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00:02 RTL Matin
00:06 Merci de nous rejoindre à 7h46. L'invité de RTL Matin est donc le politologue, professeur à Sciences Po, Bruno Cotteres, et au bout de son téléphone, bonjour à vous.
00:14 Bonjour. Merci d'être en direct pour nous aider à comprendre le pourquoi du comment de ce mini remaniement gouvernemental.
00:20 Remaniement qu'on a attendu quand même longtemps, entre mercredi, jeudi matin, jeudi après-midi, finalement le communiqué est tombé un peu avant 20h hier soir.
00:27 C'était un peu jusqu'au bout du suspense.
00:30 Oui, c'est un peu chronique d'un remaniement attendu, avec une journée d'hier assez incroyable en fait,
00:36 assez unique même, me semble-t-il, dans les annales des remaniements,
00:40 avec des ministres qui entraient au gouvernement, qui annonçaient eux-mêmes leur arrivée, des ministres qui quittaient, qui annonçaient eux-mêmes leur départ,
00:47 et on n'a pas eu l'annonce officielle sur le perron de l'Elysée, visiblement, du côté d'Emmanuel Macron. On a eu envie
00:55 d'innover, peut-être de surprendre, sur la manière dont l'annonce a été faite.
01:00 - Oui, huit nouvelles têtes donc. Elisabeth Borne et Emmanuel Macron se sont beaucoup vus, Bruno Cotteres entretenu sur ses modifications et nouveautés.
01:07 La première ministre était désireuse de changement, le président plus enclin à la stabilité. Qui a gagné selon vous ?
01:13 - Un bon compromis entre les deux, j'irais. Il y a huit entrées nouvelles, il y a cinq ministres qui ont
01:19 quitté le gouvernement, et trois ministres qui ont glissé d'un poste à l'autre.
01:23 Donc on voit qu'on a quand même globalement
01:25 joué à l'intérieur d'un périmètre assez restreint.
01:29 Celui de la Macronie, et surtout ce qui marque ce remaniement, c'est la fin de la société civile. Des ministres emblématiques
01:36 issus de la société civile, on pense en particulier au ministre de la Santé, on pense en particulier à Pape Ndiaye,
01:42 qui était ministre de l'Éducation, eh bien, sont quittés leur fonction et sont remplacés par des profils beaucoup plus politiques,
01:50 beaucoup plus macronistes, pur sucre, des macronistes du début des députés. On voit qu'on est un gouvernement
01:56 qui est un gouvernement qui s'apprête peut-être à un gros combat à partir de l'automne. En tout cas un gouvernement
02:02 beaucoup plus politique. - Et ça vous le traduisez comment ? C'est l'avenir qu'on prépare ? L'avenir très proche ?
02:07 - Oui bien sûr, il y a d'abord des échéances électorales,
02:10 élections sénatoriales, mais surtout des élections européennes l'an prochain, des élections locales qui vont arriver
02:17 aussi à terme. Donc on voit effectivement une majorité qui d'abord n'a toujours pas réglé son problème numéro un,
02:24 l'absence de majorité absolue à l'Assemblée
02:27 nationale, qui n'a pas réussi à conclure un accord jusqu'à présent avec d'autres formations politiques pour faire majorité,
02:33 les Républicains en particulier, et donc on se resserre entre macronistes. - C'est ça, c'est faire monter des parlementaires dans ce gouvernement,
02:40 c'est un peu la volonté pour l'exécutif de renouer le contact avec ce parlement, avec l'Assemblée nationale,
02:45 pour les futurs chantiers, les futures échéances ? - Oui, il me semble qu'il y a deux idées, il y a effectivement celle-là de renouer avec
02:51 les parlementaires, avec le groupe parlementaire, faire la promotion de personnalités qui sont directement issues des rangs
02:58 du groupe parlementaire, mais il y a peut-être aussi la volonté de montrer
03:01 qu'Emmanuel Macron finalement n'aurait pas de problème de bande-touche. Vous savez, on disait souvent le problème d'Emmanuel Macron, c'est qu'il a vite
03:08 utilisé les principales personnalités emblématiques qui l'ont accompagné depuis 2016-2017,
03:14 mais qu'il n'y a pas vraiment d'équipe B, d'équipe de remplacement. Et bien là, hier, il nous a montré
03:19 qu'il y avait du côté de la Macronie des ressources humaines et des personnalités nouvelles
03:24 dont il s'agit aussi un peu de faire la promotion pour assurer peut-être à terme la pérennité du projet Macronisme.
03:30 - Alors justement, celui qui incarne parfaitement la Macronie, et c'est une étoile montante, c'est Gabriel Attal. Il a 34 ans, je voudrais bien le rappeler à tous les auditeurs.
03:38 Il a 34 ans, il a été porte-parole du gouvernement, il s'est chargé du budget, le voici propulsé à l'éducation nationale.
03:44 Ça veut dire qu'Emmanuel Macron compte sur lui ?
03:47 - Oui, bien sûr, il va occuper une place tout à fait essentielle, les Français l'identifient parfaitement.
03:52 Il est très connu, il a occupé des millions de fonctions déjà dans le gouvernement.
03:58 Et bien là, maintenant, il est catapulté effectivement sur un des plus gros postes ministériels.
04:02 Rappelons que l'éducation, c'est le tout gros poste de dépense du budget de l'État, donc une place au sein du gouvernement tout à fait stratégique.
04:11 D'autant que la question de l'éducation, de la formation en général, a toujours occupé une place de choix dans le discours d'Emmanuel Macron, dans son projet politique.
04:20 Donc incontestablement, Gabriel Attal, c'est l'histoire d'une affirmation progressive et très rapide d'une carrière politique qui, pour le moment, n'a pas un seul nuage.
04:29 - Et vous savez quoi ? La semaine dernière, il était dans le studio RTL pour répondre à nos questions, justement, et il défendait donc le budget et demandait aux Français de faire des efforts.
04:36 Et là, il récupère donc ce fameux dossier de l'éducation nationale.
04:39 Dans une discussion que j'avais hier avec des amis, on me disait "mais qu'est-ce qu'il y connaît en termes d'éducation nationale ?"
04:45 Comment on arrive à un tel ministère, peut-être sans avoir tout le bagage nécessaire ?
04:50 - Alors vous savez, il n'y a pas forcément de corrélation entre être spécialiste d'un domaine et être un bon ministre de ce domaine.
04:58 On a même parfois eu des exemples en fond ce contraire.
05:01 Donc Gabriel Attal, ce qui est sûr, c'est qu'il avait une sensibilité sur la question de l'éducation.
05:05 Il avait, en 2018, été nommé déjà au ministère de l'Éducation sur un autre poste.
05:11 Donc il a une sensibilité à ces questions.
05:14 Et par contre, ce qu'il peut avoir d'intéressant, c'est qu'il connaît extrêmement bien les comptes publics.
05:19 Il sort du poste de ministre des comptes publics.
05:22 Et les comptes publics, vous savez, en matière d'éducation, c'est très important parce que les profs, l'éducation nationale,
05:27 c'est un gros but, j'en ai dit.
05:29 Et puis il y a beaucoup d'attentes.
05:30 Les augmentations de salaire qui ont été décidées.
05:33 Et puis peut-être rendre le métier davantage attractif.
05:36 On sait qu'il y a un problème de recrutement, d'attractivité des métiers de l'enseignement.
05:42 - Bruno Cotteres, ce remaniement estival, selon vous, en annonce un plus important plus tard, peut-être à l'automne.
05:48 Cette version d'hier, ça colle mat temporairement ?
05:51 - Peut-être pas à l'automne tout de suite.
05:53 Parce que le gouvernement va d'abord partir en vacances avec les dossiers sous le bras, bien évidemment.
05:59 Puis à la rentrée, il va arriver.
06:01 Par contre, ce qui est certain, c'est que ça ne règle pas la question fondamentale de l'absence de majorité à l'Assemblée nationale.
06:08 Qui, sans aucun doute, appelle un jour un autre remaniement.
06:13 - J'avais préparé une question vous demandant, mais quand est-ce qu'il va parler le président Macron ?
06:17 On a appris qu'il allait prendre la parole tout à l'heure avant le Conseil des ministres.
06:20 Il était temps qu'il s'exprime le chef de l'État, non ?
06:23 - Oui, il était temps qu'il s'exprime.
06:25 Mais alors, pas seulement sur le remaniement.
06:27 Surtout, le chef de l'État doit essayer de nous expliquer ce qui arrive dans le pays.
06:30 Pourquoi on a vécu toutes ces crises ?
06:32 Pourquoi nous avons eu ces émeutes dans un certain nombre de quartiers ?
06:37 Mais peut-être plus fondamentalement, où est-ce qu'on en est ?
06:39 Où est-ce qu'il veut aller le chef de l'État ?
06:41 Autant son premier mandat, il n'y avait pas de problème, c'était directement lisible.
06:45 On avait élu un très jeune président de la République venu pour moderniser le pays.
06:49 Le deuxième mandat, on voit que pour le moment, répondre à cette question, c'est beaucoup plus difficile.
06:53 Donc il doit nous dire où est la principale direction vers laquelle il veut aller d'ici 4 ans.
06:58 - Ce sera avant 11h, tout à l'heure, avant le Conseil des ministres.
07:01 Merci de nous avoir expliqué les choses, Bruno Cotteres, politologue et professeur à Sciences Po, en direct sur RTL ce matin.
07:06 !
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