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  • há 2 dias
Né près de Naples, au cœur d'un territoire dominé par la Camorra, Roberto Saviano grandit dans une région où la violence mafieuse façonne la vie quotidienne. Il choisit d'écrire pour dénoncer ce qu'il voit : les ateliers clandestins, l'emprise des clans, les assassinats, ... En 2006, son livre "Gomorra" paraît. Il y mêle enquête et procédés romanesques, inventant une forme hybride : le roman de non-fiction. Il y nomme les chefs mafieux et les clans, notamment celui des Casalesi, impliqué dans l'enfouissement illégal de déchets toxiques en Campanie. Le succès est mondial et donne lieu à une adaptation cinématographique et à une série. Mais la parole publique de Saviano, qui ose défier la mafia sur son propre territoire, bouleverse sa vie. Menacé de mort, placé sous protection permanente, l'écrivain devient à la fois un héros populaire et une figure controversée en Italie. Avec les témoignages de: Saviano, de son éditeur, d'un magistrat anti-mafia, ou encore d'un repenti de la Camorra.
Transcrição
00:09Sous-titrage Société Radio-Canada
00:45Je suis souvent contraint de déménager et j'en souffre beaucoup.
00:53J'ai appris à ne pas m'attacher aux lieux surtout et parfois même aux personnes.
01:00Roberto Saviano, un jeune écriteur napoletano, qui a écrit un livre.
01:05Gomorra a devenu un vrai best-seller, Denunciato, la Camorra.
01:10Une plongée dans l'univers de la mafia napolitaine qui raconte sa main mise sur la région,
01:16mais surtout donne les noms des chefs de clan qui ont juré depuis de l'assassiner.
01:25Ce livre a fait l'effet d'un tremblement de terre, une explosion dévastatrice.
01:31Il raconte ce qu'on voulait garder secret.
01:36Ce courage a fait de Saviano une icône de la lutte contre la mafia et la Camorra.
01:52Ce qu'il y a d'extraordinaire dans ce livre, c'est la puissance de son écriture.
02:01La littérature est clairement une arme dans l'esprit de Roberto Saviano.
02:11J'avais 26 ans, je ne cherchais ni l'argent ni la gloire.
02:15Ce que je voulais, c'était bien pire.
02:18Avec ce livre, je voulais anéantir le mal, celui de la Camorra.
02:50La Camorra
02:54Le 29 novembre 2004, je reçois un e-mail qui avait pour objet du Sud, envoyé par un certain Roberto
03:01Saviano.
03:03Je ne le connaissais absolument pas.
03:08A l'époque, j'étais le directeur éditorial de la collection Straday Blue, qui existe toujours.
03:15Je l'avais créé avec des collègues dans la maison d'édition Mondadori.
03:20Disons que notre approche n'était peut-être pas anarchique, mais certainement atypique.
03:26Cher Eduardo Brugnatelli, je m'appelle Roberto Saviano.
03:31Notre amie commune, Elena Janicek, m'a informé que vous seriez disposé à lire mon projet de livre.
03:38J'en suis très heureux.
03:43Elena Janicek, une des collaboratrices chez Mondadori, travaillait pour une revue littéraire en ligne à laquelle participait aussi Roberto.
03:55Je fais partie des membres fondateurs de Nazion Indiana, qui est un blog littéraire totalement autogéré, sans financement ni publicité,
04:05un peu de niche et d'avant-garde.
04:08Et comme beaucoup d'autres auteurs, Roberto Saviano nous a rejoints.
04:16Roberto, c'est un jeune homme qui a étudié à Naples et qui est originaire de la province de Casert.
04:22Il écrit dans la presse.
04:28C'est un garçon très cultivé.
04:30C'est un grand lecteur et il aime passionnément la littérature.
04:35Il est d'une grande intelligence.
04:40Et il cherche alors à entrer en contact avec l'univers des écrivains.
04:46Et Mondadori était et est toujours la plus grande maison d'édition italienne.
04:52Je voudrais articuler ce livre autour d'une narration qui puisse témoigner de la réalité de l'Italie du Sud.
05:01Je voudrais raconter les vicissitudes de dizaines et dizaines de personnes innocentes, assassinées par la Camorra.
05:08Victimes collatérales ou ciblées parce que gênantes, sans que cela n'attire la moindre attention.
05:17J'aimerais vous rencontrer rapidement et vous parler en tête à tête de l'enfer dans lequel je vis et
05:22de cette région oubliée de l'Europe.
05:30Quand j'ai reçu le mail, j'ai été saisi.
05:33On devinait quelqu'un qui avait une réelle urgence à raconter des histoires, des événements dont il avait été témoin.
05:45Les clans doivent frapper.
05:47Il faut punir.
05:50C'est l'ordre.
05:52Le reste ne vaut rien.
05:55Les camorristes envoyés faire le service étaient peut-être bourrés de cocaïne.
05:59Je connais leur méthode pour éliminer toute forme de résistance, pour anéantir le moindre élan d'humanité.
06:06Mais je n'ai pas voulu imaginer comment cela s'est produit.
06:09Je m'arrête, je fais remonter des glaires de ma poitrine avec mon nez et je crache.
06:15Je parviens alors à empêcher que les images ne s'installent dans mon esprit.
06:20Ce qui m'a frappé, c'est d'abord le style de Roberto.
06:25À travers ses tournures stylistiques, il parvient à raconter des choses d'une grande dureté qui vous frappent comme des
06:30coups de poing dans l'estomac.
06:37Cher Roberto, si je me permets de te tutoyer, c'est parce que la forte tension qui transparaît dans chacune
06:43de tes phrases me fait penser à toi comme à un camarade, un ami.
06:48Je serais ravi de pouvoir te publier.
06:51Voyons-nous, rencontrons-nous, parlons-en.
06:53Edouard
07:18J'ai grandi entre deux provinces, celle de Naples et celle de Caserta.
07:24On vivait une période très compliquée et je n'avais qu'une seule idée, fuir.
07:32Fuir une certaine horreur qui découlait de tant de laideurs.
07:37Je suis né sur une terre magnifique mais qui a été violée.
07:42Il y a bien une beauté qui persiste et qui nous envoûte, mais on sent qu'elle a littéralement été
07:48souillée, violée, défigurée.
07:51Et ça générait en moi un mal-être, une angoisse.
07:54Je voulais décharger la rage qui était en moi et qui me poussait à être profondément radical.
08:19Roberto et moi, on vient du même monde.
08:24Nous sommes tous les deux napolitains et bourgeois.
08:29Mais on est tous les deux fascinés par cet autre visage de Naples.
08:33La Naples sauvage et violente.
08:40Un monde où le premier cadeau qu'on fait à un enfant lors de sa première communion, c'est un
08:46révolver.
08:51Avant de devenir écrivain, je me suis essayé au journalisme à Naples à la fin des années 70.
09:12Au cours des années 70, à Naples, j'ai assez peu entendu parler de la Camorra ou de crimes organisés.
09:25Elle existait, bien sûr, mais tout se concentrait essentiellement autour du trafic de cigarettes.
09:35Le tremblement de terre de 1980 a tout changé.
09:58Le tremblement de terre de 1980 a généré un afflux massif d'argent destiné à la reconstruction.
10:10L'appétit des mafias a alors grossi de manière exponentielle.
10:17Mais en Italie, pendant des années, on a nié l'existence de la mafia.
10:24On a fermé les yeux pendant très longtemps.
10:32J'avais écrit un livre, l'Abusivo, où je racontais l'histoire de Giancarlo Siani.
10:40Un jeune journaliste napolitain, tué par la Camorra, à cause de ce qu'il écrivait.
10:58Roberto, le jeune Roberto, a grandi dans ce territoire.
11:07Il a été éduqué précisément dans cet univers.
11:16Le désir de ce livre naît d'une colère forgée au fil du temps,
11:19en fixant du regard ces nouveaux et inconnus princes de l'entrepreneuriat,
11:25et en me souvenant de ceux qui ont été massacrés sans aucune pitié,
11:29comme s'il s'agissait de vie mineure.
11:55Pour le jeune garçon que j'étais,
11:58la mort de Dom Pepe est un choc.
12:01Je vois la peine, la douleur.
12:10Dehors, ma tante avait étendu un drap blanc,
12:14signe d'innocence et de rébellion.
12:23On parle là d'un homme, un prêtre, qui dit
12:26« Je ne peux pas mener à bien ma mission pastorale
12:29sans dénoncer ce qui se passe. »
12:32Il faut choisir son camp, ça m'a marqué.
12:36Choisis ton camp, toujours.
12:38Tu en payeras sûrement le prix, mais choisis ton camp.
12:52Je me souviens de l'arrivée de Roberto,
12:54qui était tout jeune à l'époque.
12:56Elena Janéček et Antonio Franchini étaient également présents.
13:01Roberto arrive donc chez Mondadori
13:03et nous dit qu'il est en pleine écriture.
13:05Il avait une documentation très fournie
13:08et il cherchait à organiser cette matière
13:10pour en faire un livre.
13:13Il nous présente dans les grandes lignes
13:15le projet de son livre.
13:19Gomorra.
13:21Il nous a dit quelque chose de fondamental.
13:23Il a dit « Je veux écrire un livre
13:25adoptant les codes de la fiction
13:26pour raconter une histoire vraie. »
13:30« Cher Eduardo,
13:36j'ai couché sur le papier de nombreux fragments,
13:39des morceaux de texte.
13:41Il nous faudra clarifier dans quelle mesure
13:43je peux utiliser les noms réels.
13:46Personnellement, je préférerais faire référence à la réalité
13:50afin de contenir autant que possible
13:52le risque d'un excès de fiction.
13:54Je te soumettrai bientôt la trame d'un livre
13:56qui pourrait être un récit impur.
13:59Un roman-reportage.
14:06Qu'est-ce que c'est, au fond, Gomorra ?
14:10C'est un roman, mais qui n'est pas une fiction.
14:12Une sorte d'hybride.
14:16La forme du livre a posé,
14:17et pose encore aujourd'hui,
14:19des problèmes de définition.
14:24« J'ai découvert Saviano avant Gomorra,
14:27un peu par hasard,
14:28quand il écrivait sur les blogs.
14:32On sentait qu'il était très impliqué dans ses récits.
14:36Le nouveau journalisme américain
14:38est un point de repère pour lui,
14:40notamment depuis Truman Capote.
14:42Ce courant littéraire est sans aucun doute
14:44une référence pour lui. »
14:50Une autre figure qui a beaucoup compté pour lui
14:53est celle de Primo Levi,
14:55en particulier pour son rapport au témoignage.
15:00« L'organisation du livre en récit
15:02risque de devenir un almanac de la mort.
15:05Je crains la redondance.
15:07J'ai donc pensé à une structure plus unitaire,
15:10une voie narrative
15:11à la première personne qui raconte,
15:13décrit, réfléchit.
15:15Un jeu
15:16qui ne trace pas un journal de soi,
15:18mais la mémoire d'un lieu. »
15:25« Le narrateur qui nous guide tout au long du livre,
15:26c'est Roberto.
15:30Il se déplace en Vespa,
15:32à travers ce territoire,
15:33Naples et ses alentours.
15:37Le récit se déroule à Naples,
15:40tant dans le centre historique
15:41avec ses ruelles étroites
15:42que dans les banlieues plus dégradées.
15:45Et notamment en Scampia,
15:47avec ses fameuses voiles,
15:49les Vellets.
15:52Il se rend aussi dans l'arrière-pays napolitain,
15:56comme par exemple à Casal di Principe.
16:03On ne suit pas une trame linéaire
16:05qui nous porte du début à la fin du livre.
16:08On découvre plutôt différents chapitres
16:10qui décrivent les multiples facettes
16:12des activités mafieuses,
16:13et donc illégales.
16:16Le livre parle de gens du peuple,
16:18de victimes de la Camorra.
16:40Afin de suivre le déroulement de la faïda,
16:42le règlement de compte,
16:44j'avais réussi à me procurer une radio
16:45qui captait les fréquences de la police.
16:48De cette façon,
16:49j'arrivais à Vespa sur les lieux
16:51à peu près en même temps que les patrouilles.
16:58« Pendant les années où Roberto écrivait,
17:04la guerre entre les clans de la Camorra
17:06n'avait jamais été aussi féroce.
17:13Roberto est totalement plongé dans ses récits.
17:16Il est immergé au cœur de ce monde. »
17:19Andiamo alla cronaca ancora una vittima a Napoli
17:22nella guerra di Camorra.
17:23Esta volta è una ragazza incensurata
17:26di appena 22 anni,
17:28trovata carbonizzata in un auto.
17:33Cet hécatombe, tous ces morts,
17:35les journaux en parlaient tous les jours.
17:37Au bout d'un moment,
17:39sans même s'en rendre compte,
17:40ces faits divers ne nous touchent plus,
17:41on les banalise.
17:43Roberto, lui, racontait ces événements
17:45sous un angle tout à fait différent,
17:47c'était marquant.
17:48La force de son écriture
17:49réside dans cette capacité d'incarnation.
17:54Ce corps était celui de Gelsomina Verde,
17:57une jeune fille âgée de 21 ans.
18:00Elle avait fréquenté un garçon,
18:02Gennaro Noturno,
18:03qui avait intégré le clan.
18:06Gelsomina trimait,
18:07comme tous ceux qui doivent avoir
18:08au moins trois emplois
18:09pour rassembler un pécule
18:10dont la moitié va à la famille.
18:14Elle faisait aussi du bénévolat.
18:16Elle aidait les personnes âgées du quartier.
18:24En Gomorra,
18:25les styles narratifs
18:27s'entremêlent tout du long.
18:30Il insère des personnages forts
18:32qui bousculent la sensibilité
18:33du lecteur et de la lectrice.
18:35On s'attache à l'humanité
18:37de ces personnages.
18:38Mais il y a aussi
18:40des passages plus analytiques
18:42où Saviano nous détaille
18:44le fonctionnement du système.
18:52Le mot Camorra n'existe pas.
18:55C'est un mot de flic,
18:56utilisé par les magistrats,
18:58les journalistes
18:59et les scénaristes.
19:01Un mot qui fait sourire
19:02les affiliés.
19:04Celui que les membres
19:05d'un clan utilisent
19:06pour se désigner
19:07est système.
19:09J'appartiens au système
19:10de Secundigliano.
19:12Un terme éloquent
19:13qui évoque un mécanisme
19:15plutôt qu'une structure.
19:16Car l'organisation criminelle
19:18repose directement
19:19sur l'économie.
19:28Une des grandes nouveautés
19:29de Gomorra,
19:31c'est qu'il détourne
19:32le regard pointé
19:32sur les crimes de sang
19:34pour le rediriger
19:36sur le pouvoir économique
19:37des mafias.
19:39sur le pouvoir
19:43de cette économie parallèle
19:45particulièrement dangereux
19:46et totalement sous-estimé.
19:55Saviano met en relation
19:57un système
19:57dont les bases
19:59sont implantées localement,
20:01mais qui s'intègre
20:02totalement dans une logique
20:03de globalisation
20:04et de circulation
20:05des marchandises
20:06au niveau mondial.
20:12Le système avait alimenté
20:14le marché international
20:15de l'habillement,
20:17royaume de l'élégance italienne.
20:20Chaque recoin
20:21de la planète
20:22pouvait être atteint
20:22par les entreprises,
20:24les hommes
20:24et les produits du système.
20:28Le livre s'ouvre
20:29sur le port de Naples,
20:31le lieu
20:32où ces marchandises
20:32disparaissent
20:33et réapparaissent.
20:35Ces phénomènes
20:36sont de toute évidence
20:37étroitement liés
20:38au pouvoir de la Camorra.
20:41Le système de Secondigliano
20:43détenait désormais
20:44tout le secteur du textile.
20:46Et la périphérie
20:47de Naples
20:48était le centre
20:48de la production,
20:49le véritable poumon
20:51industriel.
20:55Et puis,
20:56il y a les usines textiles.
20:57Car ces marchandises,
20:59il faut bien
20:59les produire quelque part.
21:03Et Saviano
21:03nous raconte
21:04où elles sont produites.
21:06Dans ces lieux
21:06insalubres,
21:07délabrés
21:08et bien évidemment
21:09clandestins.
21:11L'exploitation
21:11de la main-d'oeuvre
21:12y est bien sûr
21:13la norme.
21:14Une main-d'oeuvre
21:15essentiellement composée
21:16de femmes
21:16mais également d'enfants.
21:23Les clans
21:23avaient créé
21:24des filières entières
21:25de sous-traitance
21:26dans le textile
21:26et le travail
21:27du cuir et des pots
21:28qui étaient en mesure
21:29de produire
21:30des costumes,
21:30des vestes,
21:31des chaussures
21:31et des chemises
21:32identiques
21:33aux produits
21:33des grandes maisons italiennes.
21:40Les clans
21:41de Secondigliano
21:41avaient créé
21:42un réseau commercial
21:43présent sur tous les continents
21:44et capables
21:45d'acquérir
21:45des chaînes de boutiques
21:46et de dominer ainsi
21:47le marché de l'habillement
21:48sur le plan international.
21:54Cette organisation
21:55s'infiltre partout.
21:57C'est une réalité globalisée.
22:00Elle ne se limite pas
22:01à l'Italie du Sud
22:01ou à la campagne.
22:04En lisant son texte,
22:06ça m'a fait abandonner
22:07tous les clichés
22:08que j'avais en tête
22:09en lien avec
22:10les crimes de la Camorra.
22:20Il te fait comprendre
22:21que ces mécanismes,
22:23ces dynamiques
22:23opèrent également
22:24là où tu vis
22:25et cela partout,
22:26à Milan
22:27et n'importe où ailleurs.
22:34Cela impacte une économie
22:35dont nous sommes partie prenante.
22:37Cela impacte une politique
22:38dont nous sommes les protagonistes.
22:40Cela impacte notre vie.
22:45Je suis né en terre
22:46de Camorra,
22:48l'endroit d'Europe
22:48qui compte le plus
22:49de morts par assassinat,
22:51là où la violence
22:52est la plus étroitement
22:53liée aux affaires
22:54et où rien n'a de valeur
22:55s'il ne génère pas de pouvoir.
22:58S'opposer au clan
22:59devient une guerre
23:00pour la survie,
23:02comme si la nourriture
23:03qu'on mange,
23:04les lèvres qu'on embrasse,
23:06la musique qu'on écoute
23:08et les pages qu'on lit
23:09ne donnait pas un sens
23:11à la vie
23:12mais seulement
23:13à la survie.
23:23Le livre sort en 2006.
23:30Je savais que ce livre
23:31était important
23:32et qu'il rencontrerait
23:33son public.
23:38Mais jamais je n'aurais pu imaginer
23:39l'ampleur que ça allait prendre.
23:44Cette soirée,
23:45vogliamo parlarvi
23:46d'un livre
23:47qui ci a colpito moltissimo.
23:48Un livre qui a uscito
23:49tre giorni fa,
23:50s'intitola Gomorra.
23:51L'autore est un ragazzo
23:52molto giovane,
23:53uno scrittore
23:54qui a 26 anni
23:56et qui,
23:56per la prima volta
23:57compare in television
23:58questa sera,
23:59il libro est
24:01sconvolgé.
24:07Un roman,
24:08c'est comme une bataille.
24:10J'avais cette ambition absurde.
24:13Avec ce livre,
24:14Roberto Saviano
24:15est parvenu
24:16à combattre
24:16ce pouvoir-là.
24:19Tu te rends compte
24:20de la folie ?
24:21C'était obsessionnel
24:22chez moi.
24:22Je réussirai.
24:25Mais là,
24:26il risque la vie.
24:27Non,
24:27je ne pense.
24:28Je ne pense
24:29qu'un problème
24:30ne me rende compte.
24:31je n'ai jamais avuto
24:32paura,
24:33un senso terrore
24:34di poter essere fatto fuori
24:36o di poter subire
24:37qualche ritorzione.
24:44Gomorra a joué
24:46un rôle important
24:47dans le contexte
24:48de la lutte
24:48contre la Camorra.
24:53Il a permis
24:54de faire connaître
24:55au monde,
24:57à l'opinion publique,
24:58des phénomènes criminels
25:00qui, sinon,
25:01seraient sûrement
25:02restés réservés
25:03aux spécialistes.
25:07Dans son livre,
25:09il parle sans équivoque
25:10du clan de Casalésie.
25:13Je me suis occupé
25:13du clan de Casalésie.
25:17Parmi les chefs de clan,
25:18on trouve
25:19Jovine et Zagarien.
25:20il y avait aussi
25:22Francesco Schiavone,
25:23dit Sandokan.
25:29Une partie significative
25:32de la Camorra
25:33est issue
25:34du clan
25:34des Casalésies.
25:40Les Casalésies,
25:42telles que le raconte
25:43Saviano,
25:44vivent principalement
25:45du trafic
25:45des déchets toxiques.
25:48Provenant des industries
25:50de l'Italie du Nord,
25:51ils étaient transportés
25:52et enfouis sous la terre,
25:54dans la province
25:54de Caserte.
25:56Un enjeu économique énorme.
26:02Grâce à ce marché,
26:04les clans
26:04et leurs intermédiaires
26:05ont encaissé
26:0644 milliards d'euros
26:07en 4 ans.
26:09Une croissance
26:10avec laquelle
26:10seul le marché
26:11de la cocaïne
26:12peut rivaliser.
26:17Au lieu de traiter
26:20ces déchets
26:20de manière légale,
26:22ce qui aurait engendré
26:23un certain coût
26:24pour les industriels,
26:28ils s'en débarrassaient
26:29de manière illégale
26:31en les enfouissant
26:33dans des décharges
26:34sauvages
26:34dans la province
26:35de Caserte,
26:37territoire
26:38qu'ils contrôlaient.
26:42Et ce trafic
26:43a rapporté
26:44des sommes colossales
26:45à l'organisation.
26:51Les parrains
26:52n'ont eu aucun scrupule
26:53à enfouir
26:54des déchets empoisonnés
26:55dans leur propre village,
26:57à laisser pourrir
26:58les terres
26:58qui jouxtent
26:59leur propre villa
26:59ou domaine.
27:06Saturer un territoire
27:07de déchets toxiques,
27:09entourer ces villages
27:10de collines d'ordures
27:11n'est un problème
27:12que si l'on envisage
27:13le pouvoir comme une responsabilité sociale
27:15à long terme.
27:17Le temps des affaires
27:19ne connaît lui
27:20que le profit à court terme
27:22et aucun frein.
27:27Ce livre était clairement
27:29une opération très risquée
27:30et ce dès le départ.
27:36Il a attiré l'attention
27:37du public italien
27:38sur cette région
27:39contrôlée par une organisation
27:41criminelle
27:42pour ainsi dire
27:43inconnue.
27:43personne ne connaissait
27:45les casalésis.
27:49la sensation
27:50que tu sentis
27:51addosso,
27:51que je me sentis
27:52addosso,
27:53mais je suis un obsessionnato,
27:54donc,
27:55forse vale poco
27:55la mia testimonianza,
27:56mais que je me sentis
27:57addosso,
27:57que je vive
27:58dans un pays
27:58en guerre
28:00et non une guerre métaphorique,
28:02mais une guerre vera.
28:10L'angoisse
28:11de ne pas réussir
28:12à imposer ce livre
28:13dans l'arène politique
28:14autant qu'il le méritait
28:16selon moi,
28:17c'est pour cette raison
28:18que je me suis autant exposé.
28:25Je n'avais établi
28:26aucune stratégie.
28:28J'étais prêt
28:29au sacrifice.
28:31J'étais prêt
28:32à tout sacrifier.
28:39Le livre commence
28:40à très bien se vendre
28:41et devient visible.
28:44Très rapidement,
28:45ce qui va tout changer,
28:47c'est que Saviano
28:48va à Casal di Principe.
28:53Il a invité
28:53à participer
28:54à une rencontre publique
28:55où l'on parle de Camorra.
28:59La piccola piazza
29:00Vittorio Emanuele
29:01s'est riempita
29:02en fretta,
29:03surtout aux studentes.
29:04Casal di Principe,
29:05où la Camorra
29:06uccide.
29:07Casal di Principe,
29:08roccaforte
29:09du clan des Casalesi.
29:16Il va dans la tana
29:18Il se jette
29:19dans la gueule du loup
29:20et il lance
29:21une sorte d'anathème
29:24directement adressé
29:24au chef de clan.
29:39Ces chefs sont considérés
29:40selon les règles
29:42de l'Omerta
29:42comme des divinités.
29:46Personne ne peut les nommer
29:48et lui va les nommer
29:49un à un.
30:03Jamais je n'aurais imaginé
30:05que ces déclarations publiques
30:07puissent bouleverser
30:09sa vie pour toujours.
30:16Je ressens une réelle satisfaction
30:18en les défiant
30:19sur cette place
30:19au cœur de leur capitale
30:21et je n'ai pas peur.
30:28Je ne me rends compte
30:29de rien mais
30:30l'ordre est donné
30:31de s'en prendre à moi
30:35et à partir de là
30:36tout s'effondre.
30:39La magistratura
30:40s'est étudiant
30:40un piano de protection
30:41pour Roberto Saviano
30:43le scrittore napoletano
30:44minaccié
30:45par la Camorra
30:45pour avoir dénoncé
30:46la criminalité organisée.
30:52C'est moi qui étais en charge
30:53de suivre les dossiers
30:54des menaces
30:55qui pesaient sur lui.
30:57Il y a d'abord eu
30:57les premières mesures
30:58de protection
30:59les gardes du corps
31:01et disons qu'à partir de là
31:02la vie de Saviano
31:03n'a plus été la même.
31:15Tout ça fait alors
31:17la une des journaux
31:18et ça devient alors
31:19l'affaire Saviano.
31:24On compare alors Saviano
31:26à Salmane Rougedi
31:27qui a comme lui
31:28risqué sa vie
31:28pour ses écrits.
31:36et supporte
31:37Roberto Saviano
31:38dans la difficult situation
31:39dans laquelle il se trouve
31:40et c'est aussi
31:42la situation
31:42dans laquelle je me trouve.
31:45Ce destin,
31:46si particulier,
31:48lit indéniablement
31:48l'œuvre à son auteur.
31:51Et c'est comme si
31:53la puissance de ses mots
31:54était décuplée.
31:56En ce numéro,
31:57après les menaces
31:58des clans,
31:59Roberto Saviano
32:00parle de son livre
32:01sur la Camorra.
32:04La renommée du livre
32:06a grandi,
32:07grandi,
32:07grandi.
32:09Les ventes explosaient.
32:13Cela devenait
32:14un livre culte.
32:16Un livre
32:17qui comptait
32:18pour énormément
32:18de monde.
32:24Je me souviens
32:25d'un épisode
32:26peu de temps
32:27après la sortie
32:27du livre
32:28dans un train
32:29qui m'emmenait
32:30de Milan à Venise.
32:33J'étais frappé
32:34en remontant le train
32:35de découvrir
32:35que dans chaque wagon,
32:37il y avait au moins
32:37deux personnes
32:38qui lisaient Gomorra.
32:40J'étais bluffé.
32:43Comme si un raz-de-marée
32:45s'était déclenché
32:46et qu'on assistait
32:48à tous ses effets.
32:56Roberto est alors
32:57devenu
32:58un héros
32:58populaire.
33:04Cette héroïsation
33:05de Roberto
33:06lui a probablement
33:07permis
33:08d'atténuer
33:09le drame
33:09qu'il vivait
33:10dans la privation
33:11de sa liberté.
33:11de la liberté.
33:13est-ce qu'il y a
33:14l'honneur ?
33:14Il y a un livre
33:15qui a écrit
33:15un livre,
33:16yeux pour yeux,
33:17yeux pour yeux,
33:17yeux pour yeux.
33:18Scrivez un livre
33:18pure de l'esquia
33:19et vous le mettez
33:20et vous le mettez
33:20avec un livre.
33:20Vous le mettez !
33:23Vous le mettez !
33:25Vous le mettez !
33:26à dire que vous avez écrit
33:27une merde !
33:29Il y a un livre !
33:29Regarde le meu !
33:33Tout me semble irréel,
33:35compliqué.
33:37J'étais convaincu
33:38de mourir jeune.
33:40À 26 ans,
33:42j'étais déjà condamné.
33:44C'est sûr,
33:45ils vont m'abattre,
33:46je vais mourir.
33:48Je vivais avec ça
33:49en tête.
33:53J'accepte le jeu.
33:54Je m'y jette
33:54à corps perdu.
33:55Je ne recule
33:56devant aucune bataille.
33:58Au point où j'en suis.
34:11Saviano a conscience
34:12qu'en s'appuyant
34:13sur d'autres médias,
34:14son message
34:15peut prendre de l'ampleur.
34:17son but est précisément
34:18que ces histoires
34:19se propagent
34:20et que l'on continue
34:21de dénoncer
34:22ce qu'il se passe
34:23dans ce territoire.
34:27Seulement deux ans
34:28après la publication
34:29du livre,
34:30Garonne,
34:31un réalisateur
34:32engagé politiquement,
34:34décide d'adapter
34:34Gomorra au cinéma.
34:40Garonne veut s'inscrire
34:42dans le cinéma du réel.
34:45Son choix n'est pas
34:46dû au hasard
34:46et se réfère
34:48sans aucun doute
34:49à Pasolini
34:50parce qu'il choisit
34:51dans l'héritage
34:52du néoréalisme
34:53de ne pas s'appuyer
34:55sur des acteurs
34:55professionnels
34:57mais plutôt
34:58d'engager des jeunes
34:59qui vivent à Napoli.
35:07Il veut montrer
35:08la réalité telle qu'elle est,
35:10celle d'un territoire
35:11dévasté par la Camorra.
35:13en étant sur place,
35:14il collabore
35:15avec des personnes
35:15qui vivent
35:16cette réalité
35:16au quotidien.
35:17qui vivent
35:17et qui vivent
35:17dans la réalité.
35:19C'est une sorte
35:23qu'il y a de la réalité
35:24qui vivent
35:25et qui vivent
35:44dans la réalité.
35:48où l'on voit les familles manger, les enfants jouer dans les piscines.
35:59Ces plans offrent l'idée d'un quotidien teinté d'horreur.
36:02C'est sans doute la vision qui représente au mieux la réalité
36:05et qui suit la même optique que Saviano.
36:13Les fameuses VL, le symbole pourri du délire des architectes.
36:17Ou plus simplement, une utopie de béton qui n'a pu empêcher la machine du narcotrafic de se développer
36:23et de s'enraciner dans le tissu social de ce coin de terre.
36:28Le chômage y est endémique et on n'y perçoit aucune volonté de progrès social.
36:34Ce qui a fait de la zone un lieu susceptible de stocker des quintaux de drogue
36:38et un laboratoire recyclant l'argent dans les activités économiques légales.
36:50Tout ce que raconte Saviano dans Gomorra, je l'ai vécu.
36:57J'ai grandi ici, dans les VL, à Scampia.
37:04Chez moi, tout le monde était impliqué.
37:06Dis-toi qu'à 10 ans, ma mère me faisait allumer les feux de la gazinia
37:11pour faire chauffer les couteaux à blanc et couper la drogue.
37:14Voilà ce qu'on faisait chez moi.
37:19À 10 ans, j'étais déjà recherché par la police.
37:23À 14 ans, on m'a offert mon premier flingue
37:27parce qu'ils avaient compris que j'étais du genre à tirer sur les gens en pleine face.
37:35Voilà comment j'ai grandi.
37:38Je voulais devenir camoriste, un boss.
37:44J'ai commis des crimes, j'ai été en prison.
37:52C'était ça, ma vie.
37:54C'était ça, la vie.
37:56Au point que, je dois être honnête, j'ai eu du mal à voir le film.
38:01J'y ai reconnu des personnes que je connaissais
38:04et qui sont presque toutes mortes.
38:15Ici, c'est la camorra qui commandait.
38:21L'État, qui n'a pas été présent là où on avait le plus besoin de lui,
38:26a permis à l'anti-État de régner partout
38:33et que tout se salisse,
38:36se détériore,
38:37que tout se fragilise.
38:45Et Saviano a accompli quelque chose de très important
38:49avec le livre et le film
38:51car c'était une véritable dénonciation.
38:59Il a dit ce qu'on savait depuis toujours
39:01mais il l'a dit différemment
39:04en apportant une autre crédibilité,
39:06une autre force,
39:07une autre puissance.
39:09Naples et surtout les Napolitains
39:12avaient besoin qu'on leur tire les oreilles
39:15et qu'on leur dise que ça suffit.
39:17« Oh, basta, basta. »
39:23Le film remporte des prix prestigieux
39:38et il est acclamé par la critique.
39:40« Nous l'aspectavons. »
39:45« La stampée internationale a fait la critique très belle. »
39:49« Pour nous, c'est important de raconter notre pays. »
40:06« J'aimerais seulement remarquer que la mafia italienne
40:10serait la 6e mafia au monde. »
40:15« Mais, regardez, c'est la plus conocée. »
40:18« Parce qu'il y a eu, c'est un supporte promouvoir. »
40:21« C'est un supporte promouvoir. »
40:24« C'est un supporte promouvoir. »
40:37« Une véritable campagne diffamatoire
40:40l'a traînée dans la bouche. »
40:42« On l'a accusée de tirer profit de son succès
40:44pour mener la belle vie. »
40:53« On l'a accusée de faire tout ça
40:55juste pour l'argent. »
40:58« On lui reprochait que sa garde rapprochée
40:59soit payée par les impôts. »
41:06« Ce sont ces choses classiques
41:22qui se répètent dans l'histoire.
41:25Lorsque quelqu'un dénonce le mal,
41:27on ne se focalise pas sur ce qui est dénoncé.
41:32mais sur celui qui dénonce. »
41:36« Et maintenant, l'élenc des plus communes
41:40définitions de Roberto Saviano. »
41:44« Un autore de successo. »
41:46« Un héroe. »
41:48« Un pazzo. »
41:49« Un impostore. »
41:51« Un vile. »
41:52« Un porco. »
41:53« Un professionista de l'antimafia. »
41:55« Un furbo, un infame, un fascista, un communista. »
42:01« Une merde, un symbole, un sex-symbolo. »
42:06« Un qui est le moins mal. »
42:13« Si je pouvais revenir en arrière,
42:15je mènerais ma vie non pas avec lâcheté,
42:18c'est pas dans ma nature,
42:19mais avec plus de prudence. »
42:23« La prudence, c'est ni négatif,
42:26ni de l'hypocriser. »
42:27« C'est juste que c'est pas moi. »
42:29« Je n'ai jamais été prudent. »
42:33« Il ne s'agit pas simplement de courage. »
42:37« C'est presque suicidaire. »
42:39« Constamment me jeter dans la fosse au Lyon. »
43:02« À partir de 2008 et le succès du film de Garonne,
43:06on passe à une étape supérieure. »
43:09« C'est tout un phénomène qui va se construire autour de ce récit,
43:12décliné dans différents médias,
43:14et notamment via la collaboration avec la chaîne Sky,
43:17qui produira la série. »
43:21« Ils nous appellent avec le projet de faire une adaptation.
43:26Adapter un livre, ça implique d'en respecter l'âme.
43:30Et cette âme, on doit d'abord la comprendre.
43:33Donc pour réaliser une série tirée de ce livre-là,
43:36on ne pouvait que se baser sur des faits réels. »
43:39« Pour être fidèle au livre,
43:43on doit se placer du point de vue d'un des leurs. »
43:48« Dans ce monde-là, les personnes ont des blessures profondes.
43:52Ils sont vraiment en guerre. »
43:57« Le fait de raconter, de partager,
44:01de faire découvrir leur façon de vivre,
44:03ce qu'ils ont vécu, leurs expériences,
44:05leurs aspirations pour l'avenir,
44:08quels sont les codes ?
44:11Tout ça te fait comprendre ce qu'ils peuvent ressentir.
44:14Et pour moi, il est là,
44:16le miracle de cette série et de ce livre. »
44:25« Tous ceux que je connais sont soit morts, soit en prison. »
44:28« Moi, je veux devenir un parrain. »
44:30« Je veux avoir des centres commerciaux,
44:32des boutiques et des usines. »
44:34« Je veux avoir des femmes. »
44:37« Je veux que les gens me respectent quand je rentre quelque part. »
44:40« Je veux des magasins dans le monde entier. »
44:45« Mais comme meurent les vrais, ceux qui commandent pour de bon. »
44:50« Je veux mourir assassiné. »
44:55« Il était très important de désacraliser ce monde criminel. »
44:59« Car en général, au cinéma,
45:02l'univers du crime est dépeint de manière quasi mythologique. »
45:07« Le parrain est un colosse. »
45:11« Scarface est un colosse. »
45:14« On parle là de personnages qui ont atteint des sommets
45:17en termes de pouvoir et de succès. »
45:22« Dans Gomorra, ils n'ont pas de villa clinquante
45:25avec un escalier en fer à cheval.
45:27Ils finissent par mourir, abandonnés, balancés d'une voiture. »
45:34« D'un côté, la série est acclamée pour sa qualité
45:38et pour sa capacité à impacter les spectateurs.
45:42Mais elle est aussi critiquée,
45:44en particulier du point de vue moral. »
45:50« La série devient un produit de masse,
45:53de divertissement. »
45:56« Lorsqu'avant, les gamins jouaient à imiter
45:59Tony Montana dans Scarface,
46:02aujourd'hui, et on le voit sur les réseaux,
46:04ils imitent Jenny Savastano ou Chiro. »
46:09« Gomorra devient une franchise, une marque. »
46:15« Vous savez, quand un phénomène prend une telle ampleur,
46:22on court le risque qu'un cliché soit remplacé par un autre. »
46:31« La première chose que diront les habitants de Scampia,
46:36c'est « Attendez, mais nous, on n'est pas Gomorra. »
46:58« Personne n'aime être identifié pour toujours
47:00avec une étiquette collée sur le front. »
47:05« Mais d'un autre côté, il faut bien le dire,
47:08Roberto Saviano ne peut pas être tenu pour responsable du problème. »
47:14« Je suis d'accord avec Saviano quand il dit
47:16« Eh, vous avez écrit partout non à Gomorra. »
47:20Et j'étais le premier à le faire.
47:22« Donc, vous avez écrit non à Gomorra,
47:25mais pourquoi vous n'avez pas écrit non à Dilaoro,
47:28non au clan ? »
47:31« Il a raison. »
47:34Et Saviano a en tête cette phrase
47:37« Qu'il martèle sans cesse. »
47:41« Pour que le mal triomphe,
47:43il suffit que les hommes de bien ne fassent rien. »
47:51« Quand les détracteurs de Saviano disent
47:58« Tu as fait de Scampia un lieu dont on doit avoir honte »
48:06« Saviano rétorque, et à juste titre,
48:11j'ai fait connaître Scampia aux yeux du monde entier.
48:16Et si Scampia s'améliore,
48:19ce sera grâce à sa notoriété. »
48:39Scampia incarne l'image de la banlieue dans le monde entier.
48:43Les banlieues sont toutes les mêmes
48:44et adoptent les mêmes codes.
48:47De Manille à Los Angeles,
48:49de Toronto à Scampia.
48:53Et c'est précisément ce que j'ai tenté de creuser dans mes livres.
48:56Je ne cherche pas à dépeindre Naples ou l'Italie.
49:00J'expose la réalité du monde tel qu'il est.
49:06Les codes des banlieues sont universels.
49:12Quand je vais parler de mafia en France,
49:14en Suède, en Norvège, en Allemagne,
49:16on m'écoute, bien sûr.
49:18Mais pour eux, c'est comme du folklore.
49:20Comme si ça ne les concernait pas.
49:23La cocaïne se consomme maintenant comme on prend l'apéro.
49:26Et de là,
49:27le marché a augmenté du simple au double.
49:35Aujourd'hui, l'économie légale court après l'argent des cartels.
49:41Le vrai problème, c'est l'absence de sensibilité politique.
49:46La politique n'est pas sensible à cette question
49:49parce que vous n'avez pas eu de grands martyrs.
49:54Vous n'avez pas ressenti l'indignation face à un juge assassiné,
49:57un journaliste assassiné.
50:04Cette indignation est un capital précieux pour la politique.
50:08Elle permet d'agir contre les organisations criminelles.
50:18Roberto n'est pas un martyr.
50:23Il ne doit pas le devenir.
50:25Mais il faut l'admettre,
50:27c'est un homme qui s'est battu pour ses idées,
50:30avec une immense passion
50:32et en payant le prix fort.
50:40Je pense que la littérature peut combattre,
50:45que la littérature doit combattre.
50:47Et je pense qu'elle l'a toujours fait.
50:54Si en Italie,
50:56nous sommes parvenus à nous débarrasser
50:58de l'omerta autour de la mafia,
51:00on le doit évidemment aux magistrats,
51:02on le doit aux forces de l'ordre
51:05et à tous ceux qui se battent contre ce phénomène.
51:08Mais on le doit aussi aux écrivains.
51:16Un véritable écrivain est un écrivain qui se bat.
51:25Les mafias, la camorra,
51:30sont fortes là où il manque les mots,
51:34là où l'école est absente,
51:39là où il n'y a pas la poésie,
51:41là où il n'y a pas la beauté.
51:44Là, elles gagnent,
51:45là, elles sont fortes.
51:54Un jour, en revenant dans ma cellule
51:56après l'heure de promenade,
51:58j'ai trouvé sur mon lit un petit livre.
52:02Je suis reconnaissant
52:03aux poètes,
52:05à la poésie,
52:06aux livres,
52:08car ils m'ont sauvé.
52:09Ils m'ont fait prendre conscience
52:11de la grandeur que je portais en moi.
52:17Et pour Saviano,
52:21ce qui ressort, selon moi,
52:22dans son écriture,
52:24c'est précisément sa croyance
52:25dans la force salvatrice des mots.
52:30Pour lui, la littérature,
52:32la poésie,
52:33sont comme la torche
52:35sur le casque du mineur.
52:39Celle qui illumine l'obscurité
52:43pour montrer le chemin.
52:55Bonjour à toutes et à tous.
52:56Est-ce que vous m'entendez bien ?
52:58Merci d'avoir été si matinaux
53:01pour cette rencontre
53:02sous haute sécurité.
53:05On reçoit ce matin
53:07Roberto Saviano.
53:14C'est très difficile
53:16de poursuivre mon combat.
53:19Pour être honnête,
53:21je garde encore en moi
53:23un rêve.
53:24Un rêve un peu fou.
53:28Celui d'offrir à mes lecteurs
53:30un super pouvoir.
53:32Je vous demande
53:33un tonnerre d'applaudissements
53:34pour Roberto Saviano.
53:40Le super pouvoir
53:41de voir l'invisible.
53:43De voir ce que tu as
53:46sous les yeux depuis toujours
53:48mais que tu n'arrivais pas
53:49réellement à percevoir.
53:51Accord.
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