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  • il y a 2 mois
Emmanuelle Andreani et Anthony Mansuy cosignent une enquête sur le milliardaire américain, "Epstein - Ce que vous n'avez jamais lu", dans Society, dont le premier numéro sort jeudi. Ils ont notamment interrogé le majordome qui s'occupait de l'appartement parisien de Jeffrey Epstein. Plus d'info : https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien/l-invite-de-8h20-le-grand-entretien-du-jeudi-07-mai-2026-5880190

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00:00Qui était Jeffrey Epstein et quelle est la nature de ses crimes ?
00:04Depuis l'onde de choc de la publication des Epstein Files en janvier,
00:08le monde entier s'est penché sur ses fichiers pour y chercher des réponses.
00:11On les trouvera en partie dans le magazine Society qui sort aujourd'hui en partenariat avec France Inter.
00:18Nos deux invités, deux journalistes, Benjamin, y ont passé huit mois.
00:22Bonjour Emmanuel Andréani, merci d'être avec nous et bonjour Anthony Mansui.
00:28Vous signez donc cette enquête, titrée Epstein, ce que vous n'avez jamais lu, ça sort aujourd'hui dans le
00:34magazine Society.
00:35Voilà une deuxième enquête, fleuve après celle sur Xavier Dupont de Ligonnès, c'était il y a six ans.
00:42Emmanuel Andréani, Anthony Mansui, vous vous y êtes donc mis au mois de septembre dernier,
00:47avant la sortie des Epstein Files.
00:49Qu'est-ce qui vous a fasciné dans cette affaire ?
00:52Pourquoi se lancer dans une entreprise a priori si difficile et si longue ?
00:58En fait, on avait l'intuition depuis quelques années à Society qu'il y avait quelque chose à raconter autour
01:05de Jeffrey Epstein à Paris.
01:07On savait qu'il avait un appartement ici.
01:10On savait aussi que deux des personnes dont il a été le plus proche avaient la nationalité française.
01:16L'agent de mannequin Jean-Luc Brunel et Guylaine Maxwell, qui a longtemps été sa compagne et sa complice.
01:23Donc, en fait, en démarrant cette enquête, il y a plus de huit mois, on a commencé un peu à
01:29explorer les choses,
01:30à commencer à discuter avec les gens qu'il avait fréquenté à Paris.
01:32Et on s'est rendu compte que cette intuition était assez fondée.
01:35C'est-à-dire que ce n'était pas juste un caprice d'un milliardaire étranger américain d'avoir un
01:40appartement à Paris.
01:41Il y a beaucoup de milliardaires américains qui ont des appartements à Paris.
01:44Ce n'était pas ça.
01:46Jeffrey Epstein, c'est quelqu'un de très calculateur.
01:49Rien n'est laissé au hasard dans la vie de cet homme.
01:51Donc, le fait d'avoir choisi Paris, il n'a pas choisi Londres, il n'a pas choisi Milan.
01:56Paris avait une fonction.
01:57On va y revenir et on va entrer avec vous dans cet appartement.
02:01Ce qu'il faut dire, c'est que vous avez recueilli des dizaines de témoignages inédits,
02:04des victimes qui n'avaient jamais pris la parole jusque-là.
02:07Vous avez rencontré le majordome parisien de Jeffrey Epstein.
02:11Est-ce que ça a été difficile d'accéder à tous ces gens, à ces témoins ?
02:16Six ans après la mort d'Epstein en prison, est-ce que vous avez senti le poids de la loi
02:21du silence ?
02:22Oui.
02:24En fait, il faut aussi savoir que l'affaire Epstein, c'est aussi un truc qui contamine le monde entier.
02:28C'est-à-dire qu'y être associé, c'est avoir sa réputation, c'est avoir sa vie qui est
02:33tout de suite scrutée avec les projecteurs sur soi.
02:36Et dans le cas des victimes, c'est un petit peu plus complexe dans le sens où plein de choses
02:41qu'elles ont vécues,
02:41qu'elles racontent, qu'elles nous ont racontées, battent parfois un petit peu en brèche certaines des croyances qu'il
02:49y a sur cette affaire principalement.
02:51Donc la chance qu'on a eue, c'est de travailler pendant huit mois, d'avoir le temps et d
02:55'apprendre des choses
02:55qui nous ont permis de débloquer un petit peu des situations avec des gens qui ne voulaient pas parler.
02:58Et on va revenir sur précisément parfois ces croyances ou ces idées qu'on peut avoir sur l'affaire Epstein
03:04et qui sont battues en brèche ou du moins rationalisées par l'enquête que vous publiez.
03:10Un mot puisque, et c'est ce qui est fascinant avec cette affaire Epstein,
03:13vous-même avez été percuté, si j'ose dire, par la publication des Epstein Files,
03:17alors même que vous aviez décidé d'enquêter avant leur publication.
03:19Et les médias américains, depuis ce matin, font la une de leurs journaux sur une publication,
03:26la Justice fédérale, qui a publié ce qui apparaît comme étant la lettre laissée par Jeffrey Epstein
03:32au moment de se suicider en prison, même si la justice précise que cette lettre n'est pas authentifiée.
03:37Quelques mots griffonnés sur un bloc pas signé.
03:40Anthony Mansuy, qu'est-ce qu'elle nous apprend, cette lettre publiée par la Justice fédérale américaine ?
03:46Comme vous le dites, Benjamin, elle n'est pas authentifiée, donc on ne sait pas vraiment si c'est lui
03:50qui l'a écrit.
03:51Donc c'est encore un de ces trucs dans l'affaire Epstein, tout est vrai, tout n'est pas vrai,
03:54tout veut dire un truc, tout ne veut rien dire.
03:56Donc là, en fait, elle va être analysée, désossée, disséquée dans tous les sens.
03:59Ce qu'en tout cas, elle a l'air de dire, c'est que Epstein ne va pas bien au
04:03moment où il écrit ces mots-là,
04:04parce que, par exemple, ils n'ont rien trouvé alors qu'ils ont enquêté dessus pendant des mois.
04:08Pas drôle, qu'est-ce que tu veux que je fasse ? Ne vaut pas la peine.
04:10Enfin, c'est quelqu'un qui ne va pas très bien et qui, d'ailleurs, vient de tenter de se
04:14suicider à ce moment-là.
04:14Il a raté et il sera mort quelques semaines plus tard et l'autopsie officielle a conclu.
04:21Bon, et c'est assez sibylain.
04:23Vous débutez votre enquête en nous faisant entrer dans ce fameux appartement parisien d'Epstein,
04:30avenue Foch à Paris, 22 avenue Foch, 800 mètres carrés la taille de cet appartement gigantesque.
04:36Qu'est-ce qui vous a surpris en enquêtant sur cet endroit ?
04:40Est-ce que c'est l'appartement des horreurs qu'on a imaginé ou qu'on imagine ?
04:47C'est-à-dire que ce n'est pas l'appartement des horreurs dans le sens où il n'y
04:52a pas de...
04:53Quand les policiers entrent dans cet appartement, il n'y a pas de signe de crime évident.
04:58C'est-à-dire qu'il y a cette salle de massage où sont retrouvées tout un tas de choses
05:04qui font penser qu'il y a eu des actes, en tout cas dans cette salle.
05:07Mais il n'y a pas grand-chose, il n'y a pas de traces de crime.
05:10Par contre, il y a une ambiance...
05:11Il y a beaucoup de photos ?
05:12Il y a des photos de jeunes filles, de jeunes femmes, dont on ne peut pas vraiment dater l'âge,
05:17souvent dénudées, on va dire des photos plutôt de tendance érotique.
05:21Ce qu'il faut comprendre, c'est que quand même, quand on arrive dans cet appartement, c'est deux appartements
05:26qui ont été accolés.
05:29Et donc, en fait, quand on entre dans la partie d'apparat, on va dire, la partie où il y
05:33a le salon, etc., où sont reçus les invités, il y a évidemment quelques petits signes du goût de cet
05:40homme pour les femmes, quelques photos, etc.
05:42Mais ce n'est pas non plus ostentat... Enfin, il n'y en a pas absolument partout dans le salon,
05:44etc.
05:45C'est plutôt dans les annexes où les policiers retrouvent énormément de choses, plutôt dans d'autres pièces.
05:51Alors, vous insistez sur l'importance, vous nous le disiez, de la ville de Paris dans le système Epstein,
05:56qu'on comprend bien en vous lisant, avec ses agences de mannequins dans les années 90, avec ses myriades de
06:04filles,
06:05notamment venues de l'Est parce que le mur de Berlin est tombé, et ses filles sont une sorte de
06:09chair à canon des soirées parisiennes.
06:12C'est cette ambiance-là aussi que choisit Epstein quand il vient s'installer en partie à Paris ?
06:17Ce qu'on a réussi à montrer avec Emmanuel dans cette enquête, c'est qu'en fait, Paris, non seulement
06:21ce n'est pas une note de bas de page dans l'histoire d'Epstein,
06:24mais c'est aussi un des points de départ du système de prédation.
06:29Et on montre aussi que dès les années 80, il venait très souvent en France, à Paris et sur la
06:33Côte d'Azur.
06:34Pourquoi il vient beaucoup en France ?
06:36Probablement parce qu'il y a des fashion weeks, parce que c'est un hub de l'industrie du mannequinat,
06:40et que déjà règnent dans cette industrie-là, depuis des années, des hommes qui profitent des jeunes femmes,
06:47qui sont à disposition, entre guillemets, pour eux.
06:51Et il y a ces dîners qui sont organisés dans des boîtes de nuit, dans des clubs parisiens,
06:54où sont conviés de très riches amis de ses patrons d'agence de mannequins, comme Jean-Luc Brunel.
06:58Et Jeffrey Epstein est déjà présent dans ces dîners dans les années 80 à Paris.
07:02Et il y a effectivement ce système de prédation qui s'organise autour de Jeffrey Epstein avec Jean-Luc Brunel.
07:08On va en parler dans un instant, mais juste avant, Emmanuel Andréani,
07:11il y a cette description de cet appartement, le lieu des sévices,
07:16et puis il y a la description chirurgicale que vous faites du système de recrutement de ces jeunes filles
07:22pour satisfaire les besoins sexuels d'Epstein.
07:24Et là, vous écrivez dans votre enquête, c'est une histoire à se taper la tête contre les murs,
07:28pas seulement celle d'un violeur parmi les violeurs, mais celle du prédateur ultime.
07:33Pourquoi cette expression, le prédateur ultime, par rapport à ce système de recrutement que vous décrivez ?
07:40Parce que c'est un système qui est extrêmement subtil, extrêmement complexe, extrêmement réfléchi.
07:47Et que je ne suis pas certaine qu'il existe, enfin il doit exister,
07:51mais des personnes qui ont autant réfléchi à comment faire en sorte d'attirer dans leur filet des jeunes femmes.
07:58C'est-à-dire que c'est quelqu'un qui est capable de s'adapter à toutes les psychologies de
08:02Jeffrey Epstein.
08:03C'est un prédateur qui décerne son de son interlocutrice tout de suite, immédiatement,
08:08capable de rentrer dans les moindres petites failles.
08:11Et donc on connaît bien l'histoire des jeunes adolescentes de Palm Beach
08:14qui ont été violées par Jeffrey Epstein au début des années 2000.
08:18Mais ce qu'on sait moins, c'est qu'en fait, parmi ces proies,
08:21il y a des jeunes femmes surdiplômées, brillantes, qui parlent plusieurs langues, etc.
08:24Oui, vous prenez notamment cet exemple d'une femme, d'une jeune fille qui souhaite travailler dans la finance,
08:30avec un système d'entretien où il lui fait miroiter le fait de devenir son assistante.
08:35Et la première chose qu'il lui demande, c'est de venir faire un massage.
08:39Voilà. Et en fait, il cible cette jeune femme,
08:43en lui faisant bien oiter tout un tas de postes et de choses aux Etats-Unis, liées à Wall Street,
08:48etc.
08:48Et c'est vrai que c'est quelqu'un qui en plus a plusieurs casquettes,
08:50parce qu'il est un peu lié aux agences de mannequins, il est effectivement un peu lié à Wall Street.
08:54Donc il peut vraiment se fondre dans la psychologie de chacune de ses proies,
08:58leur faire miroiter des choses.
08:59Et donc oui, effectivement, et souvent, ce qui est intéressant,
09:02c'est que les premières rencontres se passent très bien.
09:05C'est-à-dire qu'il est charmant, il est très enjôleur, etc.
09:09Et puis il y a un massage qui se passe souvent de façon tout à fait bénigne, sans aucun acte.
09:14Et en fait, c'est peu à peu comme ça, c'est ce qu'on appelle le grooming.
09:16C'est la mise en confiance finalement des proies dans le but d'attirer,
09:21de leur faire faire des actes sexuels, de les convaincre en tout cas.
09:25Et c'est vraiment ça.
09:26C'est-à-dire que c'est un cas d'école.
09:27C'est pour ça qu'on dit que c'est le prédateur d'ultime.
09:28Il a quand même réussi à tirer dans ses filets des centaines et des centaines de femmes.
09:33Des centaines et des centaines de femmes, il fait venir régulièrement trois filles par jour.
09:38Et donc, il a besoin pour ça de rabatteurs.
09:42Et il faut qu'on s'arrête un instant sur un personnage central de cette histoire,
09:47qui est donc français.
09:48C'est Jean-Luc Brunel, qui s'est lui aussi suicidé en prison en 2022.
09:51Il est patron d'une célèbre agence de mannequins.
09:55Quel est précisément son rôle auprès d'Epstein ?
09:59Alors, c'est compliqué, parce que ce qu'il faut rappeler, c'est que Jean-Luc Brunel est décédé en
10:04prison
10:04et s'est suicidé en prison en février 2022.
10:06Il n'y a pas donc eu de procès sur ce volet-là.
10:11Enfin, il a été accusé de viol aussi.
10:14Il a été accusé de traite d'être humain, mais il n'a pas été mis en examen pour ces
10:19faits-là,
10:19parce qu'il est décédé avant.
10:22Ce qu'on peut savoir, enfin, ce qu'on sait à travers notre enquête,
10:26c'est que plusieurs des femmes qui ont été recrutées,
10:30qui ont vécu auprès de Jeffrey Epstein
10:32en tant que, ce qu'on appelle, entre guillemets, assistantes,
10:35c'est-à-dire, en fait, des femmes qui étaient vraiment à son service,
10:39qui n'étaient pas du tout ses assistantes, mais qui étaient finalement ses proies.
10:42Plusieurs de ces femmes, plusieurs autres femmes qui ont accusé Jeffrey Epstein d'agression sexuelle,
10:47ont été recrutées via les agences de mannequins de Jean-Luc Brunel.
10:51Donc, Jean-Luc Brunel est un ami de longue date de Jeffrey Epstein.
10:55Et, voilà, ce qu'on constate aujourd'hui, c'est que ces mannequins,
10:59c'est beaucoup de mannequins qui ont été recrutés,
11:01enfin, en tout cas, des mannequins qui ont été recrutés par l'agence MC2, MC Squared,
11:05qui était l'agence de Jean-Luc Brunel, une des agences de Jean-Luc Brunel,
11:08se sont retrouvées dans les griffes de Jeffrey Epstein.
11:10Et qui sont donc détournées pour satisfaire les besoins sexuels de Jeffrey Epstein.
11:15Il faut qu'on revienne sur l'une des révélations,
11:18l'une des nombreuses révélations de votre enquête de Societies,
11:20c'est le fait que vous avez eu accès, Anthony Mansuy, au majordome parisien de Jeffrey Epstein,
11:2520 heures d'entretien avec lui.
11:27Et ce qu'il vous dit, et c'est ce dont on parlait en début d'entretien,
11:30sur parfois ses idées battues en brèche,
11:32c'est qu'il n'a jamais vu son patron partager,
11:35le mot est terrible, mais c'est le cas,
11:37c'est ses victimes,
11:38et vous arrivez à la même conclusion dans votre enquête,
11:40à quelques exceptions près.
11:41Ça veut dire que cette idée et ce soupçon
11:43que ceux qui ont fréquenté Jeffrey Epstein,
11:46qui sont allés dans ses propriétés partout aux Etats-Unis, en France,
11:50et au fond que ces personnalités-là auraient pu partager
11:54les femmes qui étaient sous l'emprise de Jeffrey Epstein,
11:57ça c'est une idée que vous battez en brèche.
11:58Si vous voulez, ce qu'Emmanuel a décrit juste avant,
12:01c'était une sorte de parcours qui était prédéterminé
12:04pour ramener les femmes de la rue par les rabatteurs
12:06jusqu'à la salle de massage pour entamer une relation avec Epstein
12:11et qui débouchait à peu près à chaque fois
12:13sur des agressions sexuelles.
12:15Si quelqu'un calcule aussi bien ce parcours-là,
12:17il est capable de calculer aussi la manière
12:18dont la maison était architecturée
12:21pour que ça ne se voit pas.
12:23Et donc le majordome, en l'occurrence,
12:25était le seul employé de cette maison à Paris,
12:28il ne parlait pas anglais, ce qui n'est pas anodin,
12:31il n'avait pas le droit d'entrer dans les pièces
12:33quand Epstein était présent,
12:36et puisque c'était des agressions sexuelles
12:38qui n'étaient pas violentes sur le moment,
12:41d'un coup, de tout à rien,
12:43que ça prenait beaucoup de temps,
12:45il n'y avait pas cet effet de surprise
12:46qui peut se percevoir par des bruits, par exemple.
12:48Et nous, quand on a rencontré pour la première fois le majordome,
12:51on n'a pas forcément cru
12:51parce qu'on avait la même idée que tout le monde,
12:53c'est-à-dire qu'on voit le truc le plus horrible possible.
12:56Et avec le temps, petit à petit,
12:58on a réussi à comprendre pourquoi le majordome n'avait rien vu
13:02et tout est la question du regard, en fait.
13:04C'est sur toutes les franges de cette affaire-là,
13:09c'est quel regard portent les gens.
13:10Mais pour être très clair,
13:11vous, vous n'avez pas documenté d'orgie dans les propriétés de Jeffrey Epstein,
13:17on a beaucoup parlé de son île privée dans les îles vierges, etc.
13:20Il y a eu beaucoup de fantasmes autour de cette affaire
13:24et de gens puissants, d'un réseau de puissants
13:28à qui il aurait fait partager son système.
13:32Ça, vous ne l'avez pas documenté.
13:33En fait, ce qu'il faut quand même dire dans cette affaire,
13:36c'est que c'est une affaire qui a été révélée en plusieurs moments.
13:40Il reste quand même 2,5 millions de documents
13:42qui n'ont pas été publiés.
13:43Donc, nous, ce qu'on dit s'appuie sur les témoignages qu'on a réoccuillis,
13:48sur notamment l'expérience de l'avocat américain Brad Edwards
13:51qui représente 200 victimes
13:53et qui est la personne qui a relancé l'affaire
13:55et qui est la personne grâce à laquelle Jeffrey Epstein
13:57a finalement été arrêté en 2019.
13:59Donc, il, je pense, connaît quand même bien l'affaire.
14:02Voilà.
14:03Donc, nous, on se base sur ce qu'on sait.
14:05Ce qu'on sait, c'est que, oui,
14:07Jeffrey Epstein côtoyait des gens très puissants
14:09et oui, dans le même temps, il était...
14:13Un prédateur.
14:14Un prédateur.
14:16Ce qu'on sait aussi, c'est qu'il aimait bien prendre en photo
14:20ses assistantes avec ses personnalités connues
14:26à qui il fréquentait.
14:27Est-ce que c'était pour les faire chanter,
14:30les mettre mal à l'aise ?
14:31C'est vrai qu'on avait ces photos de Bill Clinton dans une piscine
14:33ou à l'aéroport avec une jeune fille
14:35qui lui masse les épaules.
14:36C'est très, très gênant comme photo.
14:39J'imagine que Bill Clinton n'avait pas du tout envie
14:42que cette photo soit publiée.
14:43C'est très compromettant.
14:44Après, on n'a pas de preuves.
14:45Nous, on n'a pas vu de preuves de...
14:47C'est remettre des faits, en fait.
14:49Est-ce que vous a dit le majordome,
14:50qui assiste à deux scènes,
14:52c'est un monde...
14:54Harvey Weinstein essaye de s'approcher
14:57de l'une des filles
14:59sous l'emprise d'Epstein
15:01et il se fait sortir par Jeffrey Epstein.
15:03C'est aussi arrivé avec le prince Andrew, ça.
15:04qui a mis les mains sur une épaule
15:06d'une top-modèle Letton
15:09et elle n'a pas accepté qu'il fasse ça.
15:11Elle est partie et Epstein n'a rien dit.
15:13Il était présent.
15:13On va parler dans un instant, effectivement,
15:15du volet judiciaire
15:16puisqu'il faudra revenir sur ce qui s'est passé en 2008
15:18de façon absolument stupéfiante,
15:20la façon dont la justice en Floride
15:21a géré le cas Jeffrey Epstein.
15:23Mais sur ce système organisé
15:26autour d'un seul homme,
15:27vous écrivez,
15:28si Jeffrey Epstein n'était pas mort en prison,
15:30son obsession sexuelle aurait été
15:31l'une des grandes questions de son procès.
15:33Là encore, sans rentrer dans des détails
15:36scabreux, même s'ils sont importants,
15:38il est 8h40,
15:39il y a peut-être des enfants qui nous écoutent.
15:42Cette obsession sexuelle,
15:43elle relève,
15:44et c'est ce que vous décrivez,
15:45d'une forme de pathologie.
15:47C'est bien ce qu'on constate
15:49concernant les pratiques sexuelles
15:51de Jeffrey Epstein.
15:53On va essayer de parler de ça
15:54de manière...
15:55Voilà.
15:56C'est pas facile.
15:58Il n'a pas une anatomie,
16:00disons, commune,
16:00ce qui l'empêche de...
16:04D'avoir des rapports sexuels complets
16:06avec ses victimes.
16:07On pourrait mettre plein de nuances là-dessus,
16:09évidemment.
16:10Ce qui fait qu'il a besoin
16:12de tout ce décorum,
16:14en fait,
16:14n'est pas anodin.
16:15C'est-à-dire que tout ce dont on vient de parler,
16:16la salle de massage,
16:18etc.,
16:18pour que lui puisse arriver
16:20à ses fins,
16:21c'est pas évident.
16:22Et tout a été construit
16:23en fonction de ça.
16:24Et on a décidé,
16:26parce qu'on a réfléchi un petit peu
16:27avant de se dire
16:27si on allait mettre ou pas
16:28ce détail sur l'anatomie d'Epstein
16:30dans l'article,
16:31il se trouve qu'en fait,
16:32ça éclaire tout le reste.
16:33Donc on l'a fait.
16:35C'est-à-dire ?
16:35C'est-à-dire que vous pensez
16:36qu'il y a une frustration
16:40qui détermine...
16:41C'est-à-dire que c'est une sexualité
16:43en fait très étrange.
16:46On ne va pas rentrer dans les détails,
16:48mais en gros,
16:50c'est une sexualité
16:51extrêmement narcissique
16:57qui s'appuie
16:59sur la volonté
17:00de voir dans le regard
17:01de ces jeunes femmes
17:03une forme de peur
17:04et de soumission.
17:05C'est ce qui fait
17:05qu'il a besoin en permanence
17:07de nouvelles proies
17:07et qu'elles soient aussi jeunes.
17:09Et il faut là encore lire
17:10cette enquête
17:11qui est passionnante
17:11pour comprendre précisément
17:12en quoi cela éclaire aussi
17:14la compréhension du système Epstein.
17:16Il faut qu'on s'arrête
17:16sur cette condamnation.
17:17En 2008,
17:18pour sollicitation
17:19de prostituées mineures
17:20en Floride,
17:2018 mois de prison,
17:22alors qu'il y a 23 témoignages
17:24contre lui,
17:24que les faits relèvent
17:25de la pédocriminalité
17:26puisqu'il s'agit de jeunes filles.
17:27Vous parlez notamment
17:28d'une très jeune fille
17:29qui a 14 ans.
17:31Racontez-nous comment
17:32Geoffrey Epstein réussit,
17:33malgré la gravité des faits
17:34qui lui sont reprochés,
17:35à s'en sortir à si peu de frais.
17:37Anthony m'en suit.
17:38Il n'y a pas...
17:39On n'a pas encore
17:40le fin mot de l'histoire là-dessus.
17:41Mais ce qui se passe,
17:42c'est qu'il y a quand même
17:4323 mineurs qui témoignent.
17:44Le dossier,
17:45il est en béton armé.
17:47Il n'y a aucun moyen
17:48qu'un procureur
17:49qui porte plainte
17:50et qui mène ce sujet
17:51devant un tribunal
17:52ne perde.
17:54Et la justice américaine,
17:56enfin la justice de Floride d'ailleurs,
17:57a quand même décidé
17:58de passer un deal
17:58avec les avocats d'Epstein
17:59et un deal qui s'appelle
18:01aux Etats-Unis
18:02le sweetheart deal,
18:03c'est-à-dire le deal en or,
18:04le deal parfait
18:05pour quelqu'un
18:05pour s'en sortir.
18:07Et il passe à peu près
18:09un peu plus d'un an
18:10en prison
18:10et en liberté surveillée
18:12et pour quelque chose
18:13quand même
18:13qui relève de 23 cas
18:15d'agression sexuelle
18:16sur des mineurs.
18:16Et ce qui est encore plus sidérant,
18:18c'est qu'on découvre
18:20qu'il a négocié
18:20un accord
18:21avec ce procureur de Floride
18:22pour une immunité totale
18:24au niveau fédéral
18:25qui vaut aussi
18:26pour ses complices.
18:28Comment c'est possible
18:28et qu'est-ce que ça veut dire ?
18:30Alors, ça veut dire
18:31qu'en fait,
18:32cet accord,
18:32et ça ce qui est hallucinant
18:33et c'est pour ça
18:34que l'avocat va finir
18:36par le faire tomber
18:3711 ans plus tard,
18:38c'est-à-dire que cet accord
18:39qui a été négocié
18:40par ces avocats
18:41qui sont vraiment
18:41des avocats stars,
18:42les avocats d'Epstein
18:43c'est la dream team
18:44des avocats,
18:44il y a un ancien procureur,
18:46il y a l'avocat
18:46qui a fait acquitter
18:47O.J. Simpson,
18:47enfin c'est vraiment
18:48des avocats très puissants.
18:50Cet accord,
18:50effectivement,
18:51il octroie
18:51une immunité fédérale,
18:53ça veut dire
18:53qu'il ne peut plus
18:54être poursuivi,
18:54c'est-à-dire que
18:55le FBI avait repris
18:57l'enquête
18:58liée aux mineurs
18:59de Palm Beach
19:00en 2006,
19:01l'enquête s'arrête
19:02en 2008
19:03de façon absolument
19:04scandaleuse,
19:05d'ailleurs les policiers
19:05de Palm Beach
19:06sont outrés,
19:07ils le font savoir
19:07dans la presse,
19:09et ça octroie,
19:11et là où c'est vraiment
19:11l'étrangeté juridique
19:12totale,
19:13c'est-à-dire que ça octroie
19:14une immunité
19:14à Jeffrey Epstein,
19:16mais aussi à toutes
19:17les personnes
19:17qui sont désignées
19:18de façon,
19:18même pas nommément,
19:19comme ces co-conspiratrices
19:21ou ces co-conspirateurs,
19:22c'est-à-dire que
19:23tous les gens
19:23ayant participé
19:24au trafic de mineurs
19:26dans cette villa
19:27de Palm Beach,
19:28à avoir organisé
19:29les rendez-vous
19:29avec les jeunes filles,
19:30etc.,
19:30sont immunisés,
19:32c'est-à-dire
19:33elles ne peuvent plus
19:33être attaquées
19:35en justice.
19:35C'est une impunité
19:36négociée,
19:36alors ce qu'il faut dire
19:37c'est qu'il y aura
19:38un deuxième volet
19:39à votre enquête
19:40qui va sortir je crois
19:40dans 15 jours
19:41et qui va s'attacher
19:42à ses amitiés,
19:44à ses contacts,
19:44à tous ces noms
19:45qu'on a vu sortir
19:47dans les Epstein Files
19:48des patrons,
19:49des diplomates,
19:50des artistes
19:50et on va comprendre
19:52ce qu'il veut faire
19:53et à quoi servent
19:55toutes ces amitiés.
19:56Mais une dernière question
19:57pour terminer
19:59qui est une question
20:00personnelle,
20:01comment on vit
20:02avec une histoire
20:03pareille
20:03pendant 8 mois
20:04et comment on en sort ?
20:07Benjamin reprend tout à l'heure
20:08l'expression
20:09qu'on a décidé
20:09de mettre dans l'article
20:10et c'est se taper la tête
20:11contre les murs,
20:12ça c'est un truc
20:12qu'on a fait plutôt
20:13vers la fin,
20:13on a écrit un peu
20:14vers la fin
20:14pour casser un peu
20:15le quatrième mur
20:16parce qu'en fait
20:16en vrai
20:18c'est un peu
20:18je pense
20:19ce qu'il faut ressentir
20:20et nous on l'a ressenti
20:21pendant des mois
20:23on a vécu
20:24dans cet univers
20:25qui est un univers
20:26de témoignages
20:26d'agressions sexuelles
20:27de femmes
20:28qui sont brisées
20:29parce qu'Apstein
20:30ne faisait pas
20:30qu'agresser sexuellement
20:32les femmes
20:32en fait
20:32il les brisait mentalement
20:33pendant des années
20:34pour les garder
20:35sous sa coupe
20:36et du coup
20:37oui
20:37vous passez
20:388 mois là-dedans
20:39c'est horrible
20:40on n'en sort pas indemne
20:41on n'en sort pas indemne
20:42et ça va être le temps
20:42des vacances
20:43et de la santé
20:43et Emmanuel Andréani
20:45il faut dire aussi
20:45que la force de cette enquête
20:46c'est qu'il y a
20:47tout ce qu'on a pu entendre
20:48sur les Epstein files
20:49sur le profil d'Epstein
20:51mais vous remettez aussi
20:52au centre de tout cela
20:53les victimes
20:54et c'est important
20:55de les entendre
20:57vous avez d'ailleurs
20:57un commentaire
20:58d'un auditeur
20:59qui nous dit
20:59cette affaire est souvent
21:00réduite à une liste de noms
21:01comment éviter
21:01que le récit se délite
21:02et se résume à ça
21:03et que les victimes
21:03disparaissent du cadre
21:04c'est aussi pour elle
21:05que vous écrivez
21:07et ce qui fait
21:07l'intérêt de cette enquête
21:09dans Society
21:10voilà merci
21:11merci Emmanuel Andréani
21:12merci Anthony Mansuy
21:14d'avoir été avec nous
21:15ce matin
21:16et un tout petit mot
21:17puisque vous êtes
21:17journaliste de Society
21:18puisque vous vouliez parler
21:19de votre confrère
21:21on allait oublier
21:21oui on a une grosse pensée
21:23pour Christophe Gleiz
21:23et sa famille
21:24notre collègue
21:25qui est toujours en prison
21:26en Algérie
21:26on partage également
21:28merci à vous
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