00:00Bonjour à tous. Merci d'être avec nous dans le Rendez-vous des pros, une émission produite par Open Media
00:04et diffusée sur Capital.fr.
00:16Nous parlons aujourd'hui de la gestion des eaux pluviales avec notre invité Jean-Jacques Errin. Bonjour.
00:21Bonjour.
00:22Merci d'être avec nous. Vous êtes président d'Adopta. C'est une association qui apprivoise les eaux pluviales depuis
00:27près de 30 ans.
00:27Est-ce que vous pouvez nous présenter Adopta ?
00:30Alors Adopta qui veut dire Association pour le Développement Opérationnel et la Promotion de ce qu'on appelait les techniques
00:36alternatives en matière de gestion des eaux pluviales.
00:39Donc techniques alternatives pour l'alternative aux tuyaux.
00:41Donc l'objectif, c'est de gérer les eaux pluviales là où elles tombent sans les évacuer, en faire une
00:48ressource, une richesse et non plus un déchet qu'on évacue.
00:52C'est une association qui a été créée pour accompagner le changement de politique d'une collectivité,
00:57d'où est dans le département du Nord, dès 1992.
01:02L'association a été créée en 1997, quelques années après, comme élément de médiation et d'accompagnement de ce changement
01:08de politique.
01:09Il faut rappeler, pour faire juste un petit historique, qu'on a posé des tuyaux depuis le milieu du XIXe
01:15siècle pour des raisons hygiénistes.
01:18On mourait de maladies liées à l'eau.
01:20On avait besoin d'évacuer avec les eaux usées, les eaux pluviales, les déchets dans des tuyaux.
01:26C'est Belgrand qui a fait cela en même temps que Haussmann faisait les grands boulevards à Paris.
01:30C'était un objectif hygiène, assainissement au milieu du XIXe siècle.
01:37On a bien fait. Il fallait effectivement arrêter de mourir de maladies liées à l'eau.
01:43Rappelez que vers 1850, c'est 70 000 morts par le choléra en France.
01:48Donc, il y avait une véritable raison.
01:51Ces raisons-là, aujourd'hui, n'existent plus.
01:53Tant mieux.
01:54Et on a aujourd'hui d'autres problématiques.
01:56Le changement climatique, le besoin d'eau, le besoin de rafraîchir la ville.
02:00Et pour cela, l'eau est une richesse, une ressource à utiliser.
02:04Justement, sur la situation actuelle, pour faire un état des lieux un petit peu,
02:08sur les problématiques auxquelles vous devez faire face, est-ce que vous pouvez nous donner quelques chiffres ?
02:13Oui. Il est toujours important de resituer globalement les problématiques.
02:18Et quelques chiffres.
02:20En France, chaque année, on produit, par nos activités de monsieur et madame Tout-le-Monde,
02:2641 millions de tonnes de déchets ménagers.
02:30Le BTP, bâtiment de travaux publics, 227 millions de tonnes chaque année.
02:37Troisième chiffre, sur les zones imperméables des zones urbaines, la partie construite.
02:44Eh bien, ce n'est pas en tonnes, en millions de tonnes que ça se joue.
02:48Les eaux pluviales, c'est en milliards de tonnes.
02:50C'est 30 à 40 milliards de tonnes.
02:53Ou 2 mètres cubes, c'est la même chose.
02:56Et la quantité d'eau dont on a besoin pour nos activités humaines, en dehors des centrales nucléaires et de
03:03l'irrigation agricole,
03:05c'est 25% de ces 30 à 40 milliards de tonnes.
03:09Donc, ça montre bien que ce n'est pas un problème de quantité, c'est surtout un problème de gestion.
03:14Donc, il nous faut se préoccuper autrement, mieux, de ces eaux pluviales,
03:19qui sont une richesse, une ressource dont on a besoin de conserver et de ne pas payer pour les mettre
03:24à la mer.
03:25Concrètement, pour avoir de l'eau disponible, il faut mieux gérer la pluie.
03:28Comment on fait ?
03:29Alors, le principe de base, c'est qu'avant d'urbaniser, que faisait la pluie ?
03:36Eh bien, elle s'infiltrait, au moins en partie, peut-être pas toujours en totalité.
03:40On l'a vu encore ces jours derniers avec des coulées de boue, des inondations, des choses comme cela.
03:45Mais la plus grosse partie de l'eau s'infiltre.
03:48Et elle constitue ce qu'on appelle les nappes phréatiques, profondes ou alluviales.
03:53Rappelons aussi que l'alimentation d'une rivière n'a d'autres sources que l'eau, de pluie.
04:00Et donc, le premier objectif, c'est de conserver cette eau le plus possible,
04:04de la remettre dans le sol, qui constitue un stock, un réservoir gratuit.
04:10Et donc, c'est arrêter d'imperméabiliser, sauf les toitures, bien évidemment,
04:14mais on peut les végétaliser.
04:16Et donc, de remettre cette eau dans le sol, le plus possible.
04:20Et on démontre que c'est toujours possible, au moins un minima.
04:25Et donc, là, ça va permettre, un, d'éviter de poser des tuyaux pour évacuer.
04:30Et ça va permettre de reconstituer du stock d'eau dans les sols.
04:35Il y a aussi la question des finances qui est importante.
04:38Il faut mieux maîtriser les finances ?
04:41Absolument.
04:42Ça, c'est une question aussi dont on ne parle pas suffisamment,
04:46et en tout cas, il n'y a pas de prise de conscience suffisante.
04:49C'est que poser des tuyaux pour évacuer les eaux pluviales, ça coûte extrêmement cher.
04:56Je vais vous prendre quelques exemples.
04:58Une collectivité de 200 000 habitants, dont le réseau d'évacuation des eaux pluviales existe,
05:05eh bien, c'est 500 millions d'euros de capital qu'il va falloir renouveler.
05:12Donc, c'est une dépense importante.
05:14C'est du futur renouvellement.
05:16Et bien sûr, c'est aussi des coûts d'exploitation, des coûts de fonctionnement.
05:19Et en plus, on le sait désormais, c'est aussi, dès lors que l'on canalise les eaux et les
05:27envoies vers la rivière,
05:29on sait qu'on emmène aussi de la pollution.
05:31Et on est aujourd'hui en non-atteinte du bon état écologique des masses d'eau,
05:36qui est demandé normalement pour 2027.
05:38En fait, en France, on est en moyenne à 50%.
05:41Et c'est en partie lié à cette évacuation des eaux pluviales.
05:45Donc, on voit que d'un côté, on dépense de l'argent.
05:47Et puis, cet argent dépensé va nous amener à devoir dépenser de l'argent pour traiter ces eaux pluviales
05:54avant de les rejeter à la rivière ou au fleuve.
05:57Il y a des obligations réglementaires.
05:59Des textes imposent de faire des efforts sur le sujet ?
06:01Absolument.
06:02Et les textes ne sont pas nouveaux.
06:04Il y a des textes européens, directives européennes,
06:07et notamment une de 1991,
06:10qui fixent des objectifs en termes de système d'assainissement des collectivités, des territoires.
06:16Une également sur le bon état d'atteinte écologique des masses d'eau.
06:24Je le disais, on est à peine à 50%.
06:26Il y a des territoires où ils sont à 3% de bonnes atteintes seulement.
06:30Donc, il y a vraiment un travail énorme à mener.
06:33Et puis, tout ça, bien sûr, est traduit en droit français.
06:36Je rajouterai une troisième directive, qui est aussi une directive sur la lutte contre les inondations.
06:42Et on sait très bien qu'avec le changement climatique, ces choses-là s'aggravent.
06:46Et on peut réduire, je ne dis pas supprimer les inondations,
06:50mais en tout cas les réduire et réduire leur impact en gérant mieux les eaux pluviales à la source.
06:57– Cette problématique, elle touche tout le monde, notamment les entreprises.
07:00Dans les entreprises, il y a la RSE qui se développe.
07:02Et il y a une initiative qui a été lancée récemment.
07:04Qui veut rafraîchir sa ville ? De quoi il s'agit ?
07:06Absolument. Alors, c'est effectivement, dans les entreprises, et pas seulement que les entreprises,
07:12mais notamment les entreprises, il y a une incitation, une volonté d'agir en faveur de l'environnement,
07:22d'une façon générale, et de la responsabilité sociale aussi des entreprises.
07:26Et donc de dégager un peu d'argent dans des actions qui sont bénéfiques à la fois sur le plan
07:33social et environnemental.
07:35Et donc c'est une initiative qui est née il y a 2-3 ans,
07:40qui consiste à mobiliser justement cette volonté des entreprises
07:44pour investir dans la désimperméabilisation en domaine privé.
07:49C'est-à-dire de relier l'entreprise, la société, les habitants, etc.
07:58de façon à finalement redonner du sens et à refaire société, si je peux me permettre l'expression.
08:03Merci beaucoup, Jean-Jacques Hérin, d'avoir été avec nous sur le plateau du Rendez-vous des pros.
08:08Je vous dis à très bientôt pour une nouvelle émission sur Capital.fr.
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