- il y a 4 mois
Bruno Tertrais, directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique, était l'invité du Face à face sur RMC et BFMTV ce vendredi 24 avril.
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00:00Il est 8h29 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV. Bonjour Bruno Tertré.
00:04Bonjour.
00:04Merci d'être avec moi ce matin pour répondre à mes questions.
00:07On a bien besoin de vos lumières pour essayer de comprendre.
00:09On a l'impression de vivre au jour le jour chaque dernier événement
00:13et d'avoir un peu du mal à s'extraire aussi justement de ce jour le jour
00:16pour comprendre qui a l'avantage et combien de temps est-ce que ça peut durer.
00:20Vous êtes le directeur adjoint de la Fondation pour la Recherche Stratégique.
00:23Votre dernier livre qui était paru en 2025, c'était justement la question israélienne
00:27aux éditions de l'Observatoire.
00:27Vous aviez aussi écrit sur la future guerre qui serait la guerre en Iran.
00:31On est dedans.
00:33Cette nuit d'abord, effectivement parce qu'on veut aussi comprendre ce qu'il se joue,
00:37ces explosions, ces images d'explosion dans le ciel au-dessus de Téhéran,
00:42des images semble-t-il de défense aérienne,
00:45sauf qu'Israël et les Etats-Unis disent on n'a rien à voir,
00:48nous n'avons rien à envoyer cette nuit au-dessus du ciel de Téhéran.
00:51Qu'est-ce que ça peut bien être ?
00:52Écoutez, il est tout à fait possible effectivement
00:54que ce soit des défenses anti-aériennes
00:58qui aient été déclenchées par crainte d'une attaque,
01:01que ce soit une fausse attaque ou quelque chose d'autre.
01:03Je serais très étonné que les Israéliens ou les Américains
01:08aient procédé à des attaques qu'on appelle des attaques cinétiques,
01:11c'est-à-dire des attaques aériennes,
01:13alors que le cessez-le-feu est censé être respecté
01:16et qu'ils disent non, non, c'est pas nous, je serais surpris.
01:18Je ne peux pas vous en dire plus.
01:20Ça veut donc dire que potentiellement, c'est quoi ?
01:23C'est un bluff iranien ?
01:26Je ne sais pas.
01:26Pour tester leur propre défense aérienne.
01:28Est-ce qu'ils en ont encore d'abord des défenses anti-aériennes ?
01:30Je pense qu'ils en ont encore,
01:31mais cela peut être aussi un drone
01:34ou ce qu'on pense être un drone.
01:36Franchement, je ne peux pas vous en dire plus.
01:37Effectivement, on sent qu'il y a aussi une sorte de guerre de l'image,
01:40de part et d'autre.
01:41Chaque jour, on reçoit des nouvelles images
01:44qui sont envoyées de l'un ou de l'autre,
01:45y compris de ces abordages de bateaux.
01:48Au moment où l'on se parle, qui a l'avantage ?
01:51Alors, ça dépend si on se place du point de vue militaire
01:53ou du point de vue politique,
01:54mais je vais vous dire, le plus important à mon sens,
01:56c'est que je suis absolument persuadé
01:58que les deux parties sont elles-mêmes persuadées d'avoir l'avantage.
02:02Et c'est une des raisons pour lesquelles
02:04mettre un terme à tout cela est extrêmement difficile.
02:06Lorsque vous êtes persuadé que vous avez l'avantage,
02:09mais que l'autre partie est persuadée qu'elle a l'avantage également,
02:12lorsque vous êtes persuadé que l'adversaire va s'épuiser le premier
02:17et que l'autre, l'adversaire, est aussi persuadé que c'est vous
02:21qui allez vous épuiser le premier...
02:23Donc on est aussi dans cette guerre de l'image, de la communication ?
02:26Mais ça, c'est autre chose.
02:26Non, je ne pense pas que ça a à voir avec la guerre de l'image.
02:29Je pense que les deux parties sont sincèrement persuadées,
02:31chacune de son côté, qu'elle a l'avantage.
02:34Qu'il y ait une guerre de l'image, de la communication par-dessus,
02:36évidemment, mais c'est le lot de tous les conflits modernes.
02:38Quels sont les avantages sur lesquels peut s'appuyer l'Iran
02:40ou les faits sur lesquels l'Iran pourrait s'appuyer pour se dire
02:43« Allez, on tient, on a l'avantage »
02:45et quels seraient les faits ou, je ne sais pas, le nombre de missiles,
02:49l'organisation, la stratégie, la tactique
02:51qui pourraient permettre à Donald Trump de penser que c'est lui qui a l'avantage ?
02:53Alors, ce n'est pas forcément en termes de nombre de missiles.
02:56Ça se joue dans la tête.
02:58Et du côté iranien, qu'est-ce que vous voyez ?
03:00Vous voyez que cela fait bientôt deux mois
03:02que l'Amérique est engluée dans un conflit qu'elle a choisi
03:05et qu'elle pensait régler un petit peu à la manière de Vladimir Poutine.
03:08D'ailleurs, on peut faire des parallèles intéressants entre les deux conflits.
03:12Et elle voit une Amérique qui est engluée,
03:15qui n'a pas atteint ses objectifs.
03:17Elle voit que, elle, la partie iranienne, elle tient.
03:20Non seulement elle tient, mais quelque part, elle se consolide aussi.
03:23Ou en tout cas, en apparence,
03:24le pouvoir au sens politique ou militaire du terme
03:27non seulement ne s'est pas effondré,
03:29mais tend plutôt à se renforcer.
03:31Elle voit aussi les dommages pour l'économie mondiale,
03:34y compris pour l'économie américaine.
03:36Donc l'Iran se dit, moi, je suis plutôt dans une bonne position.
03:39En tout cas, je suis persuadé qu'un certain nombre de personnes
03:42dans le leadership iranien voient la situation comme cela.
03:45Les deux sont-ils aussi déterminés ?
03:47Puisque vous disiez que c'est aussi ça.
03:48Oui, c'est aussi cela.
03:49Parce que la guerre, c'est une affaire de volonté.
03:51Et ça se joue souvent à qui craquera le premier.
03:54Moi, je dis souvent que dans ces conflits qui durent,
03:56c'est souvent non plus une épreuve de force,
03:58mais une épreuve de faiblesse.
03:59À savoir, quelle est la partie qui va craquer la première ?
04:04Du côté américain, vous savez,
04:06Trump, avec son mode de fonctionnement très particulier,
04:09est probablement lui aussi sincèrement persuadé
04:11qu'il est à l'ascendant,
04:12que c'est simplement une question de jour, de semaine,
04:15que de toute façon, le régime va forcément craquer
04:18à un moment ou à un autre.
04:19Je ne dis pas que c'est forcément ce qu'on pense,
04:22j'allais dire, dans toutes les composantes du pouvoir américain.
04:25Ce n'est pas forcément ce qu'on pense au département d'État
04:27ou ce qu'il en reste, ou au Pentagone.
04:28Mais en tout cas, Trump et ceux qui l'entourent
04:31sont probablement persuadés, eux aussi,
04:33qu'ils ont l'ascendant et que le régime va craquer.
04:35La question de ce régime,
04:36on apprend ou on a davantage de détails
04:39sur l'État dans lequel serait le nouveau guide suprême,
04:43semble-t-il extrêmement affaibli et blessé,
04:46au minimum, s'il est encore conscient.
04:49Qui dirige l'Iran aujourd'hui ?
04:50On va dire que c'est une caste,
04:52une caste essentiellement militaire, mais pas seulement.
04:55Et que, comme c'était tout à fait prévisible et prévu,
04:57un certain nombre d'entre nous l'avaient écrit d'ailleurs,
04:59qu'en cas d'attaque majeure contre l'Iran,
05:02les gardiens de la révolution
05:04prendraient naturellement l'assentiment sur le reste.
05:06Mais en tout état de compte,
05:07moi je ne connais pas l'état de santé du guide suprême,
05:09mais ce qui est certain,
05:10c'est qu'il n'y a pas ou qu'il n'y a plus
05:12de personnes d'arbitre suprême.
05:15La fonction d'arbitre suprême,
05:17c'était celle du père du guide actuel,
05:20qui lui était respecté
05:21et jouait justement ce rôle d'arbitre
05:23entre les différentes composantes du pouvoir iranien.
05:25Si je vous entends bien,
05:26il est officiellement guide suprême,
05:27mais dans les faits, il est guide,
05:28mais pas vraiment suprême.
05:29Oui, c'est une très bonne formule.
05:31Mais j'irai plus loin.
05:32Une des raisons pour lesquelles
05:33tout ceci dure longtemps,
05:34et malheureusement, à mon sens,
05:36va encore durer,
05:37c'est qu'à la fois du côté iranien,
05:39mais aussi du côté américain,
05:41les systèmes de décision
05:42sont complètement dysfonctionnels.
05:43Ils ne fonctionnent,
05:44ils ne marchent plus,
05:45comme ça marchait avant.
05:46En Iran, on vient d'en parler,
05:47il n'y a plus l'arbitre suprême
05:49qui pouvait permettre
05:50de prendre des décisions
05:51relativement rapidement,
05:52ou en tout cas,
05:52lorsqu'elles étaient prises,
05:53elles étaient appliquées par le système.
05:56Et du côté américain,
05:57c'est dysfonctionnel
05:57pour des raisons complètement différentes.
05:59Mais vous voyez bien que...
06:00C'est que la décision à 11h
06:01n'est pas forcément celle de 11h15.
06:03Exactement.
06:03Donc le fait que des deux côtés,
06:05la décision soit,
06:06le processus de décision soit dysfonctionnel,
06:08ne contribue pas
06:09à ce qu'on puisse raisonnablement
06:11arriver à des points d'équilibre,
06:13au moins pour un cessez le feu durable.
06:15Et si ce n'est,
06:16évidemment, encore moins
06:16pour un apaisement du conflit.
06:19Avec évidemment des conséquences aussi
06:20sur la capacité ou non à négocier,
06:22c'est-à-dire à prendre des décisions,
06:24à les faire ensuite appliquer
06:25dans la durée.
06:27Mais encore un mot
06:28sur la nature du régime.
06:29Si je vous entends bien,
06:30au fond, il y a eu une sorte
06:33de vase communiquant
06:34entre un régime qui d'abord
06:35était religieux
06:36vers un régime qui aujourd'hui,
06:38dans les faits,
06:38est plus militaire.
06:39Oui, mais ça date déjà
06:40d'il y a une bonne dizaine d'années.
06:41On a vu l'évolution de ce régime.
06:43J'allais dire se militariser
06:45de plus en plus
06:46depuis déjà une bonne dizaine d'années.
06:48Les gardiens de la révolution,
06:49ils sont non seulement importants
06:51sur le plan militaire,
06:52ils sont aussi importants
06:53sur le plan économique.
06:54Ils ont pris une place
06:55dans l'économie du pays.
06:57Un petit peu d'ailleurs,
06:58parce que moi,
06:58j'aime bien faire des analogies,
06:59un petit peu d'ailleurs,
07:00comme l'armée populaire
07:01de libération en Chine
07:02a été devenue centrale
07:04dans la manière dont l'économie
07:05fonctionnait
07:06dans les années 2010.
07:07Et moins sur la politique
07:08dans ces cas-là
07:09que sur effectivement
07:10la répression,
07:11la sécurité.
07:12Est-ce que ça a un impact
07:13aussi pour la population iranienne ?
07:15Ou est-ce que de toute façon,
07:16c'était déjà l'horreur
07:16et ça va continuer à l'être ?
07:17Malheureusement,
07:18je crains que la population iranienne,
07:20pour l'instant,
07:21elle se terre.
07:22Elle n'est pas en capacité
07:23de se révolter,
07:25contrairement à ce qu'espéraient
07:26sans doute les Israéliens,
07:28notamment.
07:29Et ce n'est pas qu'elle compte les points,
07:30ça serait un petit peu léger
07:31de dire cela,
07:32mais elle n'est pas en capacité
07:34de jouer un rôle majeur aujourd'hui.
07:36Lorsque l'apaisement viendra,
07:37parce qu'il viendra tout de même un jour,
07:39comment est-ce qu'elle en ressortira ?
07:41Est-ce qu'elle voudra d'abord survivre ?
07:42Oui.
07:43Est-ce qu'elle voudra ensuite se révolter ?
07:45Ce n'est pas totalement certain.
07:46Encore une fois,
07:46quand vous êtes dans ce type de situation,
07:48votre première priorité,
07:49c'est la survie.
07:50Bruno Tertré,
07:51vous disiez tout à l'heure
07:51« je pense que ça va durer ».
07:53Qu'est-ce que vous voulez dire ?
07:55Encore une fois,
07:55que les deux parties
07:57n'ont pas la sensation,
08:00le sentiment
08:01d'être en situation d'infériorité.
08:04Et par ailleurs,
08:06que les lignes rouges
08:07exprimées en tout cas
08:09publiquement
08:09lors des fameuses négociations,
08:11en tout cas des discussions
08:12d'Islamabad
08:13il y a quelques jours,
08:16il y a deux semaines,
08:18eh bien,
08:18les lignes rouges
08:18sont tellement éloignées
08:20des deux côtés
08:21qu'on ne voit pas
08:22le point,
08:23le moment
08:23où ça pourrait se rencontrer,
08:25où il pourrait y avoir
08:25un minimum de compromis.
08:27Autrement dit,
08:28je ne vois pas aujourd'hui
08:30le point d'équilibre possible
08:31pour une sortie de crise.
08:33Bruno Tertré,
08:34il y a quand même
08:34une sorte de deadline,
08:36si elle n'est pas
08:37effectivement donnée
08:39par les différents
08:40protagonistes eux-mêmes,
08:41elle est peut-être donnée
08:41aussi par l'économie.
08:43Pendant ce temps-là,
08:44le pétrole ne sort pas
08:45du détroit d'Hormuz.
08:46Et tout le reste
08:47ne sort pas non plus.
08:48Et tout le reste non plus,
08:48c'est-à-dire effectivement,
08:50et n'y rentre non plus.
08:52Ça veut dire que c'est quand même
08:53extrêmement compliqué
08:54aussi pour les pays
08:54qui sont de l'autre côté
08:55de l'Iran,
08:56c'est-à-dire notamment
08:56les pays du Golfe,
08:57je voudrais qu'on puisse
08:57en dire un mot,
08:58parce qu'on a quand même
08:58l'impression presque
08:59que là, désormais,
09:00ils sont comme rayés
09:01de cette carte stratégique.
09:03D'abord sur la question
09:04du pétrole iranien,
09:05ce blocus du blocage,
09:08le blocus global
09:08imposé par les Etats-Unis,
09:10est-ce qu'il est efficace ?
09:12On parle d'une vingtaine
09:14de jours qui restent à l'Iran
09:15avant de, de toute façon,
09:17se retrouver avec une incapacité
09:18à stocker son propre pétrole
09:19et donc à être complètement bloquée.
09:21Est-ce que vous avez
09:21la même analyse ?
09:22Alors, un rappel,
09:23quand même,
09:24vous pouvez quand même
09:25sortir d'Iran
09:27si vous restez
09:27dans les eaux territoriales
09:29iraniennes,
09:30tout près de la côte,
09:31et aller jusqu'au Pakistan
09:32qui est plutôt un pays
09:33qui a des relations cordiales
09:35avec l'Iran.
09:37Ça, ça ne fait pas partie
09:38du blocus.
09:39Moi, je ne sais pas
09:40quel est le point de rupture
09:41des Iraniens.
09:42Ce que je sais en revanche,
09:43c'est que les Américains
09:44ont sous-estimé
09:45la capacité de résistance,
09:47de résilience de l'Iran.
09:48Maintenant,
09:49si vous en venez
09:49à la question des deadlines
09:51et des dates butoirs,
09:52pour moi,
09:53il y en a au moins deux,
09:53tout de même.
09:54La première,
09:55c'est le 2 mai,
09:57lorsque, théoriquement,
09:59Donald Trump
09:59devrait avoir
10:00l'accord du Congrès
10:01pour continuer
10:02l'opération militaire.
10:03C'est les 60 jours.
10:04Voilà,
10:04on en sera à 60 jours.
10:06Et ça,
10:07vu que dans le camp républicain,
10:09ça commence
10:09à râler un petit peu,
10:11eh bien,
10:11il n'est pas impossible
10:12que ça ait des effets politiques
10:14à l'intérieur
10:14et que donc,
10:15autour de Donald Trump,
10:16on finisse par lui dire,
10:17vous savez,
10:17M. le Président,
10:19ça serait quand même pas mal
10:20de s'arrêter
10:21ou au moins
10:21d'avoir un cessez-le-feu durable.
10:23Ensuite,
10:24à partir de la semaine prochaine,
10:25puisque vous parliez
10:26de l'économie mondiale
10:27et vous avez raison
10:28de dire qu'il n'y a pas seulement
10:29le pétrole,
10:30eh bien,
10:31en gros,
10:31c'est à peu près le moment
10:32où c'est la dernière semaine
10:36où il est possible
10:37de faire sortir du Golfe
10:39tous les produits
10:39qui vont être nécessaires
10:40à la fabrication
10:41des engrais
10:42pour l'agriculture
10:43des pays d'Asie du Sud.
10:45Et c'est une question de saison ?
10:46En gros,
10:47c'est la nature.
10:48Si vous plantez trop tard,
10:49c'est trop tard.
10:50Or,
10:50en Afrique,
10:51en Asie du Sud
10:52et ailleurs,
10:52on attend effectivement
10:54que ces produits
10:55puissent sortir
10:55pour que les engrais
10:56puissent être fabriqués
10:57pour qu'on puisse planter
10:58assez facilement.
10:59À mon avis,
11:00Donald Trump s'en fiche totalement.
11:02Mais ce n'est pas totalement anodin
11:04pour ce que ça va dire
11:06sur le...
11:07Pour l'instant,
11:07on parlait plus du pétrole,
11:08mais là,
11:09c'est le reste aussi
11:10qui aura un impact
11:10très important et durable.
11:12Oui,
11:12et puis il y a aussi,
11:13on n'en parle pas assez,
11:14il y a aussi l'hélium.
11:15L'hélium qui sort du Golfe,
11:16c'est fondamental
11:17pour la production
11:18des semi-conducteurs
11:20qui font marcher à peu près...
11:21Tout ce qu'il y a
11:22dans nos produits,
11:23dans nos machines,
11:24dans nos voitures.
11:25Absolument partout.
11:26Donc,
11:26plus le temps passe,
11:28j'allais dire,
11:28plus les conséquences
11:29non pétrolières
11:30sont aussi importantes,
11:32voire plus importantes
11:33pour l'économie mondiale.
11:34Je voudrais quand même
11:34vous reposer une question
11:35sur ces bateaux
11:35qui peuvent quand même
11:36longer la côte iranienne.
11:38Parce qu'au fond,
11:39c'est quand même
11:39une faille dans le blocus.
11:41Il y a une trentaine
11:42de bateaux
11:43qui seraient quand même
11:43sortis de l'Iran
11:46en longeant les côtes ?
11:48Écoutez,
11:48le non,
11:48je n'en sais rien.
11:49Je sais que c'est
11:50techniquement possible
11:50que certains bateaux
11:51en ont profité,
11:52mais l'essentiel n'est pas là.
11:53L'essentiel,
11:54c'est que le trafic
11:56est très,
11:56très, très loin.
11:58Très ralenti
11:59par rapport à ce qu'il était
12:00avant, évidemment.
12:01Et la question des mines,
12:03Donald Trump qui hier
12:04a dit qu'il fallait
12:05accélérer la recherche
12:06de ces mines.
12:08Concrètement,
12:08est-ce qu'on a
12:10la moindre idée
12:11de la réalité
12:12de ces mines ?
12:13Combien ?
12:13Comment ?
12:14À quel endroit ?
12:15Et donc d'une accélération
12:16de ce déminage ?
12:17L'accélération du déminage,
12:19il n'est certainement pas là.
12:20Elle n'est certainement pas là.
12:21En revanche,
12:21ce qui est à peu près certain,
12:22c'est que la partie sud
12:24du détroit d'Hormuz,
12:25c'est-à-dire la partie
12:26qui est dans les eaux
12:27omanaises,
12:28dans les eaux
12:28territoriales omanaises,
12:29et la partie dans laquelle
12:30il y a les chenots
12:31de passage traditionnel
12:33des navires
12:35qui sortent
12:35du golfe Persique,
12:37c'est cette partie-là
12:38qui est minée,
12:38forçant les bateaux
12:39à aller vers la partie nord
12:40et donc vers les eaux
12:43iraniennes
12:43qui sont plus faciles,
12:45bien sûr,
12:45à contrôler
12:46par les Iraniens.
12:47Les capacités
12:48de déminage américaines
12:49de toute façon
12:50sont très limitées
12:51et lorsque les Américains
12:52disent
12:52nous avons besoin
12:53de vous Européens,
12:55ce n'est pas simplement
12:56j'allais dire
12:57du théâtre,
12:59c'est aussi parce que
12:59certains pays européens,
13:00y compris des petits pays,
13:01par exemple l'Estonie,
13:03pour des raisons compréhensibles,
13:04c'est-à-dire voisins
13:05qui donnent sur la mer Baltique,
13:07il y a des pays européens
13:08qui ont des capacités
13:09de déminage
13:09très importantes.
13:10Mais attention,
13:11les Européens
13:12n'iront pas,
13:13tant qu'il n'y aura pas
13:13un cessez-le-feu durable
13:14et contrôlé,
13:15n'iront pas aider
13:16à la circulation
13:17dans les Trois-Normouss.
13:18Il faudrait d'abord
13:19qu'il y ait eu ce cessez-le-feu.
13:20On va parler du Liban,
13:20bien sûr,
13:21mais je voudrais qu'on dise
13:21un mot de ces pays
13:22qui sont de l'autre côté,
13:24dont on parlait beaucoup
13:24au début parce qu'ils étaient
13:25notamment ciblés
13:27par l'Iran,
13:28l'Arabie Saoudite,
13:29les Émirats Arabes,
13:30donc Dubaï,
13:31Oman.
13:32L'Iran qui continue
13:34quand même à dire
13:34que si les hostilités
13:36reprenaient de manière
13:38effective,
13:39leur cible,
13:40ce serait moins Israël
13:42que ces pays-là
13:43et le pétrole
13:44de ces pays-là.
13:45Ils sont dans quel état d'esprit
13:46aujourd'hui ces pays-là ?
13:47Ils se retrouvent
13:47entre deux feux ?
13:48Alors,
13:48ils sont entre deux feux,
13:49bien sûr,
13:50mais ça dépend des pays.
13:51Il y a des pays qui disent
13:53maintenant l'Iran
13:54nous a trop posé de problèmes
13:55et c'est un euphémisme,
13:57il faut en finir
13:58avec ce régime.
13:59C'est par exemple
13:59le cas des Émirats Arabes Unis
14:00avec lequel d'ailleurs
14:01Israël a plutôt
14:02des bonnes relations.
14:03Du côté de l'Arabie Saoudite
14:04qui est la puissance
14:05dominante de la péninsule,
14:07c'est plus compliqué.
14:08Parfois,
14:08les Saoudiens ont poussé
14:09Donald Trump
14:10à l'apaisement.
14:11Donc,
14:11on ne peut pas dire
14:11qu'il y ait une position
14:12unifiée des pays du Golfe.
14:13Ce qui est certain,
14:14c'est que 1,
14:15leur capacité de production
14:17et de raffinage
14:18d'hydrocarbures,
14:19de gaz
14:19et de tous les produits
14:20dont nous parlais,
14:21ces capacités sont
14:22très sérieusement endommagées.
14:23Il faudra des années,
14:24plusieurs années
14:25pour qu'on en revienne
14:26à la normale
14:27même si demain
14:27c'était le conflit.
14:28Oui,
14:29même si demain
14:29tout était fini,
14:31tout le monde signait la paix,
14:32non.
14:32Les conséquences sont d'ailleurs.
14:33Alors,
14:33la paix,
14:34pardon,
14:39de vivre ensemble.
14:40Est-ce que ça veut dire
14:40qu'on se retrouve,
14:41Bruno Tartre,
14:41dans cette zone
14:44ni guerre ni paix ?
14:45Oui,
14:46parce que je crois
14:46que tant que ce régime
14:48existera au nord,
14:49c'est-à-dire le régime iranien,
14:51il ne pourra pas y avoir
14:52de paix avec,
14:54non seulement avec
14:55l'Arabie saoudite,
14:56Israël,
14:56mais aussi les Etats-Unis.
14:57Il faut quand même
14:57toujours rappeler
14:58quelque chose de très simple.
14:59C'est un régime
14:59qui s'est construit
15:00en 79-80
15:02sur l'opposition
15:03aux Etats-Unis
15:04et à Israël.
15:05Oui,
15:06voilà.
15:06Donc,
15:06tant que le régime sera là,
15:07la paix,
15:08entre guillemets,
15:08ne sera pas possible.
15:09Juste un deuxième point
15:10sur les pays
15:11de la péninsule arabique,
15:13il y a autre chose,
15:13ils ont vu leur modèle économique
15:15qui était basé
15:15sur leur attractivité,
15:17à la fois pour l'investissement,
15:19le commerce
15:19et le tourisme,
15:21sans compter les influenceurs,
15:22les influenceuses
15:23qu'on voit à Dubaï.
15:25Et qui désormais,
15:25en fait,
15:26n'ont même plus le droit
15:26de filmer ce qui se joue.
15:28C'est-à-dire qu'on redécouvre
15:30un modèle qui...
15:31Alors,
15:31ce modèle-là...
15:32Il y avait un décalage quand même
15:33entre l'image et la réalité.
15:34Oui,
15:34mais ce modèle-là,
15:35en tout état de cause,
15:36est mis en danger.
15:37C'est aussi pour ça
15:38que ces pays en veulent autant
15:39à l'Iran,
15:40davantage qu'aux Etats-Unis.
15:41Il faudra sans doute des mois,
15:43peut-être des années,
15:44pour que ce modèle
15:45soit remis sur pied.
15:46À mon sens,
15:47ce n'est pas la fin
15:47du modèle économique
15:48des pays du Golfe.
15:49Il peut renaître.
15:50Oui,
15:50je pense qu'il renaîtra.
15:51Bruno Tertré,
15:52le Liban et Israël.
15:53Officiellement,
15:54la trêve est prolongée,
15:55même si certains médias libanais
15:59parlent de bombardements
16:00qui auraient eu lieu ce matin,
16:01de frappes israéliennes
16:02qui auraient eu lieu à l'aube.
16:04Est-ce qu'on peut imaginer
16:05que les discussions
16:06vraiment puissent être fécondes
16:08entre ces deux pays ?
16:08Ce que je note,
16:09en tout cas,
16:10c'est que c'est la première fois
16:11et il faut saluer
16:12l'administration américaine.
16:14Pour une fois,
16:15ils font quelque chose de bien.
16:16C'est quand même la première fois
16:17que les Israéliens
16:17et les Libanais
16:18non seulement se rencontrent,
16:20mais aussi prolongent
16:21ces discussions.
16:22Et donc,
16:23il y a quelque chose
16:23qui a été enclenché
16:24et qui est peut-être irréversible.
16:26Pour la première fois,
16:27entre Israéliens et Libanais,
16:28on se parle directement
16:29en face à face
16:30avec juste les Etats-Unis
16:31qui invitent,
16:33si vous voulez,
16:33les partis à discuter.
16:35Donc, ça veut dire
16:35que des tabous ont été brisés.
16:36Ça veut dire que depuis,
16:37finalement,
16:38le choc de l'après-7 octobre,
16:40il y a une succession,
16:41un enchaînement d'événements
16:42qui font qu'à mon sens,
16:44On est encore dans les suites
16:45du 7 octobre.
16:45On est totalement
16:46dans les suites du 7 octobre.
16:47Toutes les guerres
16:48qui se déroulent aujourd'hui,
16:49c'est les suites du 7 octobre.
16:50Je ne pense pas
16:50que Benjamin Netanyahou
16:51aurait pu persuader
16:52le gouvernement israélien
16:54de frapper l'Iran
16:56au point où ça a été,
16:58c'est le cas depuis 2025,
16:59donc à deux reprises
17:01et d'en finir
17:02parce que c'est ça
17:03que cherche Netanyahou
17:04avec le régime iranien
17:05s'il n'y avait pas eu
17:05le 7 octobre.
17:06On est encore
17:07dans les suites du 7 octobre,
17:07bien sûr.
17:08Un mot encore
17:08sur le rôle de la France.
17:10Hier,
17:11le ministre des Affaires étrangères
17:12français parlait
17:12à propos de la mort
17:13de nos deux soldats
17:15de potentiel crime de guerre
17:17et pourtant,
17:18on reste quand même
17:18plutôt spectateur.
17:20Est-ce qu'il y aurait
17:20d'autres options ?
17:21Est-ce que la France
17:22pourrait à un moment
17:22ou à un autre
17:24agir davantage ?
17:25D'abord,
17:25elle n'est pas totalement
17:28sortie du jeu,
17:28si vous voulez.
17:29La France,
17:29dès qu'il se passe
17:30quelque chose d'important,
17:31elle peut agir au Liban
17:32de manière discrète,
17:33elle peut agir vis-à-vis
17:34des Américains
17:35de manière discrète.
17:36Le fait qu'elle ne soit
17:36pas à la table
17:37parce que tout simplement
17:38les Israéliens
17:39et les Américains,
17:40les deux administrations
17:41actuelles aux Etats-Unis
17:42et en Israël
17:43ne veulent pas de la France,
17:44ça ne veut pas dire
17:45qu'elles n'agissent pas.
17:45Deuxièmement,
17:46le fait même
17:46que nos soldats soient tués
17:47montre qu'on avait
17:48des soldats sur place.
17:49Ça montre qu'on est là
17:51et surtout,
17:52on a dit que lorsque
17:53le mandat de la Finule
17:55à la fin de l'année prochaine
17:57sera terminé,
17:58lorsque la Finule
17:59n'existera plus...
17:59En janvier 2027,
18:00normalement.
18:00En janvier 2027,
18:01merci.
18:02Eh bien,
18:02la France continuera
18:04à être présente au Liban.
18:05La France n'abandonne pas
18:06le Liban
18:06et elle continue à le dire.
18:08Je crois que le fait
18:09qu'on ne soit pas présent
18:10à la table des négociations
18:11ne veut pas dire
18:11qu'on soit absent
18:12de l'ensemble
18:13de la scène libanais,
18:13bien au contraire.
18:14Merci beaucoup
18:15pour vos réponses
18:15Bruno Tertré ce matin.
18:17Vous êtes directeur adjoint
18:19sur la recherche stratégique.
18:20Votre dernier livre,
18:21La question israélienne,
18:22c'est aux éditions
18:22de l'Observatoire.
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