00:00On va accueillir le docteur Brigitte Millot comme tous les matins, la santé, tous les matins dans la matinale de
00:05CNews avec Corentin Alonso qui doit laisser sa place, mais Corentin qui ne connaît pas la procédure.
00:11Bonjour Corentin, il va falloir s'y faire.
00:14Quand Brigitte Millot arrive, on laisse sa place, celle-ci voilà, c'est la sienne. Ça va Brigitte ?
00:18Bien et vous ?
00:19Bon, on entend beaucoup et toujours parler du cancer du sein, cancer de la prostate, du colon et du pancréas,
00:27mais rarement du cancer du cœur.
00:29J'avoue qu'effectivement, avant que vous nous en parliez et qu'on prépare cette chronique, j'en avais jamais
00:34entendu parler.
00:36Pourquoi ? Est-ce qu'il y en a un ou pas ? Un cancer du cœur ?
00:38Alors déjà, on va voir, il y a des tumeurs dans le cœur qui ne sont pas malignes, il en
00:43existe, ça s'appelle des myxomes, et après, il y a très peu de cancers du cœur.
00:49Ça fait partie de la famille des sarcomes, ils sont extrêmement rares.
00:52Il y a aussi des métastases, c'est-à-dire lorsqu'un cancer d'un autre tissu, poumon, autre tissu,
01:00va envoyer des petits morceaux de cellules cancéreuses,
01:03il peut y avoir des métastases d'un autre cancer qui arrivent dans le cœur.
01:08Mais là aussi, extrêmement rarement, par rapport aux autres tissus, on peut avoir des métastases dans le cerveau, dans le
01:13foie, dans les os, absolument partout.
01:15Dans le cœur, même les métastases, il y en a rarement.
01:18Alors, qu'est-ce qui peut expliquer ça ?
01:20Vous savez que toutes nos cellules ont une durée de vie qui est programmée.
01:23Les cellules de la peau, c'est 21 jours, c'est pour ça que le bon âge ne dure pas
01:27si longtemps.
01:28Les cellules de l'estomac, c'est quelques jours.
01:31Les globules rouges dans le sang, c'est 120 jours.
01:34Et les cellules du cœur, elles ont une durée de vie, elles ne se renouvellent pas, si vous voulez.
01:38Elles ont une durée de vie quasiment de votre âge, contrairement à d'autres cellules, de votre âge, de l
01:44'âge de chacun.
01:46Donc, voilà, c'est un peu comme les neurones, c'est la durée de vie du propriétaire.
01:51Et donc, on sait aussi que parmi les facteurs de risque de cancérisation, c'est la multiplication des cellules.
01:58Et c'est normal, plus vous vous multipliez, plus vous avez de risque de faire des erreurs, donc de devenir
02:04cancéreuse.
02:05Ça, c'est une chose établie.
02:07Et là, comme elles ne se multiplient pas, donc très peu de risques, première raison, très peu de risques.
02:11Ensuite, elles sont très spécialisées, les cellules cardiaques.
02:13C'est les cardiomyocytes.
02:15En fait, elles ont une fonction, c'est se contracter, se contracter, se contracter.
02:20Et donc, des cellules qui sont comme ça, ultra spécialisées, ont aussi peu de risques de se transformer et de
02:27devenir cancéreuses.
02:28Ensuite, on est dans un environnement où il y a du sang qui passe, où ça bat comme ça régulièrement.
02:34Donc, avant de s'accrocher pour rester là, pour faire, par exemple, les métastases ou autre, c'est pas évident
02:40non plus.
02:40Mais surtout, il y a eu l'apparition dans la revue Science, il y a trois jours, des chercheurs se
02:48sont dit,
02:48mais est-ce que c'est suffisant comme raison pour justifier la rareté de ces cancers du cœur ?
02:54Et ils ont fait des expériences, ils ont pris des souris et ils ont greffé sur ces souris un autre
03:01cœur au niveau du cou.
03:03Mais un cœur qui a toutes les fonctions d'un cœur, sauf qu'il ne bat pas vraiment.
03:08OK ?
03:08Et ensuite, ils ont injecté des cellules cancéreuses et dans le cœur greffé au niveau du cou et dans le
03:16cœur de la souris.
03:17Et là, ils sont aperçus que le cancer se développait au niveau du cœur battant, pardon, le cancer se développait
03:26au niveau du cœur greffé,
03:27mais le cancer ne se développait pas au niveau du cœur battant.
03:32Et là, ils se sont dit, mais c'est pas possible quand même.
03:34Pourquoi ? Alors que l'autre, il y a les mêmes cellules, les mêmes choses et tout.
03:38Pourquoi ? Donc ce seraient vraiment les battements qui changeraient le truc.
03:41Et là, ils ont cherché, je vous passe les détails, ça dure des années, il y a beaucoup de brènes
03:45là-dedans.
03:47Et ils ont trouvé qu'en fait, il y avait une protéine qui est là et qui va agir, si
03:53vous voulez, avec les battements, comme ça,
03:56en allant autour du noyau et en protégeant, si vous voulez, le noyau et en empêchant la cancérisation.
04:03Vous savez, le cancer, ça se passe d'abord à l'intérieur du noyau avec l'ADN, tout ça.
04:08Et donc, en protégeant tout ça, c'est la pression des battements qui ferait agir cette protéine, la Nesprin 2,
04:14et qui protégerait.
04:16Et tout ça, c'est important, parce que si on arrive à trouver les moyens,
04:22alors c'est important pour le cœur de savoir que c'est aussi une des raisons qui fait la rareté
04:27des cancers du cœur.
04:27Ça, c'est déjà très important. Mais c'est surtout important pour ouvrir la voie à d'autres traitements,
04:34pour traiter d'autres cancers, si on arrive à trouver des moyens qui évitent.
04:39Après, attention, je vous rassure, malheureusement, OK, le cœur, très peu de cancers,
04:44mais en revanche, beaucoup de maladies cardiaques, entre l'insuffisance cardiaque,
04:48entre les myocardites, les péricardites, 120 000 infarctus par an, il y a d'autres maladies.
04:54Mais voilà pourquoi on entend si peu parler et pourquoi ce cancer du cœur est si rare.
04:59Merci beaucoup, Brigitte.
Commentaires