00:00Alors justement, on va se poser cette question à présent.
00:02Téhéran, pourrait-il, je dis bien pourrait-il, couper l'Internet mondial ?
00:05La menace avait déjà été brandie par l'Iran, mais il y a avril, elle revient aujourd'hui,
00:09notamment sous une autre forme.
00:11Oui, c'est l'agence de presse iranienne Fars qui affirme que l'Iran se préparait à affirmer un contrôle,
00:18un contrôle souverain total sur les 7 câbles Internet sous-marins qui passent par le détroit d'Hormuz
00:22et que vous les voyez, voilà, vous les voyez ici à l'image.
00:25Donc il y a beaucoup de câbles sous-marins dans le détroit, on le découvre.
00:28Alors, l'Iran songerait à faire payer aux entreprises étrangères des permis, des sortes de frais de transit.
00:36Oui, des frais de transit, exactement.
00:38Et on nous dit que ces câbles transportent 15-20% du trafic mondial de données Internet et financières
00:42reliant l'Europe, le Golfe et l'Asie, quasiment tout le trafic des pays du Golfe.
00:45Là encore, on fait monter la pression sur l'économie mondiale.
00:48On fait monter la pression et c'est un peu comme avec le détroit d'Hormuz,
00:51c'est-à-dire qu'ils se tirent une balle dans le pied parce que, je ne sais pas si
00:53vous avez suivi,
00:54bien sûr que vous avez dû suivre, mais les États-Unis ont sorti une nouvelle initiative
00:57qui s'appelle Paxilica.
00:59Et Paxilica, c'est en fait une connexion entre plusieurs pays de câbles Internet,
01:04de corridors logistiques, etc.
01:06Donc, ok, imaginons un scénario catastrophe où l'Iran fait tomber Internet partout.
01:13Aujourd'hui, on a Musk qui va nous mettre Starlink, les Israéliens qui vont reconnecter,
01:19les Émirats qui sont très très forts aussi, qui ont des câbles alternatifs.
01:22Donc, en fait, ils vont obtenir quoi ? Juste, encore une fois, comme avec le détroit d'Hormuz,
01:28des alternatives à ce câble.
01:30Sauf qu'avec le détroit d'Hormuz, ils paralisent quand même une partie de l'économie mondiale
01:35depuis deux mois.
01:36C'est-à-dire que si demain, ils décidaient de pouvoir couper un câble,
01:38alors je ne sais pas comment on coupe un câble, moi, est-ce qu'il suffit de descendre le choulot
01:41?
01:41Et les Russes l'ont fait.
01:43Oui, c'est ce que je dis, oui.
01:44Oui, les Russes l'ont fait.
01:45Non, mais quand vous tapez un câble, le trafic peut aller sur un autre câble.
01:49Il faut en couper plusieurs à la fois pour que ça ait une incidence.
01:51Et ça menace aussi les transferts bancaires.
01:54Ça menace tout et ça sera assez catastrophique, mais il y a des redondances.
01:58C'est-à-dire que tout Internet mondial, peut-être les 20%,
02:02mais ça ne repose pas que sur ça.
02:04Il y a des redondances.
02:05Mais vous nous dites que ce n'est pas si grave ?
02:06Non, non, non, je ne dis vraiment pas.
02:07Contrairement à l'économie qui ne me paraît pas aussi grave que ce qu'on le présente,
02:10si faire tomber ces câbles ou couper ces câbles, oui.
02:13Mais encore une fois, normalement, le régime iranien est un régime rationnel.
02:20Alors, ce n'est peut-être pas la rationalité qu'on peut comprendre.
02:23Et qui nous frappe spontanément au visage.
02:26Mais ça, c'est du suicide.
02:27Ça me fait penser au Hezbollah qui rentre en guerre contre Israël pour soutenir l'Iran.
02:31C'est du suicide, en fait.
02:32Donc, à moins que l'Iran soit dans une phase où ils disent, en fait, on n'a plus rien
02:35à perdre.
02:36Mais couper ces câbles-là et...
02:39C'est-à-dire que le premier perdant, finalement, ce serait le régime iranien.
02:43Bien sûr, imaginez l'Iran qui avait une bombe nucléaire,
02:47qui décide aujourd'hui de lancer une bombe nucléaire sur un pays.
02:50OK ?
02:50Qu'est-ce qu'ils vont obtenir ?
02:51Rien du temps, ils vont obtenir d'être oblitérés.
02:53Puisque l'important, ce n'est pas la première frappe, c'est la seconde frappe.
02:56Donc, ils vont être oblitérés.
02:58Donc, en fait, c'est comme si eux escaladaient,
03:00sans comprendre que ça rentre dans une spirale,
03:02qu'eux ne vont plus pouvoir contrôler.
03:04Ça va faire mal à tout le monde.
03:06Mais sur le moyen terme, c'est...
03:08C'est comme quelqu'un qui serait aux enchères,
03:11qui n'a pas les moyens de payer,
03:13qui arrive à 100 000, 150 000, 200 000,
03:16et en fait, il n'a pas 250 000 euros sur son compte.
03:18C'est peut-être la situation dans laquelle est l'Iran.
03:22Sans sous-estimer l'Iran, toujours.
03:24Je ne veux pas que ça paraisse comme si l'Iran n'avait aucun moyen ou de levier.
03:28Mais c'est quand même, à la fin, c'est eux qui vont...
03:30Nicolas Tenzor, il est destiné à qui, ce nouveau chantage, alors ?
03:33Je pense qu'il est comme, d'ailleurs, sur les frappes sur les pays du Golfe.
03:38Il est destiné essentiellement, je dirais, aux Américains
03:41et aux puissances occidentales de manière générale.
03:44Et de manière générale, ça fait partie de la communication de l'Iran
03:47en disant aujourd'hui, nous ne sommes pas dépourvus de moyens
03:50et nous sommes capables de résister
03:52et peut-être parfois de faire des choses qui nous font mal
03:55à partir du moment où ça fait plus de mal à l'extérieur,
04:00c'est parfaitement rationnel dans notre perspective.
04:03Je pense que c'est ça aussi.
04:04C'est-à-dire qu'ils sont effectivement...
04:06Mais alors, vous n'êtes pas d'accord avec cette analyse ?
04:08C'est un État totalitaire, c'est un État, effectivement,
04:10où à un certain moment, ils considèrent que les gains idéologiques
04:14sont plus importants que les pertes économiques potentielles
04:18qu'ils peuvent retirer.
04:19Et je pense que c'est quand même comme ça qu'ils résonnent.
04:21Et aujourd'hui, qu'est-ce qu'on voit avec l'économie mondiale ?
04:24C'est vrai d'abord que les routes alternatives, vous avez tout à fait raison,
04:26je veux dire, potentiellement, elles vont se mettre en place.
04:28C'est-à-dire qu'à terme, effectivement, vous avez raison,
04:30elles vont affaiblir l'Iran.
04:31Mais aujourd'hui, ces routes alternatives, elles n'existent pas.
04:34Et c'est pour ça que l'économie mondiale,
04:36pour quand même encore trois mois, six mois,
04:38ça dépend combien de temps va durer le conflit,
04:40va sérieusement en pâtir.
04:42Et demain, je pense qu'effectivement, l'Iran,
04:46finalement, qu'est-ce qu'il espère ?
04:48Il espère à un moment que les États-Unis cèderont.
04:50Et il espère surtout, parce que c'est comme ça,
04:52le jeu iranien qui est extrêmement trouble,
04:54disant finalement, on va se positionner de telle manière
04:57qu'on va rentrer à nouveau dans l'économie mondiale.
05:00C'est pour ça que la question des sanctions est décisive.
05:02Et si l'Iran rentre à nouveau dans l'économie mondiale,
05:05c'est quand même la deuxième et troisième réserve
05:07de gaz et de pétrole,
05:08ça veut dire que derrière, vous avez un affaiblissement structurel
05:11de l'ensemble des autres pays du Golfe.
05:13Et ça va faire mal à l'Arabie Saoudite,
05:15ça va faire mal aux Émirats, au Qatar, à Bahreïn, etc.
05:18Alors Thierry, on a parlé de couper les câbles.
05:20Ça, c'était la menace d'il y a quelques semaines.
05:21Là, ce que nous dit l'agence de presse iranienne Farce,
05:24c'est que l'Iran songerait à faire payer aux entreprises étrangères
05:26des permis, des frais de transit.
05:27Ça, les Américains ne vont pas le laisser passer.
05:29Non, et pas seulement les Américains,
05:31parce qu'évidemment, comme tout le reste de ce qui joue
05:33dans le détroit d'Hormuz,
05:34si vous acceptez des règles comme celle-là,
05:37vous créez un précédent.
05:38Donc, ce qui se ferait dans le détroit d'Hormuz,
05:41c'est-à-dire, un, accepter qu'il soit sous le contrôle de l'Iran,
05:43et deux, accepter que l'Iran mette un péage en place,
05:46pourquoi ne pas le mettre en place aussi dans le canal de Suez,
05:50dans le détroit de Babel Mandel,
05:51dans le détroit de Malacca,
05:53par lequel transite 20 à 30 % du commerce mondial ?
05:57Donc, c'est accepter un principe
06:00sur un point particulièrement vulnérable de l'économie mondiale,
06:03qui aurait par conséquent vocation à être reproduit dans tous les autres.
06:07Donc, c'est pour ça que ce qui se joue dans le détroit d'Hormuz
06:11ne concerne pas que le détroit d'Hormuz.
06:13Et c'est la raison pour laquelle, notamment,
06:16les autres pays occidentaux ne peuvent pas laisser faire,
06:21sont dans le jeu.
06:22C'est pour cela aussi que la France envoie son porte-avions,
06:25que les Britanniques envoient un déployé,
06:27parce qu'on ne peut pas accepter l'idée,
06:29non seulement s'agissant du détroit d'Hormuz lui-même,
06:32mais simplement le principe qui créerait un précédent,
06:35qui serait extrêmement dangereux pour le fonctionnement
06:37du reste de l'économie mondiale.
06:39Mais à court terme, c'est une vraie menace.
06:40On a vu qu'il y avait des bateaux,
06:41vous parliez du péage dans le détroit d'Hormuz,
06:43on a vu qu'il y avait des bateaux qui étaient prêts à payer
06:452 millions de dollars pour pouvoir passer.
06:47Il y en a probablement déjà eu,
06:48il ne faut pas se faire d'illusions.
06:50Des paiements, voilà, des sous-tables,
06:53des paiements crypto.
06:56Il y a des bateaux qui sont passés
06:58et il y a des bateaux qui ont dû payer,
06:59ça ne fait absolument aucun doute.
07:01Après, la question, c'est ce qui relève
07:04de la contrebande et des sous-tables
07:06et ce qui est un principe écrit dans un accord international.
07:10Ce que voudrait l'Iran.
07:10Ce que voudrait l'Iran,
07:11ce qui n'est pas tout à fait la même chose.
07:12Juste pour le seul statut qu'on pourrait rapprocher,
07:16c'est le statut du Bosphore,
07:18qui est régi par le traité de Montreux,
07:21qui a été pris à la fin de la guerre gréco-turque
07:25du début des années 1920.
07:27Le seul blocage qu'a obtenu la Turquie
07:31après trois guerres en Balkanique,
07:33la première guerre mondiale,
07:35la guerre gréco-turque,
07:36qui sont des drames absolus au niveau humain
07:38et qui ont nécessité des années et des années d'affrontement
07:43pour tous les pays impliqués,
07:46dont la France d'ailleurs,
07:47eh bien, il y a simplement la capacité
07:50à bloquer l'entrée des navires militaires
07:52pendant des opérations militaires.
07:54C'est la seule restriction qu'a obtenue la Turquie.
07:58Sinon, le passage commercial est absolument libre.
08:01N'importe quel bateau peut passer le détroit de Montreux,
08:03simplement pour la sécurité.
08:05Et il y a cette restriction sur les bateaux militaires.
08:08Il faut préciser que la Turquie contrôle
08:10les deux rives du détroit.
08:12Et là, l'Iran n'en contrôle qu'une.
08:16Donc, ce n'est pas après une non-défaite
08:19qu'on va avoir ce que la Turquie a obtenu
08:23au bout de 20 ans de guerre
08:24et des centaines de milliers de morts.
08:25Et là, l'Iran n'en contrôle.
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