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Chaque week-end, Dominique Tenza vous accompagne de 22h à 00h dans BFM Grand Soir.
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00:00Voilà pour ces faits présumés, rappelons-le, que Flavie Flamand a donc décidé de révéler ce vendredi au grand jour.
00:07Avec nous en plateau pour évoquer cette affaire, Vincent Montigny, bonsoir grand reporter au service Polyjustice de BFM TV,
00:13Jean-Marie Marchaud, chef adjoint du service Culture, bonsoir Amy Bas, vous êtes militante féministe, et bonsoir Marion Ménage,
00:21vous êtes avocate pénaliste, on verra dans un instant avec vous ce que risque aujourd'hui Patrick Bruel.
00:26Mais d'abord Vincent, donc au total ce sont une trentaine de femmes qui accusent le chanteur, en France mais
00:31pas seulement, en Belgique aussi, au Canada,
00:33et toutes décrivent le comportement de Patrick Bruel et son absence de consentement finalement, le fait qu'il ne le
00:41demande jamais.
00:41Le fait qu'il ne le demande jamais, oui, alors au niveau des procédures, c'est vrai qu'il y
00:45a une procédure qui est ouverte en Belgique,
00:47il y a une attachée de presse qui a dénoncé des faits d'agression sexuelle survenus en 2010, il y
00:52a une procédure qui est ouverte donc à Bruxelles.
00:54En France, on l'a vu dans le sujet avec la plainte de Flavie Flamand, aujourd'hui on en est
00:58à 5 plaintes visant Patrick Bruel pour des faits de viol,
01:02agression sexuelle, tentative de viol, on en parlera sans doute avec des faits, notamment ceux dénoncés par Flavie Flamand qui
01:08remontent à plus de 30 ans, 35 ans.
01:1035 ans pour Flavie Flamand. Il faut distinguer les plaintes, donc 5 plaintes déposées et les témoignages recueillis dans la
01:16presse, dans Mediapart notamment.
01:17Oui, parce qu'il y en a beaucoup plus. Il y a une trentaine de femmes qui accusent Patrick Bruel
01:22de violences sexuelles depuis, on va dire, 2-3 mois.
01:25Alors, pour certaines femmes, pour certains de ces témoignages, c'est des faits qui avaient déjà été dénoncés il y
01:31a quelques années, il y avait eu déjà des procédures.
01:33On a parlé de la procédure dite des masseuses, c'était évoqué d'ailleurs dans le sujet par Emmanuel Doncourt,
01:38la représentante de MeToo Media, qui parle des salons de massage.
01:41Effectivement, plusieurs femmes avaient dénoncé des faits commis, selon elles, dans des salons de massage, dans des cabines de massage.
01:47Classées sans suite, c'est-à-dire ?
01:48Classées sans suite. Alors, certaines des femmes, notamment deux femmes qui ont déposé une plainte cette semaine, avaient vu leur
01:53première plainte classée sans suite.
01:54Là, elles ont saisi directement le doyen des juges d'instruction pour avoir une nouvelle enquête.
01:57Puis, on a des témoignages qui dépassent les frontières. On a parlé de la Belgique, on pourrait aussi parler du
02:01Canada, avec un témoignage qui a été révélé par nos consœurs du magazine Elle,
02:06puisque Patrick Bruel est accusé, là aussi, d'avoir commis des faits de nature sexuelle sur une femme.
02:11Des pays francophones où Patrick Bruel est aussi connu, j'imagine, et où va se produire régulièrement Jean-Marie Marchand
02:16en concert ou même peut-être dans des pièces de théâtre ?
02:19Oui, bien sûr. Là, par exemple, il a une tournée très importante pour lui cette année.
02:24C'est une tournée hommage anniversaire, justement, liée à son album « A leur regard », qui était vraiment l
02:29'album qui l'a propulsé au firmament de la variété.
02:32C'est sorti précisément il y a 35 ans, au moment même où Flavie Flamand décrit ses faits.
02:37C'est cet album-là, voilà, qui aujourd'hui, il fait revivre sur scène et notamment à travers des dates
02:41en France et bien sûr à l'étranger.
02:44Bonsoir Marine Turquie, journaliste à Mediapart.
02:48C'est vous qui avez enquêté, qui avez recueilli le témoignage notamment de Flavie Flamand,
02:53qui dans un premier temps vous a parlé de manière anonyme.
02:57Elle voulait préserver son anonymat. Racontez-nous.
03:00Oui, absolument. Elle était parmi les 15 femmes qui accusaient Patrick Bruel de violences sexuelles et sexistes
03:05dans notre dernier article qui a été publié le 7 mai.
03:08Il faut expliquer en fait son cheminement le soir de nos premières révélations au mois de mars.
03:12Quelques minutes après la publication de l'article, elle m'écrit « Je dois vous parler ».
03:16Je vais recueillir son témoignage les jours suivants.
03:19Dans un premier temps, elle souhaitait être anonyme en disant qu'elle ne pouvait pas vivre une seconde affaire médiatique
03:24puisque, souvenez-vous, en 2016, elle avait révélé les viols qu'elle aurait subis de David Hamilton à l'âge
03:31de 13 ans.
03:32Ça avait été le cœur de son livre « La consolation ».
03:35Donc quand elle me parle au mois de mars, elle me dit qu'elle ne pourra pas vivre une seconde
03:39affaire médiatique,
03:40mais qu'elle veut apporter anonymement son récit pour appuyer les récits d'autres femmes,
03:44et notamment de celles qui dénoncent comme elle des viols de Patrick Bruel.
03:48Elle était mineure à l'époque des faits, et j'avais recueilli, moi, dans mon premier article,
03:52le témoignage d'une mineure qui dénonçait une agression sexuelle de Patrick Bruel en 1992.
03:57Elle dit que la lecture, finalement, des témoignages dans Mediapart a été comme un choc,
04:03un bouleversement pour elle, qu'elle a été révoltée de voir les similitudes,
04:07la gravité des faits qui sont dénoncés par ces femmes.
04:09Et elle m'a dit « Je savais qu'un jour l'affaire sortirait et qu'à ce moment-là
04:12je parlerais ».
04:14C'est ce qu'elle a fait.
04:15Elle le dit dans l'article qu'on a publié sur Mediapart aujourd'hui.
04:18Je n'allais pas reculer, l'heure avait sonné, je ne me suis pas posé de question.
04:21Et là, elle a passé un cas puisqu'elle décide de saisir la justice.
04:24Vous l'avez dit, elle a déposé plainte, on l'a révélée aujourd'hui sur Mediapart.
04:27Elle a déposé plainte, là, cette semaine, et elle révèle publiquement son identité aujourd'hui en Mediapart.
04:34Elle nous dit qu'elle parle pour la jeune fille qu'elle était.
04:37Elle avait 16 ans au moment des faits qu'elle dénonce.
04:39Elle dit qu'elle parle aussi pour les autres femmes qui sont sorties du silence difficilement,
04:43et dont on remet aujourd'hui la parole en doute.
04:46C'est ce qu'il a aussi beaucoup heurté.
04:48Et elle nous a dit « je les crois et je témoigne pour les appuyer ».
04:51Marine Turquie, je voudrais vous faire écouter l'avocat de Patrick Bruel, Christophe Fingrin.
04:57Il était l'invité de BFM TV en fin d'après-midi.
05:01On l'écoute, je vous laisse réagir après.
05:02Lui s'étonne du timing choisi par Flavie Flamand pour porter plainte.
05:07Écoutez-le.
05:0935 ans après, pour des raisons qui sont liées à du symbole, un soutien,
05:14Flavie Flamand décide de déposer plainte contre Patrick Bruel.
05:17Elle l'accuse, encore une fois, de faits qui sont particulièrement graves.
05:22Elle dit ne se souvenir de rien, donc elle en tire comme conséquence qu'elle aurait été droguée,
05:26et qu'elle peut-être, après avoir été droguée, elle aurait été victime d'agressions sexuelles.
05:31Patrick Bruel n'a ni agressé sexuellement, ni drogué, ni d'ailleurs Flavie Flamand, ni personne d'autre.
05:37Donc, en attendant, il fait l'objet de ces attaques publiques, et c'est particulièrement grave.
05:43Ce que nous dit l'avocat, finalement, c'est bizarre qu'elle ait attendu 35 ans pour parler.
05:48On a aussi sollicité Patrick Bruel et ses avocats,
05:51donc on a déjà eu l'occasion, eux et moi, d'interagir pour cet article, justement.
05:55Il faut bien expliquer qu'à chaque fois que les femmes dénoncent des faits, et notamment des faits anciens,
05:59la première chose qu'on va leur dire, c'est que ce n'est pas le bon moment, que ce
06:02n'est pas la bonne manière,
06:03que lorsqu'elles portent plainte, on leur dit, du coup, présomption d'innocence,
06:07et vous n'avez pas le droit de parler en dehors de l'enceinte judiciaire,
06:09et puis quand elles ne portent pas plainte, on leur reproche, c'est jamais la bonne manière.
06:13Aujourd'hui, et comme dans beaucoup d'affaires,
06:15on peut comprendre qu'une femme veuille apporter son témoignage en soutien des autres,
06:19en voyant les similitudes, en fait, des faits qui sont dénoncés,
06:23les similitudes aussi dans les lieux,
06:25puisqu'on l'a dit, il y a plusieurs faits dénoncés qui auraient eu lieu au domicile de Patrick Bruel,
06:30qui habitait à l'époque à Paris et ensuite à Neuilly.
06:33Donc c'est quelque chose d'assez commun que, en fait, le premier moteur de la parole
06:37soit même plus pour elle-même, mais pour les autres,
06:40pour appuyer le témoignage de celles qui ont parlé,
06:42celles qui ont eu le courage de parler.
06:44J'insiste sur un point, c'est que dans les réponses de Patrick Bruel,
06:46il évoque auprès de Mediapart une relation épisodique avec Flavie Flamand dans les années 90.
06:52Je rappelle qu'en 90 et 91, dans les moments des faits qu'elle dénonce Flavie Flamand,
06:57elle avait 16 ans.
07:00Elle est mineure à ce moment-là, effectivement.
07:01Voilà, et j'ai demandé à Patrick Bruel, du coup,
07:03s'il parlait d'une relation épisodique, à quelle date,
07:05parce qu'il reconnaît une relation épisodique dans les années 90,
07:09et ça c'est une question vraiment importante,
07:11parce qu'elle était mineure, je le rappelle, en 90 et 91.
07:14– Elle a conscience que le fait de révéler son identité aujourd'hui
07:19va forcément provoquer une forme de déflagration,
07:22c'est une animatrice très populaire, Flavie Flamand,
07:25elle s'attend à ce que d'autres témoignages affluent ?
07:28Est-ce que d'autres témoignages vous parviennent déjà ?
07:30– Alors je ne peux pas répondre à la place de Flavie Flamand,
07:33moi je suis la journaliste qui a fait l'enquête
07:34et qui a recueilli son témoignage, qui l'a recoupé,
07:36qui a travaillé là-dessus, donc je la laisserai elle-même prendre la parole.
07:39Ce qui est certain, c'est qu'elle dit qu'aujourd'hui,
07:43elle transmet aussi cette parole à l'institution judiciaire,
07:46qu'elle n'a pas été entendue par la justice il y a dix ans,
07:48quand elle a dénoncé l'affaire Hamilton, la justice ne s'en est pas saisie,
07:51mais qu'elle attend aujourd'hui que la justice l'écoute désormais,
07:54qu'elle écoute aussi les autres femmes,
07:55et elle dit qu'elle espère que depuis son livre, il y a dix ans,
07:59la société est changée et que la justice est changée aussi.
08:02Et s'agissant de votre question sur les nouveaux témoignages,
08:05des nouveaux témoignages me parviennent, oui,
08:08et on travaille dessus, donc on ne peut pas parler de ce qui n'est pas publié,
08:11on ne répond que de ce qui est publié.
08:13Pour l'instant, Mediapart a publié 25 témoignages depuis le 18 mars,
08:17et la première enquête a fait l'objet de sept ans de travail
08:19pour arriver à ce premier volet.
08:21Donc c'est le temps qu'il faut aussi pour la parole
08:23et pour le recoupement de ces paroles.
08:26Merci beaucoup Marine Turquie.
08:29Pendant ce temps-là, en tout cas, Patrick Bruel, lui, est au théâtre
08:32puisqu'il continue de se produire sur scène,
08:35des représentations quasiment tous les soirs dans une pièce,
08:38deuxième partie, c'est le nom de la pièce, au Théâtre Édouard VII à Paris,
08:41qui continue donc d'être jouée en dépit des accusations qui s'accumulent.
08:45Une représentation avait d'ailleurs lieu ce soir à 19h30,
08:48elle vient de se terminer, on va retrouver devant le théâtre Justina Puket,
08:52alors que le chanteur est arrivé, finalement, comme il est reparti,
08:56de manière plutôt discrète.
09:00Oui, tout à fait discrète, il est parti très rapidement après son spectacle,
09:06mais les gens l'attendaient, ils étaient nombreux à s'attendre,
09:10enfin, qu'il sorte pour le voir, mais aussi et surtout pour lui apporter son soutien,
09:18parce que la billetterie, elle affichait complet pour le spectacle,
09:21qu'ils étaient à peu près 700 à venir à faire le déplacement ce soir,
09:25et les gens avec qui j'ai pu échanger, ils m'ont dit que l'atmosphère était plutôt sympa,
09:31qu'il semblait détendu sur scène, et surtout, oui, les gens,
09:36ils ont fait le déplacement malgré l'annonce de Flavie Flamand
09:40de porter plainte contre Patrick Bruel pour des faits de viol.
09:45Pour être franche, j'ai failli pas venir, j'ai même essayé de vendre mes places,
09:49et puis finalement, moi je suis avocate, et je me suis dit que tout le monde avait le droit à
09:52une défense,
09:52pour l'instant, il est présumé, il est sans, donc voilà.
09:55Je voulais le voir, non, c'est pas un soutien particulier,
09:58c'est que je voulais le voir, et tant qu'il est pas jugé, on continue à venir le voir.
10:02Comme on dit toujours, il faut distinguer l'artiste et la personne,
10:06donc moi, et puis en plus, je crois qu'il est pas encore passé au tribunal, ce monsieur,
10:10donc voilà, tant que le jugement n'est pas passé,
10:15pour moi, il n'y aura aucune différence à aller voir sa pièce,
10:18moi ce monsieur, il joue très bien, il chante bien.
10:21Pour rappel, Flavie Flamand accuse Patrick Bruel de l'avoir droguée,
10:26et puis l'avoir abusée d'elle, alors qu'elle avait, elle était âgée uniquement de 16 ans,
10:33une plainte qui s'ajoute à 5 autres, déjà déposées à l'encontre du chanteur.
10:38Merci beaucoup Justina.
10:40Et Miba, je vous ai vu vous offusquer, quand nous avons entendu ces spectateurs,
10:44on va pas leur jeter la pierre à ces spectateurs,
10:46parce que déjà, ils ont accepté de répondre à la caméra,
10:49mais c'est vrai que quand vous entendez cette phrase qu'on entend souvent,
10:52il faut séparer l'homme de l'artiste, ça vous fait bondir ?
10:56Ça me fait bondir, et puis en fait, on est toutes et tous responsables à un moment donné.
10:59Et combien de femmes vont devoir parler pour qu'on les croie ?
11:03Là, il y a 30 femmes, dont quelques mineures au moment des faits.
11:06Enfin, à un moment donné, c'est complètement fou.
11:09Je trouve ça inacceptable.
11:12Et en fait, là, il faut qu'on agisse vraiment.
11:15Et voilà, j'aimerais bien qu'il ait la décence de ne pas se présenter au théâtre.
11:21Quand vous dites, pardon, il faut qu'on agisse, ça veut dire quoi ?
11:24Ça veut dire que vous, militante féministe, on se souvient qu'avec Arie Habitant, notamment,
11:29il y a certaines représentations qui avaient été perturbées.
11:34Tout à fait.
11:35Ce sera le cas aussi pour les prochaines représentations ?
11:38Oui, ce sera le cas.
11:40Je peux parler en tout cas de ce que je connais.
11:41À Lille, ce sera tout à fait le cas.
11:43Nous, ce qu'on veut, c'est montrer aux victimes qu'on les croit
11:45et mettre fin à l'impunité des agresseurs.
11:48Et donc, en l'occurrence, effectivement, nous allons intervenir partout où Patrick Bruel sera.
11:54Nous serons là aussi.
11:55Marion Ménage, il y avait une avocate parmi les spectatrices qui disait
11:57« J'ai essayé de revendre mes places.
11:59Finalement, je suis venu parce que je suis avocate et qu'il est présumé innocent. »
12:03Rappelons-le, parce que c'est important quand même, il est présumé innocent.
12:06Oui, en tant qu'avocate, évidemment que la présomption d'innocence,
12:09elle doit rester, nous, notre fer de lance et notre boussole.
12:13La présomption d'innocence, c'est tant qu'une juridiction n'est pas venue dire
12:17que quelqu'un était coupable, on ne doit pas le traiter comme tel.
12:20Ça veut dire que ça lui laisse la possibilité de se défendre.
12:23Ça veut dire que ça laisse la possibilité à une enquête de se mener.
12:26Et c'est aussi la raison de tous ces dépôts de plainte.
12:28C'est-à-dire que la première réaction, ça peut être,
12:31comme les avocats de Patrick Bruel, de dire « Mais pourquoi 35 ans après ? »
12:34En réalité, aujourd'hui, on a tout un tas d'armes dans notre arsenal législatif
12:39qui permettent de continuer les enquêtes, même 35 ans après.
12:43Donc oui, tout ça, ça fait sens.
12:45C'est aussi pour ça que la présomption d'innocence, elle existe.
12:48Mais ça veut aussi dire, en parallèle, qu'il y a une enquête qui va se mener,
12:51que le parquet, il instruit à charge, à décharge,
12:53que cet homme va pouvoir se défendre comme tout homme accusé.
12:57Et tout ça va se mener.
12:59Et même 35 ans après, on y arrive.
13:00Marine Turquie, vous êtes restée avec nous, vous vouliez réagir.
13:04Sur quoi ? Sur le fait qu'il est présumé innocent ?
13:06Alors, la présomption d'innocence, et vous avez raison de le rappeler,
13:10c'est un principe de droit pénal qui est fondamental.
13:12Et c'est tout à fait important de le rappeler.
13:13Il y a le droit pénal, mais il y a aussi le droit du travail.
13:16Actuellement, on parle de lieux qui accueillent du public,
13:18mais aussi de lieux qui emploient des travailleurs, des travailleuses,
13:22des techniciennes, etc.
13:23Et je rappelle que dans la majorité des témoignages qu'on a recueillis,
13:27sur les 30 témoignages, beaucoup décrivent des faits qui auraient eu lieu dans les loges.
13:31Les loges du théâtre, les loges des concerts, les loges de la tournée,
13:34et puis les masseuses qui pouvaient venir aussi en marge de ces représentations
13:39pour des massages avant ou après le concert.
13:41Donc la responsabilité, en fait, des employeurs, des producteurs se pose réellement.
13:46Et c'est aussi un principe légal à prendre en compte qui me semble tout à fait important.
13:51Et je pense que pour la bonne information de celles et de ceux qui nous regardent,
13:53c'est important de rappeler ça.
13:55Jean-Marie Marchaud, justement, la responsabilité du directeur du théâtre Édouard Cet,
14:01de ceux qui font tourner aussi Patrick Bruel.
14:03On parlait tout à l'heure quasiment d'un système presque organisé dans les loges.
14:08Beaucoup d'agressions avaient lieu dans les loges.
14:10Il y a des responsables autour de cette affaire ?
14:12Il y a en tout cas des responsables, des organisateurs des festivals
14:16qui, eux, se posent aujourd'hui beaucoup de questions
14:18parce qu'il y a ces deux enjeux qui se confondent.
14:20C'est justement des enjeux moraux, de devoir se poser cette question-là
14:23par rapport à des comportements.
14:24Et eux, ils doivent aussi faire tourner, j'ai envie de dire, la boutique,
14:27faire tenir un festival.
14:29Il y a les enjeux économiques qui, je pense, expliquent notamment beaucoup cette inertie.
14:34Alors, il n'y a pas beaucoup de paroles qui se sont libérées
14:36de la part des organisateurs des festivals à ce sujet.
14:38Il y a juste notamment Pierre Béton,
14:41qui est l'organisateur du festival des Grandes Marées
14:43où va passer...
14:44Donc cet été.
14:44C'est ça.
14:45Exactement.
14:46Qui, lui, a parlé un peu avec le cœur en tout cas,
14:48mais qui explique très simplement qu'il a du mal à se dire
14:53qu'on peut annuler un artiste comme ça, il y a un contrat.
14:55Il dit, si j'annule Patrick Boyle, j'ai des conséquences lourdes,
14:58c'est la banqueroute.
14:59Alors, il y a un peu cet enjeu-là, effectivement, économique,
15:00qui peut expliquer l'inertie un peu dans le monde culturel.
15:04Ça veut dire que l'économie passe sur les violences sexuelles ?
15:07Non, mais c'est vrai que c'est un réel débat, en fait,
15:11autour de ces spectacles ou des concerts qu'il peut donner.
15:15Marine Turc, il disait à juste titre qu'il a le droit du travail.
15:17À un moment donné, si un patron de salle de spectacle sent que certaines de ses employés,
15:22certaines personnes peuvent être mises en danger par les agissements de quelqu'un,
15:25il a le devoir d'arrêter le spectacle.
15:28Ça, c'est le premier point.
15:29Et puis, le deuxième point, il n'y a qu'une seule personne qui peut interdire Patrick Boyle de se
15:33produire.
15:33C'est un magistrat, un juge qui va enquêter, qui va peut-être le mettre en examen,
15:38lui accorder un contrôle judiciaire, lui interdisant de se produire sur scène.
15:41C'est ce qui s'était passé, par exemple, avec Jean-Luc Lai.
15:44Et vous vous en souvenez, pendant quelques temps, il n'avait plus le droit de se produire sur scène.
15:47Pourquoi ? Parce que les jeunes filles qui l'ont accusée de violences sexuelles
15:52ont bien expliqué qu'elles l'avaient rencontrée lors de concerts.
15:54Donc voilà, c'est ça qu'il faut mettre en perspective aujourd'hui.
15:57On l'a rappelé, les précédents, Gérard Depardieu, Harry Habitat,
16:00on peut même remonter plus loin.
16:01Bertrand Cantat, vous vous souvenez de Bertrand Cantat ?
16:02Il avait changé le nom de son groupe pour continuer à faire de la musique.
16:06Ça avait déjà créé un tollé.
16:08On disait, on parlait tout à l'heure de la présomption d'innocence.
16:11On peut même aller plus loin aujourd'hui.
16:13Patrick Bruel, il n'a pas été auditionné, il n'a pas été convoqué,
16:16il n'a pas vu ni un policier, ni un magistrat dans cette procédure.
16:19Il n'est même pas présumé innocent.
16:21On parle de trois procédures judiciaires ouvertes,
16:23mais pour l'instant, il n'a jamais été entendu, lui,
16:25pour donner sa version de fait.
16:26Alors dans cette affaire-là, l'affaire récente,
16:28mais il y a eu une affaire précédente, on en parlait tout à l'heure,
16:31la procédure dite des masseuses.
16:32Là, il avait été placé en garde à tête.
16:34Mais dans cette affaire révélée par Mediapart
16:36et dans laquelle Flavie Flamand porte plainte ?
16:38Non, il n'a pas été entendu.
16:39La première plainte, c'est une plainte qui a été déposée à Saint-Malo en 2024
16:43et qui fait l'objet d'une enquête à l'heure actuelle.
16:45Et à notre connaissance, Patrick Bruel n'a pas encore été entendu dans cette affaire.
16:49Donc on est loin de la mise en examen.
16:50Et en attendant, c'est vrai qu'il va se poser ce débat qu'on a eu avec,
16:53je le disais, Gérard Depardieu, Harry Habitant ou d'autres.
16:56Est-ce qu'on continue à lui offrir la chance de se produire sur scène ?
16:59On le voit, il y a du public et il y aura toujours du public
17:02parce qu'il y a des gens qui...
17:04Jean-Marie nous disait justement qu'il y a une grande tournée
17:06pour les 35 ans de son album à succès
17:09qui devait parcourir tous les édites de France.
17:11Voilà, tous les édites de France.
17:12Et notamment, j'ai regardé du coup à Lille le 20 octobre,
17:15mais ça commencera à Paris, ça commencera à Paris le 16 juin
17:19au Cirque d'Hiver au Bouglion.
17:20C'est une énorme tournée à Guichet fermé,
17:23notamment sur les dates à Paris et au Zénith aussi de Paris.
17:27Donc il y a cet enjeu-là.
17:28On va essayer de la faire annuler à la tournée.
17:30Vous nous dites ce soir que vous allez tenter...
17:33Vous nous dites ce soir que vous allez tenter de faire annuler la tournée ?
17:37Oui, tout à fait.
17:38On est dessus, on a une pétition qui est mise en œuvre.
17:42Nous, ce qu'on veut, on va venir à chaque fois
17:44pour que la tournée soit annulée
17:46parce qu'on espère qu'il va y avoir la décence de se dire
17:49« Bon, ben voilà, j'ai quand même au moins 30 femmes qui m'accusent,
17:52dont certaines qui étaient mineures,
17:53dont je ne vais pas faire ma tournée. »
17:55Mais a priori, rien ne l'arrête.
17:57Donc nous, on va l'arrêter.
17:58Vous entendez aussi, pardon, ces directeurs de festivals
18:01qui vous disent « Nous, Patrick Bruel, c'est une tête d'affiche.
18:05Et s'il n'est plus là, en fait, les gens ne viennent plus voir. »
18:07Non, mais le problème, c'est que l'économie passe sur les violences sexuelles.
18:10Enfin, c'est dans quel monde on est, en fait.
18:13Moi, je ne veux pas vivre dans un système qui est comme ça.
18:15Donc, non, alors effectivement,
18:17peut-être que les festivals devraient être soutenus par les pouvoirs publics.
18:19Et c'est vrai que les politiques ne parlent pas assez de cette histoire.
18:22Et effectivement, les politiques mériteraient de soutenir les festivals.
18:25Mais ça ne peut pas être une excuse.
18:27L'économie ne peut pas être une excuse pour cautionner des violences sexuelles.
18:31Ce n'est pas possible.
18:31Et il y a une histoire de temps aussi, en fait, là-dessus.
18:33Parce que les révélations de Mediapart, elles datent, on le voit, du mois de mars.
18:36Et au mois de mars, les grands festivals de l'été, ils sont déjà programmés.
18:39Prenez le cas de Gérard Depardieu.
18:41Voilà, les accusations remontent à bien plus longtemps.
18:43Aujourd'hui, Gérard Depardieu, il ne tourne plus.
18:45Si, il a tourné dans un film, un film qui a été réalisé par sa plus grande soutien,
18:51Fanny Ardant.
18:51Mais au-delà de ça, Gérard Depardieu, il ne tourne plus.
18:53Ce n'est plus clair que ça, je vais vous dire, Vincent, c'est que ces films ne sont même
18:55plus quasiment diffusés en télévision.
18:57Il y a des chaînes qui choisissent de ne plus diffuser les films de Gérard Depardieu.
19:00On peut imaginer demain que les radios décident de ne plus diffuser Patrick Bruel.
19:02Alors ça, on verra bien.
19:03Mais au moment où les premières accusations visant Gérard Depardieu ont surgi dans la presse,
19:08eh bien, il faisait sa tournée, il chantait Barbara.
19:10Et puis, ça a commencé à être perturbé, ça a commencé à être perturbé.
19:13Ça s'est poursuivi.
19:14Aujourd'hui, il ne tourne plus.
19:17Peut-être que Patrick Bruel va réussir à se maintenir, à maintenir ses spectacles pendant quelques mois.
19:23Et puis, au bout d'un moment, on ne le présentera plus comme une tête d'affiche
19:26parce qu'on ne veut pas que les spectacles soient perturbés,
19:28parce qu'on ne veut pas être associé à cette image-là du côté des grands producteurs.
19:32Marine Turquie, je reviens vers vous parce que, justement, c'est aussi,
19:36et c'est ce que révèle votre enquête de Mediapart,
19:39c'est aussi dans les coulisses de cette tournée, les coulisses de ces concerts.
19:43On parlait des loges tout à l'heure, vous nous avez parlé des loges,
19:45mais aussi dans les salons de massage, que beaucoup d'agressions auraient eu lieu, c'est ça ?
19:49Oui, on retrouve, en gros, pour résumer, trois lieux.
19:51Il y a son domicile, il y a le huis clos des massages, des cabines de massage, effectivement.
19:57Et puis, il y a les loges.
19:58Les loges, ça peut être au théâtre, ça peut être en marge du tournage,
20:00ça peut être dans le cadre, par exemple, de la tournée des Enfoirés.
20:03Par exemple, le spectacle des Enfoirés, qui est diffusé sur TF1,
20:07est mentionné dans un très, très grand nombre de témoignages.
20:10Il faut aussi comprendre que plusieurs femmes disent qu'à la base,
20:13il les a invitées à venir le voir au théâtre ou aux Enfoirés.
20:15Donc, il y a une utilisation, si on suit l'ensemble de ces témoignages que j'ai pu recueillir,
20:21de ces loges et de ces représentations.
20:23Et c'est pour ça qu'il faut quand même se pencher un petit peu sur la question.
20:26Que les spectateurs et spectatrices décident d'aller le voir,
20:29c'est des choix personnels, individuels, chacun fait avec ses principes en conscience,
20:33mais il doit faire en tout cas en ayant les informations, et c'est là le rôle de la presse.
20:36Mais ensuite, il y a les organisateurs et les organisatrices, ceux qui sont derrière ces festivals et qui programment.
20:41Et là, à mon sens, il y a une autre forme de responsabilité.
20:44Et encore une fois, la présomption d'innocence, c'est un principe fondamental,
20:47mais qui ne doit pas tout balayer sur son passage, qui est à mettre en balance avec tout un tas
20:52de choses.
20:52Et Vincent Van Tigham le rappelait tout à l'heure,
20:54la justice elle-même, elle prend des mesures à titre conservatoire.
20:58Parfois, elle interdit d'exercer certaines professions.
21:00Parfois, elle interdit de sortir du territoire, de rentrer en contact avec tel ou tel témoin,
21:04ou elle place en détention profiteur.
21:06Ce sont des mesures à titre conservatoire avant la fin de la procédure,
21:09et qui pour autant respectent la présomption d'innocence.
21:11Donc je pense qu'il ne faut pas faire dire à la présomption d'innocence qu'elle ne dit pas.
21:15Et je pense qu'aujourd'hui, il faut que les organisateurs de festivals décident à la fois
21:19en leur âme inconscience et en ayant ces informations en main,
21:21mais aussi en vertu du droit du travail, qui encore une fois reste important.
21:25Donc là, il va y avoir une tournée toute l'année qui est prévue de Patrick Bruel,
21:28et je pense qu'il faut que chacun, chacune s'interroge.
21:30Et il faut aussi s'interroger collectivement quel curseur on met,
21:33au bout de combien de témoignages dans la presse, 30, 50, 100, je ne sais pas,
21:38dans ces affaires-là, de manière générale,
21:40à quel moment on décide de s'interroger, de se dire peut-être,
21:43est-ce qu'il y a un risque, est-ce qu'il n'y a en tout cas pas de
21:45risque zéro ?
21:46C'est cette question qui, je crois, doit être posée aujourd'hui,
21:49qu'il faut se poser collectivement quel curseur on met.
21:51– Il faut combien ? 30, 40, 50 témoignages pour qu'une enquête soit ouverte ?
21:55Qui peut décider ?
21:57– Il faut un seul témoignage, pas besoin de plus.
22:00– Il y a surtout cinq plaintes, après ça va être au parquet ou au juge d'instruction.
22:06– C'est le parquet qui décide d'ouvrir ?
22:07– Non, parce que là, on voit qu'il y a des plaintes qui ont été déposées
22:09directement devant le doyen des juges d'instruction,
22:11on appelle ça une plainte avec constitution de partie civile,
22:13ça va automatiquement entraîner l'ouverture d'une information judiciaire
22:17avec des juges d'instruction qui vont regarder la première des choses,
22:19et on en parlait, c'est, est-ce que les faits sont prescrits ?
22:22Est-ce qu'on peut encore enquêter là-dessus ?
22:24Est-ce qu'on a plus ? Mais un seul témoignage suffit ?
22:26Et puis ce qu'il faut bien préciser, c'est qu'il y a 30 témoignages d'un côté,
22:28cinq plaintes de l'autre.
22:30Même si toutes les femmes qui ont témoigné n'ont pas déposé plainte,
22:33ça va venir nourrir la procédure, ça va venir colorer la procédure
22:36pour voir quelle était la philosophie, on peut dire l'état d'esprit
22:40de Patrick Bruel quand il a été accusé de tous ces faits.
22:43Alors les faits remontent à 1991, à l'époque elle a 17 ans,
22:49Flavie Flamand, nous sommes 35 ans plus tard, Marion Ménage,
22:52est-ce que ces faits sont prescrits ?
22:54Elle dit, Flavie Flamand, j'ai de nouveau rendez-vous avec la justice.
22:58Probablement oui, c'est-à-dire que la prescription,
23:01c'est une grande histoire qui est mêlée à l'histoire du droit.
23:04Le principe de base, c'est de dire, au bout d'un certain temps,
23:09il faut tourner la page.
23:10C'est comme ça que la prescription a été inventée et c'est de dire,
23:13l'écoulement du temps, un jour, fait qu'on ne peut plus rien faire
23:17d'un point de vue judiciaire.
23:18Là, on parle d'un viol sur mineurs, si les faits sont avérés.
23:21Cette notion de prescription, elle ne cesse d'évoluer.
23:25Au moment de commission des faits dont on parle,
23:28c'était 10 ans, la prescription d'un viol sur mineurs.
23:31Donc en 1991 ?
23:32Absolument.
23:33Au-delà, en 2004, on est venu dire, finalement maintenant ça va être 20 ans.
23:37Et pour un mineur, on a dit ça va être 20 ans, mais ça ne va démarrer
23:40que lorsque l'enfant aura atteint 18 ans, parce que la parole pour un enfant,
23:44c'est trop compliqué.
23:45Et donc on ne peut pas faire démarrer cette prescription.
23:47Un enfant qui se fait violer à 5, 6, 7, 8 ans, ce ne serait pas juste
23:51que la prescription, elle démarre et que tout d'un coup, ça vienne brider sa parole.
23:55Donc on va attendre qu'il soit majeur.
23:56Aujourd'hui, on est rendu à 30 ans post-majorité.
23:59Donc si je fais le calcul, à 18 ans, qu'on pense à compter à partir de 18 ans,
24:05elle a 30 ans pour que cette plainte soit examinée,
24:08qu'il puisse y avoir un procès, ça fait 48 ans.
24:10Aujourd'hui, Flavie Flamand, elle a 51 ans.
24:12Si on regarde mathématiquement, c'est trop tard.
24:15Oh, c'est pas dit.
24:16Oui, parce que c'est tard, mais il y a une prescription glissante
24:19qui maintenant existe depuis quelques années.
24:21Cette question n'aura pas de réponse absolue aujourd'hui,
24:23parce qu'il n'y a qu'un magistrat qui peut décider si c'est prescrit
24:26au regard de la date à laquelle les faits ont été commis,
24:28à la date à laquelle la majorité a été acquise.
24:30Donc tout ça doit faire l'objet d'une analyse qui est très poussée.
24:33Et puis il y a quelque chose qui est intéressant
24:34et qui a été mis en avant par les avocates de Flavie Flamand,
24:36c'est ce qu'on appelle la notion de sérialité, de connexité.
24:40C'est une disposition récente de notre droit
24:43qui consiste à dire, en fait, même si les faits sont prescrits,
24:47on peut peut-être enquêter dessus.
24:48Si depuis, il y a eu d'autres faits qui, eux, ne sont pas prescrits,
24:51de même nature, avec un même mode opératoire, par exemple,
24:55dans le dossier de Patrick Poivre d'Arvor,
24:57on a mis en avant cette notion de sérialité.
24:59Séréalité, c'est-à-dire agresseur sexuel en série ?
25:01C'est comme ça qu'on pourrait traduire ?
25:03C'est comme ça qu'on peut le traduire de cette manière-là.
25:06C'est une personne qui est accusée de faits de même nature,
25:09en l'espèce des faits de nature sexuelle,
25:11avec un mode opératoire à peu près similaire,
25:13et commis sur une très longue période,
25:15notamment avec des mineurs.
25:16Et c'est là où la prescription glissante peut jouer son jeu.
25:19Et c'est aussi ce point-là que les magistrats vont regarder
25:22quand ils vont enquêter.
25:23Alors, on l'a vu, il y a une procédure en Belgique,
25:25une à Paris, une à Nanterre, une à Saint-Malo.
25:26On peut imaginer qu'à un moment donné,
25:28on va peut-être regrouper les procédures
25:30pour avoir une analyse vraiment poussée sur Patrick Poivre.
25:33Marine Turquie, on sait que c'est l'un des combats
25:37de Flavie Flamand.
25:38Cette prescription, justement,
25:40pour qu'il n'y ait plus de prescription,
25:42quand on parle de viol sur mineurs,
25:44elle sait qu'elle a dépassé la date, finalement.
25:48Quand on comptait tout à l'heure,
25:4930 ans au-delà des 18 ans, ça fait 48 ans.
25:50Elle a 51 ans aujourd'hui.
25:51Elle espère, quand même, que son cas puisse être jugé.
25:54C'est pour ça qu'elle parle aujourd'hui ?
25:56En tout cas, elle a fait le choix d'une avocate
25:58qui est spécialisée sur les questions de prescription
26:00et sur la sérialité criminelle.
26:03Et vous venez de le dire, effectivement,
26:04les avocates de Flavie Flamand
26:07entendent démontrer que son cas ne serait pas prescrit
26:10en raison de la sérialité
26:11qui se dessinerait à travers les différents faits dénoncés.
26:14Et elle demande, justement, qu'on examine, en fait,
26:18les faits que dénonce Flavie Flamand
26:20en miroir avec tous les autres faits qui sont dénoncés
26:22dans une grande information judiciaire.
26:24Donc, elles appellent de leur vœu l'ouverture
26:25d'une information judiciaire
26:27pour trancher cette question de la prescription.
26:30Et Flavie Flamand, elle-même, vous le savez,
26:32ça a été un de ses combats, la prescription,
26:33au moment de l'affaire Hamilton.
26:35Et puis, pour l'allongement des délais de prescription en 2018,
26:37elle a été à la tête d'une mission ministérielle
26:41attribuée par la ministre de l'époque, Laurence Rossignol.
26:44Donc, c'est l'un de ses combats.
26:45Et pour elle, finalement, avec ce témoignage aujourd'hui,
26:47elle poursuit ce combat sur la prescription.
26:51Et c'est ce qu'elle m'a dit dans le cadre de cet article.
26:53Elle m'a dit que la prescription ne doit pas faire barrage
26:55aujourd'hui à l'éclatement de nos vérités
26:58en parlant de toutes ces femmes qui ont témoigné.
27:01Donc, il y a un vrai enjeu aujourd'hui
27:02avec cette question de sérialité et de connectivité
27:05qui peut être soulevée.
27:07En tout cas, c'est ce qu'entendent démontrer ces avocats.
27:10Et c'est ce qui transparaît dans sa plainte de 20 pages
27:12que j'ai pu consulter.
27:14– Vincent, on ne peut s'empêcher de faire le lien
27:16entre le thé qu'elle s'est vu offrir.
27:19Elle dit que Patrick Bruel lui a offert un thé
27:20quand elle est arrivée chez lui
27:23et qu'il y a eu ensuite blackout.
27:25Elle ne se souvient plus de rien.
27:27Elle dit « j'ai compris probablement
27:30que j'avais été droguée puis violée ».
27:31On parle là de soumission chimique.
27:34Aujourd'hui, le procédé est malheureusement très connu.
27:38À l'époque, peut-être moins ?
27:40– Il l'était tout autant,
27:41mais on en parlait sans doute beaucoup moins.
27:43Et puis surtout, c'est l'accusation
27:45que Flavie Flamand porte aujourd'hui.
27:48Elle n'est pas la seule à décrire ce type de procédé
27:50avec Patrick Bruel,
27:51notamment sur des rendez-vous
27:52qui se sont déroulés à son domicile.
27:54et elle décrit très bien l'état de sidération.
27:59Marine Turquie disait,
28:01elle l'a hallucinée quand elle a découvert
28:03qu'il était en train de reboutonner son pantalon.
28:05C'est vraiment quelque chose qu'on retrouve
28:07dans beaucoup de dossiers de soumission chimique,
28:09dans plein d'affaires, on pourrait en citer plein.
28:12Et à chaque fois,
28:14des jeunes femmes qui sont complètement perdues,
28:16qui ne savent pas ce qui s'est passé.
28:18Elle décrit quand même qu'elle a dû attendre 2006,
28:20alors qu'elle faisait tout pour ne pas recroiser Patrick Bruel.
28:23Là, elle a été coincée lors du tournage d'une émission.
28:26Elle ne voulait pas le croiser.
28:27Il l'a prise dans ses bras et il lui a dit
28:29mais si, on a couché ensemble,
28:30comme si c'était la réponse qu'elle ne voulait pas avoir
28:33et qu'elle a été forcée d'avoir.
28:34Et aujourd'hui, c'est vrai que ça interroge...
28:36Elle dit qu'elle avait eu des doutes
28:37et que ce jour-là, elle a eu la réponse à tous ses doutes.
28:39La réponse terrible, finalement.
28:42Et c'est vrai que cet état de sidération,
28:43ça, c'est quelque chose aussi
28:44qui est de plus en plus pris en compte
28:47dans les tribunaux, dans les juridictions,
28:49parce que maintenant, on arrive à la décrire,
28:51on arrive à la comprendre,
28:52ce qu'on ne faisait peut-être pas des années auparavant.
28:55Donc ça aussi, tout ça,
28:56cette prise en compte de cette réalité-là.
28:58Alors, il faut bien préciser que Patrick Bruel,
28:59il conteste, il ne dit jamais de droguer personne.
29:01Bien sûr.
29:02Ces avocats disent ça.
29:04On parlait de la prescription,
29:06effectivement, parce qu'à un moment donné,
29:07il faut tourner la page,
29:08mais ce n'est pas tant qu'il faut tourner la page,
29:09c'est qu'on est dans l'incapacité
29:11de savoir si Flavie Flamand a été drogué il y a 35 ans.
29:14Vous imaginez bien.
29:15Donc, c'est très difficile d'enquêter là-dessus.
29:17Mais sur la prescription, il y a quand même quelque chose.
29:19Je voudrais juste ajouter d'une phrase,
29:20parce que ça, c'est aussi quelque chose
29:22qui est nouveau et important.
29:23Depuis quelques années,
29:24un juge peut rendre une ordonnance de non-lieu
29:26en raison de la prescription,
29:27tout en précisant qu'à ses yeux,
29:29les faits semblent caractériser ce qu'il dit.
29:31Aujourd'hui, il ne peut plus y avoir de procès,
29:33mais on vous croit.
29:34Un dernier mot, peut-être, Amy Ba,
29:36il y a une nouvelle représentation demain
29:38de cette pièce au Théâtre Édouard VII.
29:40J'ai regardé tout à l'heure, c'est complet.
29:42Donc, ça veut dire que ça fonctionne,
29:43ça marche et que les spectateurs, manifestement,
29:47ne rendent pas leur place.
29:48Ils seront là au rendez-vous.
29:49Vous serez là aussi au rendez-vous demain ?
29:50Alors oui, j'appelle toutes les militantes féministes
29:53à venir à Paris demain, devant le théâtre.
29:56Et puis, j'appelle aussi les spectateurs et les spectatrices
29:58à une responsabilité collective
29:59et à prendre conscience que ces femmes-là ont du courage,
30:02qu'on les croit, qu'on la croit.
30:04Et merci, Flavie Flamand.
30:06Et rappelons, parce que c'est important,
30:08qu'à l'heure où l'on parle,
30:10Patrick Bruel est présumé innocent.
30:11C'est ce que prévoit la loi.
30:13C'est important ce soir de le rappeler.
30:15Merci à tous.
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