.
04:27Peut-être les cinq autres victimes dont les corps manquent.
04:31Ce qui s'est passé, c'est qu'à l'époque,
04:33quand on a fait des fouilles,
04:35les gendarmes se sont fiés aux indications d'Émile Louis.
04:38Comme il avait parlé, il a dit
04:40« J'ai enterré celle-ci ici, celle-ci là, etc. »
04:44Sauf qu'à côté du serein, de cette petite rivière,
04:47il y avait un bois qui fait 10 hectares.
04:49Et le bois n'a quasiment pas été fouillé.
04:51Et aujourd'hui, c'est cette zone-là de bois
04:53qu'on est en train de fouiller.
04:54Et on a déjà retrouvé des chaussures,
04:57on a retrouvé des vêtements,
04:58on a retrouvé un vélo.
05:00On retrouve beaucoup de choses.
05:02Donc, beaucoup de gens pensent qu'effectivement,
05:04on pourrait peut-être trouver d'autres victimes.
05:06parce que cette Marie-Jeanne Ambroisine,
05:08personne ne savait qu'elle avait des liens avec Émile Louis.
05:11Elle était une ancienne de l'assistance publique,
05:14elle était sur la ligne du chauffeur de bus.
05:18Mais ce qui est terrible dans cette affaire,
05:20pardon, c'est que ça fait à peu près 20 ans
05:22que ce site, les fouilles s'arrêtent, reprennent,
05:25sont abandonnées.
05:26C'est Didier Seban qui représente l'association,
05:29qui s'est toujours battue et qui dit
05:32qu'il y a un angle mort social dans cette affaire.
05:35C'est aussi parce que c'était des jeunes femmes
05:36un peu à la marge que cette enquête a souvent été...
05:39Totalement.
05:40C'était des enfants qui avaient été abandonnés
05:43par leur famille
05:44ou qui avaient été retirés à leur famille
05:46de manière très violente.
05:47Parfois, moi, j'ai fait une enquête
05:49sur l'affaire des disparus de Lyon
05:50et j'ai des jeunes femmes qui m'ont raconté
05:52comment la DAS venait les arracher à leurs parents
05:54et les chercher à l'école.
05:58Et une sœur était placée dans un foyer,
06:00une autre sœur dans une autre famille.
06:02Ils n'avaient plus de lien.
06:03C'était dramatique.
06:04Et donc, il n'y avait plus de famille,
06:06il n'y avait plus personne pour s'occuper d'eux.
06:07Ils étaient seuls dans les institutions.
06:09Et donc, ça a donné aussi...
06:10Et Miloui savait très bien
06:11que s'ils faisaient disparaître ces jeunes femmes,
06:13personne ne les réclamerait.
06:16Les experts psychologues
06:18l'ont décrit comme un pervers dangereux.
06:20Vous l'avez rencontré, Miloui.
06:22Quel souvenir gardez-vous de cette rencontre ?
06:24Alors, c'est toujours très étonnant.
06:26Moi, ça m'est arrivé deux fois
06:27de faire l'interview d'un tueur en série.
06:30Vous vous dites, je vais rencontrer Hannibal Lecter.
06:32Je vais rencontrer...
06:33C'est le silence des agneaux, quoi.
06:34Vous vous préparez, vous vous dites,
06:36ça va être incroyable.
06:37Et en fait, vous tombez sur un pauvre type.
06:41Et c'est ça, le pervers.
06:42C'est ça qui est très intéressant.
06:44C'est que c'est quelqu'un qui essaie
06:45de se faire passer pour normal et gentil
06:47et de passer sous les radars tout le temps.
06:50Et pour autant, c'était quelqu'un
06:52de très malin, de très roublard.
06:57Et c'est aussi la caractéristique des pervers.
06:59C'est que ce sont des gens qui adorent
07:01se confronter à la justice, à la police.
07:03En fait, je me suis rendu compte à postériori
07:05que pendant l'interview,
07:06il m'avait balancé des petits indices
07:07et je ne m'en étais pas rendu compte.
07:09J'étais passée à côté.
07:10Eh bien, peut-être que pour les fouilles,
07:11c'est pareil.
07:12Il a dit, regardez-là, regardez-là,
07:14il y a des corps.
07:15Et en fait, la plupart des corps étaient ici.
07:18Peut-être, on ne sait pas.
07:20Merci beaucoup, Michel Fin.
07:21Et on rappelle le titre de votre dernier livre,
07:24Les mots qui tuent, c'est aux éditions Arthaud.
07:26Merci d'avoir été avec nous.
07:27Une autre forme de perversion.
07:27Oui.
07:28Merci.
07:28Merci.
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