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  • il y a 2 jours
PRÉFACE avec Géraldine Smith "Le banc"

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Transcription
00:05Musique
00:14Nouveau rendez-vous préface, l'actualité des livres et le plaisir d'accueillir aujourd'hui Géraldine Smith
00:19pour un premier roman joliment intitulé Le Ban. Bonjour Géraldine.
00:22Bonjour.
00:23Merci d'être avec nous. J'ai envie de dire qu'on va faire connaissance, même si on vous connaît
00:26déjà,
00:27puisqu'on a déjà vu votre nom en librairie, plus dans la veine de l'essai, du témoignage, de l
00:33'enquête.
00:33Et puis là, vous décidez de passer au roman. Pourquoi avoir eu envie justement de vous frotter à l'écriture
00:39romanesque
00:39alors que vous étiez plus dans l'écriture journalistique jusqu'à présent ?
00:44J'ai eu envie d'écrire sur un sujet qui me touchait personnellement, c'est-à-dire le grand âge
00:51et la vieillesse.
00:53Et je me suis rendue compte que la dernière chose qu'on pouvait faire quand on abordait ces sujets,
00:59c'était de se poser en expert et en sociologue ou en journaliste, qui est mon ancien métier,
01:04parce que chaque histoire était unique et qu'on était très vite traversés par beaucoup d'émotions.
01:14Et je me suis dit que la forme romanesque serait parfaite parce que ça allait me permettre de,
01:18par rapport à chaque petit moment de vie, de confronter divers points de vue.
01:24Par exemple, j'ai un personnage principal qui est un très vieux monsieur de 95 ans.
01:28Il a des copains, il a une auxiliaire de vie, il a une électrice, il a des enfants.
01:31Et dans le roman, vous pouvez imaginer comment chacun réagit par rapport à une situation.
01:36L'avantage du roman, et c'est ce que vous dites, c'est que finalement le lecteur va d'une
01:40façon ou d'une autre pouvoir se reconnaître dans tous ses personnages,
01:43puisque d'une façon ou d'une autre, nous sommes tous confrontés à ces situations que vous racontez.
01:48La construction du roman est intéressante parce qu'on va faire connaissance avec Georges, il a 95 ans,
01:53mais quasiment dès les premières pages, on sait que Georges meurt.
01:57Et puis après, dans la construction du livre, on va revenir plusieurs mois en arrière pour voir un petit peu
02:01comment on en arrive à cette situation.
02:02Et puis surtout, essayer de comprendre pourquoi, comment, auprès de qui Georges est mort.
02:08Georges, c'est un personnage très attachant.
02:1095 ans, une grande et belle histoire d'amour avec Claudia, deux enfants, Isabelle et Paul, avec qui ça n
02:15'a pas toujours été facile.
02:16Mais bon an, mal an, c'est une famille où on s'entend plutôt pas mal.
02:19Qui est-il, Georges ?
02:23C'est peut-être un peu banal de le dire comme ça, mais il a un côté universel.
02:31Parce que je lui donnais tout un tas de caractéristiques qui correspondent à ce qui arrive aux personnes hommes et
02:41femmes dans cette phase de la vie.
02:42C'est-à-dire que Georges, il se sent toujours jeune à l'intérieur, mais il est un monsieur très
02:49âgé.
02:50Il est souvent désespéré, mais il a aussi des copains avec qui il aime s'amuser.
02:54Avec qui il se retrouve sur le fameux banc.
02:59Ça me fait penser à cette phrase de Camus qui disait que le drame d'être vieux, c'est pas
03:04d'être vieux, mais c'est d'être jeune à l'intérieur.
03:08Et Georges, c'est ça.
03:11Donc, c'est pour ça aussi que j'ai choisi cette forme légère, avec un petit mystère policier.
03:16Parce que je n'avais pas envie de parler du grand âge d'une façon glauque ou triste, en fin
03:21de compte.
03:21Parce qu'il y a des moments très durs dans le livre, puisque je pense que j'ai essayé de
03:24rester, de rien éluder.
03:27La déchéance physique, la solitude.
03:31Mais ce n'est pas que ça, le grand âge.
03:33Vous le dites, il y a des passages durs, bouleversants, parce que vous n'occultez rien.
03:38Vous racontez ce qu'est le grand âge au quotidien.
03:41Et puis, vous avez voulu aussi mettre de l'humour, de la légèreté.
03:45Parfois aussi un peu de causticité.
03:47Il y a des personnages aussi qui sont un peu parfois des salauds.
03:51On le verra au fil des pages.
03:53Et puis, il y a ce petit suspense avec cette enquête.
03:55Et d'ailleurs, l'enquêteur est très attachant, parce que lui aussi, il est là pour enquêter.
04:00Il fait son job, mais ça le confronte aussi à sa propre réalité, à sa propre vie.
04:04C'est une sorte de roman choral.
04:06Oui, parce que, comme je voulais, comme mon idée, c'était d'aborder cette question du grand âge,
04:14de la perspective de tous les gens qui sont confrontés.
04:17Et on s'aperçoit très vite qu'on est tous à un titre ou à un autre concernés par cette
04:21question,
04:21mais qu'on est tous très seuls par rapport à cette question.
04:24C'est étonnant.
04:25Bien sûr, les personnes âgées sont seules.
04:28Très bien, solitude, c'est assez douloureux.
04:32Mais en fin de compte, les personnes, nous, les enfants ou les petits-enfants,
04:35les personnes qui s'occupent ou qui entourent ces personnes âgées,
04:38sont également seules parce que, justement, on n'ose pas en parler.
04:41C'est difficile de parler de la déchéance physique de ses parents.
04:45C'est très difficile parce que soi-même, on a même beaucoup de mal à le formuler.
04:49C'est difficile d'imaginer ces personnes qu'on a admirées enfants et de voir ce qu'elles deviennent.
04:57Donc, même avec les amis, les femmes qui sont celles qui s'occupent toujours des personnes âgées,
05:02sont en fait très seules.
05:03On s'aperçoit qu'elles sont très seules, qu'on en parle peu entre nous,
05:05ou alors on parle de logistique.
05:06C'est toujours la logistique, l'auxiliaire de vie, comment on va organiser les médecins.
05:10Et on met l'humain de côté.
05:11Et chacun, hélas, c'est comme si on était tous dans des petites bulles solitaires.
05:15Alors qu'en fin de compte, si on pouvait en parler, si on en parlait plus en essayant d'affronter
05:24toutes les difficultés que ça pose, je pense que ça pourrait devenir même un vrai problème de société,
05:30qu'on trouverait des solutions qui feraient qu'on ne serait pas perpétuellement dans la débrouille.
05:35Parce que c'est un peu ça, être autour des personnes âgées.
05:39On n'anticipe peut-être pas suffisamment.
05:41On n'anticipe absolument pas, alors qu'évidemment, on va tous...
05:46S'il y a bien une chose dont on est sûr, c'est qu'on va tous y passer.
05:49Et on va tous être à un moment donné dans cette situation.
05:52Le charme du livre, c'est aussi de parler des souvenirs.
05:55Parce qu'à plusieurs moments dans le livre, Georges replonge dans ses souvenirs.
05:59D'ailleurs, ses souvenirs sont pour lui un peu comme une béquille.
06:02Les souvenirs lui font parfois mal, notamment les souvenirs avec Claudia.
06:05Mais les souvenirs sont aussi l'occasion pour lui de revenir sur tous les beaux moments de la vie.
06:09Et c'est l'occasion pour vous de nous emmener dans les années 60, 70.
06:13La musique est présente, le cinéma est présent.
06:16Il y a le nom des groupes, le nom des chansons qui interviennent régulièrement.
06:19Ce qui veut dire qu'il y a une sorte de douce nostalgie aussi dans votre livre.
06:23Oui, alors Georges, c'est quelqu'un qui aime la vie.
06:27Et donc, il appartient aussi à une génération où on n'exprimait pas ses émotions.
06:32Et pour Georges, je crois qu'il exprime ses émotions avec une bande son.
06:37Et donc, s'il est triste, il met une certaine musique, s'il est joyeux, il met une autre musique.
06:42Pour commencer la journée avec Francis Cabrel, sa fille lui a dit que ce n'était pas du meilleur effet.
06:45Exactement, que ce n'était pas une très bonne idée.
06:47Il a fini avec Véronique Sanson non plus.
06:51Mais en effet, lui, il aime la musique, il aime la poésie.
06:55Et puisqu'il n'arrive pas vraiment à exprimer ses sentiments, il le fait à travers des vers et des
07:00musiques.
07:01Mais quand on parlait de la diversité des personnages, ça lui permet aussi d'établir une connexion sur le fameux
07:07banc.
07:08Avec cette jeune punkette de 16 ans, qui semble tellement différente de lui.
07:14Mais finalement, à travers justement des poésies ou de la musique, ils arrivent à se retrouver.
07:20Ils s'aperçoivent qu'ils ne sont pas si différents, en tout cas qu'ils partagent.
07:23Ils ont des points communs et ça leur permet de se retrouver sur plein de choses.
07:28Et puis, c'est aussi un roman sur la famille.
07:30Et il y a ce frère et cette sœur, Isabelle et Paul, qui ont chacun aussi été un peu branballés
07:35par la vie.
07:36C'était Claudia, la maman, qui tenait un peu la famille.
07:39Et puis maintenant, il faut s'occuper du père qui vieillit.
07:42Là encore, les souvenirs vont revenir.
07:44Et puis, Georges, Paul et Isabelle vont peut-être se dire, il y a peut-être des rendez-vous manqués
07:49dans notre histoire.
07:52Vraiment, si quelqu'un qui nous écoute réfléchit et ne pense jamais avoir manqué un rendez-vous,
08:00j'aimerais connaître cette personne.
08:01Je pense qu'à l'origine du livre, j'ai moi-même au tout début souffert, disons, d'un rendez
08:08-vous manqué avec un de mes parents.
08:11Et ça pèse, puisque bien sûr, quand ils sont partis, c'est trop tard et on n'a plus que
08:15les regrets.
08:17Et donc, ça arrive.
08:18Et ça aussi, c'est effectivement un sujet qui est abordé dans le banc.
08:21Et d'ailleurs, ça me fait penser que ce banc, en fin de compte, c'est un...
08:25Si on réfléchit, je n'avais pas théorisé ça, puisque je voulais faire un roman comme ça et me laisser
08:31un peu aller.
08:31Mais c'est une espèce d'espace intime dans un espace public.
08:36Et quand vous êtes sur un banc à côté de quelqu'un, vous êtes très, très proche de la personne.
08:41Vous la touchez, vous êtes au contact, ce qui est une chose aussi très importante chez les personnes âgées.
08:44Mais vous êtes aussi visible et vous êtes dans le monde.
08:48Et c'est là qu'il peut se produire énormément de choses et qu'on peut partir dans ses souvenirs,
08:53tout en restant vivant, puisqu'on est à l'extérieur, on est dans le monde.
08:57Et c'est ce que vous dites à un moment dans le livre, c'est que l'idée de ce
09:00roman,
09:00c'est aussi de parler des personnes âgées qui sont un peu les invisibles de la société.
09:05C'était aussi un petit peu votre volonté.
09:07C'est beau, c'est drôle, c'est bouleversant, c'est tendre aussi par certains moments.
09:12Et puis ça parle de notre société, ça parle de nous tous, ça parle du grand âge,
09:16ça parle de la famille, ça parle du temps qui passe.
09:18C'est une belle réussite, c'est un beau petit bijou que votre premier roman Géraldine Spice.
09:22Ça s'appelle très joliment Le banc et vous êtes publié aux éditions Alma-Michel.
09:26Merci beaucoup.
09:26Merci à vous.
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