00:00Personne ne me reconnaissait, même des amis.
00:02J'avais croisé Vincent McKay, je me rappelle.
00:04Il ne m'avait pas du tout reconnu.
00:06À l'époque, quand j'allais au tabac,
00:09le mec qui me vendait mes clopes,
00:12il disait « Bonjour, monsieur ».
00:13Il ne me reconnaissait pas.
00:14Puis à un moment, je lui dis « C'est Nils ».
00:16Il m'est incapable.
00:17Il me dit « Non, mais c'est incroyable ».
00:18C'est vrai que c'est assez étrange.
00:21Ça filme sur l'identité et sur le fait de...
00:26Qu'est-ce qui constitue notre identité, en fait.
00:28Et c'est aussi le regard des autres.
00:31Pour ma famille, c'était aussi dur de me voir aussi amaigri.
00:35Ça suscite énormément d'inquiétudes.
00:37Ils avaient l'impression aussi de vivre avec quelqu'un d'autre.
00:40Et on n'a pas la même énergie aussi quand on fait ce poids-là.
00:43Moi, j'avais commencé déjà à perdre du poids
00:47sur le film de Gaulle, où je joue Leclerc,
00:50où déjà j'avais dû perdre beaucoup de poids.
00:54Et ce que là, Arthur m'a demandé,
00:58d'aller beaucoup plus loin.
01:00Il fallait quelque chose de pathologique.
01:05C'est presque pathologique.
01:06Ouais, de pathologique.
01:07Presque morbide.
01:10Mais c'était très intéressant,
01:12parce que c'est un film qui parle de métamorphose,
01:16qui parle du sentiment d'être étranger,
01:21d'avoir un corps étranger.
01:22Comme on ne voulait pas illustrer une idée,
01:25il ne fallait pas que le film soit psychologique,
01:29il fallait que le film soit le plus incarné possible.
01:33Parce qu'il y avait plusieurs défis.
01:34Il y avait une transformation corporelle,
01:36et il y avait une transformation intérieure.
01:41Comme je joue deux personnages,
01:43je joue David Zimmerman, qui est à 40 ans,
01:45qui est photographe,
01:46et je joue Malia, qui a 19 ans,
01:49et qui est une jeune femme.
01:52J'avais, je crois, besoin de ressentir
01:55ce que c'était d'être étranger à soi.
01:57Quand je tournais, tout avait un sens.
01:59Quand je ne tournais pas,
02:01et j'avais deux, trois jours qui étaient off,
02:03et je me retrouvais à la maison,
02:05dans la rue, avec ce corps-là,
02:09ça, c'était beaucoup plus dur.
02:11Le regard qui était porté sur moi,
02:15avec parfois même un certain dégoût.
02:18Moi, je ressentais une sorte de dégoût
02:21de moi-même, de mon propre corps,
02:24et je ressentais parfois un dégoût des autres,
02:27aussi, sur moi,
02:30qui m'a beaucoup aidé pour incarner.
02:34Parce qu'il fallait vraiment que ce soit un carnet.
02:36Ce film, il ne fallait pas que ce soit un film intellectuel,
02:38il fallait vraiment que ce soit un film physique.
02:40J'ai voulu le traverser comme une expérience,
02:42mais surtout pas comme une performance, en fait.
02:47Sous-titrage Société Radio-Canada