00:00Et oui, le cœur lourd, ce sont les mots employés par Minnelli pour annoncer la nouvelle à ses clientes.
00:05Une marque née en 1973 qui a habillé les pieds de plusieurs générations de françaises
00:10avec des chaussures fabriquées pour la plupart en Europe.
00:14Alors peut-être que certaines d'entre vous vont se rappeler d'une paire d'escarpins achetés pour un mariage
00:18ou de bottes achetées pour la rentrée.
00:20Eh bien, dans deux semaines rideau, il restait 21 boutiques en France,
00:25dans des centres-villes ou dans des centres commerciaux.
00:27On pense évidemment aux 86 salariés.
00:30L'enseigne était à nouveau en redressement judiciaire depuis mars.
00:34Six offres étaient arrivées sur la table, mais aucune ne sauvait l'ensemble.
00:38En fait, les repreneurs piochaient un emplacement par-ci, une boutique par-là.
00:42Résultat, fermeture définitive et des remises, moins 60% dans les boutiques pour écouler les stocks jusqu'au 30 mai.
00:49Vous parliez là d'un redressement judiciaire.
00:52Pourquoi ça n'a pas marché ? Pourquoi l'enseigne n'a pas pu être sauvée ?
00:55Ce n'est pas n'importe quelle marque, c'est une institution quand même, Minnelli.
00:57Alors, plusieurs facteurs.
00:59Aujourd'hui, quand on a une femme et qu'on veut s'acheter une paire d'escarpins, qu'est-ce
01:01qu'on fait ?
01:01On a plusieurs options.
01:02Soit on va en boutique, on va chez Minnelli, on paye environ 130 euros la paire.
01:05Soit on prend notre portable, on va sur des plateformes d'e-commerce, souvent chinoises,
01:12et on trouve le même style pour 15 euros.
01:14Alors, pas la même qualité, mais le même style pour 15 euros livrés chez nous en quatre jours.
01:18Ça s'appelle la fast fashion.
01:19Soit on va sur des plateformes de seconde main et on trouve des Minnelli, mais à 10, 20, 30 euros.
01:25Et là, vous le savez, depuis plusieurs années, le pouvoir d'achat des Français subit une pression de plus en
01:29plus forte.
01:30Le coût de la vie a augmenté.
01:31Donc, forcément, on fait des arbitrages sur tout ce qui n'est pas vital et les chaussures en font partie.
01:35On se rabat sur des chaussures moins chères.
01:37En fait, Minnelli s'est vraiment retrouvée prise en étau, trop chère pour rivaliser avec les plateformes d'e-commerce.
01:43Pas assez prestigieuse comme marque pour justifier le prix face au luxe.
01:48C'est le fameux milieu de gamme qui, aujourd'hui, a la position la plus inconfortable du marché.
01:53Ajoutez à ça, les tendances qui ont changé.
01:55On met de plus en plus de baskets, même pour aller au bureau.
01:57Certains diront qu'on est moins élégants.
01:59Je n'ai rien dit.
02:00Et puis, la fréquentation des...
02:02Je vérifie en même temps s'il y a des baskets sous la table.
02:04Ça ne se voit pas trop à l'antenne, mais des fois, il y en a qui trichent.
02:06Je ne m'en serai pas.
02:07C'est vrai, il y en a qui trichent.
02:08Mais c'est vrai que ça fait du bien, parfois, les baskets.
02:10Et puis, ajoutez à ça, autre facteur, la fréquentation des rues commerçantes a baissé.
02:14C'est le cocktail fatal.
02:17Résultat, sur le dernier exercice, 3,7 millions de pertes, millions d'euros pour Minnelli.
02:21Alors, justement, est-ce qu'il y a encore un avenir pour ces enseignes de milieu de gamme ?
02:25Parce que là, la liste s'allonge des fermetures.
02:27Camailleux, Saint-Marina, André, Nafnaf, Koukaï, plein de marques fermes.
02:31Le modèle économique des boutiques milieu de gamme, il a du mal à voler, là, en fait.
02:37Il y a de moins de clients, on l'a dit.
02:38Et puis, de l'autre côté, les coûts liés à la boutique explosent.
02:42Les loyers en centre-ville sont élevés.
02:45Il y a les charges, évidemment, l'électricité, l'énergie qui flambent.
02:49Il y a les coûts des matières premières aussi qui augmentent.
02:52Résultat, selon l'Alliance du commerce, la mode a perdu 14 000 établissements
02:57et près de 47 000 emplois entre 2013 et 2024.
03:02Donc, vous voyez, les tendances évoluent.
03:04Sous-titrage Société Radio-Canada
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