00:00Le type baignait dans une marre de sang, il avait un trou dans le crâne.
00:03C'était quoi l'odeur ?
00:04L'odeur du sang. J'ai vu des gens aussi se dégrader en prison.
00:06Il avait un morceau de verre à la main et il fouillait dans son ventre.
00:09J'ai jeté mon uniforme à la poubelle.
00:11Il y a quand même des moments qui sont très difficiles.
00:13Il y a des dates que tu n'arrives pas à oublier.
00:16Il y a ce 4 juillet 2004, avec un détenu, tu vas nous raconter,
00:24qui se jette sur un autre et qui va l'attaquer et qui va manger sa cervelle.
00:30Alors en fait, moi je suis arrivé pour l'intervention.
00:36Il y avait la distribution du repas ce soir-là.
00:39Et à la distribution du repas, il y a un détenu qui distribue à manger.
00:46Et celui qui est sorti de sa cellule l'a frappé avec un cendrier en terre cuite
00:52qu'il avait fait à l'atelier poterie ou un truc comme ça.
00:55Et puis après, il s'est acharné dessus.
00:58Et quand les renforts sont arrivés, les premiers renforts sont arrivés,
01:03le type baignait dans une marre de sang.
01:05Il avait un trou dans le crâne.
01:07Moi j'ai vu le corps après, par la suite.
01:09Et au moment où les premiers agents sont arrivés,
01:12il farfouillait dans sa tête et il mettait les mains à sa bouche.
01:17Qu'est-ce qu'il faisait ?
01:19Il mangeait, il mangeait ce qu'il trouvait.
01:23De toute façon, il avait du sang plein la bouche.
01:27Mais les agents qui sont tombés sur ce truc-là en live,
01:31je crois qu'ils ne sont plus dans l'administration pétentiaire.
01:34Je crois qu'ils n'y sont plus, ils sont partis.
01:37Et je peux comprendre, je peux comprendre, c'est terrible.
01:40Moi, quand je suis arrivé après, je faisais partie de l'équipe d'intervention
01:44parce que le type qui a mangé en fait la cervelle,
01:49les surveillants étaient un peu déprimés qui sont arrivés,
01:51ils étaient un peu désarmés.
01:52Alors ils ne savaient pas trop quoi faire.
01:55On prépare à tout, mais pas à ça.
01:59Et je me rappelle que les gars ont expliqué,
02:01ils lui ont hurlé dessus.
02:02Et puis finalement, le type la regardait avec un regard un peu vide.
02:07Il s'est relevé, puis il a été se foutre dans une salle
02:10où il n'y avait rien de particulier,
02:12qui servait un peu d'office en fait.
02:14Et moi, je suis arrivé après, plus tard,
02:17je faisais partie de l'équipe d'intervention
02:18pour aller le récupérer dans cette pièce.
02:21Donc là, on a vu le corps de celui qui était décédé.
02:24Il y en a un autre qui avait été blessé
02:26parce qu'il en aurait bien pris un deuxième,
02:29ça ne l'aurait pas dérangé.
02:31C'est un détenu qui était cannibale ?
02:34Alors, non, non, non.
02:36Mais par contre, il n'était pas bien dans sa tête.
02:39Il n'était pas bien dans sa tête.
02:40Mais de toute façon, il y avait déjà des faits.
02:42Sincèrement, je savais qu'il avait pris une grosse peine.
02:46Je savais qu'il n'était pas clair dans sa tête,
02:48mais je n'avais pas trop les détails de son affaire.
02:51Et il avait pris 30 ans pour un meurtre
02:56un peu inexpliqué ou inexplicable.
02:59Il n'y avait pas vraiment de motif.
03:01Et ça avait été quelque chose d'extrêmement violent.
03:04d'extrêmement violent.
03:06Et en fait, après, le type est enfermé dans cette pièce.
03:13Et quand on a dû aller le chercher,
03:15il y avait un oeilleton,
03:16parce que même si c'était un office,
03:18c'était comme une cellule.
03:20Il avait bouché l'oeilleton.
03:22Et puis, on voyait...
03:24Avec n'importe quoi,
03:25un bouchon de bouteille,
03:27du papier un peu mouillé, machin, je ne sais pas.
03:30Et donc, on ne pouvait pas voir où il était,
03:33qu'est-ce qu'il faisait, etc.
03:34Donc là, on y va quand même avec méfiance.
03:37Surtout que depuis un moment,
03:38on voit quand même de temps à autre
03:39qu'il passe sous la porte.
03:41Je vous rappelle, c'était assez marquant,
03:42de l'eau mélangée avec du sang
03:43qui passe sous la porte.
03:45Alors, ce n'est pas non plus une nappe extraordinaire,
03:48mais bon, on se dit, voilà,
03:49on voit ce qui vient de se passer.
03:52Et en fait, quand on a ouvert la porte,
03:53il y avait...
03:54Je me rappelle, ces pièces-là étaient vides.
03:56Il y avait juste une petite tablette
03:58au fond, le long de la fenêtre.
03:59Et quand on a ouvert la porte,
04:00il était pantalon de survête, torse nu.
04:04Et il avait un morceau de verre à la main.
04:07Et il s'était ouvert le bide.
04:09Et il fouillait dans son ventre, en fait,
04:11quand on est rentré.
04:13Et il n'a strictement rien fait.
04:16On l'a percuté.
04:17On était équipé comme les CRS,
04:20tenus par coups, boucliers, etc.
04:22On l'a percuté, on l'a menotté.
04:23Et après, derrière, c'était chini.
04:25C'était un poids mort.
04:26Et c'est un type qui faisait,
04:28peut-être, j'en sais rien,
04:29au moins 100, 120 kilos.
04:33Même menotté, machin.
04:34Il a fallu qu'on le porte.
04:35Et il est passé dans un...
04:37Moi, je me rappelle, on l'a porté à un moment.
04:38Je dis, je sais pas, je suis tout mouillé et tout.
04:41Il s'est mis à pisser.
04:43Il s'est pissé dessus.
04:44Moi, il m'a pissé sur la jambe.
04:45Il a pissé sur tout le monde.
04:46Mais il ne l'avait pas fait de manière volontaire.
04:48Il a...
04:49Voilà, peut-être parce qu'il avait peur.
04:50J'en sais rien.
04:51Je sais pas, parce que là,
04:52on est passé dans une dimension...
04:54Mais des gens comme ça,
04:55ils ne devraient pas se trouver en prison,
04:57mais dans un hôpital psychiatrique.
04:59Ben oui, je pense.
05:00D'ailleurs, c'est là où il est parti par la suite.
05:04Il est parti en UMD.
05:07Mais après, c'est difficile.
05:10Pourquoi il n'a pas été mis en hôpital psychiatrique ?
05:12Parce qu'il y a des gens aussi qui sont...
05:15Moi, j'ai vu des gens aussi se dégrader en prison.
05:17Il y a des gens qui sont rentrés en prison
05:19pour des faits...
05:20Moi, j'ai pas forcément d'exemple,
05:22mais des faits que je vais qualifier de droits communs,
05:25des faits qui étaient graves.
05:26Et puis, par contre, qui avaient bon pied, bon oeil.
05:29Et puis, petit à petit, la prison les a, entre guillemets, rendus fous.
05:34Notamment, un des membres du gang de Roubaix.
05:36Ouais, j'en ai connu un comme ça.
05:38Alors, pas rendu fou,
05:40mais c'est un type qui est devenu dépressif.
05:42C'était un type qui était solide.
05:45Et puis, il s'est complètement...
05:49De mémoire, sous réserve,
05:51mais il me semble qu'il a eu une séparation
05:54avec sa femme ou quelque chose comme ça.
05:56Et derrière, il a sombré complètement.
05:59Et c'est quelqu'un qui, alors qu'il a eu une période
06:03où il était en forme, machin,
06:05il n'y avait pas de soucis.
06:06Voilà, il faisait sa prison, il faisait sa prison.
06:08Et puis, un jour, voilà, il s'est passé quelque chose.
06:10Il y a un élément déclencheur.
06:11Il a craqué.
06:12Je pense qu'il a fait tout simplement de la dépression.
06:15Et bon, tout ce qui s'attrape en prison
06:19devient toujours plus grave.
06:21La petite dépression va devenir une grosse.
06:23Il y a beaucoup de choses comme ça.
06:25La prison amplifie les choses, en fait.
06:29Et puis, après, c'était un type, moi, je l'ai vu pendant des mois,
06:33marcher au radar, quoi.
06:34Tellement, il prenait de cachet.
06:35Il marchait un peu comme un zombie.
06:38Il y avait très peu de communication.
06:40Après, il n'y a jamais eu de soucis majeurs avec lui.
06:43Mais voilà, il était tombé quand même dans quelque chose de compliqué, quoi.
06:49Et toi, d'assister à des événements comme celui que tu viens de nous décrire,
06:54j'imagine que tu as des images, des odeurs qui restent.
06:56Parce que l'odeur du sang, là, par exemple...
06:58Alors, les odeurs, ouais.
06:59Les images, moi, enfin, personnellement, après, on ne réagit pas tous pareil, bien évidemment.
07:05Mais je me rappelle que ce soir-là, je suis rentré, je ne sais pas à quelle heure,
07:10je suis rentré chez moi en pleine nuit, machin.
07:13Ils avaient laissé la direction de l'époque,
07:16ils avaient laissé le messe du personnel ouvert.
07:19L'endroit où on peut se restaurer, il y avait un petit bar.
07:22Je ne te cache pas qu'on était se poser là-bas,
07:24je ne sais pas, il était peut-être 3h, 3h30 du matin,
07:26les gens qui étaient encore là.
07:29Et ouais, je pense que le premier truc, à 3h30 du matin,
07:32déjà, on s'est mis quelques whisky dans la gueule.
07:35Un, pour se détendre.
07:38Et deux, pour passer l'odeur.
07:40Enfin, en tout cas, moi, pour passer l'odeur.
07:41C'était quoi l'odeur ?
07:43L'odeur du sang.
07:44L'odeur du sang, après, il s'est passé des heures,
07:47le sang, ça coagule et ça prend une odeur.
07:50C'est très désagréable, l'odeur du sang.
07:52Et même en ayant bu quelques verres, machin,
07:55moi, je me suis...
07:56À l'époque, j'habitais à côté de la prison,
07:58parce qu'il y avait des logements pour le personnel.
08:01Et donc, je rentrais chez moi à pied.
08:03Et en fait, au messe, je me suis déshabillé.
08:05J'ai jeté mon uniforme à la poubelle,
08:07parce que j'avais du sang, j'avais tout sur mon uniforme.
08:10Et je suis rentré chez moi en caleçon,
08:12parce que je n'avais pas envie de ramener ça chez moi, quoi.
08:14Et arrivé chez moi, je sais qu'avant d'aller me coucher
08:16pour me reposer, alors ça m'a...
08:18Paradoxalement, ça ne m'a pas empêché de dormir.
08:20Mais par contre, cette odeur était restée.
08:23J'ai dû me laver les dents au moins trois fois
08:26avant d'aller me coucher,
08:27parce que l'odeur ne passait pas, quoi.
08:28Dans la bouche, tu avais même l'odeur dans la bouche du sang, quoi.
08:30Oui, c'était dans la bouche, dans le nez.
08:32Ça restait, je ne sais pas, j'avais une gêne.
08:34Alors après, il était peut-être psychologique,
08:35je n'en sais rien, quoi.
08:36Mais voilà, après, c'est comme ça.
08:40On croit qu'il y a des choses qui n'existent pas.
08:41Mais même quand on arrive sur la scène,
08:46en fait, on croit que c'est un film, quoi.
08:50Il y a tellement de sang partout
08:51qu'on se dit, mais ce n'est pas possible.
08:55Je ne vais pas dire qu'on cherche la caméra cachée,
08:57mais on se pose un peu la question, quoi.
08:58On sait que c'est vrai,
08:59mais l'inconscient dit que ce n'est pas possible.
09:04Ce qui est difficile aussi,
09:06c'est que tu décris très bien
09:07que parfois, les surveillants sont responsables.
09:10Il y a une autre scène que tu décris
09:12d'un détenu qui se fait attaquer dans le cou,
09:15qui se fait poignarder dans le cou.
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