00:01L'invité d'RTL Soir
00:03Des médecins, des scientifiques, d'anciens ministres de la santé
00:06lancent un cri d'alarme face à la progression des thèses anti-vax.
00:10Ils dénoncent dans une tribune la méfiance qui s'installe
00:12et le retour de maladies que les vaccins avaient fait disparaître.
00:15Le professeur Arnaud Fontanet, médecin épidémiologiste,
00:18chercheur, professeur au Collège de France et le grand invité de RTL Soir.
00:22Bonsoir Arnaud Fontanet.
00:23Bonsoir.
00:23Alors pourquoi ce cri d'alarme ?
00:26Y a-t-il eu une bascule ?
00:27Est-ce que les Français n'ont plus confiance dans les vaccins ?
00:29Alors c'est un cri d'alarme qui est lancé à l'occasion de la semaine pour la vaccination
00:34décrétée par l'OMS qui débute le 27 avril.
00:38C'est dans une ambiance plutôt de progression de la désinformation
00:41qui touche tous les secteurs de la société, y compris la santé, y compris la science,
00:46que nous, scientifiques, chercheurs, médecins, avons voulu rappeler
00:51l'efficacité de la vaccination et l'importance qu'elle joue dans notre quotidien
00:56par rapport à des rumeurs qu'on entend à gauche et à droite
00:59qui touchent plusieurs vaccins de façon assez désordonnée.
01:03Alors qu'on sait aujourd'hui que les vaccins, par exemple, ça sauve 4 millions de vies
01:07chaque année dans le monde et que c'est un progrès majeur dans notre prévention
01:11et notre protection contre les maladies.
01:14En France, on n'est pas les pires.
01:15Je crois qu'il y a 8 Français sur 10 qui sont favorables à la vaccination
01:18selon le baromètre de santé publique France.
01:20C'est plutôt un bon score ?
01:23Oui, en fait, je crois qu'il y a...
01:25Ce qui nous inquiète plus, c'est le risque posé par des rumeurs assez insidieuses
01:29qui peuvent se propager, notamment quand elles sont reprises, comme on le voit, aux Etats-Unis
01:33par des politiques où vous avez l'équivalent du ministre de la Santé, Robert Kennedy,
01:37qui remet en doute le fait que le vaccin de la rougeole est un vaccin très sûr
01:43et qui protège très efficacement.
01:45Il prétend qu'il pourrait y avoir des liens avec l'autisme.
01:47C'est une histoire qu'on entend depuis 40 ans, un papier qui a été depuis retiré du Lancet.
01:51Et Donald Trump l'a soutenu aussi.
01:52Et Donald Trump l'a soutenu.
01:53Alors, quand les politiques reprennent là-dessus ce type de thèse,
01:56ça instille en fait dans un groupe de la population qui s'interroge de façon assez légitime
02:00par rapport à tous ces vaccins.
02:02Est-ce qu'ils sont réellement sûrs ?
02:03C'est là où les dégâts peuvent avoir lieu.
02:06Il y a une frange très minoritaire de ce qu'on appelle les antivax
02:09qui, de toute façon, sont réfractaires à tout argument.
02:12Mais en revanche, c'est cette population des 20% de gens qui s'interrogent à juste titre,
02:18finalement, qu'on a peur que cette désinformation gagne du terrain
02:21et nous fasse perdre quelques points sur la couverture vaccinale.
02:23Mais qui porte l'idéologie antivax en France ?
02:26Est-ce qu'elle est incarnée par un courant particulier ?
02:29Alors, c'est un groupe qu'on a vu pendant la Covid,
02:34vraiment se révéler parce qu'effectivement,
02:36dans une crise sanitaire de cette ampleur, les enjeux étaient très importants.
02:40c'est plutôt du tendance populiste, complotiste.
02:48Donc, on y retrouve des populations,
02:52mais qui, une fois de plus, restent très minoritaires pour nous.
02:545% peut-être de la population française,
02:56et encore, ce chiffre me paraît élevé aujourd'hui.
02:59Et finalement, les thèses qu'ils propagent ne sont peu impactantes,
03:03tant qu'effectivement, comme je le disais,
03:05elles ne sont pas reprises par les politiques,
03:06et c'est là que les dégâts commencent.
03:07Parce que le principe de la vaccination même n'est pas compris, en fait.
03:12Alors, il y a des arguments scientifiques qu'on pourrait développer,
03:15mais qui restent quelquefois assez complexes,
03:18sur la façon avec laquelle le vaccin va induire une réponse immunitaire
03:23contre des virus, des bactéries, et nous protéger.
03:28Ce qu'il faut savoir, c'est que les vaccins sont évalués
03:30de façon extrêmement rigoureuse.
03:32Il y a d'abord des essais comparatifs,
03:36qu'on appelle randomisés,
03:38avec tirage au sort contre des placebos,
03:40pour voir si les gens vaccinés sont mieux protégés
03:42que ceux qui ont reçu un placebo,
03:44qui ne sont pas vaccinés,
03:45pour voir aussi s'il y a des effets indésirables
03:47qui sont associés au vaccin.
03:48Il peut y avoir des effets indésirables avec le vaccin.
03:51On a tous une petite rougeur pendant 2-3 jours.
03:53Il peut y avoir des effets plus graves à distance,
03:55mais tout ça est suivi d'extrêmement près.
03:57Il y a ensuite ce qu'on appelle une pharmacovigilance
03:59qui est mise en place à l'échelle du pays,
04:01et pas simplement de la France, à l'échelle mondiale,
04:03qui nous permet de recueillir des effets indésirables
04:05beaucoup plus rares, plus graves.
04:07Et puis là, on a des experts,
04:08en France c'est la Haute Autorité de Santé,
04:10qui se réunissent,
04:11qui reprennent toutes les données disponibles,
04:13et qui établissent ce qu'on appelle
04:14un rapport bénéfice-risque,
04:16qui, le plus souvent, est très en faveur du vaccin,
04:19et qui permet du coup de faire des recommandations
04:21qui sont d'ailleurs ciblées par catégorie d'âge.
04:23On ne va pas vacciner tout le monde contre tout,
04:25mais pour les catégories concernées,
04:27là on sait que le rapport bénéfice-risque est favorable,
04:29et une fois de plus,
04:30ces décisions qui sont prises,
04:31pesées par des groupes d'experts,
04:32et très réfléchies,
04:33et réétudiées chaque année,
04:35à la lumière des nouvelles données.
04:36Alors, il y a ceux qui peuvent se dire,
04:38après tout, pour moi, le vaccin, je n'en veux pas,
04:40les autres font ce qu'ils veulent,
04:41mais en fait, ça ne marche pas comme ça.
04:43Il faut qu'il y ait une majorité
04:45de la population qui se fasse vacciner
04:47pour que ça marche, c'est ça ?
04:48Alors, en fait, il y a deux objectifs.
04:50Il y a votre protection individuelle.
04:51Alors, vous pouvez effectivement vous dire,
04:53moi, je suis en très bonne santé, etc.
04:54Ce n'est pas forcément un bon calcul.
04:56Si vous êtes dans des cibles vaccinales,
04:58c'est qu'on pense que pour vous,
05:00dans votre catégorie d'âge,
05:01le vaccin va être utile,
05:02quelle que soit votre perception même
05:03de votre état de santé.
05:05Mais il y a en plus un effet collectif.
05:06C'est vrai que si on se vaccine très largement,
05:09à ce moment-là,
05:09on permet d'arrêter la circulation du virus
05:12dans une population,
05:13et on peut aller vers l'élimination
05:14de certaines maladies.
05:15On n'était pas très loin
05:16de l'élimination de la rougeole.
05:19Et c'est ça qu'on ne veut pas perdre.
05:21Il faut arriver à des couvertures vaccinales
05:22très élevées pour la rougeole
05:24parce que c'est un virus très contagieux.
05:27Mais si on atteint 95% des enfants
05:29de 2 ans, par exemple,
05:31là, on peut espérer l'éliminer.
05:32Donc, voilà, c'est des objectifs
05:34qu'on a à l'échelle du pays,
05:35mais également à l'échelle mondiale
05:37et qu'il faut soutenir par tous les moyens.
05:39À l'échelle mondiale,
05:40parce que s'il y a eu quelques cas
05:41de rougeole en France,
05:42aux Etats-Unis,
05:43il y en a eu des milliers.
05:44Alors, aux Etats-Unis,
05:45où effectivement, aujourd'hui,
05:47comme je le disais précédemment,
05:49on a eu des prises d'opposition
05:50de leur ministre de la Santé,
05:52Robert Kennedy,
05:55qui questionnait
05:55la sûreté du vaccin de la rougeole.
05:58On voit,
05:59ils ont la pire épidémie de rougeole
06:00depuis 30 ans.
06:01Ils ont pour la première fois
06:02des morts de la rougeole.
06:03Ils n'avaient pas eu ça depuis 20 ans.
06:04Donc, on voit très bien
06:05que dès qu'on relâche un peu la vigilance,
06:07on prend le risque de voir ces épidémies éclater.
06:10Pour une maladie comme la rougeole,
06:11c'est vraiment tellement dommage
06:13parce que là,
06:13on a un vaccin qui est très sûr
06:14et très efficace.
06:15Les Etats-Unis ont aussi coupé
06:16toutes les aides
06:17pour le développement
06:18des vaccins à ARN messager.
06:21Ça, c'est une folie.
06:22C'est vraiment un espoir majeur
06:24de la recherche,
06:24l'ARN messager ?
06:25Non, c'est très étonnant
06:26parce qu'à la limite,
06:27pendant le Trump 1,
06:29on avait eu...
06:30C'était un succès.
06:32Un milliard de dollars
06:33qui avaient été dédiés
06:34à la recherche pour les vaccins
06:35et notamment avec Moderna,
06:37l'ARN messager
06:37qui a permis quand même
06:38le vaccin Covid,
06:39c'est 20 millions de vies
06:41sauvées à l'échelle de la planète
06:42pendant la première année
06:43d'administration de ce vaccin.
06:44Donc, ça a très très bien marché.
06:45Et puis voilà que Trump 2,
06:47cette fois-ci,
06:48a décidé de retirer
06:49leur soutien à Moderna.
06:50J'avoue,
06:50c'est totalement incompréhensible.
06:52Le mois dernier,
06:52il y a eu un foyer
06:53de contamination
06:53de méningite
06:54en Angleterre,
06:56dans le Kent,
06:57à cause d'une contamination
06:58dans une discothèque.
06:59Il y a eu deux morts.
07:00Il y a eu près d'une trentaine de cas,
07:01dont un Français.
07:02Est-ce que le vaccin
07:03contre la méningite
07:04et la méningocoque
07:05est sous-utilisé ?
07:06Est-ce qu'on ne communique pas
07:07assez à destination
07:07des publics jeunes ?
07:09Alors, il a déjà été introduit
07:11dans une version élargie
07:12qui permet de couvrir
07:12un panel beaucoup plus large
07:14de sous-types
07:14chez les très jeunes,
07:17dans les deux premières années
07:19de la vie.
07:19Et puis, il faut faire un rappel
07:21à l'adolescence
07:22parce qu'effectivement,
07:23de façon assez particulière,
07:24c'est dans des collèges,
07:26dans des universités
07:27que se développent ces clusters
07:28sur la population
07:29des adolescents
07:30et jeunes adultes.
07:31Et chez eux,
07:31il faut effectivement
07:32faire ce rappel
07:33pour mieux se protéger
07:34contre le méningocoque.
07:35Il y a aussi
07:35l'autre vaccin
07:37qui concerne les jeunes,
07:38le vaccin contre le HPV,
07:39le papillomavirus.
07:41Il y a des pays
07:41comme l'Australie
07:42qui éradiquent le HPV.
07:44Ça, on peut le faire en France ?
07:45Alors, c'est un virus,
07:48le papillomavirus,
07:48qui est responsable
07:49des cancers du col de l'utérus.
07:51Et entre autres,
07:52il y a d'autres cancers.
07:54Et là, on a un vaccin
07:56qui est efficace,
07:57qu'il faut administrer
07:58aux jeunes gens,
07:59garçons et filles,
08:01avant les premiers rapports sexuels.
08:03Ça marche mieux
08:03si vous êtes vacciné
08:04avant les premières expositions
08:06puisque le papillomavirus
08:07se transmet par voie sexuelle.
08:08Et des pays comme l'Australie,
08:10la Suède,
08:10la Finlande,
08:11l'Angleterre
08:11ont réussi déjà
08:13à atteindre
08:13des couvertures vaccinales
08:14très élevées.
08:15Et en Australie,
08:16ils pensent pouvoir éliminer
08:17le cancer du col de l'utérus
08:19en 2035,
08:19ce qui serait encore
08:20un succès majeur.
08:21Et ça, c'est entre nos mains.
08:22On peut le faire aussi.
08:23Exactement.
08:24Merci beaucoup,
08:25Arnaud Fontanet.
08:26Et je rappelle donc
08:27cette tribune,
08:28ce cri d'alarme
08:29pour appeler donc
08:31les Français
08:32à ne pas bouder les vaccins
08:33parce qu'ils sauvent
08:34des vies,
08:34des millions de vies.
08:35Merci beaucoup.
08:36Dans un instant,
08:37on retrouve
08:37la petite bande
08:38d'RTL Soir.
08:39La Tentation du Soir
08:40fait revivre
08:40les dessins animés
08:41des années 80,
08:43Capitaine Flamme,
08:44Albator,
08:44Candy,
08:45grâce à un documentaire
08:46sur Gully.
08:47Et le petit phénomène,
08:48c'est un robot
08:48qui va aider
08:49les enfants malades
08:50à prendre leurs médicaments.
08:51Enfin, l'info
08:52qu'on a failli rater,
08:53c'est une arnaque
08:53au crématorium.
08:54On a tout de suite.
09:00Tous les jours,
09:01toute la journée,
09:04c'est R.
Commentaires