00:00Mais au début, on observe le mec, on se dit qu'est-ce qu'il a fait ?
00:02J'ai pris le marteau, je lui ai éclaté le crâne à coup de marteau.
00:04T'as croisé des grands terroristes, des tueurs en série.
00:07Le type sympathique, discret, les gros voyous sont des gens intelligents.
00:11T'as assisté à un mariage d'un bandit Corse.
00:14Moi, quand j'ai débuté, j'ai fait mes stages à Saint-Martin-de-Ré.
00:17C'était une prison où il y avait des gens relativement âgés, mais malgré tout des longues peines.
00:25Alors, ils n'étaient pas désagréables, mais ils jouaient un petit peu.
00:28Ils jouaient un petit peu, ils nous regardaient bizarrement et tout.
00:30Et c'est vrai que la première fois...
00:33Et puis, en plus, quand on croise les gens, au début, après, on voit les choses différemment.
00:39Mais au début, la question, c'est qu'on observe le mec et on se dit qu'est-ce qu
00:42'il a fait ?
00:43Qu'est-ce qu'il a fait ?
00:44Puis des fois, on ne le sait pas.
00:46Des fois, on ne le sait pas ou alors on va échanger.
00:49Moi, je me rappelle, pendant cette période de stage, j'avais discuté avec un gars.
00:55Je ne me rappelle plus de son nom parce que c'est vieux.
00:57J'avais discuté avec un gars.
00:59Il avait peut-être l'âge de mon père.
01:02Et puis, j'avais vu qu'il était condamné à perpétuité, par contre.
01:06Et puis, un jour, il m'a parlé de ce qu'il avait fait.
01:08Il avait fait quoi ?
01:10Il m'expliquait qu'il travaillait dans le bâtiment, qu'il avait fait des travaux au black chez quelqu'un,
01:16qu'il n'avait pas voulu le payer.
01:18Et puis, il l'avait relancé plusieurs fois.
01:20Et puis, un jour, il a été chez le mec.
01:21Il dit, j'avais mon ceinturon de travail avec marteau, machin, etc.
01:27Et puis, le mec m'a dit, de toute façon, je ne te paierai jamais.
01:30Et là, il me dit, je n'ai pas eu le choix.
01:33Ah, il n'a pas eu le choix de quoi ?
01:35Parce qu'à la fin, il y a perpétuité quand même.
01:38Il me dit, j'ai pris le marteau.
01:40Il dit, je vais éclater le crâne à coup de marteau.
01:42Et la première fois où tu entends des propos comme ça, c'est vrai.
01:46Mais la première fois où tu entends des propos comme ça, c'est...
01:49Oh, qu'est-ce qui s'est passé ?
01:52Ça fait peur ?
01:54Peur, je dirais peur, oui et non.
01:56Parce qu'on sait quand même où on est.
01:59On sait qui sont les gens qui sont présents.
02:01Alors, même si on ne connaît pas toujours ce qu'ils ont fait, etc.
02:04Mais on sait qu'il y a des choses très graves.
02:08Mais on a l'impression que même si on le sait,
02:10on se dit que peut-être ça n'existe pas.
02:12Pourquoi ?
02:13Et là, je ne sais pas.
02:14Parce qu'on se dit, mais comment on peut poser le crâne de quelqu'un à coup de marteau ?
02:18Ben si, on peut, quoi.
02:19On peut.
02:20Et le mec qui te parle de ça,
02:25je veux dire, voilà, ni ça lui fomentait une rage en lui,
02:28ni le type, je le vois, s'effondrer.
02:31Non, le mec, il...
02:32Le mec, il est neutre.
02:34Ouais, il est neutre, quoi.
02:35Je veux dire, bon, voilà,
02:37j'ai crevé avec la voiture hier, quoi.
02:40C'est...
02:41C'est surprenant.
02:42T'as croisé des grands terroristes,
02:46des grands bandits, des tueurs en série.
02:49Et tu dis parfois dans ce livre,
02:52tu prends l'exemple de Jean-Claude Romand.
02:55Pour rappel, il a tué sa femme,
02:57ses deux enfants,
02:59pour éviter que sa famille ne découvre
03:01qu'il n'était pas médecin à l'OMS.
03:03Pour rappel, il a passé sa vie à mentir,
03:05à croire qu'il était médecin, puis médecin à l'OMS,
03:07donc il finit par tuer toute sa famille.
03:08Tu dis, Jean-Claude Romand,
03:10il n'avait pas la tête de l'emploi.
03:12Ben non, pas du tout.
03:14Pas du tout.
03:15Type sympathique, discret, presque effacé.
03:19Presque effacé.
03:21Voilà.
03:21Et puis, quand on communiquait avec lui,
03:23c'était une conversation,
03:24comme on peut avoir avec n'importe quelle personne.
03:28Après, je pense que c'est aussi un cas particulier.
03:31C'est aussi un cas particulier,
03:32parce que, pour avoir passé des années en prison,
03:36des gens qui, un jour,
03:38tuent toute leur famille
03:40par rapport à un mensonge
03:41ou un drame familial.
03:45Malheureusement,
03:45j'en ai croisé plus d'un, quoi.
03:47J'en ai croisé plus d'un,
03:49mais après, tout le monde n'a pas défrayé la chronique
03:51comme Jean-Claude Romand.
03:52Mais je pense, en fait,
03:53c'est pas tant l'acte criminel qu'il a fait
03:57qui a fait que ça défrayait la chronique.
03:59C'est le mensonge.
04:00Il n'a pas menti parce qu'il avait
04:03une double vie avec une autre femme
04:04ou quelque chose comme ça.
04:06Non, il a fait croire à tout le monde
04:07qu'il était médecin-chercheur à l'OMS.
04:10C'est un mensonge qui est lunaire.
04:13En fait, je pense que c'est ça
04:14qui a fait tout le battage médiatique
04:17autour de Jean-Claude Romand,
04:18plus que les meurtres.
04:19Et finalement, le plus grave,
04:20ça reste quand même les meurtres.
04:21Mais qu'est-ce qui l'a engendré ?
04:22C'est un mensonge hors norme.
04:24Qui sont les détenus
04:26qui tournent plus marqués, justement,
04:27dans ces terroristes, dans ces tueurs en série ?
04:30Est-ce que tu peux en citer quelques-uns ?
04:32Oui, bien sûr.
04:33J'ai croisé pendant de nombreuses années,
04:38j'ai croisé Marcel Barbeau.
04:40Marcel Barbeau, c'est un tueur en série,
04:43le tueur de l'Oise.
04:44C'était dans les années 70.
04:47Je pense qu'il est plus vieux que mon papa.
04:49À ma connaissance, je crois qu'il est toujours en prison.
04:53Et c'est surprenant parce que,
04:54moi, quand je l'ai connu,
04:55il était déjà âgé.
04:58Mais on voit,
04:58c'est un colosse et tout,
05:00mais la tête du bon papy, quoi.
05:03La tête du bon papy.
05:05Je veux dire,
05:06tu le croises dans la rue,
05:07je te dis,
05:08c'est lui,
05:09il est un tueur en série.
05:10Non, c'est pas possible.
05:11C'est pas possible.
05:13Mais si.
05:14Voilà.
05:14Donc,
05:14en fait,
05:16des fois,
05:17il y a des personnages
05:18qui vont pas,
05:20on ne s'attend pas à ça.
05:21J'ai croisé aussi en prison
05:22des gens,
05:23ils ont la gueule de l'emploi, quoi.
05:24On n'est pas étonné que...
05:26Mais souvent,
05:27c'est ce que je vais communément appeler
05:29les...
05:29Et affectueusement,
05:30j'ai envie de dire,
05:31les voyous, quoi.
05:32Des braqueurs,
05:33des trucs comme...
05:33On n'est pas trop étonné, quoi.
05:34Ils ont un peu le profil.
05:37Ils ont la dégaine, quoi.
05:39Ouais, ouais, ouais.
05:40Je sais pas.
05:40C'est pas surprenant.
05:41C'est pas étonnant.
05:42Mais après,
05:42il y a des gens,
05:43c'est vraiment surprenant, quoi.
05:46Alors,
05:46qui d'autre t'a marqué
05:48ou quel détenu connu
05:50t'as pu croiser ?
05:52Alors,
05:52connu,
05:53j'ai eu quelque temps
05:55Carlos,
05:56le terroriste.
05:58On l'a eu quelque temps.
06:00Alors,
06:01une anecdote,
06:02une anecdote super drôle
06:04avec Carlos.
06:06À la prison,
06:07je travaillais,
06:07il y avait un quartier
06:08socio-culturel.
06:09Il y avait un surveillant,
06:10c'était toujours le même
06:11qui travaillait au socio-culturel.
06:13Et il avait eu...
06:15Il avait eu un souci de santé.
06:16Il s'était fait opérer d'un genou,
06:17je crois,
06:18le surveillant.
06:19Et puis,
06:20donc,
06:20il a été absent quelques temps.
06:21Et dans la période
06:22où il était absent,
06:24on a un nouveau directeur
06:25qui est arrivé
06:26et on a Carlos
06:27qui est arrivé.
06:28Mais bon,
06:28tout le monde connaît
06:29le nom de Carlos,
06:30mais voilà.
06:31Mais Carlos,
06:31c'est toujours standing
06:32en prison, quoi.
06:34Carlos se baladait toujours,
06:36voilà,
06:36un pantalon à pince,
06:38veste de costume.
06:39Dans la prison ?
06:39Dans la prison, oui.
06:40Sa petite sacoche,
06:41la chemise et tout.
06:42Mais non.
06:43Et là,
06:43on a tapé un fou rire
06:44parce qu'en fait,
06:45il avait vu
06:46ni Carlos.
06:48Et Carlos arrive
06:49au quartier socio-culturel
06:51en costard et tout
06:52et le surveillant arrive
06:52et il dit
06:53bonjour,
06:53monsieur le directeur.
06:56À Carlos.
06:57Oui,
06:58tout le monde a éclaté
06:59de rire
06:59le surveillant.
07:00Mais il ne pouvait pas
07:01savoir.
07:02Mais en fait,
07:03c'est vrai qu'après,
07:03quand vous prenez du recul
07:04par rapport au contexte,
07:06c'est un type
07:07qui est charismatique,
07:08machin,
07:08un grand bonhomme aussi,
07:09Carlos.
07:10Et voilà,
07:11un type qu'en impose.
07:12Et puis c'est vrai,
07:13on aurait pu,
07:15je pense,
07:15tous se faire piéger.
07:16Mais cette anecdote,
07:17je l'ai trouvé super drôle.
07:18Énorme.
07:19Énorme.
07:20Tu n'en as pas d'autres
07:21comme ça ?
07:21J'adore, moi.
07:23Qui me viennent comme ça
07:24à l'esprit ?
07:25Pas forcément.
07:27Edouane Faïd,
07:27par exemple ?
07:28Edouane Faïd.
07:30C'est un braqueur ?
07:31Un braqueur, ouais.
07:32Alors moi, je...
07:32Qui s'est évadé plusieurs fois ?
07:33Oui, mais je l'ai connu
07:35avant ça.
07:36J'ai connu Edouane Faïd
07:38avant qu'il soit un repenti,
07:40qu'il n'était pas un repenti,
07:41quoi.
07:42Puisqu'après,
07:42il est retombé
07:43pour des affaires de braquage.
07:45Après,
07:46Edouane Faïd,
07:47c'était...
07:47Il était beaucoup plus jeune.
07:49C'était le beau gosse,
07:51c'était le bachelor,
07:52quoi.
07:53C'était le bachelor,
07:54le mec,
07:55une tchatche phénoménale et tout.
07:57Et puis alors,
07:58sympa, quoi.
07:58Très, très sympa,
07:59très intelligent.
08:00Très, très intelligent.
08:01Après,
08:02dommage que
08:04il ait mis son intelligence
08:05au service
08:06de ces faits-là
08:08et puis qu'il,
08:09finalement,
08:11ça a bousillé sa vie
08:12et celle d'autres personnes aussi,
08:14quoi.
08:15Et c'est terrible
08:15parce que c'est
08:16un type,
08:17après,
08:17si on prend du recul
08:18avec les faits
08:19qu'il a commis,
08:21je pense même
08:21que c'est quelqu'un de brillant.
08:22De toute façon,
08:23pour réussir certaines
08:24de ses évasions et tout,
08:25mais bon,
08:26voilà,
08:26après,
08:27c'est...
08:28Mais il y en a beaucoup,
08:29je pense que
08:29les gros voyous
08:32sont des gens intelligents.
08:34Alors,
08:35il y en a peut-être
08:35des encore plus intelligents,
08:36c'est ceux qui ne se font pas attraper.
08:38Mais aujourd'hui,
08:39je pense quand même,
08:40avec les moyens
08:41qu'ont la police,
08:43les moyens d'investigation,
08:44etc.,
08:46des carrières de voyous
08:47comme il y en a
08:48dans les années 50-60,
08:50aujourd'hui,
08:50c'est plus possible.
08:51des fois,
08:52on était sûr
08:53que c'était tel type
08:54qui avait fait le coup,
08:55mais il n'y avait pas
08:57de preuves formelles maintenant
08:58et les ADN,
08:59les machins,
08:59les trucs,
09:00ça devient quand même
09:00très compliqué.
09:02Ce que tu expliques aussi,
09:04c'est qu'il y a
09:05une certaine relation,
09:06finalement,
09:06qui va s'instaurer,
09:07forcément,
09:09entre les surveillants
09:10et les détenus,
09:11avec des situations
09:12improbables.
09:13Tu as assisté
09:14à un mariage
09:15d'un bandit Corse.
09:16à un mariage
09:17d'un bandit Corse.
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