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  • il y a 2 jours
Invité du Journal Afrique sur TV5 Monde, Serge Bilé présente son ouvrage consacré à Johnny Hallyday. Il revient sur le contenu et les intentions de ce livre au titre provocateur, offrant un regard analytique et personnel sur l’artiste.

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Musique
Transcription
00:00C'est une histoire complètement occultée, ignorée même et pourtant, les années yéyées ont marqué toute une génération en Afrique
00:11francophone et Serge Billet en a fait un livre.
00:14Bonsoir Serge.
00:15Bonsoir Nadia.
00:16Johnny Hallyday répète « Si t'as des couilles », titre très provocateur, des mots balancés par Johnny Hallyday en
00:221966 à un animateur de la RTI, la télévision nationale ivoirienne,
00:28avant que votre père, Marcel Billet, l'une des vedettes de la RTI, l'interview, racontez-nous.
00:35Disons qu'en 1966, Johnny fait sa première tournée subsaharienne à l'époque en Côte d'Ivoire comme dans les
00:40autres pays africains francophones.
00:42C'est la ferveur des années yéyées avec les pattes d'ef, les chemises à fleurs cintrées, les cheveux défrisés,
00:47les mini-jupes pour les filles.
00:49Et donc mon père doit le recevoir dans son émission et il était prévu avec l'organisateur que Johnny allait
00:55interpréter une chanson sur le plateau.
00:57Sauf que lui n'a pas été prévenu. Donc quand il arrive à la télévision ivoirienne, un autre animateur qui
01:02travaille avec mon père,
01:02qui s'appelle George Benson, qui est très connu en Côte d'Ivoire, va le voir en lui demandant quel
01:06titre vous allez interpréter
01:07de façon à ce que je puisse préparer la bande son pour pouvoir donc faire ce playback.
01:12Johnny, qui n'était pas au courant, dit « Non, pas question, je ne chante pas ».
01:15Benson se fâche, il se tourne vers l'organisateur et lui dit « Vous êtes malhonnête ».
01:19Johnny le prend pour lui, il dit « Répète si t'as des couilles » et il est prêt à
01:22lui sauter dessus.
01:23Ils vont se battre lorsque des agents de la télévision ivoirienne viennent les séparer.
01:27Et finalement tout se passe bien. L'interview se passe très bien avec Marcel Billet.
01:31Donc première tournée de Johnny en Afrique subsaharienne, vous le disiez.
01:34Votre père est le premier à l'interviewer d'ailleurs.
01:37Parce qu'il en avait des fans, Johnny, à Abidjan, à Bamako, à Ouaga, à Braza, à Dakar, à Kinshasa.
01:43C'était de la folie vraiment. Partout où il passait, il remuait du monde et il faisait des concerts dans
01:49des salles de cinéma en Côte d'Ivoire,
01:50mais aussi dans des stades au Congo et dans d'autres pays.
01:54Et ça se passait toujours très bien d'une façon générale.
01:56Il y a eu des frictions aussi par endroits parce qu'il y a une de ces chansons qui est
02:00très très mal passée auprès d'un certain public africain.
02:03Pas tous. C'est la chanson « Noir, c'est noir » qui a été vécue comme une insulte par
02:07certains.
02:07Et si bien que ça lui a valu vraiment de grosses difficultés, une bronca au Congo, une expulsion à Ouagadougou
02:15où le gouvernement ne voulait pas de cette chanson. Et puis aussi dans d'autres endroits où il était...
02:18Alors que ce n'était pas du tout un titre raciste.
02:21Mais disons qu'à l'époque, on n'avait peut-être pas le même style de compréhension des choses comme
02:28aujourd'hui.
02:28Aujourd'hui, il y a des explications. Le texte quand il y a des chansons.
02:30Et puis il y a un niveau de culture qui est moins inégal.
02:34Et donc les gens avaient pris cette chanson-là comme une insulte parce qu'on sortait à peine de la
02:37colonisation.
02:38Certes, la jeunesse était amourachée des yéyés.
02:42Mais il y avait peut-être aussi encore quelques ressentiments.
02:44Et donc entendre « Noir, c'est noir ». Il n'y a plus d'espoir.
02:46Certains l'ont vécu comme une insulte.
02:48Alors il y a cette exclamation ivoirienne quand on dit « Joe ».
02:52En fait, c'est une contraction de Johnny Hallyday.
02:54Il y a des chercheurs en Côte d'Ivoire qui disent que cette exclamation est une contraction de Johnny Hallyday.
03:00Mais il faut savoir que le monde yéyé irriguait vraiment totalement les pays africains à l'époque.
03:05On l'a oublié, mais c'était le cas.
03:06En Côte d'Ivoire, par exemple, nous avons une équipe de football dont le surnom, ce sont les yéyés.
03:12Et ça venait de ça parce qu'au moment où le championnat a été créé,
03:15on allait chercher des jeunes qui étaient des yéyés pour pouvoir les embaucher dans cette équipe.
03:19Alors que les autres équipes de football prenaient plutôt des mécaniciens, des garagistes,
03:23en tout cas des gens qui étaient dans le monde du travail.
03:25Et cette équipe-là prenait des jeunes.
03:26Et c'est pour ça qu'on les appelait les yéyés.
03:28– Alors autre anecdote, Marie-Thérèse Oufo de Boigny, qui n'avait qu'un seul regret,
03:34c'est de ne pas avoir twisté par respect du protocole.
03:38– C'est une interview qu'elle donne à Paris Match où elle dit que son plus grand regret
03:42dans sa vie de première dame en Côte d'Ivoire, c'était de ne pas pouvoir esquisser
03:46quelques pas de danse et en l'occurrence le twist.
03:49Et il faut savoir qu'à cette époque-là, vraiment, la mode yéyé était partout.
03:52Un chanteur comme Manu Dibango, qui était d'abord chanteur avant d'être ce que l'on sait,
03:58il a commencé par du twist.
04:00Sa première chanson qui a fait son succès, c'était « Twist à l'Épauleville ».
04:04Un chanteur comme Alpha Blondie, qui était très jeune à l'époque, était un fan de Johnny Hallyday.
04:08Il chantait « Le pénitencier ».
04:09Et puis le chanteur que l'on connaît bien, le Seigneur Rochereau,
04:12qui est le père du rappeur Youssoupha, que l'on connaît aussi aujourd'hui,
04:15c'était un fan de Claude François, au point qu'il avait créé un groupe de danse
04:19qu'il avait baptisé un peu comme Claude François avec les Claudettes.
04:22Lui, c'était les Rocherettes.
04:23Donc c'était vraiment, cette question des yéyés était partout en Afrique.
04:27Et paradoxalement, au bout de 15 ans ou 30 ans, on a oublié tout ça.
04:30Alors vous le dites, Johnny Hallyday, c'est un état d'esprit,
04:34avec cette coupe de cheveux, les cheveux longs, défrisés, les femmes en mini-jupes.
04:40Aujourd'hui, c'est impensable d'avoir un tel mimétisme culturel,
04:44parce qu'on le sent, il y a ce rejet de toute cette culture française.
04:48Comment expliquez-vous cela ?
04:49Disons que c'était une époque, peut-être que c'était une étape de transition
04:52entre une colonisation, parce que la colonisation, ce n'était pas une partie de plaisir.
04:56On a coupé des têtes, on a rasé des villages, on a déporté des récalcitrants.
05:01C'était vraiment quelque chose de très dur.
05:02Et peut-être que dans cette transition entre la colonisation
05:05et peut-être une véritable indépendance,
05:08qui n'est peut-être pas toujours encore à l'ordre du jour,
05:09mais il y avait donc ce passage avec un espèce de mimétisme
05:13qui a continué à perdurer.
05:15Et naturellement, avec le temps, les gens ont fini par devenir eux-mêmes.
05:17Et l'exemple de ces chanteurs que je viens de citer,
05:20notre ami Manudi Bango, qui a fait du twist
05:23et qui après s'est lancé dans une véritable musique africaine,
05:26notamment le makossa,
05:27Alpha Blondi, qui a fait essentiellement du reggae,
05:32et puis le seigneur Rochereau, qui lui, fait de la rumba.
05:35Donc c'était peut-être une transition,
05:36et cette transition-là, après, s'est arrêtée.
05:38Et chacun a retrouvé un peu ses marques.
05:39Vous parlez de ce métissage musical à Bamako, par exemple,
05:43quand la musique mandingue se mélange au yéyé,
05:45ça donne le Mali-twist ?
05:47Oui, le Mali-twist, qui était aussi une chanson
05:48qu'on passait tous les matins au Mali.
05:51Ça durait un moment,
05:52parce que le pouvoir malien qui a fini par se durcir
05:56a fait en sorte qu'il y a eu à un moment donné
05:58un rejet du yéyé et une chasse au yéyé.
06:01Et donc, dans les textes maliens,
06:03on avait vraiment stipulé que, par exemple,
06:04lorsque des filles s'habillaient en minu-jupe,
06:06il y avait une brigade spéciale qui les déshabillait
06:08sur les places publiques.
06:09Quand les garçons s'habillaient en yéyé,
06:11on les attrapait, on les emmenait au poste de police,
06:13on les rasait, on leur rasait le crâne à sec.
06:15Il y a eu une chasse au yéyé.
06:15Il y a eu une chasse au yéyé, à un moment donné,
06:17parce que le Mali-twist était passé
06:19et qu'il fallait donc retrouver ses vraies valeurs.
06:22Et Johnny Hallyday a même été expulsé ?
06:24Il était expulsé, donc, que je le disais tout à l'heure,
06:26de Ouagadougou,
06:27à cause de cette chanson qui avait mis aux prises
06:29au sein du gouvernement de la Mizana.
06:32Il y avait deux clans.
06:33Il y avait le clan des ministres de l'Intérieur
06:35qui était favorable à ce que Johnny puisse jouer à Ouagadougou
06:37et le clan des ministres de l'Éducation nationale
06:39qui, lui, ne voulait pas.
06:40Et finalement, il était expulsé
06:41parce qu'on estimait que Noir, c'est Noir
06:43était une chanson qui insultait les Africains.
06:46Voilà quatre ans que Johnny Hallyday est décédé.
06:48Si vous n'avez pas écrit ce livre,
06:50le lien entre Johnny Hallyday et l'Afrique
06:54serait oublié à jamais ?
06:56Mon travail à moi, c'est un travail de découvreur,
06:59de défricheur.
06:59J'ai écrit des livres, on le sait,
07:01Noir dans les camps nazis
07:02pour parler de la déportation des Noirs,
07:04des Africains, des Antillais
07:05dans les camps de concentration
07:05pendant la Seconde Guerre mondiale.
07:07Le passager noir, le Titanic,
07:08le seul passager haïtien
07:09qui se trouvait à bord de ce paquebot.
07:11Yasuke, le premier samouraï noir.
07:13C'est mon travail.
07:14C'est le travail des journalistes.
07:15C'est le travail des historiens.
07:16On ne peut pas toujours attendre
07:18que ce soit les autres
07:18qui fassent le travail à notre place.
07:19Il faut que nous le fassions.
07:21Et moi, je me suis assigné cette mission.
07:23Merci Serge Billet d'être passé
07:26pour présenter votre tout dernier livre
07:28d'Union à l'idée.
07:29Répète, si t'as des couilles
07:30aux éditions Kofiba.
07:32Merci.
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