00:00Plus sérieusement, Mathieu, merci d'être avec nous pour le pessimiste joyeux en entretien avec Laurent Dandrieu.
00:07Pourquoi cet entretien ? C'est la première fois que vous faites un entretien croisé comme ça ?
00:11N'en prenons pas l'habitude, mais normalement j'essaie d'écrire des livres sur un sujet particulier,
00:17en cherchant à éclairer l'époque.
00:19Laurent Dandrieu m'a proposé de faire ce livre d'entretien.
00:22On n'étant pas l'homme le plus doué pour l'étrospection, j'ai d'abord dit non avant de
00:26redire non,
00:26avant de dire oui finalement, probablement par vanité, mais finalement c'était l'occasion,
00:31je l'ai traité comme ça, de faire presque un petit cours d'introduction au Québec pour les Français
00:36à travers un petit bout de vie et surtout ensuite des réflexions sur notre temps.
00:41Donc Laurent m'a proposé ça à la manière de rapport d'étape dans ma vie intellectuelle.
00:45J'ai accepté et c'est à vous de savoir ce que ça vous fait.
00:47Et c'est l'improme, bien évidemment, mais je ne veux pas aller sur le terrain si c'est bien
00:50ou pas,
00:50parce qu'à chaque fois c'est passionnant de vous lire, cher Mathieu Bocoté.
00:53Et en revanche, ce qui est intéressant, c'est l'idée de la transmission,
00:56l'idée de ce qu'il y a au plus profond de vous, ce désir quasi charnel de parler de
01:02cette histoire.
01:04Dans un monde normal, je serai un professeur.
01:06C'est-à-dire que dans un monde normal, je serai un professeur quelque part,
01:09qui est en ce moment soit un prof de philo, soit un prof d'histoire.
01:11Or les circonstances font la sorte que quelquefois il y a des époques qui nous attirent dans la vie publique
01:15ou des époques qui nous laisseraient tranquilles.
01:17Or le fait est qu'on est dans une époque et chacun à partir de la situation qui est la
01:20nôtre,
01:20de mon côté c'est le Québec, en France c'est d'autres choses évidemment.
01:24Donc dans un monde où le Québec serait déjà un pays indépendant,
01:26où l'Occident ne serait pas ni submergé ni au seuil de l'effondrement,
01:30je serai un professeur tranquille d'histoire romaine ou de philosophie politique.
01:33Les circonstances en ont voulu autrement, je me suis mêlé de la vie publique assez jeune.
01:36Et le fait est que comme bien les Québécois, avec une fascination, admiration pour la France,
01:42nous voyons la France, nous sommes de ceux qui voyons la France comme souvent la mère patrie,
01:46on disait autrefois, le pays de nos ancêtres, c'est tout aussi vrai.
01:49Donc ce qui fait qu'un moment donné je vais commencer à me mêler de vos affaires.
01:51La question que je me pose, et vous avez bien fait de vous mêler de vos affaires.
01:56Mathieu Bocoté, les ravages de l'immigration.
02:01On peut vous retrouver notamment ce soir et tous les samedis soirs entre 19h et 20h bien sûr pour face
02:05à Mathieu Bocoté.
02:06Cher Mathieu, est-ce que ce serait fou de faire un lien entre ce que vous dites dans ce livre
02:11et le sujet que nous étions en train de traiter sur les vitraux, cette inquiétude qu'ont certains conservateurs,
02:17de dire mais attendez, mais pourquoi cette volonté à chaque fois d'aller sur le terrain d'une sorte de
02:22modernité
02:23qui oublie notre histoire ou qui oublie ou peut oublier notre tradition ?
02:27Je pense qu'il y a deux choses là-dedans.
02:28Il y a une époque aujourd'hui qui est marquée par une esthétique de la laideur.
02:31C'est une esthétique de la déconstruction.
02:33C'est une volonté de... Il y a une telle arrogance du contemporain qui veut s'affranchir du passé.
02:38C'est-à-dire le passé, finalement, ce sont des vieilleries accumulées
02:40et dès lors, l'homme contemporain veut tout refonder, tout repartir à zéro.
02:44Et c'est le sentiment de toute puissance du contemporain qui regarde Notre-Dame
02:47et qui dit Notre-Dame serait incomplet si je n'y ajoutais pas ma marque.
02:51Premier élément.
02:52Ensuite, je pense qu'effectivement, le sens de la transmission s'est perdu.
02:54Ce qui fait que Charlotte avait raison de le dire.
02:56On va voir Notre-Dame, on dit mais quel beau musée.
02:59On rentre dans une église, on dit mais c'est bien fait, ça sert à quoi.
03:01Et je pense que l'homme contemporain est souvent étranger à l'environnement qu'il habite.
03:07Il ne sait pas exactement dans quel monde il habite,
03:08donc il ne connaît ni l'arrière-fond littéraire, philosophique, symbolique, culturel, religieux.
03:13Et dès lors, il est étranger en son propre pays
03:15et pas seulement pour les raisons que nous mentionnons souvent.
03:18Je pense que de ce point de vue, la déculturation est un autre visage du déracinement.
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