00:00Céline Landreau, RTL Matin.
00:03Il ne brigue pas l'Elysée mais prépare eux aussi.
00:052027, difficile d'écarter de l'équation.
00:08Le parti qui caracole en tête des sondages.
00:11Les patrons ne se cachent plus pour discuter avec le Rassemblement National.
00:14Bonjour Amir Reza Tofighi.
00:16Bonjour.
00:17Vous êtes le président de la CPME, vous représentez donc les petites et moyennes entreprises.
00:21Vos homologues du MEDEF, déjeunent avec Jordan Bardella ce midi.
00:25Vous avez envoyé une invitation au président du RN, vous aussi ?
00:28Non, je n'ai pas envoyé d'invitation.
00:29Et je pense qu'il ne faut pas faire de faux procès au MEDEF et ni à son président Patrick
00:34Martin.
00:34Aujourd'hui, ce n'est pas la CPME ou le MEDEF qui a choisi qui sont les candidats ou qui
00:39sont au Parlement.
00:40Nous, on parle avec tous ceux qui aujourd'hui sont au pouvoir ou briguent à être au pouvoir parce qu
00:45'on défend les entreprises.
00:46Et donc, c'est normal de parler avec toutes les sollicitations qu'on va avoir des différents partis.
00:52Il faut arrêter un peu cette hypocrisie.
00:54Donc oui, on parle avec tout le monde.
00:55On parle avec tout le monde en fait.
00:57Et je pense qu'il n'y a rien de choquant.
00:59Michel Picon, on l'entendait tout à l'heure dans le RTL événement à 7h15, disait que la dédiabolisation, c
01:04'est les Français qui ne l'ont fait, pas les patrons.
01:05C'est un point de vue que vous partagez ?
01:07Aujourd'hui, si le RN a plus de 120 députés au Parlement, ce n'est pas nous qui les avons
01:13choisis, c'est les Français.
01:14Moi, mon rôle, c'est de défendre l'entreprise.
01:16C'est de m'assurer que les idées économiques qui sont bonnes pour la France soient portées par l'ensemble
01:20des candidats.
01:21Donc, je vais parler avec l'ensemble des candidats et je réponds à toutes les sollicitations que je reçois.
01:25Ça veut dire qu'elle a tort, Marie-Lise Léon, la secrétaire générale de la CFDT,
01:30d'estimer que c'est une attitude cynique de considérer que l'économie passe avant tout.
01:36Ce sont ses mots.
01:37Elle explique, elle, que pour la CFDT, les enjeux démocratiques sont au moins aussi importants
01:41et que ces enjeux démocratiques nécessitent de ne pas discuter avec le RN comme avec n'importe quel autre parti.
01:47Moi, je pense que pour porter nos idées, il faut discuter avec tout le monde.
01:50Et je suis d'accord, les enjeux démocratiques, les enjeux sur les valeurs, les enjeux économiques,
01:54tous ces sujets sont importants, mais est-ce qu'on est plus efficace en parlant avec les candidats
01:58et en poussant nos idées ou en les boycottant ?
02:01Donc avec le RN comme avec n'importe quel autre parti aujourd'hui ?
02:04Bien sûr, moi je réponds à toutes les sollicitations.
02:05Et vous cherchez à les convaincre de quoi les candidats lors de ces rencontres que vous organisez ?
02:09Déjà que le sujet de l'économie doit être un point central de la campagne présidentielle.
02:15Aujourd'hui, on est à un moment donné où si on ne parle pas de ce que les entreprises ont
02:20besoin,
02:20de ce que notre économie a besoin en 2027 et pour les années qui viennent,
02:24ça va être compliqué pour les années qui viennent.
02:26Le dialogue avec le gouvernement actuel.
02:29Hier dans la tribune dimanche, le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandeau,
02:31disait vouloir vous remettre au centre du jeu, vous, les organisations patronales et syndicales.
02:36Vous avez eu l'impression d'être sur la touche ces dernières semaines ?
02:39Non, pas du tout. D'ailleurs, on a signé un accord sur l'assurance chômage suite au fait que le
02:45gouvernement nous avait sollicité.
02:46Un accord qui fait plus d'un milliard d'économies par an en diminuant la durée d'indemnisation des ruptures
02:50conventionnelles.
02:51Donc non, non, on n'est pas sur la douche.
02:52Et sur le 1er mai ? Sur le travail du 1er mai ?
02:55C'est un sujet qui est incompréhensible.
02:57Vous savez, ça fait plus d'un an que la CPME porte ce sujet.
03:01Le sujet, c'est quoi globalement ?
03:02C'est de dire que dans certains métiers, de proximité, des métiers de bouche,
03:05ils puissent ouvrir le 1er mai, sur la base du volontariat pour les salariés, payés doubles.
03:10Plus de trois quarts des Français sont pour.
03:12Le Parlement allait voter un texte pour permettre justement ce travail du 1er mai pour certains métiers.
03:17Et le gouvernement a reculé sous la pression des syndicats de salariés.
03:20C'est incompréhensible aujourd'hui.
03:21Donc nous, on s'est battus, la semaine dernière, on s'est battus pour que le gouvernement remette un texte
03:25sur le sujet.
03:26Il l'a fait, c'est insuffisant, mais on va continuer à se battre.
03:29Pour élargir plus largement le travail du 1er mai en 2027, qu'il ne le sera cette année,
03:34où on sait que boulangers et fleuristes pourront faire travailler les salariés qu'ils souhaitent.
03:37Oui, mais par exemple pour les boulangers.
03:38Ils ont choisi les boulangers artisans.
03:40Mais en fait, tous les boulangers, ce ne sont pas des artisans.
03:42Vous savez, dans certaines villes, il y a un boulanger, ce n'est pas forcément un artisan,
03:46c'est un boulanger qui va cuire du pain, qui l'achète.
03:49Et donc, on va permettre à certains boulangers d'ouvrir et pas à d'autres.
03:53C'est incompréhensible.
03:54Encore une fois, on fait du symbole au lieu de dire,
03:57tous les boulangers, tous les fleuristes devraient pouvoir ouvrir,
03:59et même peut-être les bouchers, les poissonniers.
04:01Donc, soyons à un moment donné un peu pragmatiques.
04:03Vous êtes critique, on l'entend, avec l'attitude et la ligne du gouvernement sur cette question du 1er mai.
04:09Sur la gestion de la crise du carburant, est-ce que vous avez l'impression d'être entendu ?
04:13Ça y est, on l'a dit, le plan d'aide au secteur routier annoncé fin mars va pouvoir entrer
04:17en vigueur.
04:17Alors, ces 50 millions d'euros qui sont débloqués pour ce secteur, c'est suffisant comme geste ?
04:23Est-ce que c'est suffisant ? C'est difficile de dire,
04:25parce qu'on voit bien aujourd'hui que la situation évolue en permanence.
04:27Nous, on a été entendus parce qu'on a poussé justement le fait de débloquer des aides ciblées
04:32sur des secteurs comme les transporteurs routiers, sur les voyagistes.
04:35On parle, pour que ce soit très clair, de 100 à 500 euros par camion.
04:38Oui.
04:39En fait, qu'est-ce que cette crise montre aujourd'hui ?
04:41C'est que le fait d'avoir des finances publiques qui sont très mal tenues depuis maintenant très longtemps,
04:44fait que dès qu'on a une crise, on n'a pas du tout les moyens de soutenir notre économie
04:48ni soutenir les Français.
04:50Et ça, ça doit vraiment nous questionner, une fois que la crise sera passée,
04:53c'est notre capacité à avoir des finances publiques bien tenues,
04:56à ne pas avoir les déficits comme aujourd'hui,
04:58pour que lorsqu'on rentre dans une crise comme ça, pouvoir soutenir les entreprises.
05:01Les pays autour de nous le font.
05:03L'Espagne le fait, l'Allemagne le fait, l'Italie le fait.
05:05Nous, on n'a pas les moyens de le faire.
05:05Donc oui, on a été entendus avec les peu de moyens que l'Etat a aujourd'hui.
05:10Parce que ces peu de moyens, c'est aussi la conséquence des aides massives
05:13qui ont été accordées aux entreprises pour tenir pendant la pandémie de Covid.
05:16Ce n'est pas que la résultante de ça, mais c'est aussi celle-ci.
05:20Oui, enfin, il y a eu le Covid, et depuis, on voit bien qu'on est le pays dans l
05:23'Union Européenne
05:23qui n'a pas réussi à remettre ses finances à l'équilibre.
05:26Et j'aimerais juste revenir par rapport à ce que vous dites.
05:27Vous savez, on dit souvent les aides aux entreprises pendant le Covid.
05:30Les PGE, qui sont les prêts garantis à l'Etat,
05:32la très très grande majorité, plus de 95%, ont été remboursés.
05:35Le gros, en fait, des aides Covid, c'était aussi tout ce qui était le chômage partiel.
05:40Alors oui, c'était une aide aux entreprises, mais une aide aux entreprises
05:42pour qu'ils ne licencient pas les salariés.
05:43Sinon, les salariés auraient été licenciés,
05:45parce qu'on n'aurait pas eu les moyens de garder des salariés
05:46sans avoir du travail en face.
05:47Juste pour revenir sur ces 50 millions d'aides au secteur routier,
05:51le ministre des Transports, Philippe Tabarro,
05:53dit avoir trouvé un plan qui satisfait tout le monde,
05:55qui est ciblé sur les petites et moyennes entreprises.
05:57Ça, c'est vous. Donc, en clair, vous êtes content aujourd'hui.
05:59Il a raison, le ministre.
06:00Non, mais encore une fois, nous, on est satisfaits des premières mesures
06:03qui ont été annoncées.
06:04On les a portées, on a été les premiers à dire
06:06qu'il fallait soutenir les transporteurs routiers,
06:08qu'il fallait soutenir les voyagistes,
06:08qu'il fallait soutenir tous les métiers qui aujourd'hui sont touchés.
06:11Il n'y a pas que les transporteurs routiers,
06:12il y a d'autres métiers aujourd'hui qui sont touchés.
06:13Donc oui, je ne vais pas vous dire qu'on est...
06:14Donc, ça veut dire qu'il faut les élargir, ces aides ?
06:16Parce que là, on parle peut-être de les prolonger au mois de mai.
06:19Il faut élargir, les étendre à davantage de secteurs ?
06:21Oui, on a aussi les secteurs sur lesquels les salariés sont des gros rouleurs.
06:25Comment on fait pour soutenir les entreprises
06:26qui n'ont pas forcé le moyen d'accompagner les salariés
06:29qui prennent leur voiture et qui font parfois 1000-2000 km par mois ?
06:32Donc oui, on va devoir, si la crise perdure,
06:35trouver des moyens de soutenir d'autres secteurs.
06:37Sinon, ça va être potentiellement beaucoup d'entreprises
06:40qui seront au tapis, de salariés qui seront licenciés.
06:42Et moi, j'aimerais juste le redire, on a eu un record de défaillance
06:45au premier trimestre sur le nom de notre reprise.
06:47Donc, on est dans une situation économique qui n'est pas facile.
06:49Donc oui, il faut aussi que notre pays soit derrière son économie.
06:52Ça veut dire qu'on sous-estime, selon vous,
06:55aujourd'hui, les conséquences économiques
06:56que pourrait avoir cette crise au Moyen-Orient
06:58qui, on le voit bien, est loin d'être terminée ?
07:01On sous-estime peut-être l'état de notre économie actuelle
07:04et sa capacité à absorber une crise qui est quand même une crise majeure
07:07si elle dure longtemps.
07:08La capacité des entreprises à absorber cette crise
07:11en inquiète, une partie en tout cas,
07:14à certaines demandent à rouvrir les négociations commerciales
07:16avec la grande distribution
07:18parce que leurs coûts vont flamber,
07:20c'est ce qu'elles disent, en tout cas à cause de la guerre au Moyen-Orient
07:22et qu'elles ne pourront pas les répercuter.
07:24Pour l'instant, le gouvernement se refuse
07:26à rouvrir ces négociations commerciales.
07:28Il devrait changer d'avis, selon vous ?
07:30Vous savez, c'est des sujets de filière,
07:31de secteur entre distributeurs et industriels.
07:35Je n'ai pas d'avis sur le sujet.
07:37Et vous pensez qu'on sous-estime l'inflation que la guerre provoque ?
07:41En tout cas, ce qui est sûr, c'est que si la guerre ne dure pas,
07:45on aura une situation qui peut revenir à l'équilibre.
07:47Maintenant, si elle dure, oui, on sous-estime peut-être l'impact
07:49que ça peut avoir en termes d'inflation.
07:51La guerre en Ukraine,
07:53depuis le début de la guerre en Ukraine, début 2022,
07:56les produits de grande consommation ont augmenté de 21%,
07:58ce qui est très lourd, évidemment, pour le consommateur.
08:02Est-ce que c'est quelque chose qu'on a suffisamment pris en compte aujourd'hui ?
08:06Est-ce qu'on l'accompagne suffisamment ?
08:08Vous savez, le SMIC est indexé en partie sur l'inflation.
08:12Les salaires ont aussi beaucoup évolué depuis 2022.
08:15Ils n'ont pas pris 20% depuis 2022 ?
08:18Ils n'ont pas pris 20%, mais j'ai plus le chiffre en tête,
08:20ça a été très important.
08:22Je n'ai plus le chiffre en tête, c'était 12-14% depuis 2022.
08:25Il y a eu des grosses évolutions sur le SMIC depuis 2022
08:29avec l'indexation sur l'inflation.
08:32Il ne faut pas non plus sous-estimer les évolutions de salaire
08:35qu'il y a eu depuis la crise.
08:37Amir Reza Tofighi, j'imagine que vous œuvrez
08:39pour l'égalité entre femmes et hommes,
08:41pour les droits des femmes dans vos entreprises.
08:43Un jour férié pour défendre la cause, le 8 mars,
08:46comme le propose Sophie Binet, la secrétaire générale de la CGT.
08:48C'est une bonne idée pour vous ?
08:50Moi, mon combat aujourd'hui à la CPME,
08:51c'est de permettre aux salariés de gagner plus.
08:53Aujourd'hui, on voit bien que la France est un pays
08:55où le travail ne paye plus assez.
08:56Et le travail ne paye plus assez, entre autres,
08:58parce qu'on a un coût du travail qui est bien trop élevé.
09:01C'est-à-dire qu'à la fin, quand un salarié gagne 1 euro dans sa poche,
09:03ça lui coûte 2 euros à l'entreprise.
09:05Mettre un jour férié de plus, c'est l'opposé,
09:08parce qu'on va continuer à augmenter le coût du travail.
09:10C'est l'inverse de pouvoir permettre aux salariés de gagner plus.
09:12Moi, je préfère qu'on se concentre collectivement
09:14sur ce combat qui est de dire qu'il faut que le travail paye plus.
09:17Et ça doit être un combat collectif.
09:19Et donc, réfléchissons plutôt à comment on fait
09:21pour qu'à la fin, le travail paye plus,
09:23plutôt qu'à faire en sorte que les gens travaillent moins.
09:26Donc ça, c'est l'idée que vous allez pousser
09:28auprès de tous les candidats à la présidentielle
09:30que vous allez rencontrer dans les semaines et mois qui viennent ?
09:32Mais je pense que ça va être le sujet de 2027.
09:34Aujourd'hui, on doit se rendre compte
09:35que le travail ne paye plus assez en France.
09:36Et il faut avoir un regard lucide.
09:38Arrêtons de dire que c'est les entreprises
09:39qui gagnent trop d'argent et qui ne veulent pas payer les salariés.
09:42La réalité, c'est qu'on a en plus des entreprises en France
09:45qui n'ont pas les mêmes niveaux de marge
09:46que les entreprises européennes.
09:48Donc le sujet, c'est de voir qu'on a créé un système
09:50où, à force de charger le travail
09:53avec un niveau de taxe aussi élevé,
09:55le travail ne paye plus assez.
09:56Et l'écart entre le travail et le non-travail
09:58n'est plus assez élevé.
09:58Donc oui, le combat de la CPME, pour 2027,
10:01ce sera que le travail paye plus.
10:03Et donc pour ça, on aura des vrais échanges
10:06avec tous les candidats pour porter nos propositions.
10:07Avec tous les candidats, y compris le RN.
10:09On l'a compris, vous êtes sur la même ligne
10:11que le MEDEF et que l'UDEP sur cette question.
10:13Merci beaucoup Amir Reza Taufigué.
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